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Patience patience
veloutés par le brouillard
tous les verts de la forêt
travaillent à la naissance
à la naissance du jour






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



On se prend pour un fruit du matin
lorsque debout dans la fraîcheur
et touché par le jeune soleil
on naît de soi comme on sort des brumes
prêt à parler pour la première fois
enfant de ce jardin l'instant
éternel au bord de l'œil







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 



Après la pluie vacance de cristal
brindille au bec un oiseau fend le bleu
on respire à cœur un envoi d'herbe
émané de la dernière eau

soleil cru
œil de silence

on est fendu par la frontière
entre balance et suspens
le secret s'avance d'un pas
le jour se lève sur parler







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 


Voyez le matin comme il me prépare
et l'herbe du pré si elle m'attend
voyez l'eau du lac comme elle me pense
et le bleu du ciel s'il donne à vouloir

voyez le chemin comme il part de moi
si l'eau du ruisseau promène ma soif
voyez comme l'ombre a choisi mes mots
et si le caillou me ramène au temps

voyez l'horizon comme il me rattache
si les vols d'oiseaux m'apprennent à partir
voyez la forêt comme elle m'écoute
et si le silence est fait de ma voix







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 



Donnez-moi le jour donnez-moi la brume
je veux commencer à voir
le lac se construire à partir de rien
l'eau dans l'air quittant le regard
le ciel peu à peu qui s'approche
retenu par les vols d'oiseaux
au bord de l'eau jusqu'à toucher
le soleil devenu domaine







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 



Ecouté par les oiseaux
brusque silence à Paris
le soleil égal sur tout
un seul pas et tu pénètres
dans l'instant bleu de lumière
goutte en suspens sous le ciel
où parler commence à neuf







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



À l'écoute légers
cherchant le presque pas
on voudrait que les morts
sans mentir viennent voir
ce qu'il y a sous attendre
et qui touche au plus rien
quand parler n'est pas là







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Cherchant le vide à plein regard
et que les nuages en passant m'effacent
comme ils font à perte de ciel
lent relâche pour la pensée
l'oubli de moi ouvre sur moi







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



Ce que je vois est- ce que je le vois
on dirait que l'eau me regarde

ce que je sens est- ce que je le sens
le moindre parfum me possède

ce que je sais est- ce que je le sais
mon savoir n'est qu'un invité

ce que je veux est- ce que je le veux
toujours peur de ce que je veux

ce que je vis est- ce que je le vis
en cherchant les mots pour le dire

ce que je suis est- ce que je le suis
en le nommant je le fais fuir







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




En prison dans tes odeurs tu connais ?
l'envie de pleurer pour un non tu connais ?
la solitude à en gémir tu connais ?
la passante belle à désespérer tu connais ?
la branlette qui punit tu connais ?
le chagrin d'avoir tout manqué tu connais ?
la terreur de dire adieu pour mourir tu connais ?

or ce matin la fraîcheur est parfaite
ombres bleues soleil absolu
miracle de respirer







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




À supposer que les oiseaux se taisent
toujours une branche craque au bord de l'écoute

à supposer que le bois ne s'étire pas
toujours on y devine une rumeur de vent

à supposer qu'on n'entende plus le moindre souffle
dans le calme il y a toujours un bruit qui se prépare

à supposer que l'imminent demeure imperceptible
il y a ce bruit de voix que fait la pensée

à supposer que la pensée elle aussi renonce
il reste ce murmure en moi parce que je t'attends

à supposer qu'un jour je renonce à t'attendre
le silence écoutera toujours venir la fin d'attendre







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



La mer vient jusqu'à mes pieds pour que je réfléchisse
elle repart revient au bord de moi pour me tenter

réfléchir à quoi ? encore à l'éternel ?
ou que le retour de l'eau m'ouvre un pays sur la musique ?

oui parle-nous de la mer calme en marche sans bouger
d'où le vertige d'où l'ennui d'où les mots qui s'épuisent

montre-nous le soleil en drapeau sur les risées
et les clébards contents de venir faire dans le sable

ou l'aveugle assis là pour être vu par le bleu
immense et toi venu dégoter quelque chose de pur

plage de ciel sur plage de mer sur plage de sable
on a là de quoi penser droit comme on chie

un bel excrément de méditation qui résume
la minute et clôt l'instant et rêve épais

eh bien pas du tout rien ne se passe on ne pense rien
cherche encore ! mais je cherche ! et je tombe sur rien

sauf le monde vidé par cette mer au bord de moi
l'énorme instant bleu sur bleu qui nous respire

le silence et moi debout jusqu'à la paix du ciel
avec l'obligation insupportable de mourir

en fiancé de ce jour éclatant plein la parole
quand tout est là si net jusqu'au fond de l'œil

à moins que ça soit ça penser rien sur rien et adieu
le moment clair en attendant que la pensée me vienne







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




À la fin les mouettes m'emmerdent avec leurs cris
je ne suis plus très sûr d'aimer ma mer
fils ingrat (je veux bien) que le bleu dévisage
avec ça pas de voix égale à l'océan

j'étais venu nager pour être plus léger que moi
sous la mer j'ai vu la mort fraîche qui m'attendait
je repars plus lourd en mémoire de l'eau
l'eau salée répandue sur ma soif







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Une fille me disant
fais de moi ce que tu veux
mets-toi nue je lui demande
et marche en venant vers moi

que ta peau fasse lumière
laissant bouger le nid d'ombre
où je chercherai plus tard
pour ce qui est du velours
je le tiens de ta démarche
tu le promets pas à pas

nue pour me crever les yeux
nue pour faire l'évidence
nue en marche et qui rapproche
le mystère d'être là

puis advienne que pourra
je te mange tu me bois
à moins que rien ne se fasse
sauf l'éternité qui passe
l'éternité de l'instant
pris dans l'enfance de voir







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Nue tu l'es dans la lumière
au matin de commencer
lorsque l'ombre à l'œil qui cherche
donne à boire la fraîcheur

c'est l'heure où je te vois claire
paraître en suspens debout
sur le seuil de la journée
claire de toi tout sourire







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




En silence elle me tient
par sa main pâle étonnée
elle vient du fond du rêve
c'est pour m'arracher au temps

c'est son rire que j'épouse
au moins pour le bref instant
que dure l'éternité
noire où jouir nous éblouit







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



Gourmandise tes beaux globes
blancs sur blanc quand leur pâleur
a ce parfum de fruits mûrs
auxquels on n'ose pas mordre

fais-les bouger lentement
je réclame leur douceur
la lumière qui vient d'eux
leur silence à pleines mains







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Je donne tout je le redonne
pour ce goût de sueur et de sel
et pour ce goût de propre aussi
ce goût de propre palpitant
auquel on boit mais tout sourire

ces mots pour maintenir l'image
de toi grande ouverte à gémir
au creux du jour quand ma figure
cap sur l'oubli fouille à la source
incarnat que tu laisses voir







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Encore le ciel d'une traite
l'air de l'herbe à pleins poumons
la drague de la mer encore
sur le sable et son rire bas
encore une gorgée de souffle
encore toi sous ton parfum
encore toi l'autre absolue
voix de caresse encore toi
toi soulevée par jouir encore
les yeux fermés pour ton adieu







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



Ton prénom couleur d'appel
tes yeux de miel et d'attente
ta chaleur nue jusqu'aux épaules
ta voix cherchant le rouge vif
la blancheur au cœur de tes gestes

ton odeur de village en été
ton allure oubliant d'être là
tes mains de ballade et d'écoute
ton sourire d'hésitation
ton silence au bord de tout dire







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Les yeux fermés ? les yeux fermés
qui font le noir ? qui font le noir
ils parlent bas ? ils parlent bas
plutôt murmurent ? plutôt murmurent
cœurs emballés ? cœurs emballés
les deux en sueur ? les deux en sueur
les sangs cavalent ? les sangs cavalent
ça sent l'amour ? ça sent l'amour
et les parfums ? et les parfums
les bruits d'amour ? les bruits d'amour
bouches et muqueuses ? bouches et muqueuses
gémir en est ? gémir en est
jouir fait sourire ? jouir fait sourire
soupirs d'encore ? soupirs d'encore
d'encore encore ? d'encore encore
c'est éternel ? c'est éternel
jusqu'à demain ? jusqu'à demain







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Chagrins d'amour à défaut d'amour
ruées de musique à défaut de voix
tous ces dimanches à défaut de fête
la mémoire à défaut d'être là
les voyages à défaut de partir
les discours à défaut de parole

fini les consolations
ni dieu ni maître ni vouloir
pas un mot pas une cadence
je veux regarder le rien en face
ou plutôt me tenir face à lui
et qu'on m'enterre debout dans l'instant

on t'a quitté par peur de toi
tu vas crever de l'amour en fuite
pourtant la joie chuchote à voix basse
nulla dies sine lacrima







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



Glad to be unhappy
(R. Rodgers - L. Hart)



Tu ne vas pas pleurer pour ça ! dit ma voix
(je n'ose pas avouer pourquoi j'étais secoué de larmes)
d'accord sauf qu'après le vie passée à retenir
quel plaisir la brusque ouverture des vannes

au défilé du quatorze juillet l'autre matin c'est bête
dès les premiers flonflons c'était la buée la chair de poule
quelqu'un regrattant quelqu'un de mort c'est ma gourmandise
un enfant meurt un enfant naît devinez si je ruisselle

moi qui me faufilais craintif aux enterrements
c'est tous les jours que je déplore ma disparition
avec soupirs sans soupirs avec ou sans ricanements
on n'est jamais mieux pleuré que par soi-même

venez à moi les enfants battus les errants d'hôpital
les chiens devenus fous les fins de vie en loques
les amours sans espoir les prisonniers par erreur
votre douleur est ma ration de peine

car les grandes eaux c'est quand un chagrin se raconte
à moi seul plein écran comme on s'abandonne
je le recueille en sanglotant pour ne pas hurler
en sanglotant sur le mal aimé qui me ressemble

ne riez pas j'écoute un vrai merci l'effondrement me guette
des retrouvailles ont lieu vingt ans après j'éclate en larmes
l'âme de quelqu'un ne me dites pas qu'elle est magnifique
aussitôt ça veut pleurer par goût de l'innocence

et parlez-moi d'amour heureux c'est le même frisson
non il ne faut pas que j'assiste à la moindre joie
quand elle va puiser ses larmes au fond du vif
parce qu'alors je me vautre inconsolable comme

à ces musiques emportées dans la valse des morts
par la voix qui vous chante et rechante à ciel ouvert
les occasions manquées les regrets trop tard les au revoir
qui vous déchirent jusqu'au nerf en raison du ratage

les larmes aux yeux maintenant c'est tous les jours
j'ai le chagrin à fleur autrefois c'était l'espérance
rincé jusqu'à plus rien comme si l'amour
m'était passé là tout près à deux pas du jamais plus







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Vu les fontaines de fraîcheur dans le moindre feuillage
vu ton regard et la clarté qu'il ouvre en moi
vu ce calme dans l'air qu'on respire une ou deux fois par an
vu les fleuves qui nous traversent avec le froid de leur lumière
vu Ben Webster de pleine ombre et Satchmo tout à l'or du soleil
vu la fillette qui chantonne en s'éloignant sur la route
vu la surprise aveuglante de jouir pour la première fois
vu tes yeux fermés longuement lorsque tu m'embrasses
vu la dérive des nuages à l'intérieur de moi
vu les passantes et leur swing et leur houle ah les passantes
vu les pierres à sel dans le pré et vu Fausto Coppi
vu qu'on ne pèse pas l'instant au nombre de ses morts
vu la robe des Salers et la puissance du chèvrefeuille
vu l'infini de l'herbe
vu le chagrin délicieux promis par ton sourire
vu la mer gagnant sur nous depuis la première rencontre
vu la patience du marcheur dans la brume et les gris
vu la partie de foot improvisée sur la prairie
vu le goût de ton mouillé qui s'impose à ma bouche
vu les flonflons du bal qui vous déchirent lentement
vu la rumeur en forêt
ah j'oubliais vu les chèvres et leur écriture à surprises
et vu l'espérance chevillée au corps de la parole


bon d'accord allez je reste






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



Toute la mer qui bat contre la peau
le ciel qui change l'eau des regards
derrière les yeux toujours des yeux
qui me cherchent à perpétuité

ces fatigues de fumée
me couchant même debout
ce corps allant vers son ombre
c'est moi qui cherche après moi







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




C'est ma dernière levée d'oiseaux
avant de casser le calme de l'air
et cette parole égale aux larmes
en forme de mots cristallins
qui me viennent pour dire adieu
à la journée couchée sur le sable
moi retourné vers le futur sans moi


je vois la mer qui va et vient
le bleu du ciel qui tombe du ciel







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



La nuit gravite autour de la parole
avec lenteur en souvenir
de la descente vers la voûte
aux souffles en marche dans moi

à force de soir on entend
la glisse de la pensée
quand le cœur bat l'espace même
avec l'air qui vous irrigue

le bruit du ciel longe le cours du sang







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 




Respirer mis à part
le plus clair de ta vie
passe à chercher les mots
qui diront comme ils peuvent
le plus clair de ta vie
respirer mis à part

 

 

 

 





Soleil cru ou les mouettes m'emmerdent / Ludovic Janvier






Ludovic Janvier, Soleil cru ou les mouettes m'emmerdent
© Les amis d'Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2003
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