Biographies

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Mes bien-aimé(e)s
de Liliane Giraudon et Christophe Chemin
Inventaire/Invention éditions,
parution avril 2007
110 pages, 8 €

 

 


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Brecht à 22 ans déclarant «  je fonde mon existence sur le fait que je n'ai qu'une vie ». Brecht faisant de la balançoire. Brecht se souvenant des années après qu'Hedda Khun se lavait toujours avec un savon aux amandes. Brecht à Berlin en 21 se nourrissant de purée de pois chez Aischinger et fumant des cigares bon marché. Brecht faisant poudrer le visage de chaque acteur dans son adaptation de la vie d'Edouard II d'Angleterre de Marlowe. Brecht tentant avec « Dans la jungle des villes » d'améliorer « Les brigands » de Schiller. Brecht fasciné par la liaison Rimbaud/Verlaine. Brecht amateur de combats de boxe, écrivant dans des journaux sportifs et des revues de mode. Brecht imposant à Marie Louise Fleisser des manteaux noirs en laine cardée de coupe étroite et descendant à mi mollet (il fallait porter le manteau très prés du corps mais pas boutonné, en appuyant le coude sur l'estomac). Brecht rêvant d'intéresser les amateurs de sport (selon lui une pièce de théâtre devait être jugée comme une partie de football et un acteur comme un champion de boxe). Brecht militant pour une poésie ayant « une valeur d'usage » et devant être traitée comme un document. Brecht déclarant que la plus grande partie de la production littéraire des dernières décennies aurait aisément pu être évitée grâce à une gymnastique simple et des exercices appropriés au grand air. Brecht déclarant sa poésie écrite pour un accompagnement au banjo et au piano et devant être mimée. Brecht confiant à Benjamin la version obscène de son sonnet de Dante sur Béatrice. Brecht en 33 constatant « quand on fait alliance avec la pauvreté, cela implique qu'on se paupérise ». Brecht quittant Berlin pour Prague le lendemain de l'incendie du Reichstag. Brecht logeant dans un hôtel de la rue du Four, à deux pas de l'appartement de Benjamin. Brecht déjeunant à Meudon chez Renoir et goûtant sa cuisine. Brecht adressant au Theater Union de New-York une lettre sous forme de poème « Camarades, la forme des nouvelles pièces / Est nouvelle. Mais pourquoi / Avoir peur du nouveau ? c'est difficile à faire ? / Pour l'exploité, l'éternelle dupe / La vie elle-même est une expérience constante / Et l'acquisition de quelques sous / Une entreprise risquée qui ne s'enseigne nulle part / » Brecht refusant de suivre Ruth à Madrid durant la guerre d'Espagne et lui envoyant un poème à réciter matin et soir : «  Celui que j'aime / M'a dit / Qu'il a besoin de moi / C'est pourquoi / Je fais attention à moi / Et surveille mes pas / De crainte qu'une goutte de pluie / Ne m'abatte / ». Brecht persistant à aller boire des bières dans le restaurant de la gare d'Helsinski infestée d'espions nazis. Brecht offrant un petit éléphant à Margarete Steffin quelques jours avant sa mort dans un hôpital de Moscou. Brecht débarquant un 21 juillet dans le port de Los Angeles après avoir voyagé à bord de l'Annie Johnson en provenance de Manille. Brecht à Hollywood passant ses journées à écouter la radio, lire des romans policiers et jouer aux échecs. Brecht écrivant un scénario pour Fritz Lang. Brecht indigné par le contexte hollywoodien et déclarant « La vue du dépérissement intellectuel me rend malade ».
Brecht préférant le petit appartement new-yorkais de Ruth dans la 57em rue à sa villa californienne. Brecht surveillé par le F.B.I puis sommé de comparaître devant la Commission des Activités anti-américaines. Brecht troquant son passeport d'apatride contre une nationalité autrichienne. Brecht prenant soin d'écarter toute remarque d'ordre privé dans son carnet de travail. Brecht giflé par Ruth Berlau ivre, en plein théâtre. Brecht choisissant d'illustrer un conte chinois pour montrer comment la prétendue république démocratique de Weimar engendra le fascisme. Brecht renonçant à son projet d'écrire une vie d'Einstein. Brecht interprétant le laisser-aller comme un mal politique voire une propension au fascisme. Brecht contenant ses accès de colère en les mimant. Brecht froid, ratatiné, étendu dans son caveau de zinc et se croyant protégé des vers.

 



Texte Liliane Giraudon, dessin Christophe Chemin / Mon Brecht
© Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2006
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