La ville est ce cri
de François Bon
Un petit livre
d'Inventaire/Invention
5 € / 44 pages

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inédit


 







ision qu'un monde s'écroule où dedans nous sommes

 

 

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ombre hallucinée
la ville
les yeux du monde









« les murs, les rues, les corps ici n'ont plus de repère »

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attendre
casser
fuir non






« même le rire sonnait faux
– prisonniers de la pierre et du ciment, des vitres et de la tôle, rebondissant dans les éternelles limites des feux et ronds-points, la même ville pourtant et pareillement immobile »


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dans la déchirure
ce qui craque
matière
un bruit sec









« ouvre-moi les portes de verre »

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le front penché
béton
les mains sur le mur
le sol est vertical
danger








« tu me parles et le ciel chavire, un cri »

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contrainte
loi de répétition
une voiture dans la ville









« tant de route et nous ne parlions pas
– n'avions pas parlé »


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essai
hésite
pluie sur la vitre
âcreté









« comme un jour dans ces rues perdu et le monde tout entier fermé »

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défaire le bruit qui vient
aux murs aux visages
trouver l'horizon agrandi
où courir
où attendre





« trop de mots écrits et dits, trop de paroles et trop d'enseignes, on voulait quelquefois, disait-elle, tout brûler
– et pourtant »


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nous sommes sages
sur la place
des tables
et celui qui passait en criant
celui à ce moment-là précisément
qui levait les bras et hurlait
un jour ordinaire





« tu détenais t'imagines-tu l'explication forcée et la loi exacte des circulations »

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rentrer
au plus juste des corps
tenter
au plus précis des doigts
effrayer
autant qu'on l'a été






« on inventait de vivre et rien ne répondait qui nous accueille »

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ce qu'on accepte
pour le plus simple chemin
celui
devant soi tout
devant







« ne prendre rien »

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criant
puis épuisé
hurlant
puis encore marcher
appelant





« parce qu'à ce carrefour dans la rue, traversant, tu cherches leurs yeux et qu'eux ne te regardent pas
– il n'y a pas d'issue »


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frein
brutalement
la musique lourdement continuait
un vélo, un ballon, tache rouge d'un pull
et toi tremblant







« instant après instant le besoin permanent de fuir et l'enfreindre, équilibre jamais
– dire simplement : je m'en vais et tu n'en es plus capable »


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calculs heurts débâcle non caresse couleurs : le jaune et puis
l'ensemble des réflexions
surfaces une percussion sourde
dans les yeux
la vision








« perdus, tous perdus »

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errer comme apprendre un peu de mort












« la voûte, le nouveau virage, et le chant étonnant d'un monde renversé »

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marcher sur un fil
un trottoir surplombe
le plus grand vide







« tu oublierais, il le faudrait, les vertiges, dans les tempes ce qui cogne et l'échancrure du ciel tout au bout de la rue un seul faisceau balayant et tournant
– s'appuyer un instant sur une carrosserie froide, la tôle reflétait aussi ton visage »


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ce n'était pas écrire
arrêter le métal dans les poings
immobiliser
ce qui tourne sous les yeux
bord de route


« dans le double feu rouge clignotant d'arrêt d'urgence à même le volant et sans même arrêter le moteur puis déboîter et repartir haut-parleurs la musique mise trop forte étouffer peut-être le monde depuis les immeubles partout défilant dans les zones d'entrepôt les parcs de consommation répétant les têtes blêmes derrière encore les vitres masses surface tendue et légèrement sphérique de la ville
– ce n'était pas écrire »


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filer seulement comme on fait dans les phares
la seule contrainte
ne pas regarder arrière
déchirure encore
mais c'est dans le crâne au fond







« et pareillement les mots qui ne se rejoindraient plus
– les grandes tours à distance »


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la lumière même trouée / ciment
la lumière trouée / bruit
fenêtres des cars / accident
seul un éclat bleu
lumière trouée







« le vélomoteur couché, la sirène grandissante et cette roue qui tournait en l'air, eux penchés sur le corps
– nous avions continué »


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bruit formidable de ce qui est
un seul tremblement grand
coup sourd l'intérieur grogne
un sifflement lacère toutes surfaces de la ville
prend en spirale toutes tentatives verticales
sifflement encore la déchirure portée dans l'image même
où la ville gronde






« passe »

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provisoire harmonie
au-dessus des choses rudes
la surface même
de ciment








« et les têtes et les bras et les yeux et les mains
– désarroi »


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hostilité
c'est tambours et tôles comme le cri tenu d'un archet
dans l'aigu













« leurs moteurs »

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timbre éclaté
fragments d'orgue qui volent
puis silence











« le jeu instinctif d'embrayage et d'accélération, le paysage gris qui obéit »

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fracas repoussé
ils veulent régler notre vie
on brise










« s'en aller, s'en aller nous appartenait encore, c'était rouler de péage à péage »


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aboiement de rues
et les immeubles sur le sol au-dessus
vol sombre où
comme tournoiement de masses
les lumières appellent







« plus rien à sa place que toi-même, immobile croyais-tu
– on avait pu freiner à temps »


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éblouissement parfois
soleil rasant
la ville au loin illusion ocre
découpures









« comme un jouet posé là
– musique qui n'en finit pas de s'éteindre, te poursuit »


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et ceux qui n'avaient rien
quand on s'arrête
ils viennent aux vitres et tendent un carton










« ces musiques qu'en roulant tu écoutes leur ressemblent plus qu'à toi
– non »


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et glissement des têtes
comme tirées par un fil
flottant corps remorqué
emballé de fripes
jusqu'à trouver niche








« au soir il n'y avait plus personne
– que ceux qui n'ont pas d'alvéole à leur taille »


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comme si parfois
dans la ville rangée
il te fallait pousser toi-même
la tôle les vitres le moteur
peiner tant
pour garder sa place au monde au milieu de toutes choses








« eux s'en moquent bien »


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extirper du ciel lourd tout le son qu'il contient
déploie
au travers de l'air opaque
un trait de scie
métal
la ville s'ouvre






« on entendait au loin, t'en souviens-tu, comme le souvenir d'instruments ordonnés et qu'un camion brusquement remplace »


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déchirure trois
lever horizontalement
la peau de la terre
et ces rues partout qui liaient la ville au monde par leurs lanières de bitume







« puis tout serait retombé
– au fond des yeux un pan violet mauve, et eux tous immobiles, terrorisés, avant que tout reprenne à l'ordinaire »


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puis encore
marche à pied
rues interminablement refaites
vacarme de tout










« habiter
– non »


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au fond du crâne quadruple violence
un monde s'éveille
ville, ville de tous les jours, ville












« au fond reste le fou qui simplement je »

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François Bon (http://www.remue.net/ )

Du même auteur, lire également dans la revue

- Abîme aujourd'hui la ville, n'importe quelle ville
- Souci



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