L'automne les vignes rouges Le ciel bas le soleil gris Le sombre éclat de ta bouche L'octuple étoile aujourd'hui !
Marquis de Sade et de sable Et de terre et je dis Qu'il recherche l'ineffable Dans ce passage engourdi.
Jeune fille célébrons Le digne homme sans manières Sois femme par le fronton Et garçon par le derrière !
Notre bon maître disait En tout homme gît la femme Mais en toute femme osait Trouver l'homme qui s'y cache.
Grimpe donc sur moi mon âme Et que ton doigt soit l'engin Qui sans me faire madame De mon cul fasse un vagin.
Puis en l'honneur du Marquis Oh faites-moi la lecture Tandis que de votre exquis Fondement je fais pâture.
Lisez-moi donc le « Boudoir » D'une voix mélancolique Quand je prends votre baisoir Jusqu'en avoir la colique !
Corps entassés ô pyramide humaine Cinglés de mots coupants comme des cris Blanc monument par quoi la chair amène Son architecte au-delà de l'écrit ! Poursuit ce rêve ô Sade dans l'espace Sois le chemin tendu vers cet extrême Dérive au loin phraseur infatigable Reçois ma foi Divin Marquis modèle
Oh que j'aime la lecture Quand le cul tourné vers moi Et l'âme dans ses pâtures Vous cédez à mes émois !
Jouir à deux ou à trois Si Sade nous accompagne En ce moment où je crois Que l'esprit bat la campagne !
Que je vous goûte lointaine Par l'esprit toute au roman Tandis que de vous sereine Silencieux je suis l'amant !
Ainsi passeront ces soirs Que d'autres nomment l'automne De foutoirs prompts en suçoirs Sur un rythme monotone.
Pâturages innocents A la crème renversée Que vous soyez dix ou cent Ma langue ne s'est lassée.
Je lui disais oh écarte Encore tes fesses je Détruis ce château de cartes Sinon par amour par jeu !
Mais tôt les Cent Vingt Journées Me serviront de vaccin Tandis qu'à la dérobée Je vous caresse les seins.
Blangis Curval Augustine Constance Personnages hagards d'illusoires soupers Parcourent lentement le théâtre rapé Où l'ardent discoureur les réduit au silence. Lui seul par le hoquet d'histrionnes en transes Obéissez lui donc bourreaux femmes aux fers Tandis que ressassant l'aventure fanée
Langue à langue cul à cul Fente à raie puis raie à fente Chargent en moi ces accus Qui déchargent dans « l'infante ! »
Celle qui rit de la Raie Au beurre noir du Désir Et qui vaut d'être narrée Aux hoquets de nos plaisirs !
Elle fouille les réduits Où le miel se dissimule Et m'énerve les conduits Avant que je ne l'encule.
Femme fais que je sois toi Un instant si ce peut être Et que deux culs sous un toit Deux cons fassent apparaître !
Toi Marquis la même messe Officias fille ou giton Offerts crus à ta paresse Un peu trop souvent dit-on.
On dit même que Latour L'âme damnée de tes fêtes Du doigt te jouas le tour D'être avant toi dans la bête !
Comment disais-tu ? L'ivoire Et puis l'albâtre et les lys Et les roses quelle histoire Pour foutre ces Adonis !
Imaginez Madame une cave attenante Imaginez Serpent irruptant des cailloux Imaginez sa tête errant vers vos genoux Sa longue langue noire fourchue frétillante Imaginez Madame ô stupeur ce tombeau Imaginez Plaisir rampant dans la poussière Imaginez qu'elle s'allonge sur la pierre
Adonis ou Adonise D'ailleurs c'est le même trou Sur lequel tu agonises Marquis le trou est un tout !
Non que je ne me fatigue A ce doux repas sans fin Mais à te sucer la figue Je sens que j'ai toujours faim.
O Sade puissant bâfreur Amateur de friandises Qu'au cur secret de nos surs Tu sais d'après gourmandises !
Confitures chocolats Gelée de coings et réglisses Culs fumants cons de gala Te sont éternels délices !
Obèse Sade tu sais Te conduire sur la scène D'un théâtre dont l'excès T'a fait dénommer l'Obscène.
Que ne puis-je hélas tardif Me repaître de ce rêve Etrangement attentif Où j'eusse été ton élève !
A peine si nous osons De fugitives débauches Semblables à ces oisons Que tu cachais dans tes poches.
Grand ciel de mots peuplé de discourantes Planètes Verbe ! O lueurs dans la nuit Grand ciel laiteux bleu d'étoiles mouvantes Qui parlent obscur sur nos fronts endormis Grand ciel brillant de mille métaphores Grand ciel de mots éperdus et de phrases O grands cercueils paraphés de lumières Grand ciel de cris immense cimetière Grand ciel de mots parlant par mille bouches Grand ciel de Sade où la terrible étoile
Ce texte est déjà paru dans la revue Digraphe
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