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Topaze et autres nouvelles, de Murakami Ryû
(Topaze — Le jardin public — Le combiné du téléphone — La fille au nez tordu) Nouvelles inédites en français
Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel,
Inventaire/Invention éditions, oct. 2005. 7,50 €

C’est à l’instant où j’ai croisé cet homme que j’ai ressenti comme un truc qui explosait dans mon ventre, même que j’ai pensé que
j’allais m’effondrer là.
Si je devais expliquer pourquoi ça m’a secouée à ce point, je dirais que c’était à cause de la séance, de cette fin d’après-midi de ce samedi-là, que je venais de passer avec un autre type — le genre de type que je détestais — et que j’étais tellement déprimée que je n’avais même plus envie de retourner à l’agence. Je marchais sur Aoyama pour me changer les idées me demandant si je n’allais pas m’acheter quelque chose tout en pensant à cet homme que j’aimais sans discontinuer depuis l’école primaire.
Cet homme, il était auteur compositeur. Il faisait même du cinéma et écrivait des romans de temps en temps. Il devait avoir dépassé les quarante ans, et quand j’ai senti quelque chose se déchirer dans mon ventre, je l’ai suivi du regard jusqu’à ce qu’il monte dans sa voiture de sport et disparaisse. Je l’ai suivi du regard dans son automobile rouge jusqu’à ce que le feu passe au vert, en reniflant la traînée de
parfum qu’il abandonnait derrière lui. Je me
sentais si heureuse, j’ai pensé que si j’avais eu l’âge de ma mère, je me serais mise à prier les mains jointes dans sa direction, et ça m’a fait bizarre de penser ça.
Il y avait une bijouterie à côté du restaurant italien d’où cet homme venait de sortir, et j’ai pénétré dans le magasin. Un homme m’a souri gentiment dans son costume trois pièces, sans rien dire, en regardant fixement mes mains. Il avait une barbe fraîchement taillée. Voici une main à laquelle conviendrait une topaze, il a dit.
Depuis que j’étais entrée dans la bijouterie, j’avais la tête pleine de cet homme auquel je
ne cessais de penser et quand on m’a parlé
de topaze, j’ai cru que c’était cet homme qui s’adressait à moi parce que je faisais que repenser à lui, à son visage, à sa musique, à sa peinture.
En sortant les billets de dix mille yens que m’avait donnés le client, un type que j’avais
eu du mal à supporter et qui avait joué dans
la chambre de l’hôtel avec mon corps nu, dégoulinant de sueur, mon corps qui expurgeait diverses sortes de sécrétions gluantes, en
passant la bague que je venais d’acheter,
je me suis fait l’effet d’être la maîtresse de
mon artiste. Je la prends parce que tu me l’as conseillée, j’ai dit à voix basse. Il y avait moins d’une demi-heure que j’avais pris une douche, mais je sentais ma chatte qui recommençaità mouiller.
J’ai laissé trois billets de dix mille yens tachés sur une face en acompte et j’ai acheté
la bague. Je me sentais tout engourdie depuis le matin, je n’avais rien mangé, et l’haleine
du client qui m’avait ligotée nue et fourré un vibromasseur m’avait donné tantôt envie de vomir. En examinant la porte et la carte du
restaurant italien d’où était sorti mon artiste, j’ai eu la sensation que ce restaurant n’était pas un restaurant mais une église, et j’ai pénétré dans ce lieu avec le désir d’y faire une prière. Un garçon de grande taille m’a indiqué une table dans un coin discret.
Que désirez-vous boire ? a-t-il demandé. Une bière, j’ai répondu et quand il m’a tendu la carte sur laquelle était dessiné un petit chat, j’ai prononcé le nom de mon artiste en demandant s’il venait souvent ici ? Cela faisait bien deux mois que nous ne l’avions pas vu, m’a dit le garçon en me souriant vraiment gentiment. Il était très grand.
J’ai bu une bière et mangé le plat de
poisson que m’a recommandé le garçon. Je me faisais réellement l’effet d’être devenue la
maîtresse de mon artiste et j’avais l’impression que nous venions de bavarder plusieurs heures durant de la nuit que nous venions de passer ensemble — on avait fait l’amour... comment dire ? d’une façon... animale — et comme il était très connu, il était sorti le premier du
restaurant. J’étais en train de m’imaginer
diverses choses dans le genre lorsque mon biper a sonné.
Le signal du biper a résonné dans la salle du restaurant, un bruit intermittent semblable à celui d’une paire de ciseaux en train de cisailler un morceau de papier épais, et moi qui rêvais toute seule béatement, je suis retombée
brutalement sur terre.
— Et alors, qu’est-ce que tu fabriques ?
Le téléphone se trouvait à côté de la caisse, et le garçon qui n’avait pas cessé une seconde d’être gentil avec moi et qui notait je ne sais quoi sur une grande feuille de papier m’a regardée avec un air de dire : Vous êtes très demandée ! Je me suis sentie me remplir de honte, et mon cœur s’est mis brutalementà battre en entendant la voix éraillée de la patronne qui s’écoulait du combiné, comme
si j’avais été surprise par ma propre mère en train de me caresser la chatte.
— Akiko, on est samedi aujourd’hui. On commence à recevoir pas mal d’appels.
La voix crachotante de la patronne s’est engouffrée dans mon rêve et l’a avalé en
l’éparpillant dans un trou noir comme s’il avait été happé par la langue gluante d’un reptile.
— Excusez-moi, j’ai dit à voix basse.
— Où es-tu ? Aoyama ? Ah bon ! Tu déjeunes ! Monsieur... Comment s’appelle-t-il déjà celui-là ? Celui de Kyoto. Oui, le médecin. Le client de Yoshie. Tu vois qui je veux dire ? Oui, c’est lui. M. Yamagishi ! Oui, eh bien, Yoshie a ses règles et elle ne peut pas travailler aujourd’hui. Je voudrais que tu y ailles à sa place.
Oui. Deux heures seulement. Et si tu lui fais ça bien, le médecin prolongera sans doute la
séance. Yoshie, elle arrive toujours à prolonger la séance d’une heure ou deux et prend
entre cent et deux cents mille yens. Rends-toi
directement à l’hôtel. Le médecin, il aime bien les lavements alors ne mange pas trop sinon
tu risques d’avoir envie de vomir.
Lorsque j’ai raccroché, j’ai eu l’impression que le sourire avait disparu du visage du
garçon de grande taille et j’ai compris que
je venais de me mettre à rougir. J’avais les joues brûlantes. En quittant le restaurant,
les accessoires que j’utilise pour les séances sadomaso, et que j’avais fourrés dans mon grand sac noir, ont produit un bruit de
quincaillerie en s’entrechoquant, et j’ai eu
l’impression d’entendre toutes les saloperies que me balancent les clients pour m’humilier.
Il ne restait pas même l’ombre d’un
ectoplasme du rêve que m’avait donné mon artiste.
Yamagishi, ce client, il ne devait pas
encore avoir trente ans. Il avait les épaules
larges, il était assez musclé, c’était pas le type de client que je détestais. Plutôt belle gueule, des doigts longs comme ceux d’un pianiste,
il avait mis une eau de Cologne que je ne connaissais pas, et j’avais un peu honte de
me mettre nue devant lui.
Vous voulez bien éteindre la lumière ? je
lui ai demandé. Il a éteint en souriant mais, à la place, il a ouvert en grand les rideaux et m’a ordonné de me tenir au centre et face à la
baie vitrée légèrement courbée du New Otani, par laquelle pénétraient les rayons du soleil couchant. Je pouvais voir les autoroutes embouteillées, les voitures et les camions
ressemblaient à des chenilles ou à des larves, et j’ai frissonné de dégoût.
Yamagishi a sorti de son attaché-case
un bonnet de natation de couleur argenté
qu’il m’a demandé d’enfiler. Je l’ai passé après avoir remonté mes cheveux en chignon.
— Dis donc, toi, t’en as une grosse tête !
Voilà ce qu’a déclaré Yamagishi en regardant mon crâne lisse comme celui d’un moine bouddhiste à cause du bonnet de natation.
Il a pris une bière dans le mini-bar et en a
avalé une gorgée. Puis en se tournant vers moi, plantée sur mes talons aiguilles, en petite culotte et soutien-gorge avec mon bonnet de natation, il m’a ordonné de tortiller mon cul pour faire descendre ma petite culotte comme si j’avais été une petite employée de bureau prise d’une envie folle de baiser.
Lorsque je me suis mise à faire onduler mes fesses que baignait la chaleur des derniers rayons du soleil : Je ne te demande pas un exercice de gymnastique ! a t-il dit. Ça m’a fait rire. Il a reposé brutalement la bouteille de bière sur la table : Ne ris pas ! Il avait dit ça sèchement, et j’ai pris peur. Il s’est approché
de moi. Il a arraché mon soutien-gorge et m’a pincé un mamelon. Tu sais que... ! a t-il dit. Puis il a commencé à tirer sur les chairs de ma chatte.
— Connasse ! De qui ris-tu comme ça ?
T’as vraiment plus un brin de personnalité.
Tu dois avoir le cerveau plein d’asticots, je me demande même si tu connais encore le sens
du mot personnalité. Et tu t’imagines que les gens sans personnalité ont le droit de glousser comme tu le fais ?
Yamagishi me tenait par le bout des
mamelons et les agitait. Il tirait sur les lèvres de ma chatte. J’avais tellement envie de pisser que ça me faisait mal, mais comme j’avais
peur qu’il se mette en colère, je me suis retenue et je me suis inclinée plusieurs fois devant lui pour m’excuser.
— Je veux que tu te concentres sur ta
chatte et tes seins, tu comprends ? Si t’as pigé, montre-moi encore comment tu demandes
pardon.
Yamagishi a fini par s’éloigner de moi et s’est installé confortablement dans le canapé en m’abandonnant à la douleur qui tétanisait mes fesses. Je lui ai demandé pardon à genoux en lui léchant un à un chacun de ses orteils. Pendant ce temps, Yamagishi gloussait dans son coin en regardant les prévisions météo à la télévision tout en donnant, avec son pied laissé libre, de petits coups sur ma tête recouverte du bonnet de natation.
Je me suis répété que j’avais le cerveau plein d’asticots en contemplant le bonnet de natation dans le miroir où se réfléchissait
mon image. J’avais réellement l’impression
que seules la pointe de mes seins et ma chatte vivaient en moi. En me répétant ça, j’ai
commencé à avoir la sensation que ces deux seules parties enflaient dans mon corps,
exactement comme la pointe émergeant de
la surface de l’océan d’un iceberg dérivant
dans l’hémisphère Sud. Plus je pensais à ça plus j’avais l’impression que mes deux seins
et les chairs de ma chatte résumaient la
totalité de mon corps. Et comme je pensais à ça, le souvenir de la baise avec le vendeur
d’ordinateurs d’occasion avec qui je sortais encore il y a deux mois est remonté en moi.
Je me suis souvenue comment ce moment où tout mon corps était devenu ma chatte avait été bon. Je faisais onduler mon cul lentement dans le soleil qui se réfléchissait sur le bonnet de natation argenté. Il m’a fait recommencer
plusieurs fois, et ma petite culotte a fini par tomber sur mes chevilles.
La séance avec Yamagishi a duré environ quatre heures, il m’a fait jouir un nombre
incalculable de fois. Yamagishi a éjaculé
deux fois dans ma bouche. Entre la première et la seconde fois, on a regardé ensemble un
film hongrois sur une vidéo minuscule que Yamagishi avait sorti de son attaché-case, un court métrage sur l’histoire d’un jeune garçon qui aimait anormalement les pigeons.
Avant que Yamagishi éjacule une seconde fois dans ma bouche, il m’a demandé de
composer un numéro de téléphone à Kyoto, le numéro d’un snack ou d’un bar qu’il fréquentait. Et dans la baignoire, en m’obligeant à
faire coulisser le vibromasseur dans mon anus
d’où s’écoulait les quatre cents centilitres du
lavement, il m’a demandé tout en le suçant
de dire à la femme que de la merde ruisselait de mon cul ou que le vibromasseur, c’était
vraiment super bon. La femme avait une voix étrange au téléphone et l’air réellement
excitée, elle riait en me répétant : Ah oui ? Comme c’est dégoûtant ! Avale bien tout ! Quand il a éjaculé dans ma bouche, Yamagishi s’est emparé de l’appareil et a crié à plusieurs reprises le prénom de la femme qui, d’une voix d’enfant, lui répondait : Je t’aime, je t’aime, je t’aime...
Yamagishi m’a donné beaucoup plus
d’argent que prévu, j’ai appelé l’agence, et la patronne m’a félicitée. J’ai quitté la chambre. J’étais heureuse. J’ai pris l’ascenseur et j’ai arpenté les longs couloirs du New Otani jusqu’à la vitrine d’une boutique de vêtements pour homme, où j’avais remarqué un manteau de confection italienne. Ce manteau, ça lui irait bien. Et comme je repensais à mon artiste,
je me suis rendu compte que je n’avais plus
au doigt la bague de topaze que je venais
d’acheter.
J’ai appelé aussitôt la chambre de
Yamagishi, mais l’opératrice m’a dit que le client ne voulait pas être dérangé et ne m’a pas passé la chambre. Je suis allée directement aux toilettes pour vider mon sac sur le rabat de la cuvette et vérifier si la bague ne s’était pas
glissée dans mon fouillis. Je ne l’ai pas trouvée.
En remettant les cordes, la poire à
lavement et le vibromasseur dans le sac, j’ai fait tomber au sol une bougie rouge en forme de bite. Elle a roulé sous la porte. En sortant
de la cabine, je suis tombée sur trois filles. L’une d’entre elles avait ramassé la bougie et
l’examinait avec un air étrange. Elle me l’a
tendue en disant : Tenez. Ces filles devaient sans doute participer à une réunion d’étudiantes, deux d’entre elles portaient un kimono à
manches longues, et la fille qui avait ramassé
la bougie une robe du soir en velours. Toutes les trois étaient bien plus jolies que moi, plus
grandes, et j’ai senti mes joues s’enflammer.
Je me suis emparée de la bougie, et comme
je me précipitais pour sortir : Mais qu’est-ce
qui t’arrive ? Attends ! a dit la fille en velours qui me fixait droit dans les yeux en me retenant par la main. Ne bougez pas, ont dit les filles
en kimono.
J’avais de plus en plus honte de moi. Pour sûr, ces filles, elles devaient être du genre de
la femme de Kyoto avec qui j’avais parlé au
téléphone, le genre de filles qui déjeunaient dans les restaurants italiens avec mon artiste, le genre qui se faisaient offrir des bijoux. Et en pensant à ça, j’ai regardé la main de la fille
en velours. Elle avait une bague ravissante à motifs verts. J’ai essayé de me dégager en secouant la main, mais je n’ai pas réussi à me libérer. Tu es bien une..., n’est-ce pas ? Une pute qui fait des trucs dégueulasses avec
des bougies, a dit en souriant méchamment la fille en velours, qui regardait la bougie en forme de bite que je tenais dans l’autre main.
Elle était plus grande que moi d’environ
dix centimètres. Elle avait de grands yeux, très beaux, et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai commencé à paniquer. J’ai senti que j’allais
me mettre à chialer. Lorsqu’elle m’a dit de
m’excuser, je me demande encore pourquoi j’ai fait une chose pareille, mais j’ai mordu le
poignet délicat de la fille en velours.
Je me suis enfuie en les plantant là, je
voulais toujours aller chercher ma bague,
mais comme j’avais entendu les filles crier
qu’il fallait prévenir la sécurité, j’ai traversé
précipitamment le hall de l’hôtel et me suis engouffrée dans un taxi.
— Il vous est arrivé quelque chose ?
Voilà ce que m’a demandé le chauffeur
du taxi en m’examinant dans le rétroviseur. Moi, j’avais pris ma tête dans mes mains et je
pleurais. Je sais bien qu’il ne faut pas aborder de sujets trop délicats avec les clients, je
vous prie de m’excuser, mais j’ai une fille qui
a très exactement votre âge. Je vous en prie,
il ne faut pas vous laisser abattre. Je sais que je n’ai pas à vous dire une chose pareille, mais il n’y a pas que de mauvaises choses en ce bas monde, a déclaré le chauffeur comme s’il avait parlé pour lui-même, et cela m’a mis tellement en colère que si j’avais eu un couteau sous la main, je le lui aurais planté dans le ventre.
— Je le dis souvent à ma fille. L’époque a changé. Oui, ça je veux bien l’admettre. Oui, je le comprends très bien. Mais, voyez, ne dit-on pas qu’il faut dépasser son époque...
En écoutant les propos du chauffeur, j’avais
l’impression qu’un type à l’haleine fétide était en train de me lécher le visage.
— Ta gueule ! Le chauffeur qui avait une tête de lézard aux yeux jaunes a appuyé brutalement sur la pédale du frein et a arrêté le taxi. Imbécile ! Allez tire-toi immédiatement, avec
ta gueule de cochonne, a-t-il hurlé en crachant sur la chaussée.
Je suis retournée à l’agence, la patronne m’a encore félicitée pour les quatre heures de la séance avec Yamagishi. Elle m’a donné un foulard de chez Chanel. J’avais le ventre vide
et je suis allée manger un bol de kitsune udon, puis la patronne m’a dit que je pouvais rentrer, mais moi je me disais qu’il y aurait peut-être encore d’autres appels et que je pourrais
sans doute retourner à l’hôtel New Otani. Mais il était déjà plus de minuit, c’était fini pour aujourd’hui. J’ai quitté l’agence et j’ai marché un moment dans la rue en réfléchissant. J’ai essayé encore de joindre Yamagishi et, comme l’opératrice refusait une nouvelle fois de me passer sa chambre, j’ai décidé de retourner au New Otani.
J’ai arpenté lentement les couloirs pour vérifier que je n’y avais pas fait tomber ma bague quand : Vous avez perdu quelque
chose ? m’a demandé un garçon d’étage en s’approchant. J’ai secoué la tête et me suis éloignée rapidement. Je suis allée au bar.
J’ai bu au comptoir un gin tonic.
Il y avait un groupe de filles accroché à l’autre bout du comptoir. J’ai vérifié que ce
n’étaient pas les filles rencontrées dans les
toilettes tout à l’heure, car cette fois je pensais que je les aurais toutes massacrées. Puis-je m’asseoir ici ? m’a demandé un homme un peu corpulent. Il avait le visage très pâle.
On est restés assis côte à côte environ
cinq minutes, puis il m’a demandé poliment
s’il pouvait m’offrir un verre.
— Excusez-moi de vous importuner. Je
voudrais que vous me laissiez vous offrir un verre. Aujourd’hui, il m’est arrivé beaucoup de bonnes choses.
Je n’ai pas répondu, mais j’ai compris que l’homme commandait au barman un cocktail dont je n’avais encore jamais entendu le nom. Le cocktail était sucré, ça se buvait facilement.
— C’est un cocktail très sucré, à base de tequila, mais attention, c’est assez fort. Alors méfiez-vous si un vieux cochon vous en fait boire plusieurs !
Voilà ce qu’a déclaré l’homme, et ça
m’a fait rire. Il travaillait pour un magazine de musique et m’en a montré un exemplaire.
À la rubrique qui présentait les nouveautés,
il y avait une interview de mon artiste. J’ai bien cru que j’allais déchirer la page et l’avaler.
— Je suis une admiratrice !
— Il est jeune mais il a des manières très curieuses, a dit l’homme en allumant une fine cigarette de fabrication étrangère.
— Ah bon ? Vous trouvez ? Sans doute parce que cet homme est une star depuis très
longtemps. Vous le connaissez ?
— Oui, depuis ses débuts. Il nous arrive
de jouer parfois au golf. Comment dire ? C’est un homme qui a une forte personnalité.
L’homme au visage très pâle s’était
parfumé avec Aramis. Moi, je trouvais que ça puait, mais il m’a proposé de téléphoner à mon artiste pour me faire entendre sa voix sur son répondeur. J’avais le cœur qui battait très fort, j’en aurais presque pleurer de joie, mais j’ai été incapable de laisser un message. J’ai suivi l’homme dans sa chambre. Sa bite était encore plus blanche que son visage. Je l’ai sucé et l’ai laissé m’enfiler.
J’ai hésité longtemps, mais comme j’étais remontée à cause de l’alcool que j’avais bu, je me suis plantée devant la porte de la chambre de Yamagishi et j’ai appuyé sur la sonnette.
Yamagishi est apparu sur le seuil en
peignoir. Il m’a pris une main et m’a passé la topaze à un doigt :
— Elle est un peu grande, tu devrais
retourner là où tu l’as achetée et demander qu’on te la resserre un peu.
J’ai fondu en larmes.
— Allez entre.
Yamagishi m’a laissé pénétrer dans sa chambre et m’a offert une bière.
— Laissez moi dormir avec vous, je ne demanderai pas d’argent. Désolé, mais je
travaille tôt demain, a t-il répondu en m’embrassant le visage et les joues. Il m’a
raccompagné jusqu’à l’ascenseur.
Je suis rentrée chez moi. J’ai sorti de mon sac le magazine que m’avait donné l’homme
au visage très pâle. J’ai découpé la photo de mon artiste et je l’ai collée au mur. Je t’aime, j’ai répété en embrassant la photo minuscule.
J’avais l’impression d’être amoureuse d’une poupée et j’étais heureuse. J’ai eu envie
d’entendre la voix d’une amie de lycée et je
l’ai appelée. Puis, j’ai contemplé la bague de
topaze pendant au moins une heure.
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