Biographies

 

 

Mes bien-aimé(e)s
de Liliane Giraudon et Christophe Chemin
Inventaire/Invention éditions,
avril 2007
110 pages, 8 €

 

 

Mon Rimbaud
Ma Sappho
Mon Pouchkine
Mon Walser
Mon Beckett
Ma Tsvetaeva
Mon Brecht
Mon Artaud
Mon Nietzsche
Mon Racine
Ma Dickinson
Mon Benjamin
Ma Collobert
Mon Allais
Ma Bachmann

Alphonse Allais né comme Arthur Rimbaud le vendredi 20 octobre 1854. Alphonse Allais né à Honfleur deux heures plus tôt qu'Arthur Rimbaud à Charleville. Rose, la première sœur d'Alphonse Allais, celle qui deviendra écrivain sous le nom de Jeanne Leroy-Allais. Alphonse Allais enfant, surnommé Alphi ou Fifi. L'enfance d'Alphonse Allais. Le goût d'Alphonse Allais pour le jeu de dames, le jacquet ou la marelle. Alphonse Allais dans la pharmacie de son père. Alphonse Allais passant son temps à expérimenter la pyrotechnie et la composition artisanale de mélanges fulminants. La chevelure blonde et abondante d'Alphonse Allais. Les lèvres charnues et fraîches d'Alphonse Allais. Le premier séjour d'Alphonse Allais à Paris. Alphonse Allais collaborant régulièrement au « Tintamare » (fables expresses, autographes et aphorismes). Alphonse Allais apprenant à jouer du tambour dans un régiment d'infanterie. Alphonse Allais écrivant des lettres. Alphonse Allais joignant à ses lettres à mademoiselle Marie un roman à jet continu (complètement loufoque) et qu'il a intitulé « Le petit marquoir ». Alphonse Allais stagiaire en pharmacie. Alphonse Allais inventeur du sucre-café soluble (produit nouveau destiné à préparer instantanément et par simple solution dans l'eau bouillante un café sucré et prêt à boire). Alphonse Allais chez les Hydropathes. Alphonse Allais devient l'ami de Charles Cros. « Un monsieur qui écrit le « Hareng-Saur » et le « Bilboquet » et qui en même temps trouve la solution complète à cette question : « la photographie des couleurs » ou bien invente le « phonographe » huit mois et demi avant Edison constitue, vous en conviendrez, un ensemble quelque peu fantastique » écrit Alphonse Allais. Alphonse Allais devient le chef de « L'École Fumiste ». Paul Vivien annonçant la parution de six nouvelles fumistes d'Alphonse Allais. La non-écriture par Alphonse Allais des six nouvelles fumistes annoncées. « Alphonse Allais  vous sert avec prestance un ragoût d'absurdismes » peut-on lire dans la presse. Alphonse Allais devient célèbre avec son « Cuirassier qui découche » rapidement transformé par le même Alphonse Allais en monologue sous le titre « La nuit blanche d'un hussard rouge ». Le mardi 25 mai 1880 Alphonse Allais lit en anglais « Le Hareng-Saur » de son ami Charles Cros.. Alphonse Allais fabriquant lui-même des pétards particulièrement bruyants. Alphonse Allais faisant lui-même péter ces mêmes pétards au cours d'une séance des Hydropathes. Alphonse Allais coauteur du poème épico-gastronomique « Cacao ». Alphonse Allais et Sapeck, cauchemars des chocolatiers de Paris dont ils vont tester les produits. Le poème de Sapeck et d'Alphonse Allais est une liste de plusieurs pages du genre « Chocolat Lombard, Chocolat Menier/ Chocolat Poulain, Chocolat Perron/ Chocolat Choquard, Chocolat Besnier/ … ». Avec « Les deux Hydropathes » Alphonse Allais signe un exemple suprême du Fumisme (une histoire idiote racontée avec le plus grand sérieux et qui n'aboutit pas). Alphonse Allais reprenant « Les deux Hydropathes » sous le titre « Histoire fanée ». La quasi systématique reprise des contes d'Alphonse Allais par Alphonse Allais sous un autre titre. Les titres d'Alphonse Allais. La banque des titres d'Alphonse Allais. Alphonse Allais et Villiers de l'Isle-Adam (il improvise chez Nina de Villard au 82 rue des Moines de petits drames fantastiques). Alphonse Allais et Ernest Cabaner, musicien zutiste, auteur d'un sonnet des 7 nombres (ajoutant aux 5 voyelles deux nouvelles eu et ou, les 7 premiers nombres, les notes de la gamme et les couleurs de l'arc-en-ciel. Alphonse Allais appelé aussi Virelai tandis que son ami Charles Cros se prénomme Sirocco.. Les pseudonymes d'Alphonse Allais. La multitude (non totalement recensée) des pseudonymes d'Alphonse Allais. Alphonse Allais a-t-il rencontré Jules Marey chez Camille Flammarion ? Alphonse Allais travaillant avec Charles Cros à la fabrication de pierres précieuses. Alphonse Allais se demandant pourquoi le temps rougit les chapeaux et verdit les redingotes. Dans un carnet de 1881/1883 Charles Cros trace le croquis sommaire des Moteurs à aimants fixes d'Alphonse Allais. Alphonse Allais inventeur. Alphonse Allais travaillant à une méthode pour colorer de vert les petits pois en conserve. Alphonse Allais inventeur. Alphonse Allais proposant l'intensification du foyer lumineux des vers luisants, l'aquarium dépoli pour poissons timides, le tire-bouchon activé par la force des marées, la maison-ascenseur qui s'enfonce dans le sol jusqu'à l'étage à atteindre etc…etc… C'est décidé, l'inventeur Alphonse Allais ne sera pas pharmacien ni écrivain ni poète mais conteur ! Alphonse Allais improvisant entre deux bocks à la terrasse du Café Napolitain. Alphonse Allais le matin devant un quinquina au Café de la Gare à Honfleur (ses manuscrits, jamais datés, seront toujours écrits sur des papiers à en-tête de cafés et de brasseries) Alphonse Allais appelant ses chroniques des chroniquettes. Alphonse Allais et les terrasses de café. L'amour d'Alphonse Allais pour les terrasses de café « la conception la plus flatteuse du paradis serait pour moi une terrasse de café d'où l'on ne partirait plus jamais ». L'emploi du temps d'Alphonse Allais. Alphonse Allais joue aux dominos au tric trac et au jacquet. Alphonse Allais joue au poker. Alphonse Allais raffole des tripes à la mode de Caen. La passion d'Alphonse Allais pour la règle de trois. Alphonse Allais et l'orthographe. Sous le nom de Francisque Sarcey, chroniqueur académique connu, Alphonse Allais se préoccupe de la reform de lortograf et se demande si on doit dire « Je suis allé, J'ai été, Je fus ou plus simplement Je suis-t-été. » Alphonse Allais et la ponctuation. Les parenthèses d'Alphonse Allais « On étouffe ici !Permettez que j'ouvre une parenthèse ». Alphonse Allais et les points. Alphonse Allais pouvant en aligner deux lignes, par exemple au moment de la réconciliation entre Raoul et Marguerite dans « Un drame bien parisien ». « Un drame bien parisien » d'Alphonse Allais rendant perplexe Umbert Eco qui un siècle plus tard le déclarera « difficile à résumer et susceptible de produire des résultats discordants. » Alphonse Allais en mécanicien de la fantaisie. Alphonse Allais en clown de la logique. Alphonse Allais écrivant cocktail avec un trait d'union. Les points d'exclamation dans les titres des livres d'Alphonse Allais. « Vive la vie ! » « Pas de bile ! ». Max Jacob lecteur d'Alphonse Allais. Alphonse Allais s'assied à une terrasse de café un jour de tempête «  Garçon ! un quinquina et moins de vent ! » (la même histoire se passe à Toulon avec le mistral et deux vermouth-grenadine). Au cours d'un voyage en Belgique Alphonse Allais envoie à un ami un bouchon sur lequel est écrit « Souvenir de Liège ». Chaque vendredi Alphonse Allais participe aux réunions des Hirsutes, café de l'Avenir, place Saint Michel. Alphonse Allais collaborateur régulier du « Chat noir » (cygne d'étang, au cabaret, en qualité de chef de batterie Alphonse Allais tient la grosse caisse et roule du tambour au Théâtre d'ombre.) Alphonse Allais signant AA un texte à propos d'un musicien ogival et gymnopédique qui s'appelle Eric Satie et qu'il avait baptisé Esotérik Satie. Le premier volume des Œuvres Anthumes d'Alphonse Allais sera « À se tordre ». Alphonse Allais veut épouser Jeanne avril, danseuse du quadrille du moulin rouge composé de la Goulue, Rayon d'or, Grille d'égout, Nini Pattes-en-l'air et Valentin le Désossé. Alphonse Allais épouse Marguerite. (À l'hôtel, avant sa nuit de noces il se rend au bar et demande un porto dans un grand verre. Le barman qui le connaît lui déconseille le porto qui a un effet déprimant et lui recommande du Xéres, classique pour ce genre d'aventure. Alphonse Allais obtempère. Va pour le Xéres. Le lendemain matin, très pâle Alphonse Allais dit au barman « Donne moi du Xeres et fais porter une bouteille de porto à ma femme ».). Alphonse Allais ami de Léon Bloy. Alphonse Allais déclarant « Le respect est un sens qui me manque absolument ». Jules Renard parlant de « la barbe de fauve apprivoisé pour serre parisienne » d'Alphonse Allais. Sur la longue face mélancolique rouge brique selon certains, rose de viande fraîche selon d'autres, la barbe blonde puis grise d'Alphonse Allais. La raie dans les cheveux blonds puis gris d'Alphonse Allais. La raie sur le côté gauche de la tête d'Alphonse Allais. Les pantalons à carreaux (jaune et noir) d'Alphonse Allais. Les cols cassés d'Alphonse Allais et la cravate à gros nœud d'Alphonse Allais. Alphonse Allais porte un melon en ville et un canotier à la campagne. Un 25 décembre Alphonse Allais note «  Le col de pardessus relevé, les mains dans les poches, j'allais par les rues brumeuses et froides en cet état d'abrutissement vague qui tend à devenir un état normal chez moi depuis quelques temps. ». Mélancolique Alphonse Allais. Alphonse Allais neurasthénique et alcoolique. Le goût qu'Alphonse Allais avait pour le macabre. Alphonse Allais et le crime. Le nombre et la variété de crimes dans les œuvres anthumes et posthumes d'Alphonse Allais. « Le Coffret de Santal » de Charles Cros dans la poche de la veste d'Alphonse Allais. Alphonse Allais se traitant de « moraliste insuffisant ». Alphonse Allais observant qu'il n'y a qu'en Belgique qu'on imite bien l'accent belge. Alphonse Allais notant scrupuleusement les accents régionaux (« Ja tann tann tann tô nine » dit une petite fille marseillaise qui attend tante Antonine). Alphonse Allais attribuant à un poète sourd-muet des rimes riches à l'œil (homographes mais non homophones). Alphonse Allais sous titrant un « Poème morne » par « traduit du suisse ». Alphonse Allais deux ans plus tard déclarant ce même poème traduit du belge. Alphonse Allais et son aphorisme fêlé « Les pommes de terre cuites sont plus faciles à digérer que les pommes en terre cuite ». Alphonse Allais horrible travailleur « J'appelle cabinet de travail une pièce munie d'un canapé ou, à son défaut, d'un lit sur quoi, dans la journée s'étendre aux heures où l'on ne se trouve pas à table ou au café. » Alphonse Allais quittant Paris pour s'installer à Honfleur, dans la villa Baudelaire (la maison-joujou du vieil Aupick). Alphonse Allais élève une chèvre dans son jardin. Alphonse Allais revient à Paris. Alphonse Allais quitte Flammarion et Ollendorf pour les éditions de La revue Blanche. Dans « Le journal » Alphonse Allais prétend que le gouvernement a le projet de transformer La Tour Eiffel en une immense boite vitrée qu'on remplirait de pois verts jusqu'au centième mètre, de haricots blancs jusqu'au deux centième et le reste de haricots rouges. Alphonse Allais et son « J'admets la Commune en bloc et je professe à l'égard de cette magnifique insurrection un intérêt sans borne ». Alphonse Allais et son Captain Cap. Alphonse Allais dédiant un de ses contes à Georges Darien «  auteur de cet admirable Voleur qu'on devrait voir entre toutes les mains dignes de ce nom ». Madame Rachilde proclamant Alphonse Allais « le premier et dernier anarchiste de France » (mais avec lui on ne saute que de joie précise Willie). Les portraits d'Alphonse Allais : celui lithographié par Henri Pichon d'après une photographie au format d'une affiche pour Le Journal + celui en pied par Capiello (les mains dans les poches de son pantalon à carreaux jaunes) + la photo vignette à coller dans l'Album des Célébrités de la deuxième collection Felix Potin + sa photo sur un chromo des Biscuits Lefèvre-Utile à la gloire du Captain Cap… Alphonse Allais mondain. Alphonse Allais proie des caricaturistes. Alphonse Allais homophobe et signant une note ordurière concernant Pierre Loti. Alphonse Allais proposant d'helvétiser la Corse en confiant l'hôtellerie de l'île à des suisses plus compétents. Alphonse Allais ne datant jamais ses lettres. Alphonse Allais n'hésitant pas à publier quatre fois la même chronique sous des titres différents. Alphonse Allais artiste. Alphonse Allais figurant au catalogue des Incohérents avec plusieurs pièces dont l'une intitulée « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige » (Alphonse Allais a collé au mur une feuille de bristol absolument blanche.) Alphonse Allais et les monochromes. Les titres des monochromes d'Alphonse Allais. Le monochrome rouge d'Alphonse Allais sous titré par Alphonse Allais «  Récolte de tomates sur les bords de la mer rouge par les cardinaux apoplectiques (effet d'aurore boréale offerte à ss Léon XIII comme denier de St Pierre) ». Le monochrome vert d'Alphonse Allais sous titré par Alphonse Allais « Des souteneurs encore dans la force de l'âge et le ventre dans l'herbe boivent de l'absinthe ». Le monochrome gris d'Alphonse Allais sous titré par Alphonse Allais « Rondes de pochards dans le brouillard. Alphonse Allais envisageant bien avant Yves Klein et son album Yves-Peintures, de tirer des multiples de ses monochromes. L'album primo-avrilesque d'Alphonse Allais réimprimé en 1987 avec une préface de Pol Bury. Alphonse Allais séjournant à Marseille (Hôtel de Genève, non loin du vieux Port aujourd'hui New-Hôtel où descendent Paul Otchakovsky Laurens et Emmelene Landon). Alphonse Allais s'embarquant un 9 juin au Havre à destination du Canada via New-York. Avez-vous remarqué qu'Alphonse Allais a les mêmes initiales qu'Antonin Artaud ? Les mains d'Alphonse Allais. Les très belles mains d'Alphonse Allais. Alphonse Allais découvreur de poètes amorphes. Alphonse Allais aimant le théâtre de Maeterlinck. Alphonse Allais aussi astucieux qu'implacable. Alphonse Allais triste. Alphonse Allais à Tamaris. La cruauté d'Alphonse Allais. Les lecteurs d'Alphonse Allais. Alphonse Allais à Toulon. Alphonse Allais mystificateur. Alphonse Allais cruel. Alphonse Allais atteint de monostiques. Alphonse Allais comique. Le comique violent et définitif d'Alphonse Allais. Alphonse Allais ratant son coup. Alphonse Allais dans l'anthologie de Breton. Alphonse Allais dans l'urinoir de Duchamp (puis macabrement dans sa baignoire). Le retour d'Alphonse Allais. Alphonse Allais pillé. Alphonse Allais pillé génialement par Duchamp, médiocrement par d'autres. Alphonse Allais et ses chapitres fantômes. Alphonse Allais et Sacha Guitry. Sacha Guitry se souvenant d'Alphonse Allais : « Il était libre absolument. Sa situation d'écrivain était à peu prés nulle. Il n'avait pas de passé, se savait sans avenir, vivait au jour le jour… ». Alphonse Allais et Alfred Jarry. Alphonse Allais et Raymond Roussel. Alphonse Allais et Isidore Ducasse. Alphonse Allais et Frederic Nietzsche. Alphonse Allais et Xavier Forneret. Alphonse Allais et Jean Pierre Brisset. Alphonse Allais et Max Ernst. L'ironisme d'affirmation chez Alphonse Allais. Le régime des mots chez Alphonse Allais. Alphonse Allais et Picabia. Alphonse Allais et Franz Kafka. Alphonse Allais sans Mary Krysinska (seule femme poète admise aux séances psychopathes et zutistes). Alphonse Allais et Jacques Vaché. Alphonse Allais et Caradec. « Prosit Caradec !» dit Alphonse Allais (et il lève son verre). Alphonse Allais et le SMS (il intitule un de ses romans qu'il n'écrira pas par un groupe de lettres O DS FMR). Alphonse Allais sans sa mère (quasi centenaire, elle lui survivra). L'ambulativité d'Alphonse Allais ajoutée à son pas-de-bilisme, à ses sentimentaleuries comme à son ivre-mortisme. Alphonse Allais et la rue d'Amsterdam. L'atelier d'Alphonse Allais au 77 rue d'Amsterdam. Les bars de la rue d'Amsterdam. Alphonse Allais meurt au 24 de la rue d'Amsterdam dans une chambre de l'hôtel Britannia. Alphonse Allais au revoir !




Texte Liliane Giraudon / Mon Allais
© Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2007
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