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Pour Emmie et Paul
Danielle Collobert pâle comme Pluton les jambes repliées dans le demi-cercle des bras et la tête sur
les genoux. Danielle Collobert envisageant un livre sans personnages ni intrigue. Danielle Collobert ouvrant le journal de K et le posant sur une des tables du Navy. Danielle Collobert débarquant à Rome à cinq heures du matin et ne sachant dans
quelle direction marcher. Danielle Collobert triste immobile sans bras ni jambes. Danielle Collobert souriant (technique de l’épuisement en cercles rapprochés). Danielle Collobert écrivant des
pages sans suite (ce qu’elle nomme « quelque chose seulement de moi. »). Danielle Collobert regardant une femme prendre du beurre à pleines mains et
le mettre dans un beurrier. Danielle Collobert s’enfermant rue de la Liberté. Danielle Collobert découvrant trente ans avant Tarkos le concept
de « pâte ». Danielle Collobert avec Sam à Berlin. Danielle Collobert et les histoires qui lui viennent en marchant, d’un coup, dans leur totalité (après il faut les écrire). Danielle Collobert jouant au cinéma de l’écrivain avec Lindon. Danielle Collobert notant la détresse physique partout (d’un bout du monde à l’autre). Le gros cahier vert de Danielle Collobert. Danielle Collobert seule à Edfou, enfermée dans
un temple durant quatre heures (tempête de sable). Danielle Collobert un mardi à six heures chez Beckett. Danielle Collobert dans un hôtel crasseux de Palenque (dehors il pleut). La pluie sur le visage de Danielle Collobert. Danielle Collobert écrivant
un texte sur deux pages et simultanément. Danielle Collobert les cheveux ternis par l’éclairage, un peu hagarde, devant des livres qu’elle ne lira jamais. C’est une librairie qu’on appelle La Répétition. Danielle Collobert et l’oubli (toujours oublier et toujours recommencer). Danielle Collobert assise par terre dans une chambre d’hôtel à New York griffonnant d’une main « déplacement avec mes petits papiers » et fumant de l’autre. Danielle Collobert à Knossos, notant les cheveux du prince sur le mur. Pavese recopié par Danielle Collobert (pas n’importe quoi, une des dernières phrases du journal « anche donette l’hanno fatto »). Danielle Collobert poursuivant la somme de toutes les sensations,
sans déchet ni oubli. Danielle Collobert comme
une colonne de calme ou un arbre au fond d’un
bar. Le petit bloc-notes acheté au Pérou par Danielle Collobert. Danielle Collobert à Athènes (l’homme en caleçon blanc, une couille à l’air, mangeant une pêche). Le contenu du sac de Danielle Collobert : pas beaucoup de fringues, pas d’objets, pas de livres (seulement un vieux Têtes mortes). Danielle Collobert après avoir passé une nuit avec J+A : « Erreur : ils ont encore le sens de la propriété
privée. » Danielle Collobert vue en « Blanche » (un peu trop) à Abidjan. Danielle Collobert remontant la rue Saint-André-des-Arts en disant : « I don’t want to die bad trip. » Danielle Collobert penchée sur les eaux bourbeuses du Styx, un matin très tôt
ayant marché toute la nuit peut-être. Le dernier cahier spirale acheté à New York par Danielle Collobert.
Texte Liliane Giraudon - dessin Christophe Chemin / Ma Collobert © Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2007 w w w . i n v e n t a i r e - i n v e n t i o n . c o m
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