criture
de Arno Calleja
Inventaire/Invention édition,
à paraître en mars 2006
80 pages, 6,50 €

 

________________
imprimer le texte
enregistrer le texte

_________________


Textes


 



 

la criture est une violence. la criture est directe. la criture est une gerbe. une gerbe est un jet direct. la criture est un jet de matière. la matière est évidente. la matière est simple. la criture est un jet de simplicité. la criture est violente. elle envoie un jet de matière simple. la criture est violente. la violence est belle. la beauté est simple.

 

je vois des textes dans ma tête, je vois d’la criture de textes dans ma tête, je vois dans ma tête la possibilité infinie d’la criture, je vois un défilement, je veux tout lâcher pour criturer les visions d’ma tête, je veux du temps pour pouvoir disparaître dans ce que je vois, je veux du temps pour disparaître dans ma tête afin qu’elle puisse disparaître dans la criture, je ne veux voir que d’la criture de tête, je ne veux dire que ce que je vois, je ne veux parler qu’avec l’œil de ma tête, je me prends les pieds dans le nerf optique enroulé dans ma tête, je fais du lasso dans ma tête, j’attrape les mots avec les choses de ma tête, j’ai des choses dans la tête qui font un texte de criture, je n’ai rien à faire, je n’ai pas à parler, je n’ai qu’à voir ce qui se fait dedans, et dire oui d’un hochement de la tête,

 

ma tête est remplie de fougères et de petites bêtes et d’eau ma tête est remplie de milliers de gouttes d’eau de rosée de vapeur de mousse de petites bêtes scarabées et de grosses bêtes jaguars ma tête est remplie d’une jungle dans laquelle je me déplace de liane en liane au milieu des oiseaux colorés des colibris et des petites bêtes moustiques et des petites bêtes ouistitis et des petites bêtes toutes petites toutes microbiennes qu’on connaît même pas le nom ma tête est remplie de petites choses animales qui n’ont pas encore de nom et qui rampent sous la terre et qui dorment sur la mousse et qui observent la jungle obscure de ma tête accrochées à une liane qui pend au beau milieu de ma tête

 

la criture c’est facile, c’est une respiration, c’est une respiration facile, c’est un gonflement d’air au dedans, c’est que ya de l’air qui rentre dedans, et ça ouvre, voilà c’est ça, c’est un accueil d’air au dedans, qui ouvre, c’est un espace qui se creuse d’air, l’air vient, il y a une aspiration qui fait venir l’air, on aspire par le nez, et par la bouche, la bouche appelle l’air, mais ne parle pas, la bouche ne parle pas, criturer n’est pas parler, la bouche appelle juste en aspirant, en appelant dedans une masse d’air, c’est facile, il y a un accueil, la circulation est accueillie, sans les mots, sans la pensée, sans les mots pour la pensée, il y a une circulation silencieuse d’air, puis un stockage silencieux d’air dans les poumons, il y a appel d’air, il y a une belle circulation d’air au dedans, avec laquelle on pourrait sortir de belles paroles, de belles et de longues paroles, mais on le fait pas, on parle pas, on préfère faire circuler l’air, sans mots dedans, plutôt que faire un discours, on préfère, à la place, on préfère la circularité du souffle sans mots, on préfère la facilité de la circulation, sans la parole, sans le discours, on préfère respirer plutôt que parler, on envoie une circulation de souffle qui ne parle pas, par exemple maintenant je ne parle pas, je souffle, les mots sont dans le souffle, mais c’est pas moi qui les ai mis, je souffle avec des mots dedans, mais ils ne disent rien, puisque je ne parle pas, c’est pas moi qui ai mis les mots dans le souffle, moi j’ai mis mon corps dans le souffle, j’ai posé mon corps dans l’immense circulation de souffle, et les mots viennent dedans, i s’incrustent, alors c’est eux qui parlent, c’est eux qui ont quelque chose à dire, visiblement, mais moi rien, je souffle, je suis souffleur, les mots dans le souffle me font parleur, mais je les repousse, sans cesse, avec de l’air, je dépoumone mon souffle pour repousser la parole,

 

le sexe est une pureté. je vais à la pureté. la pureté est simple. au plus je me simplifie au plus pur je suis. la pureté c’est le sexe. je fais le sexe. le sexe est un mélange. le mélange est pur. je parle touseul. je me mélange. la parole est une chose sexuelle. en parlant touseul je vais au sexe. parler c’est appeler le sexe. c’est pourquoi parler c’est chercher la nudité. et on ne la trouve jamais. parce que parler c’est compliqué. seul le sexe est une simplicité. en parlant je cherche la simplicité du sexe. et il n’y a pas encore assez de sexe dans ma pensée. alors je recommence. alors je cherche. alors je parle. je parle sans savoir. je vais au sexe. je vais à l’intensité de la sexualité. je vais au simple. il y a dans le simple une intensité qui me fait parler plus fluide. il y a dans le simple une intensité qui me fait penser plus vite. je vais au simple. je vais parler. je parle de l’intensité du simple. je veux me simplifier par le travail du sexe. je parle touseul. je fais la criture. je fais la criture qui parle toute seule. je confonds ma parole avec la solitude. je confonds ma parole avec la nudité. ma nudité est une simplicité qui ne sait rien. parce que je ne crois pas à la mélasse de la parole. et pourtant je parle. mais je parle pas pour parler. je parle de ce qui ne parle pas. je parle de la simplicité du sexe. je parle pas pour savoir. je parle pas pour parler. je parle pour faire naître la sexualité. pour qu’apparaisse le simple de la sexualité. pour qu’apparaisse la simple intensité du sexe. j’ignore la parole. j’ignore l’autre. je m’ignore. je suis simple. je me travaille. je ne sais rien. mon désir a quitté le savoir. et c’est la simplicité et la nudité qui m’enseignent maintenant où aller : aller au sexe. aller à la parole. aller au simple qui me travaille. aller au simple qui me traverse lorsque je parle.

 

— ici on fait la vie — on n’explique pas — on peut pas expliquer là où on est — ici on a pas le matériau qui expliquerait — on a pas la parole avec laquelle on pourrait expliquer le matériau quioré compris ce quia à comprendre — ici on comprend pas — on fait la vie sans comprendre — on fait la parole sans comprendre — on fait la criture sans comprendre — on fait le sexe sans comprendre — on fait la politique sans comprendre — on tisse les liens sans comprendre — on se lie avec ceux qui vivent sans comprendre — on lâche la volonté d’englober — on désire sans comprendre — on jette les vieux sacs — on coupe les vieilles lignes — et on s’présente tout nu — sans comprendre — on s’présente de face — bouch’ ouverte — sans comprendre — et on a le zob qui monte — et on comprend pas pourquoi — et on fait la criture à l’oral — juste comme ça — pour personne — sans comprendre —

 

je me dédouble, je parle à ma bouche, tu es pleine de parole, tu es une outr’à son, une outr’à sens, je dis à ma bouche, je marche dans le sens, je roule dans les sons, les sons ne me rouleront pas dans la farine, je connais les sons, je connais l’effet, je sais ce que ça donne la production de son, je connais la parole, je sais que la parole est des sons, je sais que les sons sont très importants pour parler, je sais que la criture a à voir de près avec le parler, je sais des choses que j’ai appries, on ne m’a rien appris que je n’ai moi-même appris, il suffit de vivre pour apprendre, les livres ne servent pas, ou si peu, j’attends toujours le livre qui m’apprendrait à vivre, je ne suis pas couillon, je sais qu’on peut vivre sans savoir, je ne sais pas où est la librairie, je sais qu’on peut vivre perdu, qu’on peut vivre de se perdre, je sais qu’on peut vivre sans savoir vivre, sans mélanger l’être et le savoir, le savoir n’est pas dans la vérité, l’être est dans la vérité, je le sais, tant que je suis je le sais, quand je ne serai plus, si un jour j’arrive jusque là, quand je ne serai plus je refilerai l’être à un autre, et il se débrouillera avecça, il se débrouillera avec le non-savoir, avec la vie non sue, on ne peut savoir la vie puisqu’on y est, on peut pas se soulever pour voir sous nos pieds sur quoi on tient, le savoir n’a jamais tenu à la vie, je sais ce que je dis,

 

je suis en train de vivre, je suis en train de me parler pour mettre au point deux trois trucs sur les i, quand on écrit les i on ne met pas de s à i, bien que ce soit du pluriel, je suis en train de me singulariser, je ne parle jamais de moi au pluriel, parce que je n’en suis pas encore là, j’en suis encore au singulier, à chaque fois qu’on dit je c’est toujours singulier, pour plusieurs je, on ne met pas de s à je non plus, bien qu’il s’agisse du pluriel, je suis en train de me peupler de manière singulière, je suis en train de me parler, je suis en train de vivre de manière différente, vivre c’est toujours différent, et jamais on ne le sait, on croit que la vie est une, est dans le singulier, mais on n’y est pas, elle est toujours différente, je suis en train de différer, je suis dans le temps, je me rends compte de choses, je lis des livres, mais ça n’avance à rien, j’avance sans livres, les mains vides, je préfère me toucher le sexe que de tenir un livre, le jour où un livre m’apprendra à vivre j’arrêterai de me branler, mais pour le moment je découille mon ignorance, et c’est très bon, au plus j’ignore au plus je touche, je te touche, je mets des choses sexuelles dans ta bouche, je suis en train de me dédoubler, je mets des mots dans ta bouche, je te parle, je te remplis, tu es une outr’à son, une outr’à sens, tu ne sais pas dans quel sens ça va, tu te touches toi aussi car tu es dans l’ignorance, je suis en train de me dédoubler, tu ignores le sens de la parole, tu es dans la beauté du sexe, tu parles sans savoir, mais tu sais faire le sexe, et recevoir, je suis en train de te vivre, tu es en train de me faire du sexe, je reçois la sensation, la sensation n’est pas le savoir, je ne vis que de sensation, et jamais de savoir, un peu d’eau aussi i faut, et des protéines, et du tabac quand même, mais le savoir c’est pas la peine, je suis en train d’avancer deux trois points sur les i qui vont m’aider à être, ça je le sens, je sens que je vais être, bien bien, sans être un spécialiste, mais être, sans savoir être, juste sentir que je suis, et que je parle, et sentir que j’avance, et sentir que je touche à deux trois points sur les i qui confirment ma sensation, je sens que c’est là, que c’est bon, je sais ce que je sens, bientôt je serai un grand corps de sensation, et je sentirai tout touletan, je sentirai tout exactement, et tout me viendra, et je le sentirai, et je n’aurai plus besoin de parler, si on en était là, à tout sentir sans parler, ce serait bien, si on en était là, à tout tourner, à tout fair’être dedans sans parler, sans besoin de parler, ce serait bien, si on était là à tout sentir sans besoin d’le dire, sans besoin de souffler à l’autre la parole qui nous tourne dedans, si on n’était là que sensation, et pas parole, ce serait bien, mais non, le parler est là, et il nous serre de près, parler excède sentir, le langage c’est la perception qui rate, parler court derrière l’expérience muette, toi, tu voudrais ne pas parler, tu voudrais vivre dans le muet, mais la parole vient en excès, elle couvre le sentir, on ne maîtrise pas le parler, le parler vient quand ça lui plaît, et le sentir est recouvert, est perdu, est foutu, le corps est bourré de parler, on ne maîtrise pas la jaculance du parler, on ne tient pas droit dans le sentir, la parole nous vole le corps et on ne sent plus rien, on tombe foutu, je ne suis pas debout, le seul qui tombe est celui qui parle, je tombe, je suis en train de parler, je plante un clou dans le mur pour m’y accrocher mais ça tient pas, je suis en train d’exister, on peut exister en tombant, je ne pense à rien, j’attends une phrase, pour qu’une phrase vienne faut penser à rien, pour qu’une chose vienne faut être rien, j’attends ma phrase comme j’attends d’être, l’être vient au vide, et la chaleur vient à ma tête, et la parole s’évapore à la chaleur de ma tête, alors j’attends le froid, j’attends de reparler, je sens, je suis en train de sentir, la chaleur de ton sexe, tu poses ton sexe sur ma langue, tu épluches ton sexe dans ma tête, je reçois tes copeaux, je te contiens, tes copeaux fondent dans ma tête, tu te dissous, je sens ta disparition en moi, tu as disparu dans ma tête vide, tu es venu au vide pour te voir’être, mais ça n’a pas tenu, tu souhaitais venir au parlant, mais tu m’es tombé dedans, dans mon vide, où je parle pour toi, je criture pour toi,

 

je suis en train de vivre. je vis pour toi. tu es la criture. je suis en train de vivre. une écriture non psychologique. un corps non biographique. une langue non programmée. quelque chose d’une non relation. une parole non adressée. une parole directe mais non adressée. un geste qui se fait. un geste qui nie son sens. un geste pas là pour dire. une écriture qui dessine. un dessin ça veut rien dire. je suis en train de vivre. un dessin tracé dans l’air. une parole qui dit ce qu’elle fait. je suis en train de vivre, dit la parole. je suis en train d’entendre la parole, dit celui qui écrit. on entend le son de la criture. on entend le son de la défécation, de la défécation du sens dans la criture. la criture est un reste. elle reçoit la merde du sens. la criture dit au sens de le faire. la criture dit au sens : fais-le si t’as pas peur et si t’as peur fais-le sans y penser. le sens ne répond pas. le sens est muet. le sens ne fait rien. l’est catatonique le sens. la criture est dynamique. la criture est active. la criture est la réponse au mutisme du sens. le sens n’est jamais revenu d’entre les morts. la criture fraye son chemin parmi les vivants. elle puise sa force d’elle-même. la criture trace un profond sillon chez le couillon. le sens est couillon. la criture écarte le couillon avec du son. avec un grand chaos boucan, la criture place sa trace, en aveugle, elle avance, elle n’avance pas de dire, elle avance de faire, à l’oreille, fait sa trace, produit son histoire, elle se fait dans l’avancée, et le mouvement de l’avancée la fait dire. la criture dit qu’elle avance. elle le dit à la parole. elle s’avance dans la ligne de parole. parler c’est déraper tout droit. la criture ne dérape pas. elle ne freine pas. la criture ne connaît pas les raccourcis. elle est elle-même un raccourci. la criture est le raccourci de la parole. elle débouche directement sur la vie. elle donne directement sur le gadin d’la vie, sans raccourci. ne s’attarde pas au détour. traverse le froid. traverse la nécrose. débouche la névrose. la criture est en train de vivre. le criture est directe. la direction de criture est simple. tout droit. je suis projeté dans la criture qui dit : je suis en train de vivre. je suis un jet simple. suis jeté dans la simplicité. je peux tout dire. rien ne m’empêche. je peux tout criturer. ma criture est réelle. donne directement sur le réel. rien ne l’empêche. le réel n’est pas vrai. le réel a des problèmes familiaux. le réel a un crédit sur le dos. le réel est un peu couillon. le réel ne connaît pas le son. ma criture crispe le réel. lui donne du sérieux. elle le rend crédible. elle le rend vivable. ma criture est plus réelle que le réel. le réel ne peut pas tout faire. le réel ne peut pas tout dire. il est coincé. la criture est là pour arranger le réel et le simplifier. l’intensifier. au plus vrai. au plus nerveux.

 

sans la criture le réel est mou du cul. est trop bourgeois. est trop sur soi. est à l’arrêt. la criture est le mouvement pur elle n’a pas d’arrêt pour se reposer. la criture emporte avec elle des bouts de réel. le réel sera refait avec des bouts de réel criturés. des bouts que l’on greffera une fois que la criture sera passée par là. passez le réel à la criture il en sortira du réel vrai. toujours le vrai attend la criture pour parler. c’est la criture qui fait la parole. je suis en train de vivre. la criture est pleine. la criture édite du présent. je n’attends rien. la criture est ce qui nie d’attendre. la criture nie l’attente. la criture est ce point présent. est la condensation au point de présent. le présent me consume dans la criture. je suis l’interface entre le présent et la criture. je n’ai pas à être ailleurs que là. je suis collé entre présent et criture. je tiens là. je suis en train de vivre. criture me parle. criture me fait faire la criture. criture m’utilise. m’utilise pour se fair’être. je fais criture. criture me trace des sillons sur la peau. criture me trace de profonds sillons au cervelet. criture me traverse. la traversée marque. criture m’utilise. utilise ma bave pour tracer. criture verse ma bave. criture trace verse et traverse. criture traverse ce qu’elle dit. criture me boucle le clapet. je suis là dans criture. agi parlé par criture. je reste là dans criture. criture me touille la moelle. criture me touille la moelle en mayonnaise. je suis en train de tourner. je tourn’autour du sens. et criture me tourne autour. c’est elle qui donne le mouvement. elle me donne le mouvement de vivre. et le mouvement de dire. je suis en train de dire que je suis en train de vivre. je ne fais pas semblant de vivre. je suis là et je vis et c’est tout. on peut pas faire semblant de vivre. je vis dans la parole et c’est tout. je vis à côté du sens et c’est tout. je suis né pour la parole. je ne suis pas né pour dire. mais je suis né pour la parole. je revendique la parole. je tiens la parole au dessus des têtes à bout de bras. la parole dépasse l’homme. l’homme n’a rien à dire. il doit vivre et puis c’est tout. l’homme peut choisir de vivre dans la parole mais il n’a pas à la faire dire. l’homme doit fair’être la parole sans la presser à dire. et c’est tout. la parole n’a rien à dire c’est ça que l’homme doit se graver dans le crâne. on est là pour être. pour ne pas faire semblant d’être. et souvent pour être. pour êtr’en vrai dans la vie travaillée. i faut fermer sa gueule. et se sentir être sans rien. sans rien à communiquer. on peut être sans dire. oui oui oui. on peut être dans la parole sans la dire. on n’a pas à faire semblant. on n’est pas les mariolles du sens. on est à côté. faudrait s’le graver au crâne. en croyant être dans le sens on ressasse beaucoup de conneries. on dit souvent des choses fausses. on dit souvent beaucoup de conneries qui sont des faussetées. une connerie est une chose affirmée non observée. est une chose affirmée non éprouvée. une connerie est une chose non ressentie. est une chose non vécue de vraie cruauté de vie. on ne peut sentir sans que l’objet sensationne fort en soi. on ne peut sentir sans que le senti tourbillonne fort dedans. et désosse un bout de soi qui nous faisait tenir droit. on ne peut sentir une chose vraie sans tomber quelque part en soi. soi est l’endroit où on a rien à se racrocher. on ne se rattrape pas à son bras. on dit souvent des choses non senties. la bouche souffle des mots sans jamais les tourner. sans jamais les peser. sans jamais les sentir. souvent la bouche n’éprouve pas son parler. ne souffre pas sa pensée. souvent la bouche sort un amas de conneries non senties. pour sentir il faut tomber. ouvrir les sens est une chute. souvent la bouche hésite. mais tomber est une chance. tomber dans sa bouche est un savoir. tomber en soi donne un savoir vécu de vraie cruauté de vie. je peux apprendre à savoir. si je tombe. en moi. je me désosse. je suis plus léger. je suis prêt. la cruauté est un savoir supérieur au savoir. je suis innocent je fais la criture dans l’innocence. parce que je suis à côté du sens. la cruauté c’est de savoir qu’on est à côté. et qu’on parle à côté. la cruauté c’est de savoir qu’on est plus proche de l’animo que de l’humain en mots.

 

je fais la criture, dans l’innocence, j’écris comme ça sort, comm’un chien sorti sans laisse, j’écris comm’un animo perdu qui court derrière ce qu’il vient de dire, sans comprendre, sans avoir compris ce quié sorti de lui, j’écris en animo, en mouvement saccadé, en instinct quadrupède, j’écris comment dire, comment dire, je suis en train de vivre, les animos sont en train de vivre, comment dire, comment faire dire à la parole, comment faire écrire la parole, on ne dresse pas la parole, la parole écrit comm’elle sort, en sortant d’une bouche la parole écrit dans l’air, et l’air ne garde pas les traces, c’est pourquoi le souffle revient, le souffle veut sculpter la criture dans l’air, veut graver la parole en criture marbrée, c’est pourquoi toujours le souffle revient, toujours le souffle repulse la parole, la pulse du souffle travaille fort sous la criture, le souffle remonte à la surface de la criture, entre chaque mot de la phrase il y a un bloc de souffle, qui espace, qui prend place, qui pulse un trou d’air, le souffle vient comm’il sort, plus il rentre plus ça sort, j’écris comme ça vient, je souffle en râle animo, l’animo est en train de vivre, l’animo criture sa marche, maintenant, l’animo est un tracé solitaire, l’animo suit la parole à la trace, elle laisse des traces de souffle que suit l’animo, d’instinct, la criture est une chose animale, la criture est un parler solitaire, est un parler seul dans la multitude des sexes, personne est touseul, dans la multitude des choses sexuelles toujours il y a d’la criture, des postures, des envies, des élans de sexe, le peuplement gagne, peuple la langue qui criture, le peuplement est une habitation sexuelle, toumonde est là, criturer est parler, parler est sexuel, parler est une dilatation du cervelet, est une dilatation d’la surface cervicale, est une dilatation de la plèvre, et de la peau, parler est une dilatation des pores, est une dilatation des trous, un animo m’avance au trou, j’ai un animo dans le cul, toumonde parle de ça, du cul, de l’obsession, l’obsession du cul, du corps, l’obsession du corps, l’obsession que le corps ait son cul, que le corps pense à son cul, l’obsession du corps de l’animal, l’obsession de l’animalité du corps, l’obsession de la pensée, que la pensée soit corps, que la pensée soit la mobilité du corps, j’ai l’obsession de ça, l’obsession d’une pensée agissante, l’obsession d’une pensée violente, d’une pure pensée de corps animal, l’obsession de ça, de l’énergie, l’obsession de la pure pensée énergique, la recherche de ça, l’obsession de la recherche de ça, la violente obsession de la pure pensée dans son corps, l’obsession de violenter son corps d’une constante pensée animale, l’obsession de rechercher dans la parole la pure posture animale, l’obsession de la pure force, l’obsession de l’asociale énergie d’la force, l’obsession du parler, du parler d’force, l’obsession du corps dans la parole, l’obsession d’l’énergie d’corps dans la parole, l’obsession de la présence du corps dans la poussée d’parole, l’obsession du sexe comme énergie d’la parole, comme pensée d’la parole, du sexe comme débordement, comme contagion dans l’corps parlant, comme impersonnelle obsession, l’obsession du sexe comme l’impersonnel de la force, comme pure force impersonnelle dans la pensée même, l’obsession du corps en recherche, l’obsession de l’autre, l’obsession du corps en recherche de son autre, l’obsession de parler, de penser son aventure en parlant de l’animal, l’obsession de l’animal, l’animale obsession de l’animal, de l’animal comme pur corps de force, sans conscience, l’animal comme centre vrai, l’animal comme centrifugeuse des forces, comme point vide de la vérité, le vide, l’obsession du vide, du vide comme centre vrai, comme vérité habitable, l’obsession d’habiter, d’habiter dans la parole, et de débiter des bouts d’vide, et d’les débiter en force, l’obsession d’être le vide de la parole, le vide qui jette la parole dans le corps de l’animal, l’obsession de ça, l’obsession d’être ça, d’être un corps d’animal, l’obsession d’être là, et d’aimer ça,

 

c’est de la fête c’est des corps qui se sont réunis pour faire de la fête et c’est des gens c’est des gens qui ont des corps qui se réunissent pour une chose précise qui est une chose ouverte imprévisible et ouverte et qui est une fête c’est des gens qui ont un corps qui se touchent un corps qui se parlent rigolent se malaxent se rentrent dedans parler rentrer rigoler sont des verbes de la fête danser boire fumer sont des verbes de la fête il y a une chose précise et indécise qui est une fête et ya des corps dedans la fête qui font ce pour quoi ils sont réunis ya des corps qui fêtent une réunion de corps ya une réunion qui se fête en faisant de la fête ya une fête qui se fait en parlant qui se fait en dansant en buvant en touchant en malaxant en regardant en se rentrant dedans ya une fête dont l’objet est que se fasse une fête afin qu’ait lieu la chose dont je parle ici et qui est une fête

 

je pense à ta bouche. ta bouche m’est une excitation. je pense aux aliments qui rentrent dans ta bouche. je pense à la salive de ta bouche. je pense à tes paroles. je pense à ce qui sort de ta bouche. je pense à ce qui vient de ta tête et qui sort de ta bouche. je pense aux pensées de ta tête qui ne sortent pas de ta bouche. je pense à ce qui reste dans ta bouche sans sortir. je pense à ton ventre qui reçoit ce qui est descendu de ta bouche. je pense aux matières qui ne sortent pas de ta bouche. je pense à ce que me fait ta bouche. je pense au souffle qui circule en boucle de ton nez à ta bouche. je pense au petit tunnel intérieur qui relie ton nez à ta bouche. je pense que ta bouche est comme la mienne. je pense qu’on doit avoir le même goût dans la bouche. je pense qu’on dit les mêmes choses parfois. je pense qu’on oriente nos bouches vers les mêmes personnes parfois. je pense que nos bouches ne se sont jamais touchées. je pense que nos bouches ne se sont parlé que deux fois. je pense que ça a duré 20 secondes la première fois parlée. et que la deuxième fois ça a duré à peine plus. chez ilya quand j’avais plus de cigarettes et que toi encore t’en avais 3 encore. je pense aux cigarettes qui touchent les lèvres de ta bouche. je pense aux fils de tabac qui restent sur les lèvres de ta bouche. je pense à tous les objets qui touchent tes lèvres. les verres. les stylos. les serviettes en papier. les lèvres des autres. qui ne sont pas des objets. les joues des autres. qui ne sont pas des objets. je pense que ta bouche parle plus de langues que la mienne. je pense que ta bouche est plus large que la mienne. je pense que parfois ta bouche dit les mêmes pensées que la mienne.

 

la criture est une lecture, on regarde dedans pour criturer, le dedans est une surface, une surface sans fin, qu’on parcourt toujours, que le regard n’épuise jamais, le regard est de la criture, je fais la criture du texte, je lis le texte à la surface, je lis sur le visage des gens je lis le texte sur le visage des gens et sur les lignes de la peau et sur le grain de la peau et sur les yeux la surface des yeux et sur les petites choses du visage les imperfections du visage et sur les vêtements à la surface du tissu et sur les sacs des courses ou même de loin à 10 mètres je lis sur le visage des gens dans le flou lointain du visage des gens je lis à la surface je ne lis pas dans la tête mais sur le visage des gens ou sur leurs mains ou sous leurs pieds ou autour de leurs sexes je lis autour du sexe aussi ou sur les replis derrière les genoux ou entre les fesses j’écarte la chair je rase les poils pour lire le texte du corps des gens voilà ou même d’encore plus loin par exemple je vois une masse de gens très loin 100 mètres et je lis au loin le flou massé du corps des gens je lis la surface du flou parce que je fais la criture alors j’ai besoin beaucoup de lire pour faire la criture j’ai besoin des gens beaucoup et de leur corps beaucoup besoin de leur corps pour lire la parole que je criture après dans mon cahier comme maintenant je le fais

 

je veux vivre. je veux aller faire les courses parce que arno ne peut pas y aller alors moi je veux y aller à sa place. je veux vivre. je veux faire l’amour. avec des gens qui sont beaux et qui parlent bien. je veux aimer des gens qui parlent bien qui parlent vrai qui parlent de choses profondes. je veux l’amour avec le corps. et embrasser avec la langue. je veux travailler ma vie. je veux la parole des gens qui travaillent leur vie. je veux l’amour des gens qui se travaillent par la parole. qui se sentent vivre en parlant. et qui se sentent vivre en faisant l’amour. avec moi. je veux vivre aussi avec moi. je veux me toucher. me donner de l’amour. je veux avoir de belles paroles pour moi. je veux faire des courses pour moi. me nourrir correctement. et faire l’amour doux et énergique avec des gens beaux et bien nourris. je veux qu’il y ait du relief et des muscles sur nos corps amoureux. je veux qu’arno arrête d’être malade. je ne veux pas faire l’amour avec arno bien qu’il parle très correctement. il est tout maigre arno. il a un corps à l’abandon. j’irai aussi faire des courses pour arno et lui parler et l’écouter mais c’est tout. j’irai pas le voir pour faire l’amour. j’irai voir tous les autres qui sont beaux qui sont en eux qui ne m’attendent pas. quand ils me verront arriver ils seront surpris. ils tomberont amoureux. ils ne m’attendaient pas mais ils tomberont amoureux quand même. ils tomberont sur quelqu’un qui vit en lui et qui a besoin d’eux pour se travailler par la parole. et qui a besoin d’eux pour se travailler par le sexe. ils ont un sexe dont j’ai besoin. je vis avec moi. je viens les voir. je leur amène le moi. le moi qui se travaille. je leur amène aussi mes paroles. pour qu’ils sachent ce que je pense. et surtout comment je le dis. je veux qu’ils sachent comment je parle. je leur amène mon style. je leur amène mon travail. et je veux voir le leur. et y participer. que leur travail se mélange au mien. qu’on fasse communauté. communauté de recherche. qu’on se donne des solutions. et de nouveaux problèmes. et que chacun reparte de son côté. avec de beaux trous dans la tête. de beaux trous à creuser davantage. pour que chacun fore en lui. et tombe sur soi. et tombe amoureux de soi. et se parle. et se touche. et s’aime. et s’achète du bon manger. je suis en vie. je suis en train de me le dire. je me fais la parole. pour passer le temps. la parole me donne une vie. la parole me dit que je peux y aller. je peux sauter dans la vie. c’est bon j’ai la vie. tu as la vie, me dit la parole. j’ai une érection. j’ai un zob vivant. j’ai une maison. j’ai une maison vide. j’ai une fenêtre à ma maison. je peux sauter dans le vide par ma fenêtre. j’ai un corps. une motricité d’corps. j’ai des amis. j’ai des amants. un ami collant est un amant. une amie collante est une amante. je peux me dépêtrer de mes amis. je peux casser avec mes amantes. je peux me retrouver seul. sauter en moi. dans mon vide en moi. j’ai deux fenêtres sur le visage. je peux rentrer en moi. et ne plus rien voir au dehors. et ne plus rien dire à personne. je peux faire la criture pour moi touseul dans ma tête sans les mains. je peux me faire l’amour à moi même avec la main. je peux me faire montrer le zob avec la main. ou sans rien faire just’en pensée avec la tête. personne ne peut voir les images que j’ai dans la tête. toumonde peut entendre les mots que j’ai dans la tête. puisque je parle. je suis parlé par un terrain vague. j’habite qui parle. je fais de la confiture de mots directement dans ma bouche. je pompe du lait caillé directement dans mon vié. la salive est le lait de la pensée. la salive est transparente. c’est pour qu’on puisse voir au travers. pour qu’on voit ce qu’on vient de dire. la pensée passe de l’autre côté de la vue. et souvent nos pensées nous débordent. et on les perd de vue. et pour rattraper une pensée perdue il faut un appât. on piège les pensées en posant devant soi un appât. de la confiture est un appât à pensées. une petite giclée de confiture posée devant soi attire les pensées. c’est pourquoi parlant je fais de la confiture de mots directement dans ma bouche. c’est pour que les pensées me viennent. viennent dans ma cavité. viennent résonner dans mon gosier. qu’elles pensent un peu à ce que je dis les pensées. je pose les courses. et je vais dans ma chambre. et j’ouvre mon cahier. et je pose ma confiture dans le cahier. je suis dans la chambre. je criture. je parle au cahier sur les genoux.

 

quand je parle seul je le fais à l’écrit, quand je parle seul c’est l’écrit qui me parle, mais c’est pas uniquement ce que je dis, qui me parle, mais c’est ce que je vois aussi, c’est ce que j’entends aussi, et pas uniquement ce que j’écris, mais c’est ce que je mange aussi, c’est mon besoin, c’est le tiraillement de mon besoin qui me parle, c’est l’air que je respire, quand je respire, qui me parle, c’est l’argent que je dépense, c’est le temps que je perds à gagner l’argent de ma vie dépensée, c’est pas uniquement ce que je dis en criture ou en bouche de vent, qui me parle, mais c’est ceux qui vivent sans dire, c’est tout ceux qui sont là dans la vie non écrite, non parlée, c’est pas que la criture qui me parle, mais c’est aussi ma triture dans la non criture, c’est ma tension rentrée dans mon teston, dans mon vié non travaillé, dans mon zob non découillé, c’est ça qui me parle, qui me fait voir ce qui parle, c’est cette faiblesse de recevoir la force qui me fait voir tout ce qui parle, c’est cette faiblesse, c’est cette tension, c’est de tomber, c’est de tomber dans ma bouch’à l’arrêt qui me fait entendre tout ce qui parle, c’est le bruit que fait poésie en tombant, qui m’aspire profond dans ce qui parle, me fait entendre tout ce qui parle, me fait participer au parler de tout, c’est cette tension tassée, ce parlêtre à l’arrêt, c’est un reste, une brèche d’ouverture qui me fait criturer, c’est écouter qui m’fait criturer, c’est écouter qui m’fait parler,

 

quand je parle seul je le fais à l’écrit, quand je parle seul c’est l’écrit qui me parle, mais c’est pas uniquement ce que je dis, qui me parle, mais c’est ce que je vois aussi, c’est ce que j’entends aussi, et pas uniquement ce que j’écris, mais c’est ce que je mange aussi, c’est mon besoin, c’est le tiraillement de mon besoin qui me parle, c’est l’air que je respire, quand je respire, qui me parle, c’est l’argent que je dépense, c’est le temps que je perds à gagner l’argent de ma vie dépensée, c’est pas uniquement ce que je dis en criture ou en bouche de vent, qui me parle, mais c’est ceux qui vivent sans dire, c’est tout ceux qui sont là dans la vie non écrite, non parlée, c’est pas que la criture qui me parle, mais c’est aussi ma triture dans la non criture, c’est ma tension rentrée dans mon teston, dans mon vié non travaillé, dans mon zob non découillé, c’est ça qui me parle, qui me fait voir ce qui parle, c’est cette faiblesse de recevoir la force qui me fait voir tout ce qui parle, c’est cette faiblesse, c’est cette tension, c’est de tomber, c’est de tomber dans ma bouch’à l’arrêt qui me fait entendre tout ce qui parle, c’est le bruit que fait poésie en tombant, qui m’aspire profond dans ce qui parle, me fait entendre tout ce qui parle, me fait participer au parler de tout, c’est cette tension tassée, ce parlêtre à l’arrêt, c’est un reste, une brèche d’ouverture qui me fait criturer, c’est écouter qui m’fait criturer, c’est écouter qui m’fait parler,

 

la criture est simple : elle se fait toute seule. ya pas d’intermédiaire. ya pas d’interlocuteur. ya pas d’auteur. ya pas d’interférence. parce que ya personne qui parle. ya la chose de criture et elle se fait toute seule : c’est simple. ya une bouche qui criture c’est simple. ya de la bave qui coule de la bouche et on trempe son doigt dans la bave et on fait des sortes de dessins qui s’appellent de la criture et ça dit quelque chose simplement. donc ya la criture c’est simple. et ya la sexualité. ça c’est simple aussi : la sexualité c’est ce qui pousse le corps à tracer de la criture. la sexualité c’est ce qui pousse le doigt à tracer dans la bave des choses qui disent des choses simplement. le tracé de criture c’est de la sexualité pure. c’est tout. c’est simple. donc ya le sexe et la criture c’est simple. ya le sexe qui ne se trace pas. et ya la criture elle elle se trace. c’est tout. et puis ya le corps : le corps c’est ce qui produit de la criture et du sexe. c’est tout. la criture c’est du dessin qui signifie automatiquement. c’est du dessin avec sens intégré la criture : c’est simple. et le sexe c’est de la danse. le sexe c’est de la danse intensive automa-tiquement. c’est de la danse avec intensité intégrée le sexe : c’est simple. c’est des gestes en soi la criture et le sexe. ça ne vaut rien d’autre que soi-même la criture et le sexe. ça ne touche l’autre que de l’intérieur la criture et le sexe. ça ne se vend pas la criture et le sexe. on peut pas faire d’images de la criture et du sexe. on peut pas faire les intelligents avec la criture et le sexe. ça veut rien dire la criture et le sexe. c’est un geste qui communique rien la criture et le sexe. on ne parle plus quand on fait la criture et le sexe. on est plus en soi quand on fait la criture et le sexe. on ne maîtrise rien. on ne s’habite pas. on est habité d’une intensité qu’on maîtrise pas. on est parlé d’une intensité qui ne signifie rien. et qu’on ne maîtrise pas. c’est simple. on est touseul et on parle. c’est simple. on est là et on fait rien parce que la chose se fait touteseule. la chose c’est le sexe et la criture : on l’a déjà dit mais c’est si simple de le répéter. le tracé de criture c’est de la sexualité pure. je me répète dans la simplicité. la criture c’est du dessin. le sexe c’est de la danse. je me répète dans la simplicité. c’est un geste qui ne communique rien. c’est un geste qui s’intensifie de ne rien dire. je me répète dans la simplicité. je parle pas. je maîtrise rien. je ne m’habite pas. je ne comprends pas ce que je dis. c’est simple je le comprends pas. je ne sais pas parler. je ne sais pas tracer la criture. je ne sais pas faire le sexe. je n’ai rien à faire avec le sexe. je n’ai rien à faire avec la criture. parce que ça se fait touseul. dans la simplicité. je n’ai rien à faire : c’est simple.

 

on trace son chemin, et le chemin c’est la parole, on marche en parlant, et on parle touseul, parce qu’on marche touseul, toumonde parle en son propre chemin, et
la parole c’est le sexe, alors toumonde sexualise sa parole, et le sexe chemine dans l’énergie, alors on est poussé à l’énergie, par le sexe, sans rien maîtriser, toumonde s’énergise au sexe sans rien maîtriser, l’énergie on ne la possède pas, parce que le sexe on le maîtrise pas, l’énergie c’est la pensée non maîtrisée, personne maîtrise rien, la pensée c’est l’sexe parlant, le chemin c’est la parole énergifiée au sexe, toumonde enfoutre son propre chemin, toumonde enfoutre son chemin d’parole, parce que toumonde parle, toumonde pousse sa p’tite chanson, toumonde parle en libido majeure, toumonde ensemence sa parole, toumonde s’énergise en parlant, personne i maîtrise la parole, la parole parle pour sexualiser toumonde, toumonde parle dans la niaque de l’énergie, sans rien maîtriser, toumonde existe dans l’énergie, toumonde s’excite à la niaque de l’énergie, toumonde jette sa parole, toumonde est un jet d’foutre, toumonde jette sa cyprine, toumonde baigne dans la niaque, toumonde fait le fou dans la niaque, toumonde fait la folle dans son bain, on baigne à la niaque, l’énergie nous fait penser, toumonde énergise sa parole en plongeant au sexe, toumonde il a du sexe derrière les yeux, on baigne dans sa propre tête, on macère, toumonde macère dans la matière d’énergie, toumonde macère dans l’énergie sexuelle, toumonde est vivant dedans, dedans le sexe, être vivant c’est s’identifier à l’énergie, et au sexe, on est pris au mouvement d’énergie, dedans, on est vivant, on aime l’énergie, être vivant c’est être dans l’intensité d’l’énergie, être vivant c’est s’faire aimer du sexe d’l’énergie, on se sépare de soi quand notre être passe à l’énergie, passe au sexe énergiaque, on ne peut sexualiser qu’en vivant, on ne peut vivre qu’en parlant, on ne peut parler qu’à l’énergie, seule l’énergie nous fait vivant, un vivant c’est un mourant qui parle, on ne peut parler que face à la mort, ce qui nous fait parler c’est l’énergie d’la mort, la mort est une chose bonne, la mort c’est pas la fin, c’est le début, c’est le déboulé de soi en poussée, on est poussé à vivre par la mort, par la libido d’la mort, qui pousse, sans cesse on s’fait pousser, on vit d’se faire pousser, tout est commencement, le commencement c’est la poussée qui arrache de soi le vivant, on n’est vivant qu’arraché d’soi, on est poussé par l’énergie du commencement, la vie c’est d’la parole commencée, ya pas d’fin, on est pris dans l’sans fin d’la matière parlée, la vie est sans fin énergisée du parler qu’on fait, on est vivant, ya pas d’fin, on s’ra toujours là, on va encore continuer d’parler,

 

— les fesses de la fille à qui je parle — les fesses de la fille que j’ai appelée pour avoir un rendez-vous avec — les fesses de la fille que j’ai pris un rendez-vous avec pour aller prendre un café chez elle — les très très belles fesses de la fille qui a accepté que je vienne chez elle prendre un café avec elle — les fesses de la fille qui chez elle elle me fait du thé en fait — la fille qui est assise posée sur ses très très belles fesses face à moi — la fille qui a des fesses dont elle est la propriétaire la chance qu’elle a — les fesses de la fille qui me parle avec sa bouche qui a les lèvres mouillées à cause du thé — les fesses de la fille très belle aux cheveux très noirs très beaux elle me fait du sourire — les fesses de la très belle fille aux très noirs cheveux elle me fait de la parole — la fille avec laquelle je bois du thé pendant que je pense à sa bouche que j’écoute — la fille avec laquelle je bois du thé pendant que je pense à ses cheveux que je vois — la fille avec laquelle je bois du thé pendant que je pense à ses fesses que je ne touche pas — ya beaucoup de mouvements dans ma tête en même temps pendant que je suis avec les fesses de la fille très très belle aux cheveux noirs — ya beaucoup de choses en mou-vement entre elle et moi quand elle me parle faut que je réponde et que en même temps je regarde ses cheveux pour garder mon sourire sans oublier dans ma tête l’obsession des très très belles fesses qu’elle a sous elle — ça me fait bloquer — je parle au dessus de ma tasse et ça refroidit le thé — ya beaucoup d’obsessions en moi qui passent et qui tournent dans ma bouche quand je parle elle voit passer ses fesses dans ma tête —

 

il y a de la parole parce que j’ai envie de parler et la parole est gestuelle parce que j’ai envie de bouger il y a de la parole gestuelle il y a du sexe il y a du mouvement d’envie parce que j’ai envie de vivre il y a une danse de sexe quand on parle il y a une danse de sexe il y a de l’envie il y a de la pulsion d’envie il y a dans la parole l’envie de rentrer dedans de passer à autre chose et de disparaître et de passer à un autre dedans de malaxer il y a l’envie de malaxer son dedans comm’un sexe l’envie de malaxer son sexe dans l’autre il y a un sexe qui a envie de parler il y a l’envie de parler en malaxant son sexe en malaxant son être dans l’autre il y a l’envie de recevoir en échange il y a l’envie de recevoir l’autre dans ma parole il y a l’envie de recevoir la malaxe de l’autre en moi il y a l’envie de recevoir le sexe de l’autre en malaxe de parole en moi, tu me tournes dedans ton envie, il y a en toi l’envie de tourner ton envie en moi, il y a en toi l’envie de tourner en moi quand je parle, il y a en toi l’envie de te fondre à ma parole, de fondre ton sexe dans ma pensée, qu’ensemble ça fasse une purée d’envie, il y a en toi l’envie de passer à la purée, de perdre tous tes grumeaux, il y a en moi l’envie de filtrer toute ta matière, il y a l’envie de recevoir la malaxe de ton sexe dans ma tête, je sens en moi l’envie de parler plus fluide, je sens en toi l’envie de disparaître dans ce que je dis, l’envie de me donner ton disparaître, que je le fluidifie, il y a en moi l’envie d’être l’écho de l’autre, d’être l’écho de la pulsion de l’autre, il y a en toi l’envie d’être mon autre, tu me donnes l’envie, l’envie d’être en creux, d’être le creux où se malaxe ton être, où se malaxe ton sexe, où se malaxe ton envie de disparaître, je sens en moi ta danse de disparition, je sens en moi qu’au plus je parle au plus tu danses, au plus je souffle au plus tu disparais, au moins tu es là au plus j’ai l’envie de parler de ce qu’il y a en moi quand tu y viens pour disparaître, il y a en moi quelqu’un qui parle pour te sentir disparaître, il y a en moi quelqu’un qui dit ce que je dis pour sentir ton être, sentir ce qui est toi quand tu n’y es pas,

 

tu dis, il fait froid, le froid rentre dedans, le froid touche les os, le froid tourne dedans, le froid tourne autour dedans, le froid enrobe et se propage et gagne tout dedans, le froid vif froidit tout dedans, je dis, il fait chaud, le chaud touche, le chaud frôle la peau et dilate les pores, le chaud donne le mou-vement d’ouverture, d’enlèvement, le chaud enlève le tissu, enlève un chapeau, enlève une écharpe, enlève un pantalon, tu dis, le froid défait le visage, le froid creuse, le froid enlève la peau des mains, le froid gerce, le froid fait des sillons, le froid creuse, fait des trous dans le visage, le froid veut rentrer, je dis, le chaud protège, le chaud enveloppe, le chaud dénude, le chaud donne l’envie, donne le mouvement d’envie, le chaud donne un baiser, donne un slip enlevé donne une caresse donne une confiance, tu dis, le froid immobilise, le froid isole dans l’immobilité, le froid gèle la parole, le froid méduse la pensée, le froid est une calamité, est un débile, le froid est morbide, le froid propage le débile dedans, le froid est un débile qui méduse dedans, le dedans est un mort qui reçoit le froid, le froid donne la mort, je dis, le chaud envahit, le chaud gagne le chaud dénude le chaud se mêle, le chaud se malaxe, le chaud est l’autr’en malaxe, le chaud fait l’amour, le chaud rest’en mouvement dans l’amour, l’amour est chaud, dedans se propage le mouvement d’amour, le mort jouit, tu dis,

 

la criture est une coulure, la coulure coule, touletan, au plus ça coule au plus ça criture, la criture est une coulure de pensée, la pensée est une diarrhée, la diarrhée est un écoulement de fécal, le fécal est de la matière-pensée, le fécal est un corps liquide, le corps est une flaque, on a pas d’os pour tenir droit, c’est pourquoi le corps est une flaque, la structure manque, on a pas d’os pour tenir parce que les os ont été vendus pour bâtir des maisons, le corps est une flaque, on est qu’une flaque d’écoulement, on s’écoule pour gagner sa vie, c’est pourquoi le fécal est de l’argent, parce qu’on paye son loyer avec du fecal, du fécal liquide est de la diarrhée, on fait de la criture en traçant dans la diarrhée, on fait de la criture en plongeant son doigt dans la flaque, c’est pourquoi le corps est de la merde, et c’est pourquoi la criture est violente, la criture s’échange, l’échange est acheté, la criture est achetée avec l’argent de la pensée, car les riches chient toujours dur, c’est pourquoi les riches n’ont pas de flaque pour criturer, c’est pourquoi les riches ne peuvent criturer, aux riches il manque l’absence de structure pour penser, la pensée produit du fécal, on vend le fécal à des acheteurs de pensée, les acheteurs de pensée sont riches, parce que les gens sans pensée ont de l’argent, ils achètent du fécal pour penser, mais en fait ils ne font que repenser le digéré, parce que le fécal est de la nourriture digérée, qui coule touletan, la criture est l’argent du fécal, la pensée est l’argent de la kriture, la criture est une machine à fécal, qui produit touletan, car la pensée est la nourriture de l’argent, la pensée achète la kriture pour se nourrir, la pensée se nourrit de violence, car la criture est directe, la criture est une matière simple qui ne se dissout pas, qui ne se mélange pas, qu’on ne négocie pas, la criture est une matière simple qui ne se donne pas, mais qui se vend, sauf que, la kriture se rachète avec sa plus-value, c’est pourquoi la kriture est la nourriture de la pensée qui écrit, la pensée écrit sa propre criture, elle se trace dans le fécal, la kriture est une matière qui se donne à elle-même, qui se trace pour elle-même, avec son argent elle s’achète sa nourriture, et la nourriture de la kriture est la criture elle-même, la criture se mange, puis la criture se digère elle-même, c’est pourquoi le reste de la kriture est encore criturable, à savoir encore vendable, c’est pourquoi ce qui a déjà été crituré est de la charcuterie de fécalité, c’est pourquoi la criture est du fécal qui se vend à l’unité, le fécal est une chance pour la criture, le fécal est une matière sculptable, la sculpture est une chance pour la criture, on peut sculpter de l’argent dans du fécal, c’est pourquoi le fécal est une chance pour la criture des pauvres, aux pauvres il reste la possibilité de criturer son histoire dans sa merde, la merde est une matière disponible, elle circule touletan, aux pauvres il reste la possibilité de plonger son doigt dans la merde et de tracer sa propre criture, les pauvres peuvent tracer leur propre criture, les pauvres criturent leur propre pensée, le fécal des pauvres est propre, car de créer de sa criture rend propre, le doigt est plongé dans le fécal mais la pensée est sauvée, les pauvres sauvent la pensée, la pensée est une matière de pauvres, la pensée est une force, la force est criturée, la criture est l’incontrôle de la pensée, la criture se fait toute seule, elle s’enfante, la criture produit de la criture, la criture ne produit pas de déchet, la criture n’a pas de reste, la criture est pleine, la criture est l’affirmation du plein, la criture n’a rien à dire, le plein est déjà trop plein il n’a plus rien à dire, le plein est une action, le plein s’actionne dans la criture, en criturant on affirme pleinement l’action pure, la pureté est de ne rien dire, la criture a trop à faire pour avoir à dire, la pureté est de se souiller dans l’action, la pureté est de s’aliéner au plein de la criture, la criture c’est l’action, l’action trace des sillons dans la tête, la tête est pleine de criture, le plein est une bataille, au cœur de la bataille on n’a rien à dire, dans la tête on a tout à faire, la tête ne dit rien, la tête est un champ de bataille où il ne reste rien, le reste de la criture est encore de la criture, la criture se fait sans cesse toute seule, elle se transforme en elle-même, elle devient autre d’elle-même, elle s’étire, elle s’enfle, elle dégouline, elle se colle, elle se recolle, elle se rattrape de tous les côtés, elle ne part pas, elle se rattrape toujours, la criture se veut du bien, la criture se soigne elle-même, elle est une, la criture se repose dans la criture, la criture a besoin de sommeil, a besoin du sommeil de la criture pour continuer son travail de criture, la criture est un sommeil, je dors, j’ai rien à dire, je suis innocent, je fais la criture, je suis innocent de criturer, parce que la criture est innocente, la criture n’a rien à dire, la criture a trop de choses à faire pour avoir à dire, j’ai trop à faire avec la criture, c’est pour ça que j’ai rien à dire, j’ai à me libérer de moi par la criture, j’ai à recomposer un être en moi par la criture, un être d’innocence qui ne dit rien, la criture dépose en moi un bloc d’innocence avec lequel je compose des vides, des vides que je lance au dehors pour transporter mon innocence, je n’ai pas de moi à transporter, j’ai un évidement de moi à consumer, à consumer par la criture, j’ai un évidement de moi à parler, je parle dans l’évidement qu’ouvre la criture, c’est pour ça que je ne parle jamais de rien, et que pour ne parler de rien on fait de la criture,

 

je fais de la confiture de mots directement dans ma bouche, je pompe du lait caillé directement dans mon vié, je pompe ma moelle pour la monter en mayonnaise, la mayonnaise est une drogue, la drogue est une énergie, la pensée est une force quand la force criture, penser est une transe, un pauvre est un chaman, la criture est l’incontrôle de la pensée, la criture se fait toute seule, elle s’enfante, criture ne produit pas de déchet, n’a pas de reste, criture est pleine, est l’affirmation du plein, criture n’a rien à dire, le plein est déjà trop plein il n’a plus rien à dire, le plein s’actionne dans la criture, en criturant on affirme pleinement l’action pure, l’action est de s’aliéner au plein de la criture, la criture c’est l’action, l’action c’est la pompe, l’énergie est totale, elle passe partout, elle gagne tout l’espace, elle s’imprègne dans les tissus, rien n’est épargné, tout est imprégné, l’énergie est une propension d’énergie, l’énergie est absolue, l’énergie est ce qui sauve, l’énergie ne met pas à l’abri, mais elle sauve, l’énergie expose, et c’est exposé qu’on est sauvé, tout passe par l’énergie, l’énergie est le conduit absolu, l’organe de l’énergie est la tête, l’organe de l’énergie est le sexe, l’organe de l’énergie est la main, et la main plonge dans la bouche, elle va chercher l’énergie, la main fouille dans la bouche et elle ressort une boule, et c’est une boule d’énergie, une boule d’énergie roule dans la tête, une boule d’énergie roule dans la bouche, une boule d’énergie roule dans ce que je dis, et l’énergie éjecte, la tête sort de la bouche, la main sort de la bouche, le sexe sort de la bouche, et tout ce qui sort de la bouche capte l’énergie, dehors il y a des milliers de petits capteurs d’énergie de tête, dehors il y a des milliers de petits capteurs d’énergie de sexe, dehors au bout des doigts dehors il y a des milliers de petits capteurs d’énergie de parole qui véhiculent ce que je dis dans les têtes, toutes les têtes sont au bout de mes doigts, et dehors au bout des doigts il y a des milliers de petits capteurs d’énergie de parole qui véhiculent ce que je dis dans le sexe, et mes doigts sont des petits sexes, sont des petits bâtons d’énergie, mes doigts sont des petits totems qui condensent toute la force de l’énergie, et qui véhiculent la force, c’est l’énergie qui relie la tête et le sexe, l’énergie est un piston qui propulse le sexe dans la tête, et l’énergie pistonne la tête vers le sexe, c’est un mouvement, le piston d’énergie masturbe l’être, le corps d’être est en mouvement, est masturbé, est mouvementé, le parlêtre morfle l’énergie, le piston nous agit,

 


tu dis tous les textes sont vivants tu dis tous les textes sont un morceau arraché au vivant tu dis les textes sont des vols tu dis les textes doivent être volés à leur tour et retourner à la vie tu dis la vie doit retourner là d’où elle sort là d’où elle jailllit tu dis les critureurs de textes sont des voleurs tu dis les critureurs méritent la prison tu dis la criture vole et le vol est interdit tu dis la loi prévient tout mouvement de criture tu dis criturer n’est pas parler tu dis la parole elle ne vole rien tu dis la parole est la vie la parole est le mouvement même d’où sort la vie d’où elle jaillit tu dis mais la criture n’est pas la vie tu dis la criture n’est pas la vie dans la parole tu dis la criture est un mensonge de vie la criture vole la pensée tu dis vole le mouvement vole le vif à la vie la criture vole la force à la parole tu dis la criture vole la puissance au sexe la criture se croit sans dehors tu dis mais la criture arrache dehors les morceaux tu dis tous les textes de criture sont un morceau arraché au vivant tu dis les textes doivent être volés à leur tour tu dis faut arrêter de criturer

 

je dis oui, sans réfléchir, je ne réfléchis pas, ça ne marche pas comme ça, je ne marche pas en réfléchissant, je sors des pensées non réfléchies, je sors des pensées qui ne sont pas pensées par moi, elles me viennent, mais elles ne sont pas à moi, je ne fais pas retour sur mes pensées, je ne fais pas retour sur ce qui m’appartient pas, je ne tiens pas dans la parole, je déborde, la parole me sort des pensées que je n’ai pas dites, je suis soufflé, et j’accepte, j’accepte le vent, accepte d’être dit, je dis oui, ne m’approprie rien, je ne veux rien avoir à faire, rien avoir à dire, je veux être libre de tout faire, libre de tout dire, j’accepte que tous les mots me viennent, qu’ils puissent tout faire, qu’ils puissent tout dire, je dis oui à ce qui vient, j’accueille le oui de tout ce qui parle, la parole me parle, et elle me dit oui, tous les mots qu’elle parle sont des oui, c’est les bouches qui disent non, mais les mots disent oui, un son de mot est l’affirmation du oui,

 

la parole est l’affirmation. la parole est l’affirmation de la joie. la joie est une guerre sans conscience. la conscience ne peut rien dire. car la conscience n’a pas la parole. la parole est à l’inconscience. et l’inconscience est joyeuse. l’inconscience est l’affirmation de la joie de parler. on parle de n’importe quoi. car on a pas la conscience de ce qu’on dit. ni la mémoire de ce qu’on a fait. la mémoire est en dehors de la page. la pensée est à la marge de la parole. c’est le présent de la parole qui fait la criture de maintenant. je suis dans la criture de maintenant. je n’ai rien à dire. je suis dans la parole qui fait la criture. j’ai des cheveux noirs. je fais le sexe. pour faire le sexe i faut rien faire. les sens sont là. les sens sont des capteurs sexuels. pour faire le sexe les sens se dirigent au bout du sens. au bout de chaque sens il y a un capteur sexuel qui attend l’autre. le sexe est une attente. puis le sexe vient. le sexe est la venue de l’autre. merci. le sexe est la venue de l’affirmation. le sexe est une hallucination. les sens s’ouvrent. les sens sont l’affirmation de l’hallucination. les sens se retournent. dans le sexe les sens sont à bout. les sens ne renoncent pas. avancent. dépassent le stade de la renonciation. les sens passent au délire de l’affirmation. le délire hallucinatoire est un emportement sexuel. le sexe emporte toute la pensée. la pensée vient d’un dérèglement de la perception. l’écroulement de la perception est une ouvertur’à la pensée. pour pensée il faut un corps effondré. la pensée pense dans le sexe. le sexe pense en direct dans le corps effondré. pour faire la pensée il faut tomber. dans le sexe. et pour faire le sexe il faut rien faire. c’est déjà là.

 

je n’ai rien à faire, j’essaye vraiment de me laisser faire et je peux ne rien faire si je le veux, mais c’est pas possible, je peux essayer de ne pas bouger, mais, je peux essayer de ne pas parler, je peux essayer de ne pas respirer pour ne rien faire, mais c’est pas possible, il faut se tuer pour ne rien faire, et je peux essayer de me tuer, mais c’est pas possible, c’est pas possible de me tuer parce que j’ai pas envie de me tuer, j’ai envie de vivre, je veux vivre pour continuer ce travail de criture, je veux que ce travail de criture soit tout ce que je fasse, je ne veux rien faire d’autre que ce travail de criture, mais en même temps je veux que ce travail de criture ne soit rien, ne soit rien de particulier, ne parle de rien de particulier, je veux que ce travail de criture ne soit assujetti à aucun sujet, aucun objet, aucune intention, aucune action particulière, je veux que ce travail de criture que je suis en train de faire ne parle que de ce que c’est en train de dire, lui i dit, et pas moi, moi ne dit rien, moi je fais, je veux faire ce que la criture fait, je ne veux pas que ça dépasse, que ça déborde ailleurs que là où c’est en train de se faire, ce que je veux c’est ce que la criture veut, je veux tenir ce travail de criture dans le présent de mon corps, je veux maintenir ma criture dans le corps de ma vie de maintenant, je veux que ma criture m’aide à vivre, que ma criture me fasse une vie, une vie à elle, que je vivrai moi, je veux que mon travail de criture puisse être entendu par toumonde, je veux que mon travail de criture puisse aider toumonde à trouver une place dans sa vie, un point de basculement, un mouvement dans sa vie, toumonde vit sur un cheval à bascule, je veux que le travail de criture que je fais fasse parler toumonde de son point de bascule, toumonde a besoin de basculer dans le vide pour vivre, toumonde a besoin de trouver sa place dans le mouvement de vie qui bascule, je veux que mon travail de criture soit le point de force sur lequel toumonde puisse s’appuyer pour se faire basculer dans le mouvement qu’il veut, je veux que ce que veut toumonde soit ce que veut ma criture, je veux que toumonde puisse venir à mon travail de criture, et pour que toumonde vienne à mon travail de criture i faut plus que je sois là, faut que je laisse la place, je veux disparaître dans toumonde, je veux disparaître dans l’utilisation que toumonde ferait de la criture, je veux que la criture emporte toumonde avec moi dedans dans un endroit où les paroles serait dites par toumonde et ce serait les mêmes paroles que toumonde dit en même temps mais toutes différentes et que toumonde comprenne les paroles des autres toumonde avant même que les autres toumonde les aient dites

 

toumonde fait l’amour mais les gens jolis font plus l’amour que toumonde les gens jolis ça veut dire qu’i zont un corps joli et les gens jolis se reconnaissent entre eux et les gens jolis se trouvent facilement et des fois même il y a des rassemblements qui sont organisés des rassemblements de gens jolis et le corps joli des gens jolis se touche facilement et les gens jolis se parlent facilement entre gens jolis il y a de la facilité et la possibilité de faire l’acte de sexe est facile entre gens jolis aux corps jolis ou l’acte de parole ou l’acte de toucher ou l’acte de caresser ou l’acte de mettre les doigts quelque part ou l’acte de prêter des objets voilà tous ces actes se font facilement entre gens jolis i sont faciles i se parlent facilement et i se touchent et i rigolent de leur parole et de leur sexe i rigolent de leur sexe qui s’avancent avec envie i rigolent de leur envie i rigolent de leur corps qui s’avance pour faire l’amour aux corps jolis des gens jolis i se font l’amour entre eux les corps jolis voilà i vivent comme ça les gens jolis i se parlent i se touchent le corps i font des choses qui font rigoler i font l’amour et la parole et puis après i s’en vont le rassemblement se dissout i s’en retournent c’est comme ça c’est i sont jolis c’est des gens jolis i zont un corps qui s’en retourne à la fin

 

 

 



Arno Calleja / criture,
© Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2006
w w w . i n v e n t a i r e - i n v e n t i o n . c o m

Textes
  1/1