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la langue qu'on parle nous donne la force. la langue qu'on parle nous donne la fureur. la langue qu'on parle nous donne l'envie. la langue qu'on parle nous donne la pulse. on suit la pulse de langue qui nous traverse. elle donne pulsion. elle donne tension. on est tendu d'force lorsqu'on parle la langue. on consume notre force en écoutant la langue qu'on parle. on est parlé. on est traversé d'la force. on s'fait trouer. trouer d'l'énergie d'la langue. on est le corps que troue la langue. toujours le corps transite une énergie. le corps est passage. là dans le corps transite une énergie. toujours. le corps est toujours près. le corps est toujours parfait. le corps est toujours armé. et toujours vide. le corps est toujours vide. toujours le corps est extatique. i s'extasie au vide le corps. toujours. toujours le corps est une parole. une parole faite corps. toujours le corps parle. toujours le corps transite une parole. même mutique le corps transite une parole. toujours dans le corps une énergie de parole. toujours transite un corps dans la parole. toujours la perfection est corps. la perfection demande toujours un corps pour se trimbaler. le vide toujours est corps. sans parole il n'y a pas de corps. et sans corps pas de dehors. et le dehors c'est la langue. et dans la langue ya la voix. parce que la voix est dehors. ma voix coule dans la langue. dehors. un souffle pousse la salive d'la langue dans ma voix. ma voix coule dans la salive d'la langue. ma langue ne puise pas dans la salive des maîtres. ma voix ne se mêle pas à la langue des maîtres. ma voix ne dresse pas le sexe des maîtres. ma voix ne s'adresse pas à l'entente des maîtres. ma voix ne s'emmêle pas à la pensée des maîtres. ma voix ne s'émeut pas de la mort des maîtres. ma voix n'entre pas dans le cercle des maîtres. ma voix n'atteint pas le crâne des maîtres. ma voix ne pactise pas avec le présent des maîtres. ma voix porte en deçà du corps des maîtres. ma voix porte au delà de l'esprit des maîtres. ma voix coule dans la langue des non-maîtres. ma voix coule dans la langue des furieux. ma langue de fureur parle la langue des furieux. ma furie languée dresse les sexes des envieux. ma furie languée ensemence la pensée des furieux. ma langue de fureur parle la langue des envieux. ma langue d'envie parle la langue de la vie. aux envieux et au furieux. la même langue que la vie parle ma langue de furie. les envieux parlent dans ma langue. les furieux dansent dans ma langue. par fureur et par envie ma langue danse dans la vie. la vie danse au rythme de ma langue. ma voix est dans la langue. ma voix baigne à la langue. je suis dans la langue.
je suis dans la langue, et je vais au langage, je vais au bain, dans le langage, je me parle, je me parle au bain, je ne dis que des choses vraies, parce que je suis dans le langage, maintenant, même quand je dis des faussetés je ne dis que des choses vraies, parce que je suis passé au langage, donc j'ai fait une expérience, et l'expérience ya que ça qu'est vrai, donc je dis toujours vrai, parce que seule l'expérience est vraie, le vrai ne s'appréhende qu'à l'expérience, et l'expérience c'est d'être toujours en mouvement, donc le vrai ne s'appréhende qu'au mouvement, parce qu'on existe qu'au mouvement de l'expérience, je suis mouvementé dans mon bain, je ne dis que des choses vraies, parce que l'expérience est d'être dans le langage, l'expérience vivante c'est par la parole de passer à la langue, et que la langue passe au langage, et ça c'est la vérité, la vérité vivante c'est qu'on parle au moment même de l'expérience, la vérité c'est que l'expérience c'est la parole, dans le même moment qu'elle se vit elle se parle l'expérience, on dramatise l'acte de parler dans une expérience qu'on vit, l'expérience de parole c'est tout l'espace de vie qu'on a, et ça c'est la vérité ça, la vérité c'est qu'on n'sort jamais d'soi, la vérité c'est qu'on n'sort jamais de l'expérience d'être corps, je ne dis que des choses vraies, la vérité c'est qu'on a pas d'histoire à raconter, on a qu'la vérité d'être à vivre, et à parler, la vérité c'est qu'aujourd'hui pour parler on a plus qu'la parole, la vérité c'est qu'aujourd'hui on a qu'la vie qui se cache dans la parole, la vérité c'est que l'expérience c'est de dramatiser la parole dans son corps, c'est toujours vrai ce que je dis, la vérité c'est que pour s'expérimenter en corps on a qu'il faut parler, je ne dis que des choses vraies, parce que je ne m'expérimente qu'au langage, donc toujours je dis la vérité, ma bouche ne bruite que du vrai, mon souffle n'envoie que du vent vrai, ma voix ne module que du vrai, je parle toujours la vérité qu'il y a dans la langage, le souffle c'est la vérité de la voix, et la voix c'est le mouvement de vérité du langage, la voix erre, dans la vérité, la voix erre au souffle, la voix erre dans la puissance, la puissance c'est la vérité du corps, le corps c'est un tube de souffle, la voix est soufflé, je suis mouvementé, par la soufflerie vocale, je passe au trou oral, chui malaxé au souffle, chui pulsé à la malaxe, chui soufflé au noir, au noir de bouche, au noir du trou, chui dans l'trou d'bouche, dans la bouch'à malaxe, qui mâche, elle mâche mes mots, qui disent vrai, toujours, dans ma bouche elle mâche, elle malaxe, elle mâche la malaxe, elle mâche ma carne, elle pulse mon souffle, elle mâche ma carne, elle m'troue la carne, elle m'troue d'une bouche, d'une bouch'à souffle, je souffle toujours vrai, le vrai me malaxe, i malaxe mon souffle, i malaxe mes mots, i malaxe mes affres, i malaxe ma langue, i malaxe mon ventre, i malaxe ma hargne, i malaxe ma corpitude, i malaxe mon vide, i malaxe sans fin, chui épuisé, chui épuisé par le vrai mouvement, i malaxe mon zob, i malaxe ma carne, i malaxe ma vivance, i m'souffle, i m'souffle vraiment, i m'souffle au trou, le vrai me souffle, en vérité je vous le dis : chui complètement soufflé, chui vidé d'mon souffle, j'souffle ma matière, j'souffle ma hargne, j'souffle ma douceur, j'souffle ma vivance, j'souffle tout mon moi, j'souffle tout l'moi que j'a, j'souffle toute mon vide, on souffle, on vit de souffler, on se souffle, on se souffle dans le vide, on se cherche dans le souffle, on se cherche dans le vide, toumonde cherche son vide, toumonde veut habiter son vide, parler c'est chercher son vide, on cherche, avec toute sa tension d'corps, on cherche, on se tombe la voix au corps, et on cherche, avec la voix on cherche, on cherche et on pense, penser c'est chercher, penser c'est chercher sa voix à soi, qu'on trouve jamais, penser c'est chercher la voix dans le langage, en parlant on cherche, et on cherche en attendant, chercher c'est attendre la voix, parce que chercher c'est penser, et penser c'est chercher la voix du langage.
je vis à la consume. je vis à la pulse. je me consume dans la pulse. je me consume dans la pulse de parole. je parle. d'une certaine manière. je parle. dans un certain corps. je vis encarné. dans d'la viande de parole. je baigne dans d'la parole vide. je vis au vide. j'y pousse ma hargne. je pulse ma voix dans la parole. je vis à la voix. je pousse ma voix à la hargne. je vis en hargnerie. la parole m'ouvre le corps. je vis en corpitude. je jette mon corps dans la vivance. je vis à la vivance. j'avance à la voix. la voix propulse mon corps. i s'aliène à la voix. i s'empuissance à la voix. i s'vide dans la puissance. mon pti corps. i s'vide en verberie. ça coule. ça s'vide. mon pti corps fait son bruit. i s'dégonfle. mon pti corps s'vide dans la verberie. i fait un bruit d'verbe mon pti corps. i coule son jus. il a la courante le pti corps. la courante langagière. j'me vide dans la verberie. je m'ouvre à l'égout parlant. je fonce au trou d'vidance. j'me vide au trou d'toumonde. toumonde est dans l'trou. je jète ma voix au trou. je vide ma voix dans le corps d'toumonde. et toumonde vide sa voix dans la vivance du monde. toumonde ouvre son corps au trou. le trou c'est la bouillie du monde. toumonde s'hémorragisent au trou. le trou c'est l'immonde bouillie du monde. toumonde se vide de soi au vide du trou. le trou c'est la vie. on se vide dans la vivance. avec hargne. on se vide. avec la voix. on se vide.
je suis dans la hargne, j'baigne dans la hargne, j'baigne au bouillon, j'infuse, dans l'humeur énergique d'la hargne, il infuse, mon corps d'hargne, dans l'bain parlant, j'infuse, je suis parlé, hargneusement je suis parlé, je baigne dans la puissante parole, mon corps est parlé, mon corps est pulsé, je baigne dans la pulsante parole, je pousse ma brasse, dans mon corps parlé, je suis dedans, je baigne en corpitude, dans mon corps pulsé, i danse au bain, je suis dansé, ma carne danse dans la parole pulsée, je vocalise ma carne, je vocalise une tension, une tension d'carne, je tend le verbe à la carne, je traverse ma carne, en parlant, la pulse traverse le sens, elle traverse le sens que mon corps parle, la pulse traverse la carne du corps de personne, elle traverse le vide du corps de personne, la pulse traverse, elle traverse et vide la voix du moi, je suis vidé, je suis personne, ma voix coule dans l'vide qu'elle traverse, ma voix se verse dans la hargne, je scande mon corps dans la hargne, je vocalise ma hargne, dans le vide, je suis vidé, vidé d'mes forces, je scande le langage, en forçant l'vide, je scande le sens, le sens c'est la scance, et le langage c'est la hargne, le langage sert la hargne, les pauvres servent les riches parce que les riches se servent des pauvres et que les pauvres n'ont pas les forces de dire non au service : la hargne sert le langage parce que le langage se sert de la hargne pour se faire entendre, alors le langage c'est la hargne, la hargne et le langage ne font qu'un : car c'est pareil d'expurger une tension, de réagir un affect, et de souffler dehors une parole, une parole d'langage, c'est pourquoi hargne est langage, langage est hargne, le langage d'hargne sert la tension, le langage d'hargne sert l'affect, le langage d'hargne sert le souffle, le souffle se tend, i s'tend vers la tension, la tension s'affecte, elle s'affecte du langage, le langage va à la hargne, la hargne au langage, tout sert le cycle, toute chose se tend vers l'autre, en avant, en avant vers la hargne, en avant vers le langage, les riches ne servent à rien, les riches n'iront pas de l'avant, les riches n'ont aucune hargne, les riches n'auront plus de langage. le langage c'est la hargne, le langage fait masse, le langage est une masse sereine, le langage c'est la hargne, j'l'ai déjà dit, la hargne est sereine lorsqu'elle est amoureuse, la hargne est intense lorsqu'elle est amoureuse, la hargne avance sereinement et intensément lorsqu'elle est amoureuse, et la hargne est amoureuse, sereinement, et sans objet, la hargne n'a pas d'objet, pas b'soin, l'objet de la hargne c'est l'hargneux qui le porte, de quoi la hargne est-elle amoureuse? de celui qui la porte, de qui la hargne est-elle amoureuse? de moi qui la porte, parce que je porte le langage, parce que la hargne me porte, et la hargne c'est le langage, le langage vit d'amour, le langage avance dans l'amour, il avance vers l'amour, le langage avance en amour vers lui-même, le langage s'auto affecte, le langage est amoureux de lui-même, il avance en lui-même, dans la sérénité de lui-même, par l'intensité, le langage c'est la hargne, on aime hargneusement, et sans objet, l'amour n'a pas d'objet, l'amour s'auto affecte, il s'auto engendre, sans cesse l'amour s'appelle lui-même, donc l'amour c'est le langage, chaqu'un s'auto affecte, chaqu'un appele tout à lui, chaqu'un prend tout en lui, chaqu'un traversent l'autre en lui, alors le langage c'est l'amour, et on parle amoureusement, et on parle à la hargne, dans l'amour, et j'aime parler à la hargne, dans l'intensité des paroles j'aime parler à la hargne, et on parle pas on souffle, et j'aime souffler dans la hargne, simplement, et sereinement, hargner le langage, j'aime hargner ma langue, ça m'fait du bien, j'aime languer la simplicité, intensifier mon corps d'hargne, et en souffler une langue de simplicité, j'aime intensifier ma langue de vide, j'aime le vide, sereinement, j'aime le vide, j'le dis comme j'le sens j'aime le vide, j'aime sentir le vide en moi, sentir que je suis quelqu'un comme un autre quelqu'un, j'aime sentir le vide de chaqu'un en moi, tous les quelqu'uns sont vides c'est bien connu, j'aime connaître le vide en moi, éprouver que je suis personne, que ce qui m'arrive arrive à toumonde, et au même moment, aux quelqu'uns ça arrive au moment et à moi ça arrive au même moment, je ferme les yeux et eux aussi ferment les yeux au même moment, j'aime ça sentir que ce que je vis arrive de même aux autres au même moment, je ferme leurs yeux et eux aussi ferment mes yeux au même moment, j'aime ça fermer ensemble le même moment, j'aime sentir le vide de tous, toumonde est vide, toumonde est personne, et ça j'aime ça, j'aime sentir le vide de tous en un moment, le vide de tous le sentir au dehors en chaqu'un hors de moi au même moment, ça j'aime ça quand je suis en guerre sentir qu'ils le sont tous comme moi en guerre au même moment, quand j'écris dans mon cahier pareil le font des milliers au même moment, quand je suis amoureux pareil des milliards au même moment, quand mes cheveux poussent pareil les cheveux des chaqu'uns poussent au même moment, quand je vais à l'hôpito psychiatrique pareil les chaqu'uns à l'hôpito enfermés au même moment, pareil quand je suis rien les chaqu'uns sont rien pareil au même moment, pareil quand je suis vide les chaqu'uns sont vides au même moment, j'aime le vide des chaqu'uns, j'aime le même moment, et quand je n'aime pas quelqu'un pareil les gens ne s'aiment pas au même moment, les gens ne s'aiment pas c'est bien connu, et quand je pense à Vincent Van Gogh se coupant l'oreille pareil tous les gens pense à moi en se coupant les oreilles, au même moment, partout c'est pareil et c'est bien normal, et quand je lis le journal pareil tous les journalistes lisent mes livres au même moment, c'est bien pareil et c'est toujours normal, et quand je mourrai pareil les gens mourront au même moment, toumonde mourra pareil au même moment, en fait au même moment on vit tous le même moment, en attendant pour le moment on vit tous le même moment.
Arno Calleja, Hargne © Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2005 w w w . i n v e n t a i r e - i n v e n t i o n . c o m
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