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La soi disant naissance d'Antoine Marie Joseph Paul Artaud dit Antonin un 4 septembre à Marseille. Artaud à deux ans, vêtu d'une petite robe. Les deux grand-mères d'Artaud (Catherine morte du cholera et Neneka ; elles sont surs). La nourrice italienne d'Artaud. Artaud en costume marin avec sa sur Marie-Ange (ils jouent au diabolo dans les jardins du Palais Longchamp). Artaud Antonaki parlant grec avec sa mère Euphrasie. Artaud Nanaqui. Les tics faciaux de l'enfant Artaud. Artaud passant des heures à mettre en scène la crèche provençale. Les premiers dessins d'Artaud (des bateaux). La mort de la petite sur d' Artaud. Artaud frère aîné de 8 enfants (dont 2 seulement survivront). Artaud et la Vierge noire de la basilique Saint Victor à Marseille (la couronne de curs d'argent de la Vierge Noire). Artaud bégayant. Artaud voyant des électricités lilas autour de son front. Artaud lisant Mallarmé dans la ville de Pagnol. Fernand Artaud frère vivant d' Artaud. Artaud nerveux. Artaud soigné. Artaud relisant Edgar Poe. Le coup de couteau reçu par Artaud à Marseille devant l'église des Réformés. Artaud incorporé au 3e Régiment d'infanterie à Digne. Artaud réformé. Artaud à Paris. Artaud et Max Jacob. Artaud lisant Le Crapouillot. Artaud et le Docteur Toulouse. Artaud et la femme du docteur Toulouse. Artaud et Dullin. Artaud et l'opium. Artaud et Genica. Artaud dessinant pour Genica un costume de scène (série de flammes). Artaud au Vieux Colombier. Artaud envoyant des cigarettes turques à Genica. Artaud et Monticelli. Artaud rue Blomet dans l'atelier de Masson. Artaud parlant du Minotaure à la chair virginale. Artaud et sa revue « Le bilboquet », deux numéros, « personnelle, intéressante en tant que chose d'un seul ». Artaud lisant à Marseille « Les vies imaginaires » de Marcel Schwob. Artaud et Pitoef. Artaud reprochant à Genica de penser avec son sexe. Artaud et Stanislavski. Artaud s'aspergeant le dos de teinture d'iode. Artaud et Meyerhold. Artaud voyant la projection cinématographique comme l'équivalent d'une injection sous-cutanée de morphine. Artaud envoyant à Kahnweiler une carte postale représentant le Vallon des Auffes. Artaud et les cartes postales. Le goût d'Artaud pour les cartes postales. Artaud et la madone des sleeping. Artaud dans « Surcouf roi des corsaires ». La mort d'Antoine Roi Artaud père d'Artaud et la publication des lettres à Jacques Rivière écrites par Artaud. Artaud beau comme une vague et sympathique comme une catastrophe. Artaud et Abel Gance. Artaud et le bureau de la centrale surréaliste (ça finira mal). Artaud envisageant « l'ouverture d'un procès de toutes les tendances restrictives de l'esprit américain ». Artaud et le ciné-roman. Artaud et la position de la chair « Tous les systèmes que je pourrai édifier n'égaleront jamais mes cris d'homme occupé à refaire sa vie ». Artaud occupé à refaire sa vie. Artaud et Paolo Ucello. Artaud et Paolo Ucello emmailloté dans sa barbe. Artaud et André Gaillard. Artaud et les Max Brothers. Artaud et le cinéma parlant (« Le cinéma parlant est une sottise, une absurdité. La négation même du cinéma »). Artaud à Laghouat en Algérie, tournant « Le zouave Chabichou ». Artaud écrivant à Bernanos pour lui déclarer qu'il voit en lui « un frère en désolante lucidité ». Artaud et les cafés. Artaud travaillant dans les cafés. Artaud au Select à Paris, au café Riche à Marseille, au Romanisches à Berlin, au café de Paris à Mexico Artaud acteur. Artaud scénariste. Artaud poète. Artaud et Barbe Bleue. Artaud s'inspirant d'une toile de Lucas de Leyde pour une conférence. Le profil féminin gauche (lassitude et dégoût) d'Artaud dans un dessin de Balthus. L'autre profil d'Artaud (éveillé brûlant guetteur) dans le même dessin de Balthus. « Ma vie depuis plusieurs années n'est qu'une longue désintoxication ratée » constate Artaud. Artaud et Gilles de Rais. Artaud et Abélard. Artaud et le théâtre balinais. Artaud et Charles Trenet (il l'appelle « Charles le Téméraire »). Artaud invitant Jean Paulhan à dîner « Chez Titin », restaurant marseillais rue Labruyère « Une occasion de nous retrouver vous et moi devant un repas excellent ». Artaud lisant le Woyzeck de Büchner Artaud et l'acupuncture. Artaud et le Grand Guignol. Artaud et les ondes Martenot. « L'opium dissout la douleur comme l'eau dissout le sucre » déclare Artaud. Artaud et son « Heliogabale et moi ». Anaïs Nin voyant Artaud en puritain provincial (type « vieille fille »). La voix d'Artaud dans le corps de Fantômas (c'est une pièce radiophonique). Desnos, Alejo Carpentier et Artaud travaillant à des sketches publicitaires. Artaud en rémouleur ange gardien dans un film de Fritz Lang. Artaud adaptant Sénèque (« Je pleure en lisant son théâtre d'inspiré »). Artaud envisageant de monter « Le supplice de Tantale » dans une usine de Marseille. Artaud et le Théâtre de Séraphin. « Je crois que l'écriture immunise, détourne les coups » c'est Artaud qui le dit. Artaud et les tarots. Artaud noir comme un criquet. Artaud demandant à Carlo Rim le rôle du fada dans son scénario « Justin de Marseille » (« Tu connais Etienne le fada du vieux port ? c'est mon sosie et j'accuserai encore la ressemblance en imitant sa voix et ses gestes »). Artaud, Héliogabale en espadrilles et casquette, malade et devant renoncer au rôle. Artaud et la mise en scène. Artaud et la direction d'acteur. Artaud proposant à une mauvaise comédienne « d'aller se faire enculer par un mammouth ». Artaud nerveux. Artaud dromomane. Artaud lecteur du Popol Vuh. Artaud se qualifiant de « mythomane » au sens littéral c'est-à-dire celui qui croit aux forces métaphysiques incarnées par les mythes. Artaud quittant Paris. Artaud s'embarquant. Artaud à La Havane (il reçoit en talisman d'un sorcier cubain une petite épée de Tolède). Artaud débarquant à Vera Cruz le 7 février 1936. Artaud à Mexico mangeant les cataplasmes au laudanum (il a fait remplacer la graine de lin par de la farine de pomme de terre). Artaud et Maria Izquierdo (« de pure race tarasque »). Artaud et la peinture de Maria Izquierdo. Artaud et Diego Rivera. Artaud louant une chambre dans un bordel appelé « la maison de Ruth ». C'est dans le quartier Roma de Mexico. La non rencontre de Frida Kahlo et d'Artaud. Artaud à Chihuahua puis vers les montagnes de la sierra Tarahumara. Artaud jetant son héroïne au fond d'un ravin. Artaud malade, se chiant dessus et qu'il a fallu attacher sur son cheval. Artaud et la danse du peyolt ou comment ne plus être blanc. Le retour d'Artaud. Artaud et son « Moi qui vous parle j'ai une épée et une canne. Une canne avec 13 nuds mon épée porte 3 hameçons et 7 nuds ». La canne d'Artaud. Le sexe d'Artaud. L'autre sexe d'Artaud. Artaud et Marie Duhuc « Quand aux femmes, leur présence ne fait que m'irriter et me troubler. C'est tout de suite la catastrophe pour mon être intérieur ». L'être intérieur d'Artaud. Artaud reliant le Critias de Platon au rituel Tarahumara. Artaud en mendiant. Artaud en mendiant agressif ( Vous et les gens de votre espèce m'avez suffisamment emmerdé depuis des années pour pouvoir me payer 5 francs de dommages et intérêts). Les ongles noirs d'Artaud. Artaud avec Cecile Schrame rue Vavin, se gavant de gros gâteaux pleins de crème. Artaud et les fruits confits. Artaud à Jean Paulhan « Je ne veux plus signer, à aucun prix ». Artaud et Anne Manson « Je ne sais pas ce que je suis mais je sais que depuis 22 ans je n'ai pas cessé de brûler et j'ai déjà dit qu'on avait fait de moi un bûcher ». Artaud crasseux, urinant dans les chambres d'hôtel. Artaud refusant jusqu'aux initiales de son nom en signature (« Il ne faut que 3 étoiles»). Artaud mangeant vite et salement. Artaud comme Saint Patrick traversant la Manche et gagnant la mer celtique. Aux archives nationales de Dublin, une lettre d'Artaud adressée à Monsieur le Ministre d'Irlande et signée Antoneo Arlanapulos, sujet grec à Smyrne. Le séjour irlandais d'Artaud. Artaud et Joseph d'Arimatie. Artaud et l'histoire des saintes femmes. Artaud et les 4 salopes d'Abel. Artaud battu. Artaud interné. Le début de l'internement d'Artaud. Artaud affamé. Artaud à Sotteville les Rouen. Artaud à Sainte Anne. Artaud et les rois mages. Artaud et saint Barnabé. Artaud et Lacan. Artaud et Lacan en trieur chef des fous à Sainte Anne. Le pronostic pertinent du docteur Lacan sur le malade mental Artaud : « L'excellente santé physique d'Antonin Artaud lui permettrait de vivre jusqu'à 80 ans mais son état mental désespéré lui interdirait sans doute toute création ». Artaud et saint Cyrille. Artaud et saint François d'Assise. Artaud désespéré « Il est bien entendu que vous venez me voir ici non en simple visite mais pour m'accompagner immédiatement dehors avec saint Thomas et un autre Ange ». Artaud affamé « Vous m'apporterez une fougasse et quelques autres aliments dont de la poutargue, une aile de poulet, des ufs durs, des pommes de terre rôties, des tranches de viande cuite à l'étouffée, du cresson, un morceau de fromage, des fruits, le gâteau de chez Isnard, les huîtres de Samedeni, quelques tchourekias et du café..». Artaud et les bohémiens. L'amour d'Artaud pour les bohémiens. Artaud en Arlanapoulos. Artaud et l'anagramme. Artaud et sa mère. Artaud et non pas ma mère. Artaud en fils d'un officier grec et d'une mère turque. Artaud battu. Artaud désespéré. Artaud se mêlant peu aux autres malades. Artaud crachant. Les crachats d'Artaud. Artaud et le Christ. Artaud et le théâtre. Artaud faisant de l'asile un théâtre. Artaud ennemi des Initiés partouzeurs à la fornication débordante. Artaud et ses doubles. Artaud et ses sosies (nés de la sueur). Artaud et Cîgul. Artaud et Gesil. Artaud et Bec de canne. Artaud passant du quartier des « chroniques » à l'infirmerie, de celui des agités à celui des gâteux. Artaud invitant les médecins à venir s'expliquer avec lui au couteau devant les bureaux de la direction. La mère d'Artaud. Les yeux de la mère d'Artaud (venue voir son fils sans qu'il la voit). Grâce à Desnos Artaud part pour Rodez. Artaud à Rodez. Artaud et la machine électrochocs livrée par Solex. Les électrochocs reçus par le corps d'Artaud. La tête d'Artaud. Artaud au cours d'une séance d'électrochocs (vertèbre fracturée). Les cahiers d'Artaud. Artaud traçant des signes dans l'air, sur le papier et sur son corps. Artaud lecteur de maître Eckart et de saint Jean de la Croix. Les traductions d'Artaud et de l'abbé Julien. Artaud communiant chaque matin. L'opération anti-grammaticale qu'Artaud mène contre Lewis Caroll. Les petits cahiers d'Artaud. Les 406 petits cahiers d'Artaud conservés à la Bibliothèque Nationale. Les couleurs des cahiers d'Artaud (rose ocre vert jaune violet). Les paragraphes raturés ou barrés dans les pages des cahiers d'Artaud. Le caractère dactylographique de la graphie d'Artaud. Artaud écrivant partout, debout, couché, en dansant, en hurlant. Les dessins d'Artaud. Les petits points dans les dessins d'Artaud. Les tubulures, les croix, les plans et les cercles dans les dessins d'Artaud (« Je me suis mis à faire de grands dessins en couleurs Ce sont des dessins écrits, avec des phrases qui s'encartent dans des formes afin de les précipiter »). La notion de « grumeau » chez Artaud. La notion de « grumeau » dans la pensée d'Artaud et dans les dessins d'Artaud. Artaud et la spirale (« Je suis un être en spirale »). Les dessins dans les cahiers d'Artaud. L'enfance dans les cahiers d'Artaud. L'enfance d'Artaud. Artaud dessinant le Vierge Noire de la basilique Saint Victor à Marseille dans ses cahiers (« Il faut regarder ce dessin encore une fois après l'avoir vu déjà une fois »). Artaud et Nerval. Artaud et Villon. Artaud et Baudelaire et Edgar Poe. Artaud et ses filles. Les filles de cur et les filles de cul d'Artaud. L'invention du corps des filles d'Artaud. Artaud revisitant l'inceste (« Ma fille renversée entre mes bras, le postérieur sous mon menton, la tête en bas à la place de mon nombril, son tronc confondu avec mon sexe d'homme »). Artaud rêvant d'entreprendre un voyage au Tibet. Artaud apprenant la mort de Desnos au camp de Terezin en Tchécoslovaquie. Artaud et son interne écartèlement de l'être. Artaud et son athlétisme affectif ». Artaud athlète (gestes, chants, cris et marches). Le travail de la bouche, le travail de la pensée, le travail de la main d'Artaud. Artaud travailleur. Artaud et le bada du bada de l'âme. « Je n'aime pas le tendron de veau » déclare Artaud. L'âme, pile électrique d'Artaud. Artaud et son « Mes dessins sont des anatomies en action ». Artaud fasciné par l'histoire d'un chien mort qui donna le choléra à un enfant. Artaud et son « Nous ne sommes pas encore nés ». Artaud et les astres. Artaud et le hoquet. « Quand on creuse le caca de l'être et son langage, il faut que le poème sente mauvais » constate Artaud. Artaud précise « J'aime les poèmes qui puent le manque et non les repas bien préparés ». Artaud reniant son baptême. Artaud chutant sur un coin de table et perdant sa dernière dent en or. Artaud retrouvant son nom. Le nom d'Artaud. Artaud quittant Rodez et l'asile. Artaud à Espalion. Artaud et André de Richaud. Artaud à Ivry. Artaud libre. Artaud presque libre. Artaud au Vieux Colombier « Je ne suis pas allé dans un théâtre le 13 janvier dernier pour m'y montrer en spectacle, y donner un spectacle, mais pour montrer les plaies subies dans ma lutte, avec la conscience abjecte de ce temps qui est pire que celui de Gérard de Nerval, d'Edgar Poe ou de Lautréamont ». Le béret d'Artaud. Les pantalons d'Artaud (rapés, salis et troués par la cigarette). Le foulard d'Artaud. Le foulard rouge d'Artaud. Artaud et son « Je ferai le con sans la mère ». Le manteau d'Artaud. Le manteau bleu d'Artaud. Les poches du manteau bleu d'Artaud. Les cahiers repliés dans les poches du manteau bleu d'Artaud. Artaud sans sa mère. Artaud en père. Artaud en père impubère, lubrique, salace, érotique et incestueux et chaste si chaste qu'il en est dangereux. Les gris-gris d'Artaud. La voix d'Artaud. L'extraordinaire voix d'Artaud. Artaud parsemant ses cahiers de dessins et de gris-gris. Le quadrillage des feuilles des cahiers d'écolier d'Artaud. Planches, poutres, clous, machines et boîtes peuplant les dessins d'Artaud. Artaud et Dieu. Dieu ennemi capital d'Artaud. Artaud crucifié au Golgotha. Les yeux. Les yeux si bleus d'Artaud. Les rictus d'Artaud (reniflements secs). Artaud zézayant. Artaud éructant. La maigreur d'Artaud. Le couteau d'Artaud (type cran d'arrêt). Le billot de bois d'Artaud dans la chambre d'Artaud. Les deux billots de bois. Le piolet de montagne qu'Antoine Voisin donnera à Artaud. Artaud édenté. Le grand lit de fer d'Artaud. Le grand lit de fer d'Artaud couvert de cahiers. Artaud et Jacques Prevel. Artaud et le riz. Artaud et le tapioca. Artaud aime les artichauts. Artaud réclame de l'huile d'olive (seule substance pouvant compenser le manque d'opium). Marthe Robert prépare un aïoli pour les cinquante ans d'Artaud. Artaud et l'invention des syllabes (êtres sonores vivant hors grammaire). Artaud à Sainte Maxime se faisant enculer par l'être et terminant « Artaud le Mômo ». Artaud et l'élixir parégorique. Les testicules d'Artaud. L'eczéma aux testicules d'Artaud. Artaud au cours d'une séance de photographie, effrayé par le flash de Denise Colomb qu'il trouve diabolique. Suzanne Allen parlant d'Artaud. Suzanne Allen à Beaubourg, se souvenant de la longueur des silences dans la lecture d'Artaud. La lecture d' « Artaud le Mômo » par Artaud. « Quand aux paroles improvisées, ce que j'avais à dire était dans mes silences, non dans mes mots » devait préciser Artaud. Artaud se souvenant d'une excursion au pont de Roquefavour prés de Marseille. Il a 14 ans. Artaud se souvenant de sa crucifixion, les clous lui crevant les mains et les pieds. Marthe Robert déclarant qu'Artaud aurait du acheter de nouveaux vêtements et se faire arranger les dents avant sa conférence. Artaud déclarant que Kafka l'emmerde. Artaud et Gide. Artaud boulevard Montparnasse, sautant dans un taxi en hurlant au chauffeur « A l'asile d'Ivry ! A l'asile d'Ivry ! ». Artaud écrivant des lettres. Les lettres d'Artaud. Artaud refusant de participer à l'exposition que Breton organise avec Duchamp. Artaud refusant de donner un texte pour le catalogue de cette même exposition : « Comment pourrai-je écrire un texte pour une exposition où ce même public puant va revenir, dans une galerie, qui, puisât-elle ses fonds dans une banque communiste, est une galerie capitaliste où l'on vend très cher des tableaux qui ne sont plus de la peinture mais des valeurs marchandes, des valeurs intitulées VALEUR, ces espèces de grands papiers imprimés de couleurs multiples et qui représentent sur un simple papier (ô miracle) le contenu d'une mine, d'un champ, d'un puits, d'un sédiment, d'une entreprise, d'une prospection, à quoi le possesseur, le propriétaire, le capitaliste, le possédant n'a pas participé même par la cassure d'un ongle, alors que des millions d'ouvriers ont crevé, à même l'objet, pour que l'enflanqué appelé esprit puisse jouir à l'aise du travail matériel du corps ». Artaud dessinant. Artaud buvant du thé brûlant. Artaud rédigeant en deux après-midi et sans rature « Van Gogh le suicidé de la société ». Artaud et Van Gogh. Artaud et la couleur du vieil édredon du lit de Van Gogh (« d'un rouge de moule, d'oursin, de crevette, de rouget du midi, d'un rouge de piment roussi). Artaud et Colette Thomas. Artaud sans Colette Thomas. Artaud malheureux (« on ne m'aime pas/ on m'a pris mon cur/ on s'en est servi/ pour aimer/ d'autres que moi »). Artaud et le Tibet. Artaud et l'Himalaya. Les derniers voyages rêvés par Artaud . Artaud censuré. Artaud interdit. L'interdiction de l'émission radiophonique « Pour en finir avec le jugement de Dieu », modèle en réduction du Théâtre de la cruauté pensé par Artaud. Artaud et les tambours. Artaud et les sons. Artaud et la xylophonie sonore. « La violence est mon ton de voix, mon bas niveau » déclare Artaud. Artaud dé ç u . Artaud trahi . Le portrait de Paule Thevenin par Artaud. Artaud et les visages (« Le visage humain porte en effet une espèce de mort perpétuelle sur son visage c'est au peintre justement à le sauver en lui rendant ses propres traits »). Artaud hérétique. Artaud anti Bataille (« Je serai chaste/vierge/pur, intact/intouchable/). Artaud s'opposant « absolument » à un projet de conférence sur son uvre. Artaud souhaitant qu'aucune intervention de ce type n'ait lieu dans un local ou une enceinte universitaire. La graphie d'Artaud. La graphie sauvage d'Artaud. Cet arrachement restitué intact de la graphie d'Artaud par l'amour de Paule Thevenin. Paule Thèvenin fille d'Artaud (« Je mets ma/ fille en sentinelle/ elle est fidèle / car Ophélie s'est levée tard/ »). Artaud souhaitant louer une petite maison à Saint Rémy de Provence, Les Baux ou Antibes. La malle d'Artaud. La précieuse malle d'Artaud qui l'avait accompagné au Mexique et en Irlande. Artaud malade. Artaud une nuit de décembre, baignant dans son sang. Le pull-over d'Artaud rempli de merde. Artaud et le cur (« Qu'est-ce que le cur ? Une carie perforante de chair »). Artaud et le cancer. L'anus d'Artaud. L'anus d'Artaud bouffé par le cancer. Artaud et l'hydrate de chloral. Artaud un 4 mars. Un 4 mars Artaud trouvé mort, assis au pied de son lit, une chaussure à la main. Artaud vivant, grâce à Paule Thèvenin, fille véritable. Artaud vivant grâce à Paule Thèvenin, lectrice rapprochée, déchiffreuse absolue, qui lui consacrera sa vie et qui en mourra « car les spécialistes de la mort ne manquent pas, qui ont fait le projet d'empêcher le monde vivant de sortir de son cadavre ». Imposthume et prophétique Artaud perfusé vif dans tous les corps vivants de tous les Mômo.
Texte Liliane Giraudon - dessin Christophe Chemin / Mon Artaud © Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2006 w w w . i n v e n t a i r e - i n v e n t i o n . c o m
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