à D.A.F. de Sade

êveur poudré bavard considérable
Homme de mots harangueur effréné
Puissant hâbleur scripteur intarissable
Créateur fou de mondes jamais nés

O perroquet ô parleur mémorable
Répétiteur de récits calcinés
Diseur de cendres faiseur de faux miracles
Qui donnent chair à l'esprit étonné

Père fouettard ô fêtard formidable
S'il se fait tard dans ce monde haïssable
Nos cerveaux mous et nos corps décharnés

Fais resplendir dans le ciel ineffable
Où tournoient morts ces astres innombrables
Les dieux d'hier ta lumière Damné !

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L'automne les vignes rouges
Le ciel bas le soleil gris
Le sombre éclat de ta bouche
L'octuple étoile aujourd'hui !





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Marquis de Sade et de sable
Et de terre et je dis
Qu'il recherche l'ineffable
Dans ce passage engourdi.




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Jeune fille célébrons
Le digne homme sans manières
Sois femme par le fronton
Et garçon par le derrière !




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Notre bon maître disait
En tout homme gît la femme
Mais en toute femme osait
Trouver l'homme qui s'y cache.




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Grimpe donc sur moi mon âme
Et que ton doigt soit l'engin
Qui sans me faire madame
De mon cul fasse un vagin.





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Puis en l'honneur du Marquis
Oh faites-moi la lecture
Tandis que de votre exquis
Fondement je fais pâture.





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Lisez-moi donc le « Boudoir »
D'une voix mélancolique
Quand je prends votre baisoir
Jusqu'en avoir la colique !





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Corps entassés ô pyramide humaine
Cinglés de mots coupants comme des cris
Blanc monument par quoi la chair amène
Son architecte au-delà de l'écrit !

Poursuit ce rêve ô Sade dans l'espace
Vide d'amour où les mots déferlant
Jusqu'au néant cherchent à laisser trace
De quel désir de toi nous appelant !

Sois le chemin tendu vers cet extrême
L'être impossible jaculant l'amer fiel
L'os raclé nu étincelant là-même
Où l'infini dérive loin du ciel !

Dérive au loin phraseur infatigable
Père rigide aux cruels règlements
Grand solitaire habité par le diable
Qui fait jaillir le plaisir des tourments.

Reçois ma foi Divin Marquis modèle
Sois un exemple à nos sens proposé
Fais exploser le monde et que t'appelle
Hors des débris consumés quel Baiser ?

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Oh que j'aime la lecture
Quand le cul tourné vers moi
Et l'âme dans ses pâtures
Vous cédez à mes émois !





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Jouir à deux ou à trois
Si Sade nous accompagne
En ce moment où je crois
Que l'esprit bat la campagne !





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Que je vous goûte lointaine
Par l'esprit toute au roman
Tandis que de vous sereine
Silencieux je suis l'amant !





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Ainsi passeront ces soirs
Que d'autres nomment l'automne
De foutoirs prompts en suçoirs
Sur un rythme monotone.




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Pâturages innocents
A la crème renversée
Que vous soyez dix ou cent
Ma langue ne s'est lassée.





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Je lui disais oh écarte
Encore tes fesses je
Détruis ce château de cartes
Sinon par amour par jeu !





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Mais tôt les Cent Vingt Journées
Me serviront de vaccin
Tandis qu'à la dérobée
Je vous caresse les seins.





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Blangis Curval Augustine Constance
Personnages hagards d'illusoires soupers
Parcourent lentement le théâtre rapé
Où l'ardent discoureur les réduit au silence.

Lui seul par le hoquet d'histrionnes en transes
Bégayant un récit mille fois retapé
Décidera qui frappe et qui sera frappé
Qui sera la vertu qui sera l'indécence.

Obéissez lui donc bourreaux femmes aux fers
Egalement soumis à la loi décernée
Formant et puis rompant la posture ordonnée

Tandis que ressassant l'aventure fanée
Que chevrotent ces voix vieilles de mille années
Il rêve les yeux morts au véritable Enfer.

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Langue à langue cul à cul
Fente à raie puis raie à fente
Chargent en moi ces accus
Qui déchargent dans « l'infante ! »





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Celle qui rit de la Raie
Au beurre noir du Désir
Et qui vaut d'être narrée
Aux hoquets de nos plaisirs !





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Elle fouille les réduits
Où le miel se dissimule
Et m'énerve les conduits
Avant que je ne l'encule.





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Femme fais que je sois toi
Un instant si ce peut être
Et que deux culs sous un toit
Deux cons fassent apparaître !





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Toi Marquis la même messe
Officias fille ou giton
Offerts crus à ta paresse
Un peu trop souvent dit-on.





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On dit même que Latour
L'âme damnée de tes fêtes
Du doigt te jouas le tour
D'être avant toi dans la bête !





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Comment disais-tu ? L'ivoire
Et puis l'albâtre et les lys
Et les roses quelle histoire
Pour foutre ces Adonis !





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Imaginez Madame une cave attenante
Imaginez Serpent irruptant des cailloux
Imaginez sa tête errant vers vos genoux
Sa longue langue noire fourchue frétillante

Imaginez Madame ô stupeur ce tombeau
L'ombre crayeuse lourde aux voûtes de silence
O stupeur mais ô stupre tentation démence
O piège refermé sur moi ô doux fardeau

Imaginez Plaisir rampant dans la poussière
Mais ce n'est que de te mordre ô Rêveuse au talon
Qu'il voudrait le Reptile infatigable Allons
Fais ce que veux épargne la prière

Imaginez qu'elle s'allonge sur la pierre
Si ce n'est vous hélas dans ce nouveau cercueil
Le Serpent vient la chair s'écarte est-ce un œil
Rose qui tremble en la grisâtre soufrière ?

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Adonis ou Adonise
D'ailleurs c'est le même trou
Sur lequel tu agonises
Marquis le trou est un tout !





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Non que je ne me fatigue
A ce doux repas sans fin
Mais à te sucer la figue
Je sens que j'ai toujours faim.





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O Sade puissant bâfreur
Amateur de friandises
Qu'au cœur secret de nos sœurs
Tu sais d'après gourmandises !





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Confitures chocolats
Gelée de coings et réglisses
Culs fumants cons de gala
Te sont éternels délices !





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Obèse Sade tu sais
Te conduire sur la scène
D'un théâtre dont l'excès
T'a fait dénommer l'Obscène.





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Que ne puis-je hélas tardif
Me repaître de ce rêve
Etrangement attentif
Où j'eusse été ton élève !





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A peine si nous osons
De fugitives débauches
Semblables à ces oisons
Que tu cachais dans tes poches.





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Grand ciel de mots peuplé de discourantes
Planètes… Verbe ! O lueurs dans la nuit
Grand ciel laiteux bleu d'étoiles mouvantes
Qui parlent obscur sur nos fronts endormis

Grand ciel brillant de mille métaphores
Perdu de mots ici-bas prononcés
Qui vont au loin dans la nuit de phosphore
Créer des astres agités de pensers

Grand ciel de mots éperdus et de phrases
Dérivant loin dans l'ombre constellée
Amas violents formant comme des phares
Trouant l'azur glacé de feux ailés

O grands cercueils paraphés de lumières
Qui fabriqués de tout ce qui fut dit
De l'étendue traversez les ornières
En divaguant dans le désert des nuits

Grand ciel de cris immense cimetière
Qui cahote dessus les hommes assoupis
Mots ossifiés mots devenus matière
Dans les recoins où l'esprit se tapit

Grand ciel de mots parlant par mille bouches
D'ombres cachées si bien dans les ressorts
Lointain des lieux où l'univers se couche
Qu'on oublierait ces locuteurs : les morts

Grand ciel de Sade où la terrible étoile
Huit fois indique un impossible humain
Aigle verbeux mais dont le vol dévoile
Cet infini vers quoi je tends la main !


Pierre Bourgeade

Ce texte est déjà paru dans la revue Digraphe
Pierre Bourgeade a récemment publié Warum aux éditions Tristram (lire la critique de Marie Gauthier)

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