Après la pluie vacance de cristal brindille au bec un oiseau fend le bleu on respire à cur un envoi d'herbe émané de la dernière eau soleil cru il de silence on est fendu par la frontière entre balance et suspens le secret s'avance d'un pas le jour se lève sur parler
Voyez le matin comme il me prépare et l'herbe du pré si elle m'attend voyez l'eau du lac comme elle me pense et le bleu du ciel s'il donne à vouloir voyez le chemin comme il part de moi si l'eau du ruisseau promène ma soif voyez comme l'ombre a choisi mes mots et si le caillou me ramène au temps voyez l'horizon comme il me rattache si les vols d'oiseaux m'apprennent à partir voyez la forêt comme elle m'écoute et si le silence est fait de ma voix
Donnez-moi le jour donnez-moi la brume je veux commencer à voir le lac se construire à partir de rien l'eau dans l'air quittant le regard le ciel peu à peu qui s'approche retenu par les vols d'oiseaux au bord de l'eau jusqu'à toucher le soleil devenu domaine
Ecouté par les oiseaux brusque silence à Paris le soleil égal sur tout un seul pas et tu pénètres dans l'instant bleu de lumière goutte en suspens sous le ciel où parler commence à neuf
À l'écoute légers cherchant le presque pas on voudrait que les morts sans mentir viennent voir ce qu'il y a sous attendre et qui touche au plus rien quand parler n'est pas là
Cherchant le vide à plein regard et que les nuages en passant m'effacent comme ils font à perte de ciel lent relâche pour la pensée l'oubli de moi ouvre sur moi
Ce que je vois est- ce que je le vois on dirait que l'eau me regarde ce que je sens est- ce que je le sens le moindre parfum me possède ce que je sais est- ce que je le sais mon savoir n'est qu'un invité ce que je veux est- ce que je le veux toujours peur de ce que je veux ce que je vis est- ce que je le vis en cherchant les mots pour le dire ce que je suis est- ce que je le suis en le nommant je le fais fuir
En prison dans tes odeurs tu connais ? l'envie de pleurer pour un non tu connais ? la solitude à en gémir tu connais ? la passante belle à désespérer tu connais ? la branlette qui punit tu connais ? le chagrin d'avoir tout manqué tu connais ? la terreur de dire adieu pour mourir tu connais ? or ce matin la fraîcheur est parfaite ombres bleues soleil absolu miracle de respirer
À supposer que les oiseaux se taisent toujours une branche craque au bord de l'écoute à supposer que le bois ne s'étire pas toujours on y devine une rumeur de vent à supposer qu'on n'entende plus le moindre souffle dans le calme il y a toujours un bruit qui se prépare à supposer que l'imminent demeure imperceptible il y a ce bruit de voix que fait la pensée à supposer que la pensée elle aussi renonce il reste ce murmure en moi parce que je t'attends à supposer qu'un jour je renonce à t'attendre le silence écoutera toujours venir la fin d'attendre
La mer vient jusqu'à mes pieds pour que je réfléchisse elle repart revient au bord de moi pour me tenter réfléchir à quoi ? encore à l'éternel ? ou que le retour de l'eau m'ouvre un pays sur la musique ? oui parle-nous de la mer calme en marche sans bouger d'où le vertige d'où l'ennui d'où les mots qui s'épuisent montre-nous le soleil en drapeau sur les risées et les clébards contents de venir faire dans le sable ou l'aveugle assis là pour être vu par le bleu immense et toi venu dégoter quelque chose de pur plage de ciel sur plage de mer sur plage de sable on a là de quoi penser droit comme on chie un bel excrément de méditation qui résume la minute et clôt l'instant et rêve épais eh bien pas du tout rien ne se passe on ne pense rien cherche encore ! mais je cherche ! et je tombe sur rien sauf le monde vidé par cette mer au bord de moi l'énorme instant bleu sur bleu qui nous respire le silence et moi debout jusqu'à la paix du ciel avec l'obligation insupportable de mourir en fiancé de ce jour éclatant plein la parole quand tout est là si net jusqu'au fond de l'il à moins que ça soit ça penser rien sur rien et adieu le moment clair en attendant que la pensée me vienne
À la fin les mouettes m'emmerdent avec leurs cris je ne suis plus très sûr d'aimer ma mer fils ingrat (je veux bien) que le bleu dévisage avec ça pas de voix égale à l'océan j'étais venu nager pour être plus léger que moi sous la mer j'ai vu la mort fraîche qui m'attendait je repars plus lourd en mémoire de l'eau l'eau salée répandue sur ma soif
Une fille me disant fais de moi ce que tu veux mets-toi nue je lui demande et marche en venant vers moi que ta peau fasse lumière laissant bouger le nid d'ombre où je chercherai plus tard pour ce qui est du velours je le tiens de ta démarche tu le promets pas à pas nue pour me crever les yeux nue pour faire l'évidence nue en marche et qui rapproche le mystère d'être là puis advienne que pourra je te mange tu me bois à moins que rien ne se fasse sauf l'éternité qui passe l'éternité de l'instant pris dans l'enfance de voir
Nue tu l'es dans la lumière au matin de commencer lorsque l'ombre à l'il qui cherche donne à boire la fraîcheur c'est l'heure où je te vois claire paraître en suspens debout sur le seuil de la journée claire de toi tout sourire
En silence elle me tient par sa main pâle étonnée elle vient du fond du rêve c'est pour m'arracher au temps c'est son rire que j'épouse au moins pour le bref instant que dure l'éternité noire où jouir nous éblouit
Gourmandise tes beaux globes blancs sur blanc quand leur pâleur a ce parfum de fruits mûrs auxquels on n'ose pas mordre fais-les bouger lentement je réclame leur douceur la lumière qui vient d'eux leur silence à pleines mains
Je donne tout je le redonne pour ce goût de sueur et de sel et pour ce goût de propre aussi ce goût de propre palpitant auquel on boit mais tout sourire ces mots pour maintenir l'image de toi grande ouverte à gémir au creux du jour quand ma figure cap sur l'oubli fouille à la source incarnat que tu laisses voir
Encore le ciel d'une traite l'air de l'herbe à pleins poumons la drague de la mer encore sur le sable et son rire bas encore une gorgée de souffle encore toi sous ton parfum encore toi l'autre absolue voix de caresse encore toi toi soulevée par jouir encore les yeux fermés pour ton adieu
Ton prénom couleur d'appel tes yeux de miel et d'attente ta chaleur nue jusqu'aux épaules ta voix cherchant le rouge vif la blancheur au cur de tes gestes ton odeur de village en été ton allure oubliant d'être là tes mains de ballade et d'écoute ton sourire d'hésitation ton silence au bord de tout dire
Les yeux fermés ? les yeux fermés qui font le noir ? qui font le noir ils parlent bas ? ils parlent bas plutôt murmurent ? plutôt murmurent curs emballés ? curs emballés les deux en sueur ? les deux en sueur les sangs cavalent ? les sangs cavalent ça sent l'amour ? ça sent l'amour et les parfums ? et les parfums les bruits d'amour ? les bruits d'amour bouches et muqueuses ? bouches et muqueuses gémir en est ? gémir en est jouir fait sourire ? jouir fait sourire soupirs d'encore ? soupirs d'encore d'encore encore ? d'encore encore c'est éternel ? c'est éternel jusqu'à demain ? jusqu'à demain
Chagrins d'amour à défaut d'amour ruées de musique à défaut de voix tous ces dimanches à défaut de fête la mémoire à défaut d'être là les voyages à défaut de partir les discours à défaut de parole fini les consolations ni dieu ni maître ni vouloir pas un mot pas une cadence je veux regarder le rien en face ou plutôt me tenir face à lui et qu'on m'enterre debout dans l'instant on t'a quitté par peur de toi tu vas crever de l'amour en fuite pourtant la joie chuchote à voix basse nulla dies sine lacrima
Glad to be unhappy (R. Rodgers - L. Hart) Tu ne vas pas pleurer pour ça ! dit ma voix (je n'ose pas avouer pourquoi j'étais secoué de larmes) d'accord sauf qu'après le vie passée à retenir quel plaisir la brusque ouverture des vannes au défilé du quatorze juillet l'autre matin c'est bête dès les premiers flonflons c'était la buée la chair de poule quelqu'un regrattant quelqu'un de mort c'est ma gourmandise un enfant meurt un enfant naît devinez si je ruisselle moi qui me faufilais craintif aux enterrements c'est tous les jours que je déplore ma disparition avec soupirs sans soupirs avec ou sans ricanements on n'est jamais mieux pleuré que par soi-même venez à moi les enfants battus les errants d'hôpital les chiens devenus fous les fins de vie en loques les amours sans espoir les prisonniers par erreur votre douleur est ma ration de peine car les grandes eaux c'est quand un chagrin se raconte à moi seul plein écran comme on s'abandonne je le recueille en sanglotant pour ne pas hurler en sanglotant sur le mal aimé qui me ressemble ne riez pas j'écoute un vrai merci l'effondrement me guette des retrouvailles ont lieu vingt ans après j'éclate en larmes l'âme de quelqu'un ne me dites pas qu'elle est magnifique aussitôt ça veut pleurer par goût de l'innocence et parlez-moi d'amour heureux c'est le même frisson non il ne faut pas que j'assiste à la moindre joie quand elle va puiser ses larmes au fond du vif parce qu'alors je me vautre inconsolable comme à ces musiques emportées dans la valse des morts par la voix qui vous chante et rechante à ciel ouvert les occasions manquées les regrets trop tard les au revoir qui vous déchirent jusqu'au nerf en raison du ratage les larmes aux yeux maintenant c'est tous les jours j'ai le chagrin à fleur autrefois c'était l'espérance rincé jusqu'à plus rien comme si l'amour m'était passé là tout près à deux pas du jamais plus
Vu les fontaines de fraîcheur dans le moindre feuillage vu ton regard et la clarté qu'il ouvre en moi vu ce calme dans l'air qu'on respire une ou deux fois par an vu les fleuves qui nous traversent avec le froid de leur lumière vu Ben Webster de pleine ombre et Satchmo tout à l'or du soleil vu la fillette qui chantonne en s'éloignant sur la route vu la surprise aveuglante de jouir pour la première fois vu tes yeux fermés longuement lorsque tu m'embrasses vu la dérive des nuages à l'intérieur de moi vu les passantes et leur swing et leur houle ah les passantes vu les pierres à sel dans le pré et vu Fausto Coppi vu qu'on ne pèse pas l'instant au nombre de ses morts vu la robe des Salers et la puissance du chèvrefeuille vu l'infini de l'herbe vu le chagrin délicieux promis par ton sourire vu la mer gagnant sur nous depuis la première rencontre vu la patience du marcheur dans la brume et les gris vu la partie de foot improvisée sur la prairie vu le goût de ton mouillé qui s'impose à ma bouche vu les flonflons du bal qui vous déchirent lentement vu la rumeur en forêt ah j'oubliais vu les chèvres et leur écriture à surprises et vu l'espérance chevillée au corps de la parole
Toute la mer qui bat contre la peau le ciel qui change l'eau des regards derrière les yeux toujours des yeux qui me cherchent à perpétuité ces fatigues de fumée me couchant même debout ce corps allant vers son ombre c'est moi qui cherche après moi
C'est ma dernière levée d'oiseaux avant de casser le calme de l'air et cette parole égale aux larmes en forme de mots cristallins qui me viennent pour dire adieu à la journée couchée sur le sable moi retourné vers le futur sans moi je vois la mer qui va et vient le bleu du ciel qui tombe du ciel
La nuit gravite autour de la parole avec lenteur en souvenir de la descente vers la voûte aux souffles en marche dans moi à force de soir on entend la glisse de la pensée quand le cur bat l'espace même avec l'air qui vous irrigue le bruit du ciel longe le cours du sang
Respirer mis à part le plus clair de ta vie passe à chercher les mots qui diront comme ils peuvent le plus clair de ta vie respirer mis à part bon d'accord allez je reste /
Ludovic Janvier Ludovic
Janvier a notamment écrit
Doucement avec l'ange,
Encore un coup au cur, Tue-le,
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