On ne peut pas être aimé
de tout le monde.
Après tout, quand on regarde autour
de soi, c'est plutôt rassurant.
Je suis incapable d'aimer qui n'a pas,
d'un côté, fait en lui place au désespoir
et, d'autre part, décidé de n'en pas faire une
histoire et de vivre pleinement, pour de bon, malgré
tout.
En amour, il faut avoir le courage de vivre
sans promesses. Savoir ce qu'elles tuent.
C'est dans l'accomplissement des gestes
les plus futiles que l'on ressent avec le plus d'acuité
l'absence de l'aimé.
Peut-être justement parce que son
absence rend tout geste futile.
D'abord, l'absence de l'aimé est
plaisir, excitation : on vit dans l'attente du prochain rendez-vous,
on y pense sans cesse. Puis elle devient douleur, la séparation
se fait insupportable. Enfin l'absence n'est plus absence
mais amputation d'une partie de soi-même : on ne peut
plus penser.
Vivrait-on avec ceux qu'on aime uniquement
pour se libérer l'esprit ? Certains couples donnent
cette impression : s'approprier l'autre pour avoir la paix
et vaquer ailleurs. Façon toute sociale
de basculer dans l'opposé de l'amour.
Qui ne sait recevoir est incapable de donner
: il ne fait que payer.
Longtemps j'ai refusé de me faire
confiance. Longtemps, lorsque je rencontrais quelqu'un et
que pour quelque raison je le jugeais mal, je m'en faisais
le reproche : ce n'était pas lui qui était lourd,
ou bête, ou abruti, c'était moi qui étais
bourrée de préjugés et incapable de l'apprécier.
Cette attitude m'a fait commettre les plus graves erreurs.
Aujourd'hui, quoi qu'il arrive, j'écoute
ma première impression. Il est moins grave, après
tout, de passer sans s'arrêter devant quelqu'un de plus
intelligent qu'on ne le croyait que de passer dix ans auprès
d'un imbécile.
Être vieux, c'est ne plus être
capable de mourir d'amour.
J'aime tout homme à qui je pourrais
dire : tu me fais des idées.
L'amour, c'est être félin
pour l'autre.
À chaque jour suffit, aussi, son
plaisir.
Le plaisir que l'on tire de peu de chose
est d'autant plus profond que la conscience est vive de la
petitesse de cette chose.
La vraie générosité
: être capable de donner ce qu'on n'a pas soi-même
reçu.
Un frère ou une sur, c'est
d'abord un égal. Quelqu'un qui connaît vos défauts
mais préfère vos qualités/dont on connaît
les défauts mais dont on préfère les
qualités, quelqu'un qui vous écoute et sait
vous entendre/que l'on écoute et que l'on sait entendre,
quelqu'un qui connaît vos points faibles et vos lieux
de souffrance mais sait les respecter/dont on connaît
les points faibles et les lieux de souffrance mais que l'on
sait respecter. Le rapport fraternel est un lien d'inconditionnalité
mutuelle fondé sur la reconnaissance de la liberté
et de l'indépendance de chacun.
Après des années de confiance
et d'épreuves, on peut compter dans son entourage deux,
trois, quatre frères et surs élus. Rarement
davantage.
Parfois, mais c'est plus rare, on en rencontre
dans sa famille.
Méfie-toi d'un homme de quarante
ans qui n'a pas d'amis : ce ne peut être qu'un traître.
L'idée que tous les êtres
ont quelque chose d'exceptionnel est une idée romantique
dont je ne parviens pas à me défaire
complètement : je continue d'éprouver une certaine
difficulté à admettre qu'il y aurait «
des cons », que « c'est comme ça »,
et que « c'est normal ». Aussi ai-je imaginé
une façon de contourner la question : chacun est l'être
exceptionnel de quelqu'un ; proposition qui a pour corollaire
: on est nécessairement le « con » de quelqu'un.
Toute la question est, dans le premier
cas, de trouver ce quelqu'un, dans le second, de l'éviter.
Lorsque, enfant, j'entendais mes parents
évoquer des événements qui s'étaient
produits avant ma naissance et que, souhaitant me repérer,
je demandais : « J'avais quel âge ? », ma
mère invariablement répondait :
« À l'époque, tu n'étais
qu'une petite lueur dans le regard de ton père. »
Phrase généralement accueillie par un puissant
éclat de rire de mon père, qui me faisait rentrer
sous terre.
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