2001 - 2002........................................................................
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avant-propos

 

 
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N'ai-je rien ? , par Xavier Person
     
 
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entretien avec Valérie Rouzeau

Entretien avec Valérie Rouzeau, réalisé par Garance Jousset et Patrick Cahuzac

P.C. : Est-ce que tu peux nous expliquer comment s'est déroulée ta résidence à Pantin et, pour commencer, les raisons du choix de cette ville ?
V.R. : C'est au départ une invitation de la bibliothèque et du Conseil général . Les bibliothécaires de Pantin avaient, depuis longtemps, l'envie de faire quelque chose avec moi. Elles avaient publié Pas revoir, un poème que j'ai écrit pour mon père, dans leur revue Tapage. Xavier Person, au Conseil général, avait lui aussi ce désir et il a proposé que nous nous rencontrions : c'est ainsi qu'on en est arrivé à ce qui, plutôt qu'une "résidence" est devenu " poète associé aux bibliothèques de la ville de Pantin. Après il a fallu inventer tout le reste : est-ce que j'allais animer des ateliers d'écriture alors que je gagne ma vie comme cela ? J'avais envie d'autre chose et nous sommes partis sur l'idée d'ateliers de lecture et là j'apportais ma bibliothèque de poésie contemporaine.

P.C. : Comment est née cette idée de " Cabane poétique " qu'on a pu voir à Pantin, pendant ta résidence ?
V.R. : C'est en papotant avec les bibliothécaires que cette idée nous est venue. Cela nous faisait rire. Elles me demandaient à quoi ressemblait ma cabane de gamine, justement, et je leur ai répondu qu'elles auraient bien du mal à la reconstituer parce qu'en fait ma cabane, c'était une vieille estafette que mon père avait prise au grappin avec sa grue et qu'il avait décidé de m'offrir comme cadeau de Noël. Mettre une vieille estafette dans une bibliothèque, ce n'était pas possible. Par contre, on pouvait aller chercher des matériaux sur la casse de ferraille de mon père aujourd'hui à l'abandon. C'est ce qu'on fait Pascal Sochet et Christine Garrez qui, elle, a pris les photos qu'on peut voir sur le site, tandis que Pascal rapportait une compression et des vieux sièges de bagnoles, des jantes, pour monter cette cabane qui se trouvait dans l'entrée de la bibliothèque Elsa Triolet.
(voir la cabane poétique...)...

P.C. : Que se passait-il dans cette cabane ?
V.R. : J'avais rencontré Christine Groult et les étudiants-compositeurs du Studio électroacoustique de Pantin. On avait décidé d'enregistrer à blanc vingt-deux poètes et chaque compositeur a travaillé à partir des textes de trois ou quatre poètes. On a ainsi obtenu deux lasers qu'on a installé dans la cabane de telle sorte qu'en pénétrant dans la cabane, les visiteurs déclenchaient la diffusion des poèmes enregistrés. C'était une belle aventure.
(voir " poèmes choisis et lus par ... ")

P.C. : Ces lasers sont-ils disponibles ?
V.R. : Georges Monti, des éditions Le temps qu'il fait, a décidé de les éditer. Il l'aurait déjà fait s'il n'y avait eu l'incendie de l'entrepôt des Belles Lettres. Mais normalement le coffret devrait être prêt pour début décembre.

G.J. : Pour revenir à cette cabane, correspondait-elle à une sorte de matérialisation de ta présence ou te permettait-elle de retrouver l'ambiance d'un univers qui t'est familier ?
V.R. : C'était un petit peu les deux. Cette période à Pantin n'était pas une résidence au sens habituel, mais une association et je n'étais donc pas obligée de dormir dans la cabane (Rires). Mais c'était être là, tout de même, par la voix et du fait de toutes ces choses qui venaient de chez mes parents. Et puis, cette cabane était un objet poétique, si on veut.

G.J. : Est-ce que tu as pensé cette cabane comme une sorte d'installation d'artiste ?
V.R. : Je n'y suis pour rien. C'est le travail de Pascal Sochet qui a fait la cabane et puis c'est un peu à cause d'Henri IV. En discutant ensemble, on s'est aperçus qu'on venait du même coin du Berry, près d'Enrichemont, et que ce serait donc facile pour lui d'aller récupérer toutes sortes de matériaux à la casse de mon père. Pourquoi Henri IV ? Parce qu'un de ses hommes d'armes lui aurait dit, en montrant la colline de Sancerre, " T'as vu Henri ch'mont ? " (Rires). Donc rien à voir avec l'art contemporain, c'est plutôt de l'histoire ancienne...

P.C. : Est-ce que tu as écrit pendant le temps de ta " résidence " à Pantin.
V.R. : Non, je n'ai quasiment rien écrit depuis un an, mis à part un tout petit ensemble. Je me suis occupée de traductions. J'ai aussi écrit un petit livre sur Sylvia Plath, qui doit paraître aux éditions Jean-Michel Place et puis j'ai terminé la traduction d'un livre de Sylvia Plath. Je me suis occupée de Sylvia Plath, de Hughes, son mari, mort il y a quatre ans, mais je n'ai pas écrit. Il y a des périodes comme ça où je n'écris pas.

G.J. : Pourquoi avoir choisi, pendant ta résidence, de mettre en valeur la poésie contemporaine plutôt que tes propres textes ?
V.R. : J'aime pas m'ennuyer... Si j'étais venue avec cette rengaine, mes poèmes et moi, moi et mes poèmes... Non... Si j'écris, c'est parce qu'il y en a pleins qui ont écrit et parce que je lis et aussi parce que je n'aime pas beaucoup parler. Je me sens plus légère si je lis les autres. Et puis je donne déjà beaucoup de lectures publiques de mes prores poèmes... Ce projet me proposait un espace de liberté et de l'oxygène. C'est la première année où j'ai aimé gagné ma vie, où je ne suis pas allée au turbin, au charbon. J'étais libre. Il fallait que j'apporte des choses et la poésie contemporaine, c'est mon domaine, je dirais. Les enfants ont l'occasion de découvrir la poésie classique à l'école, mais la poésie contemporaine ? Olivier Bourdelier, par exemple, est publié chez Tarabuste, ce n'est pas si facile de découvrir les poèmes d'Olivier Bourdelier.

(Poésie contemporaine: le choix de Valérie Rouzeau)...

P.C. : Comment s'est passée la collaboration avec le Cifap (centre de formation d'apprentis de la chambre des métiers de la Seine-Saint-Denis) et le Studio d'électroacoustique de Pantin.
V.R. : Au CIFAP, j'ai travaillé avec des apprenties esthéticiennes, des apprenties coiffeuses et des apprenties boulangères. Nous avions décidé d'organiser des ateliers de lecture. Je leur ai proposé une anthologie différente de celle que nous allions enregistrer avec le Studioélectroacoustique, photocopiée, qu'elles emportaient chez elles afin de choisir un poème, de se l'approprier et de me lire ensuite, sans se soucier de lire comme un comédien, mais comme elles le ressentaient. Ça a plus ou moins bien marché car les jeunes filles étaient vraiment très timides, elles n'osaient pas lire devant les copines. C'était un peu difficile mais malgré tout je crois que c'était une bonne expérience. Il y en a même qui ont chanté les chansons qu'elles avaient écrites. Oui, c'était une belle expérience.

P.C. : Cette résidence n'était pas centrée sur ton oeuvre. Elle a plutôt donné lieu à une sorte de dissémination ou de déclinaison de ton travail, de ton univers personnel.
V.R. : J'ai l'impression d'avoir eu beaucoup de chance. Je n'ai pas été parachutée dans une bibliothèque mais choisie par les bibliothécaires comme Marie-Pierre Degea, Odile Belkeddar ou Agnès Bellégo, avec qui je bois des verres, maintenant. Aller à Pantin, ce n'était pas seulement aller gagner sa vie. C'était autre chose. Je ne sais pas si cela s'est passé comme cela avec les autres auteurs en résidence dans le département. Je leur souhaite. Si, à Pantin, nous avons réussi à faire ce que nous avons fait, c'est que nous avions tous envie des mêmes choses au même moment.

P.C. : Ces textes que nous publions sur le site et que tu as confiés pour le livre Les mots des autres, rassemblant des textes des "Ecrivains en Seine-Saint-Denis", les as-tu écrit pendant ta résidence ?
V.R. : Je les ai écrits cet été, en pensant à cette année à Pantin, commencée en octobre, jusqu'en mars-début avril.

P.C. : Penses-tu que cette douzaine de poèmes constitue le commencement d'un travail plus vaste ?
V.R. : Je ne sais pas. Je les ai écrits en pensant réellement à Pantin, à la demande de Xavier Person, qui désirait garder une trace écrite de cette période... À mon avis, c'est un ensemble autonome. Comme Pantin peut être une bulle sur mon propre chemin. Mais après tout, je ne sais pas...

P.C. : Pour revenir à la cabane, à ta Villa Médicis, comme tu l'as toi-même appelée, est-ce qu'on pouvait y voir les photographies de la casse de ton père, prises par Christine Garrez (voir " poèmes choisis et lus par ... ")
V.R. : Les photographies de Christine étaient exposées dans la bibliothèque, mais pas dans la cabane. Ça me faisait drôle, parce qu'elles me donnaient à voir ce que moi je ne voyais plus, que j'ai dû voir quand j'étais gosse mais que je ne voyais plus. Il faut dire que mon père est mort et que ce chantier est à l'abandon. Il n'y a plus que des épaves, du papier qui pourrit, usé par les vents, les neiges et les soleils. Elle a pris cela en photo et parfois j'ai l'impression qu'il s'agit d'un travail de sculpteur... Voir ces épaves rouillées, ces grosses machines coupantes, ces amoncellements de boîtes de conserve, enfin toutes ces choses que mon père récupérait, du vieux chiffon à la bagnole, en passant par le papier, les métaux et puis ces petites fleurs toutes fines qui poussent... Pour moi, il y a là comme un clash romantique, quelque chose de l'oxymore. Je ne pouvais plus voir tout cela. C'était trop chez moi, d'une certaine façon. Ces photos m'ont fait quelque chose, elles m'ont touchée. Je les trouve très belles. Cette fille, Christine Garrez, a un œil.

P.C. : Peux-tu nous parler de ces poètes dont tu t'es " entourée " pendant cette période à Pantin ? Quel rôle, quelle importance ont-ils eus dans ta vie ?
V.R. : Des poètes comme Georges-Louis Godeau, François de Cornière ou Jean-Pierre Georges, ont accompagné ma découverte de la poésie du quotidien quand j'avais dix-huit-vingt ans. Georges-Louis Godeau, je l'ai inclus dans ma " liste " pour des raisons sentimentales. Je ne lis plus ces poètes du quotidien, Jean-Pierre Georges mis à part. Je m'en suis détachée. Tomaz Salamun, je l'ai mis en tête, parce qu'il est rare de rencontrer un vrai poète qui vous remue à ce point. Salamun, c'était ça. Un enchantement. Une grande finesse poétique, un humour à la Satie, comme s'il avait assimilé tous les grands courants et qu'il en gardait un petit sourire et un détachement extraordinaire. Henri Simon Faure, quant à lui, mon compagnon venait de me le faire découvrir. Il est publié au Lérot, on ne voit pas ses livres, nulle part. Depuis j'ai lu tout ce qu'il a publié et j'ai voulu enregistrer ses poèmes avec le Studio électroacoustique. C'était un peu risqué. J'avais huit jours pour me le mettre en bouche, me l'approprier et aller l'enregistrer à Pantin. Je l'ai fait et maintenant c'est mon morceau préféré.

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05
résidence à Pantin
     
ma cabane de gamine...
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08
 
Poésie contemporaine:...
le choix de Valérie Rouzeau...
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poèmes choisis et lus par... (extraits choisis)

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Je pense aux personnes merveilleuses, Valérie Rouzeau lu par Valérie Rouzeau

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biographie & bibliographie...
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retour Ecrivains en [Seine-Saint-Denis]...
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retour Inventaire/Invention...
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