Donc, ce qui me frappe, ce n’est pas la chose, banale en elle-même et dont Handke évidemment n’est pas responsable, ce qui me frappe, c’est à la fois cette façon de la dire sans la nommer et que personne ne l’ait entendue. Et du coup, si tu analyses le texte, tu remarques aussi qu’il ne se nomme pas lui-même. Il ne dit pas je, ou moi, il dit « l’enfant ». « Donner un père à l’enfant. » Il ne dit pas par exemple « me donner un père », ni à ce moment-là, ni plus tard d’ailleurs. À aucun moment dans le texte, le lien n’est établi entre lui et cet enfant. Le trou se répercute, d’une certaine façon, et tu vas voir qu’il finit par tout envahir, tous ses textes, tous ses liens, à ses plus proches même. C’est aussi de cette façon, par exemple, qu’il parlera plus tard de sa fille dans Histoire d’enfant. Là aussi, il dira toujours « l’enfant », jamais « mon enfant », jamais « ma fille ». Comme si c’était le lien de filiation qui était, si j’ose dire, innommable.

Attends. Je dois d’abord te dire l’idée qui m’est immédiatement venue. Ce qu’illustre le scénario de « la Lettre volée », que Lacan a utilisé pour éclairer à
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sa façon la découverte freudienne, c’est le dispositif inconscient à l’origine de ce que Freud appelle l’automatisme de répétition. Tu sais qu’une des choses fondamentales que Freud nous a apprises sur le fonctionnement de l’âme humaine, c’est que le déni engendre la répétition... sous une autre forme, bien sûr, car le même se répète toujours sous une autre forme, et c’est pourquoi on a tant de mal à le repérer. Évidemment, au moment où je découvre, disons, ce pot aux roses, j’ai l’impression… eh bien, d’avoir découvert la clé. N’oublie pas que ma question, c’est : comment se fait-il que Handke, sous le coup d’une espèce d’impulsion que personne ne comprend, s’engage du côté d’un régime qui adhère à cette idéologie du nettoyage ethnique – que je connais bien puisque j’en ai en partie édité les textes –, cette même idéologie qui a permis en Serbie la mise en œuvre si efficace de la solution finale…

Quoi ?

Je considère que ce n’est pas comparable.
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Eh bien, admets-le. Provisoirement au moins.

Écoute, tout au long de cette guerre on n’a cessé de renvoyer les différents camps dos à dos et le résultat c’est qu’aujourd’hui, la plupart des gens n’y voient pas plus clair qu’avant et n’ont toujours pas compris ce qui s’était passé là-bas. Maintenant tu me demandes mon avis et tu n’as rien lu, que les journaux probablement, qui ont défendu tout et son contraire, que puis-je te dire d’autre ? Ce que j’avance, je peux le soutenir. Je peux te donner la bibliographie. Nous pourrions en parler des heures. Mais il faut relire l’histoire, en comprendre la logique profonde. On ne peut tout de même pas résumer en une heure ce que j’ai mis dix ans à comprendre… Ne t’ai-je pas dit au départ qu’étant donné la lecture que tu avais de l’histoire, nous aurions probablement des difficultés à nous entendre ?

De l’histoire de la Serbie, de l’histoire de la Croatie, de l’histoire de la France, des légendes patriotiques des uns et des autres… De la façon dont toutes ces
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légendes ont déterminé la politique européenne pendant cette guerre… Tu vois bien que tu n’as pas le choix. Si tu veux en savoir davantage sur Handke, tu dois accepter ma lecture, provisoirement au moins. Et pour savoir si tu es d’accord, il faudra te mettre au travail. Lire ce que j’ai lu. Penser un peu, ça te…

Exactement. Donc, d’emblée, le sentiment que j’ai en découvrant cela, c’est d’avoir affaire à ce mécanisme de répétition. Je veux dire que Handke, à son insu, paraît être le jouet de ce mécanisme qui l’amène à prendre, finalement, des positions comparables à celles de son père, ce père qui ne lui a pas transmis son nom et dont il tait le nom.

Sans doute. En même temps, je n’en fais pas une vérité, je veux dire… c’est une intuition. Simplement une intuition. Mon idée, si tu préfères – enfin mon idée ! une idée qui s’appuie sur de nombreux travaux cliniques de gens qui savent de quoi ils parlent, sur un certain nombre de lectures, sur une expérience
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personnelle, bref, une idée tout de même un peu étayée. Cela dit, ce n’est pas chez moi une idée arrêtée. Plutôt une question, qui aiguillonne ma curiosité et me pousse à aller plus loin. Parce que je trouve singulier, si l’on se réfère à « la Lettre volée » justement, que ce père qui ne l’a pas reconnu et dont il ne porte pas le nom, ce père qui a donc appartenu au parti nazi, comme beaucoup d’Allemands, et qui a soutenu ce régime-là, Handke non seulement en dise si peu de chose…

Au départ évidemment, j’ai eu la même réaction que toi. Je me suis dit dans le fond ce gamin est le fruit d’une rencontre de passage, un grand amour de passage disons, et la guerre terminée, Monsieur l’employé de Caisse d’Épargne est rentré dans ses foyers et Maria Handke est elle-même rentrée dans le rang et devenue une mère de famille comme toutes les autres, n’est-ce pas. Et puis un jour, elle a lâché le morceau, le souvenir du grand amour la travaillait et elle a dit à Peter qu’il en était le fruit, la trace inoubliable. Tu te souviens qu’il dit cela, vingt ans plus tard elle se languissait encore du sentiment qu’elle avait éprouvé
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pour cet homme. Vingt ans après… malgré… bon, enfin, je ne sais pas si c’est vrai bien sûr, mais c’est ce qu’il en a retenu. Ah, elle a dû drôlement l’aimer, ce fils-là.

Je ne sais pas. Je me dis cela. C’est ce que me dit son texte. D’abord le fait qu’il l’écrive. C’est une immense déclaration d’amour, ce livre. Un mausolée, mais aussi une déclaration d’amour. Absolument désespérée.

Oh, rêver, c’est beaucoup dire. Mais tu as raison, revenons à la réalité. Je veux dire au texte. Et à la façon dont le déni s’exprime. D’abord, pour répondre à ta question, Handke l’a connu, cet employé de Caisse d’Épargne. Tiens, je te lis le passage du Malheur indifférent où il en parle. « Après mes examens de fin d’études, je vis mon père pour la première fois : avant l’heure du rendez-vous, je le croisai par hasard dans la rue, un bout de papier plié sur son nez brûlé par le soleil, des sandales aux pieds, un colley en laisse. Ensuite il rencontra son ancienne maîtresse [la mère de Handke, donc] dans un petit café du village où
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elle était née, ma mère excitée, mon père perplexe ; je me tenais à distance près du juke-box, appuyai sur Devil in Disguise d’Elvis Presley. » Tu te souviens que Handke a écrit plus tard un Essai sur le juke-box ? Tu vois, ce qui est extraordinaire quand tu entres dans son œuvre, c’est à quel point progressivement le filet se resserre et nous ramène constamment à ce père innommé et à cette enfance terrible, parce que le père officiel Bruno Handke, n’était pas non plus un ange, note bien, il buvait et battait sa femme, il y a dans le Malheur indifférent des scènes d’une violence ! Tu devrais

Je suppose. Vers 1960, quelque chose comme ça. Et il ne l’a pas vu qu’une fois apparemment, il en parle dans un autre passage, écoute : « De notre voyage de vacances à deux, nous avons écrit ensemble une carte postale à ma mère. À tous les endroits où nous nous arrêtions, il répétait que j’étais son fils, soucieux avant tout de ne pas nous faire prendre pour des homosexuels (“article 175”). »

Oui, il écrit cela. Parlant de ce père, il écrit aussi : « La vie l’avait déçu, il se
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retrouvait de plus en plus seul. “J’aime les bêtes depuis que je connais les hommes”, disait-il, mais il ne le pensait pas vraiment, bien sûr. »

C’est tout ce que tu trouves à dire ?

Enfin, tu sais tout de même que pour les hommes de ce parti-là, les Juifs étaient moins que des animaux, non ?

Eh bien, parce que c’est exactement la façon dont Handke voit la question serbe. Tu vois comme l’histoire se répète ? Il doute de la culpabilité des responsables et des Serbes en général, et son argument, c’est qu’on ne peut punir personne parce qu’alors, il faudrait punir tout le monde.

Sous prétexte qu’on ne peut pas condamner tout le monde, il faudrait ne condamner personne ? Non, c’est une position indéfendable. Absolument indéfendable.
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Ah, mais c’est que nous n’en sommes qu’au début de l’histoire ! Et puis, il dit la chose, mais il ne la nomme pas.

Pas du tout. C’est même essentiel. Fondamental. Tu as l’air d’oublier que pour un écrivain, le choix de chaque mot compte. Donc, en 1972, cette vérité lui échappe, à moitié comme tu l’as vu. Sous le coup du traumatisme – et là il faut lire aussi Ferenczi et les travaux des psychanalystes qui s’intéressent à la clinique du traumatisme –, il parle de son hébétude à ce moment-là, tu te souviens, et pris dans ce mouvement il soulève par mégarde un coin du voile, la perte de sa mère lui arrache son secret, si tu veux. Mais ensuite, le voile retombe et le déni s’installe. Et non seulement il s’installe, mais il envahit tout… comment dire, tout son psychisme. Un gigantesque scotome troue son regard sur le monde, et c’est toute son œuvre qui en est marquée.

Je t’ai parlé de ce documentaire de Peter Hamm, le Joueur mélancolique, diffusé sur Arte le 6 décembre 2002. Note bien que dans ce documentaire, il se
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révolte contre le bombardement de Belgrade par l’OTAN, mais sur les raisons de ces bombardements, rien. Il se fait filmer en train de se baigner dans les eaux de la Drina, à quelques kilomètres de Srebrenica, trois ou quatre ans après les massacres, mais sur les horreurs dont ont été victimes les musulmans de Bosnie de la part des tchetniks serbes, rien. Les victimes, ce sont les Serbes, toujours les Serbes. En 2002, il en est resté là. Il n’a pas avancé d’un pouce. Et tu le vois bien aussi dans ce texte dont tu me parlais, Autour du Grand Tribunal, bien que Milosevic soit sous les verrous, il insiste encore sur les victimes serbes, dont selon lui on ne parlerait pas assez.

Ah, sûrement ! Mais de quoi ? Parce que c’est toute la question : de quoi ont-ils été victimes, les Serbes, tu peux me le dire ?

Absolument pas. Et non seulement ce n’est pas évident, mais à mon avis c’est faux. D’ailleurs, je te ferais remarquer que tu n’as pas répondu à ma question. Je ne te demandais pas de qui ils ont été victimes, mais de quoi. Parce qu’à
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mon avis, tout le problème

Tu sais, le fameux « Grand Mécanisme de l’Histoire », dont parle Dobrica Cosic

Oui, l’écrivain nationaliste grand-serbe, celui qui a été président de la Yougoslavie au début de la guerre, eh bien, on peut le démonter ce méca

D’accord. La seule chose que je voulais dire, pour le moment, c’est que ce mécanisme qui a très largement joué sur le plan collectif, Handke en est d’une certaine façon l’illustration singulière. Mais j’en étais… ah oui, à la façon dont le déni s’installe et envahit tout son champ de vision. Ce douloureux secret, il l’a donc laissé filtrer dans le Malheur indifférent, en 1972, et maintenant, écoute la façon dont, dans ce documentaire en 2002, trente ans plus tard, sa vie est reconstruite. Le texte il est vrai n’est pas de lui, mais ce film lui étant entièrement consacré, tu admettras qu’il a probablement contribué à l’élaboration des textes
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ou en tout cas, qu’il y a souscrit et les a avalisés. Voici ce que dit la voix off de ses origines : « La commune de Griffen, en Carinthie du Sud, est toute proche de la frontière slovène. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la majorité de la population y était encore austro-slovène et mélangeait les deux langues. Ce sont des hameaux éparpillés autour d’un village central auquel une modernisation forcée a ôté tout caractère. Peter Handke est né là, le 6 décembre 1942, dans la maison de son grand-père, au pied du château. Sa mère, Maria Handke, part à Berlin avec son fils en 1944, et revient à Griffen en 1948 avec lui, sa fille cadette Monica, et son mari Bruno Handke, revenu sain et sauf de la guerre. Elle donne bientôt naissance à un troisième enfant. La famille Handke vit chez le grand-père slovène [...], figure déterminante dans l’enfance de Peter. Plus tard, dans un de ses livres, il lui attribuera un véritable rôle de père. » N’est-ce pas fascinant ?

Eh bien, tout le texte est agencé pour que le téléspectateur non averti, qui ne connaît pas le Malheur indifférent ou l’a lu d’un œil distrait, comme « de la littérature », y entende une histoire banale, lisse, celle d’une femme accouchant
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pendant la guerre loin de son mari parti au front, puis allant le chercher et revenant chez elle avec lui et un second enfant. Tu vois bien : le père de Handke, l’employé de Caisse d’Épargne, est maintenant gommé, rayé de l’histoire. Il n’y a pas de mensonge explicite, remarque, puisque Bruno Handke y est bien défini comme le mari de Maria, et non comme le père de Peter. Le rédacteur a bien pesé ses mots, comme tu vois. Et celui qui prend le rôle de père, c’est le grand-père maternel…

Je n’en déduis rien d’arrêté, je continue de lire, d’écouter, et de le chercher, lui. J’essaie de savoir où il est, ce qui pousse sa plume. Et j’entends cela. Ce trou dans un premier temps, et maintenant, ce trou… bouché disons, lissé. Ce déni manifeste et qui visiblement détermine… l’ensemble de sa vie et de son œuvre, peut-être.

Oui, mon hypothèse à moi bien sûr, que je revendique, mais que j’espère bien te faire entendre… mais revenons à ton texte, Autour du Grand Tribunal. N’oublie
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pas que moi aussi, je suis partie de cet article, dans lequel il n’arrive pas à considérer Milosevic comme un coupable. Si tu le lis en essayant de te mettre dans sa peau, en entendant, je dirais, l’accent de vérité qui est le sien, autrement dit si tu essaies de faire abstraction de tes opinions et si tu admets que ce qu’il dit est pour lui absolument nécessaire, tu entends bien qu’il se heurte à un obstacle intérieur, intérieur à lui-même, je veux dire. Il le dit, d’ailleurs, puisqu’il parle d’une maladie foncière qui serait peut-être la sienne, mais dont il ne veut pas savoir en même temps d’où elle vient. D’une certaine façon, il est très clair. La seule différence entre lui et moi, c’est que moi, je veux savoir. Disons, j’essaie de savoir. Alors je ne vais pas fouiller dans ses tiroirs bien sûr, et je ne vais pas non plus lui poser de questions puisque j’ai toutes les raisons de penser qu’il n’y répondra pas. En revanche, je m’appuie sur les textes qu’il a rendus publics et qui, à ce titre, appartiennent à tout le monde. Bref, je le lis. Maintenant, tu te souviens que dans ce texte censé parler du procès de Milosevic, il parle beaucoup des films relatant des procès, des héros de ces films, des accusés innocents par principe, et tu n’as pas compris, disais-tu, où il
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voulait en venir. Tu trouvais cela décousu. Moi aussi, évidemment, ces desiderata m’ont au départ prodigieusement agacée. J’y voyais une espèce de complaisance gratuite, une sorte de

Je pense que ça n’a rien de gratuit, au contraire, c’est même intimement lié à cette problématique intime, aussi profondément intime qu’aussi résolument déniée. Tu vas voir. « Dans ma jeunesse, avant même d’entreprendre mes études de droit » – et le fait qu’il soit juriste s’inscrit parfaitement, comme je te le disais, dans cette logique générale qui a fini par m’apparaître – « je fréquentais avec enthousiasme les prétoires et les parloirs des prisons. En outre, je ne ratais jamais un film dont l’action se déroulait dans les salles d’audience ou les pénitenciers. […] Mais s’agissait-il vraiment d’enthousiasme ou n’était-ce pas plutôt l’envie de connaître des sensations fortes dans l’ennui qui était le mien voire celui de l’Europe centrale ? Peu importe : je tenais à voir tous ces accusés, dans la vie comme dans les films. Je voulais pouvoir contempler le visage du ou des accusés, de près si possible, et si possible en gros plan. »
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Intéressant, non ? Il est visiblement fasciné. Ce n’est tout de même pas le cas de tout le monde… Je continue. « Et il est significatif, peut-être, qu’en règle générale, dans les films de cette époque – il y a trente, quarante ou cinquante ans –, les accusés tout comme les condamnés et les prisonniers pouvaient encore incarner les héros de l’histoire. »

« …au sourire si doux. » Tu y es.

Pas du tout. Tu y es, je te dis. Écoute la suite. « Si, en ce temps-là, ils apparaissaient comme tels » – comme des héros, donc – « c’est notamment parce qu’ils avaient été accusés bien que non coupables et condamnés bien qu’innocents. L’histoire était celle de cette innocence ; les films d’autrefois étaient avant tout le récit du combat pour leur innocence et, en fin de compte, pour sa révélation […] Cette présomption d’innocence, présente dès le début dans la tête, n’intervenait pas seulement au cours des procès montrés par ces films, mais aussi dans ce qu’il est convenu d’appeler la vie. » Et voilà.
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Nous y sommes. Dans la vie. Réfléchis. Tu es né en 1942. En 1945-46, tu as trois quatre ans. Tu es un petit garçon qui n’a pas été reconnu par son père, ce père qui était membre de ce parti-là. À la radio, on parle d’un grand procès. D’un procès pour crimes contre l’humanité, auquel le procès de Milosevic fait évidemment écho. Tu crois vraiment que les accusés de ce procès, ce procès qui, lui, était bien réel, dans la vie comme il dit, étaient présumés innocents ? Tu ne crois pas que ce qui travaille ce petit garçon, c’est la question de la culpabilité de son père, qui n’est pas un héros ? Cette fascination qu’il a pour les accusés, ce besoin de les croire innocents, c’est tout de même singulier, non ?

Enfin, tu vois bien qu’il reconstruit un roman ! Tu vois bien que toutes ces considérations sur ces accusés non coupables et ces condamnés bien qu’innocents, qui lui viennent au moment où il est censé rendre compte du procès pour crimes contre l’humanité qu’on intente à Milosevic, sont des rationalisations qui viennent une fois de plus, comment dire, masquer cette
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question cruciale, recouvrir une fois de plus le trou initial ! Tu connais l’histoire, tout de même !

Je n’ai jamais dit le contraire. Mais je t’ai dit aussi que ma lecture sortait du champ littéraire et que je voulais comprendre pourquoi il s’était engagé de ce côté-là, qu’est-ce qui le poussait, et pourquoi il écrivait ce texte, Autour du Grand Tribunal, ce texte décousu comme tu disais mais pas décousu du tout, en fait, simplement tu ne vois pas le fil parce que ce n’est pas du fil blanc, c’est comme un fil de nylon, un fil invisible dont j’ai l’impression d’avoir attrapé un bout et que je suis en train d’essayer de tirer. Alors la question, c’est de savoir ce qui t’intéresse, toi. As-tu envie de gloser sur le talent de Handke ? sur sa sensibilité d’écorché vif ? sur son style ? Ou as-tu envie d’essayer de comprendre qui il est, où il est, et pourquoi il prend encore la défense du peuple serbe, à un moment donné de l’histoire où ce peuple a reconduit à quatre reprises à sa tête un président tel que Milosevic ? Nous sommes ici sur le terrain politique, ne l’oublie pas. Le terrain non pas de son talent, mais de sa
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responsabilité citoyenne.

Certes.

Ah, ça non ! De son origine, d’accord. Mais il est responsable de ce qu’il fait de son histoire, il est responsable de sa parole, des textes qu’il publie, des positions qu’il prend... ou alors, personne n’est responsable de rien, et la société civile n’existe plus. Souviens-toi d’Habermas. Lui aussi est un fils de dignitaire nazi. Et pourtant, que je sache, c’est un honnête homme.

Où je veux en venir ? Disons que j’ai plusieurs réponses. La première, c’est que j’aimerais te faire percevoir ce mécanisme à la fois ordinaire et vertigineux qui organise, me semble-t-il, aussi bien l’œuvre que l’engagement de Handke.

Oui. Et de répétition du même sous une autre forme. Disons que c’est un fil que je te propose, qui présente l’avantage d’apporter une cohérence générale à un
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ensemble qui paraissait jusqu’ici disparate, je veux dire l’œuvre littéraire, l’engagement politique, les propos Handke, sa révolte, etc., et à partir de ce fil tu pourras toi-même relire l’ensemble de son œuvre et reconstruire son chemin, si cela t’intéresse, je te dirai en tout cas la façon dont moi je le perçois aujourd’hui. Au-delà de Handke, j’aimerais en venir à faire penser. Penser ce qu’est la création littéraire, en tant qu’elle est non seulement nécessaire mais vitale, penser ce qu’est un écrivain et ce qu’il fait, penser aussi ce qu’est, pour un écrivain, l’engagement politique, la responsabilité qu’il prend lorsqu’il accomplit ce saut, et ce que cela suppose comme travail. Handke lui-même aborde la question, si tu t’en souviens, puisqu’il se demande si l’écrivain n’est pas le témoin le plus suspect qui soit. Mais il ne creuse pas. Il n’approfondit pas. Or je pense aussi que sur ce sujet-là, il y aurait beaucoup à dire. Tu vois bien qu’en une heure, nous ne parviendrons jamais à faire le tour de la question. Sans compter qu’il faudrait aussi aborder cette question des victimes…

Eh bien, parce que cette question est centrale dans le raisonnement ou plutôt
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dans l’absence de raisonnement de Handke ; comme un peu chez toi, d’ailleurs, m’a-t-il semblé, et comme chez beaucoup de gens de notre génération. Tu disais qu’il n’est pas responsable de son origine, et sur ce point je suis d’accord avec toi. Mais il vient un moment où l’on est responsable de ses actes, de ses paroles, de son histoire. Le problème de Handke n’est-il pas de se vivre lui-même comme une victime de l’histoire ? de son histoire et de l’Histoire avec un grand H ? Quelle cause plaide-t-il, en fait ? Lorsqu’il s’indigne du sort du peuple serbe qu’il considère comme une victime, sa révolte n’est-elle pas de la même nature que cette rage qu’il éprouve, dit-il, contre l’État allemand et qui se retrouve, selon ses propres termes, dans tous ses livres ? Autrement dit, lorsqu’il prend son sac à dos, sous le coup d’une passion irraisonnée, dans une espèce de passage à l’acte semble-t-il, n’est-ce pas la cause même du
peuple allemand pendant la Deuxième Guerre mondiale qu’il va, à son insu, défendre ? ou la cause plutôt de ces populations austro-slovènes dont il est issu ? Qu’aurait-il pensé d’un écrivain qui serait parti en Allemagne avec son sac à dos, en 1942, et qui aurait écrit un livre demandant Justice pour l’Allemagne
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sous prétexte qu’il y avait des villages où vivaient des Allemands qui n’étaient pas pour grand-chose dans ce qui arrivait ? Considère-t-il que ceux qui, comme son grand-père semble-t-il, ont voté pour Hitler, étaient aussi des victimes de l’Histoire ?

Attends, tu n’as pas encore tous les fils. Si je te donne une réponse tout de suite, tu ne vas pas entendre le reste.

D’accord, revenons aux textes. À cette constellation logique dont je te parlais. Comme tu l’as compris, le nom de son père, ce père qui appartenait à ce parti-là, ne lui a pas été transmis. Handke le désigne comme l’Employé de Caisse d’Épargne. Lui-même, dans le Malheur indifférent, se désigne comme « l’enfant ». Maintenant, si tu lis son œuvre en te souvenant de cela, tu ne peux pas ne pas faire le lien avec ce qui fait l’étrangeté de son univers. Cette question du nom, de la nomination, y est absolument centrale. D’abord, la plupart des personnages ne portent pas de nom mais sont désignés – comme l’Employé de
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Caisse d’Épargne – par une étiquette, disons, sociale au sens large. Tu as non seulement le colporteur, mais le voyageur, l’architecte, le lecteur, l’écrivain, l’enfant, le mari, et j’en passe. Les patronymes sont extrêmement rares, et lorsqu’ils existent, ils obéissent certainement à des choix, conscients ou inconscients, liés aussi à sa propre histoire.

Disons que je le déduis de ma propre expérience d’écrivain, et certains indices confirment cette intuition. Le personnage principal de L’heure de la sensation vraie, par exemple, un des rares personnages à porter un nom, s’appelle Gregor, comme un de ses oncles morts pour Hitler.

Non, la notion d’effet littéraire est une invention d’universitaire. Le seul effet, pour un écrivain, c’est l’effet de justesse. Pour Handke, ne pas donner de nom à ses personnages est la seule façon juste de s’exprimer. Juste et nécessaire. C’est pourquoi il l’utilise. Moi, je me demande pourquoi ce qui est juste pour lui est étrange pour nous, et pourquoi c’est cela qui lui paraît juste, à l’exclusion de
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tout autre choix. Ensuite, si tu le lis, tu remarqueras que ce thème du nom revient, de façon récurrente, dans tous ses livres. Attends… Dans Après-midi d’un écrivain, par exemple, il écrit ceci : « Si en cet instant précis quelqu’un lui avait demandé comment il s’appelait, sa réponse aurait été : “Je n’ai pas de nom” et il aurait dit cela avec tant de sérieux que celui qui l’interrogeait aurait compris sur-le-champ. » Ou encore : « Oui, être débarrassé de son nom était exaltant… » Il parle aussi du « besoin de réfléchir avant que son nom lui revienne… » Il dit encore : « La serveuse elle aussi avait bien sûr un jour su son nom. Mais elle l’avait oublié depuis longtemps. » La serveuse, ça ne te rappelle rien ? Je ne peux pas tout te citer mais, tiens, dans le Colporteur encore : « Même les noms des objets refusent de lui revenir » – et dans cette phrase, il souligne lui-même le mot « noms », c’est dire s’il y tient ! Dans Mon année dans la baie de personne, encore récemment donc, puisqu’il publie ce livre en 1994, il chante un « niemand’s land », un pays « sans nom » et sans histoire. Et tu trouveras d’autres exemples. Une fois la chose repérée, on ne voit plus qu’elle. Et je peux te dire qu’elle est omniprésente, c’est hallucinant. On a le
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sentiment que tout s’organise, chez lui, autour de cette faille identitaire, existentielle, déterminée par le nom de ce père-là, qui ne lui a pas été transmis, et dont – comme tu l’as entendu dans le texte du récent documentaire de Peter Hamm – il finit par dénier jusqu’à l’existence. Ce qui est intéressant, c’est la façon dont ce déni imprègne toute son écriture, et finalement ses propos. Dans Histoire d’enfant par exemple, qu’il publie en 1981, il met en scène un personnage, « l’adulte », qui aurait voulu être juif et se sent incapable de transmettre quelque tradition que ce soit parce qu’il souffre, dit-il, d’être lui-même descendant d’un « non-peuple ». D’un côté, il utilise toutes sortes de périphrases pour ne pas écrire le mot « juif », et de l’autre, il inscrit « l’enfant » – une petite fille – dans une école juive dont elle se fait exclure quand débute l’enseignement religieux. Tu vois donc ce mécanisme de répétition à l’œuvre, ce qui ne lui a pas été transmis il ne peut pas non plus le transmettre et du coup ce qu’il transmet, c’est ce trou, cet innommable de la filiation, ce qu’exprime le fait que « l’enfant » ici ne le désigne plus lui, mais sa fille. Or, par son refus d’affronter sa propre histoire, ce refus qui est aussi une passion, cette « passion
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de l’ignorance » dont parle Freud, il se condamne lui-même à la répétition puisque ce qu’il transmet, à son insu, c’est son déni même. Tu comprends comment l’histoire se répète, de génération en génération, quand on ne veut rien savoir d’abord de sa propre histoire, de la place qu’on y occupe, puis plus largement de l’histoire ? Qu’il s’agit d’une passion, tu l’entends dans ses propos sur l’histoire. Quand il aborde ce sujet il devient violent, injurieux même, tiens, écoute ce passage d’Histoire d’enfant, il parle de « l’adulte » : « et voici qu’il maudit tous ces vauriens d’êtres qui ont besoin de l’histoire pour leur biographie : il maudit aussi l’histoire elle-même et l’abjure pour sa part à tout jamais ». Et là tu retrouves sa rage, il parle aussi des « réaleux » et des « jean-fouille » qui tentent de le ramener à la réalité, parce que visiblement il a dans son entourage des gens qui savent bien que l’histoire, on ne peut l’abjurer, tout simplement parce qu’elle nous détermine et que quand on ne veut rien en savoir, elle vous rattrape au tournant. Alors bien sûr, le « poids du monde » qui pèse sur ses épaules, c’est l’histoire, son histoire à lui prise dans cette histoire épouvantable, et quand on refuse de s’y confronter, de l’élaborer, non
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seulement son histoire personnelle mais l’histoire collective, quand on refuse de s’engager dans ce travail immense et douloureux, eh bien c’est ainsi qu’on part avec son sac à dos pour défendre une dictature et de prétendues victimes innocentes qui soutiennent le pire et sèment la mort au nom de leurs mythes nationaux…

Disons qu’on a l’impression d’avoir affaire à la source de cette maladie foncière sur laquelle il s’interroge, tout en disant qu’il ne cherche pas de réponse, ce qui est logique puisque c’est la position à laquelle il nous a habitués : Handke, tu l’as compris, ne veut pas savoir. Il veut poser des questions, comme les enfants, mais en même temps il ne veut pas savoir ce qui le concerne. Il préfère croire en Dieu et demander pitié.

Eh bien, parce qu’il le dit lui-même ! C’est au début du documentaire de Peter Hamm encore, écoute : « Sans la pitié, pas d’écriture. Mais on ne peut pas dire sans arrêt : “J’ai pitié”. Mieux vaut dire : “Seigneur, aie pitié de nous”, comme
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on dit à la messe. C’est un précepte aussi pour la littérature profane. Au fond, la littérature n’a pas à être profane. Elle peut, elle doit faire semblant d’être profane, elle doit jouer le jeu parce que c’est le jeu, mais au fond, vraiment, elle n’a pas à être profane. » Bon dieu ! Quand j’entends cela, cela me met en rage!

Mais parce que c’est d’une hypocrisie épouvantable ! Tu penses qu’avant d’écrire son plaidoyer pour la Serbie, il a eu pitié des morts de Vukovar et de Srebrenica ? de ces morts causés par le régime qu’il allait soutenir et qu’ont longtemps soutenu la majorité des Serbes ? Tu ne trouves pas que c’est une façon assez commode de se blanchir la conscience ? Ah, la pitié de Handke, elle est drôlement orientée… Et puis… Tiens, lui qui est autrichien, il devrait tout de même se souvenir de Stefan Zweig, son compatriote, et de la « pitié dangereuse », tu ne crois pas ? Stefan Zweig désespéré par le déshonneur que le IIIe Reich inflige à son pays et qui s’exilera puis finalement…

Ah, sans doute, mais toute la différence, c’est qu’il ne se pensait pas comme
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tel !

Pas du tout. Il y a le fait d’être victime et il y a… Wajcman dit cela beaucoup mieux que moi. Lis le post-scriptum d’Arrivée, départ. En substance, il dit qu’il y a le fait d’être objectivement victime de quelque chose, ce qui court les rues, et le fait de revendiquer ce statut de victime, d’adhérer à cette identité, ce qui est tout autre chose. Entre le fait objectif et cette position subjective, il y a selon lui un abîme, et je suis d’accord avec lui. Or cet abîme, Handke ne le voit pas. Pas plus qu’il n’entend, probablement, celui qui sépare « morts pour Hitler » de « plutôt tentés par le maquis ». Il paraît fasciné par cette idée de « victime innocente », quelle expression ! qui incarne le modèle héroïque moderne, et semble se vivre lui-même comme un innocent, ce qui me paraît la meilleure garantie de répétition de ce pire qu’il s’empresse d’aller cautionner. De ce point de vue-là, il est très représentatif de notre époque et c’est pourquoi son cas donne à réfléchir.

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Tu vois, tu n’es jamais content ! Quand je te dis que tout Handke s’articule à ce déni foncier concernant son origine, tu me dis que c’est réducteur, autrement dit trop simple, et quand je te donne un aperçu des multiples ramifications de ce mécanisme, qui s’infiltre comme une pieuvre dans tous les registres de l’existence et détermine toute une façon de penser et de se penser soi-même, de parler, d’agir, de voir le monde, tu trouves soudain que c’est trop compliqué…

Mais non je ne mélange pas, j’essaie de t’indiquer… disons, les points de repères qui permettent de le situer. Handke se précipite en 1995 en Serbie, en 1996 il prend le parti du peuple serbe, il défend Milosevic, il se rend à son procès, il publie à ce sujet un texte que tu juges décousu, et moi je te dis que tout cela est parfaitement cohérent, logique. Mon sentiment, puisque j’ai suivi cette guerre de près, est que Handke dénie ce qui s’est passé. Il dénie la responsabilité de Belgrade comme celle du peuple qui a élu à quatre reprises Milosevic. Il dénie la nature de la politique menée par la Serbie pendant dix ans, autrement dit cette idéologie du nettoyage ethnique qui marque l’histoire serbe
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depuis le XIXe siècle et dont l’origine pourrait remonter au traumatisme collectif qu’a constitué pour le peuple serbe la défaite contre les Turcs, la fameuse bataille du Champ des Merles en 1389. Il dénie les massacres. Il dénie la compétence du tribunal pénal international pour juger ces criminels. En même temps il souffre profondément, c’est évident (ce qui n’excuse rien, mais je le constate, il suffit de l’entendre parler pour le reconnaître), et il est d’une ambivalence assez difficile à supporter. D’un côté, il ne cesse de dire qu’il veut se connaître, et de l’autre, il ne veut pas affronter ce que cette connaissance lui imposerait de remises en question. Il ne cherche pas de réponse, comme il le dit, mais il en donne… de fausses, bien entendu, ou en tout cas de trop partielles, qui masquent l’essentiel. D’un côté, il critique fortement les médias, et de l’autre, il en profite et y publie de longs articles. Il est toujours des deux côtés. Il crache dans la soupe et il la boit. C’est une position. Et il préfère aller régler ses comptes personnels sur la place publique, ni vu ni connu, au risque de semer encore la confusion en plaidant une cause indéfendable.

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Ça m’étonnerait. Visiblement, ce n’est pas de ça qu’il vit. Cela dit, cette position, tu la retrouves partout : il prend la défense du peuple serbe, mais il ne dit pas un mot du Cercle de Belgrade par exemple, et des vrais résistants serbes, qui dénoncent les mythes meurtriers qui enflamment le pays et sur lesquels s’appuie le régime. Il prétend qu’il veut se connaître, mais il ne fait rien pour ou, tout au moins, il s’arrête en chemin. Il sait aussi qu’il est un escroc, mais ça ne l’empêche pas de s’engager… du côté des escrocs, évidemment. Et pour couronner le tout, il fait carrément… du négationnisme au présent.

Les textes, rien que les textes. Tu vas voir.

D’accord. Cela dit, je ne fais que t’esquisser le cadre à partir duquel il faudrait reprendre chaque livre et se livrer à une analyse plus fine. Sur le fait qu’il ne cite pas les gens du Cercle de Belgrade, tu n’as qu’à te reporter à la fin d’Autour du Grand Tribunal. Il y donne quelques indications de lecture. Pas un mot de Bogdan Bogdanovic, le maire de Belgrade, qui a risqué sa vie à s’opposer au
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régime et que moi je suis allée entendre, quand il est venu à Paris au début de la guerre, c’est un homme très courageux, Bogdanovic, un type qui avait le culot de dire que cette histoire du Kosovo était un mythe catastrophique, et je peux te dire qu’affirmer une chose pareille devant des Serbes, à l’époque, c’était vraiment jouer sa tête… Pas un mot non plus d’Ivan Djuric, ce jeune historien serbe qui depuis est mort d’un cancer mais qui s’était présenté aux élections contre Milosevic et qui déclarait au début de la guerre « mon peuple est malade » (de cette maladie aussi, je pourrais te parler longuement). Pas un mot de Mirko Kovac, de Radomir Konstantinovic, d’Aljosa Mimica, de Gojko Nikolis, de Mirko Tepavac, de Dragan Veselinov, et j’en passe. Ces Serbes-là, qui ne sont pas les plus nombreux mais qui sont de vrais résistants, et dont quelques textes ont été publiés en France dès 1993, il ne les connaît pas. Et il prétend te donner des indications de lecture pour mieux comprendre.

D’accord, je te les enverrai par fax. Ensuite… ah oui, il veut se connaître et ne fait pas ce qu’il faut pour. Là, tu dois te reporter d’abord au Poids du monde,
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le journal qu’il publie en 1977. Dans la notice préli-minaire, il écrit ceci : « L’idée qu’un tel reportage d’une conscience individuelle publié sous forme de livre puisse paraître prétentieux est, espérons-le, réfutée par ma conviction que cette conscience (moi) se propose un but ou, pour parler avec emphase, qu’elle veut sans cesse se pénétrer elle-même. » « Sans cesse se pénétrer elle-même », le moins qu’on puisse dire, c’est que la traduction française est percutante.

En faisant l’impasse sur l’inconscient ? Quelle jouissance, en effet ! Qu’on ait cette démarche avant Freud, je le comprends, mais après ? Prétendre qu’on s’intéresse à la philosophie, prétendre vouloir se connaître, et ne pas affronter cette question-là, de son inconscient, tu ne crois pas que c’est… une imposture ? C’est ce que dit Laplace, d’ailleurs, dans Considérations salutaires sur le massacre de Srebrenica, il considère que Handke est un imposteur et je partage son point de vue. Mais Laplace, lui, reste très séduit par l’œuvre littéraire et ne fait pas la même lecture que moi, il a l’air de considérer qu’il y a d’un côté l’écrivain et de l’autre l’homme engagé sans chercher, disons, cette
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logique générale qui détermine l’ensemble de l’homme engagé… dans son langage, quelque forme qu’il prenne.

Raison de plus pour être vigilant et essayer de savoir ce qu’on dit. D’ailleurs, pour revenir à Handke, son entreprise, si j’ose dire, d’auto-pénétration consciente n’aboutit à rien évidemment, il en convient lui-même. Dix-sept ans plus tard, en 1994, dans Mon année dans la baie de personne, il note ceci : « À bientôt cinquante-six ans, je ne me connais pas. » En l’occurrence, ça n’étonne que lui. Et il ajoute cette phrase assez cocasse, « je crois avoir fait le tour de moi-même », tu avoueras que c’est plutôt comique…

Eh bien parce qu’il n’a cessé d’en faire le tour, justement, mais en se gardant bien d’y entrer ! C’est comme le tribunal, tiens, Autour du Grand Tribunal, finalement le titre n’est pas si mal trouvé, là aussi il tourne autour sans jamais entrer dans le vif du problème. En même temps, tout en faisant ce constat, il continue bien sûr de souffrir de sa maladie qu’il n’a pas explorée, et il appelle
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de ses vœux une « métamorphose ». Alors moi évidemment, en lisant ce livre, une seconde j’ai espéré, je me suis dit qu’il allait peut-être enfin se confronter à ce qui le travaille. Mais non, le verrou était là, écoute : « La nouvelle métamorphose, je la voudrais sans douleur. Il ne faut pas que se renouvellent ces années d’étranglement entrecoupé d’instants d’extrême clarté, comme il y a vingt ans. Il me semble d’ailleurs que cela ne se produit qu’une fois dans la vie : ou l’intéressé sombre corps et biens, ou il dépérit pour devenir un mort-vivant, l’un de ces méchants désespérés qui ne sont pas si rares – je les reconnais à leur langage, et ils me sont proches –, ou bien, justement, il se métamorphose. »
Il y a beaucoup de choses, dans ces quelques lignes. D’abord, tu entends qu’il ne veut pas souffrir. Autrement dit, il n’y aura pas de métamorphose, puisque toute métamorphose est extrêmement coûteuse, intimement je veux dire. Il a l’air de confondre métamorphose et déguisement, mutation et travestissement, réalité et mise en scène. Ensuite, puisqu’il n’a pas sombré corps et biens et puisqu’il n’y a pas de métamorphose, il lui reste le destin des morts-vivants, dont il se sent proche, dit-il. Et ça, ça me paraît assez juste. Parce que pour vivre
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vraiment, il faut parfois se confronter à ce qui vous fait souffrir, justement, et qui au départ ne se laisse pas identifier, ne se laisse pas nommer.

Là, on arrive au cœur de cette constellation logique dont je te parlais. C’est intéressant parce que cela permet de comprendre, enfin je ne sais pas, peut-être, disons plus largement la logique où sont ces gens…

Oui, lui, d’autres, enfin tous ces gens qui doutent encore, ces gens qui ne veulent pas savoir, cette plaie… inqualifiable, tiens. Je ne trouve pas le mot tant ça me... Je dois dire que quand j’ai découvert ça, chez Handke, j’ai été estomaquée. Mais là, si tu veux l’approcher, saisir où il est et comprendre comment il s’engage, tu es obligé de replacer ses textes… dans le contexte de l’époque – désolée, la formule n’est pas très heureuse mais elle est juste. Il publie Mon année dans la baie de personne en 1994, en Allemagne. La traduction française paraît un peu plus tard. Dans ce gros livre il parle surtout de cette banlieue de Paris, Chaville, où il vit depuis longtemps. On croit donc
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que c’est ça le sujet. Mais le sujet d’un livre, tu l’as compris maintenant, c’est comme dans une phrase, tu as le sujet apparent et le sujet réel. L’histoire de cette banlieue est donc le sujet apparent. Et le sujet réel en l’occurrence, c’est toujours le même, à savoir que Handke se vit comme un réprouvé, comme s’il faisait partie de la banlieue de l’histoire, comme cet étranger déchu qu’est le Colporteur, tu te souviens ? Bon, au moment où il écrit Mon année dans la baie de personne, la guerre en Yougoslavie dure depuis plus de trois ans et lui ne s’est pas encore publiquement engagé, son Voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina ne paraîtra que deux ans plus tard. Voici ce qu’il écrit : « Dans les livres que j’ai écrits depuis que j’ai abandonné mon métier de juriste, c’est moi, plus ou moins, qui suis le héros. Si j’ai réussi, cela ne m’a été possible que parce que j’étais le personnage d’un livre. Chaque fois que, dans la vie, je devais être aussi protagoniste, je n’ai pas tenu le coup. Encore et toujours, je m’en suis cru capable et j’ai essayé de l’être, meneur de jeu dans l’équipe de l’école, orateur à l’assemblée générale des étudiants, défenseur devant les assises, puis seul diplomate en poste à l’étranger osant se
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dresser contre son maître suprême, le président fédéral ; et aussi comme amant, parfois même homme à femmes, puis époux, père, maître d’ouvrage, jardinier, propriétaire de vignobles. Après des débuts pour ainsi dire convaincants, je n’ai pas tardé, chaque fois, à sortir de mon rôle. Comme héros ou personne agissante, une fois passée la première ivresse de l’action, je devenais un escroc. J’inter-rompais le jeu que j’avais pourtant commencé sous le signe de la totalité d’une vie. » Il a donc parfaitement identifié dans sa vie intime ce phénomène de répétition, mais il se contente de le constater et de l’exhiber, sans s’interroger sur ce mécanisme. Entre parenthèses, ce qu’il dit me paraît juste aussi pour son œuvre littéraire. Là aussi, il a commencé « sous le signe de la totalité d’une vie » et ensuite, après le Malheur indifférent en gros, dans les années soixante-dix en tout cas, il a, selon ses propres termes, « interrompu le jeu ». Enfin, c’est ma lecture. Donc, en 1994, il sait que dès qu’il s’engage dans la vie, il finit par y jouer un rôle d’escroc.

Sincère ? Mais qu’est-ce que c’est, la sincérité, quand on est dans le déni
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permanent et qu’on ne veut rien en savoir ? Une excuse ? Hitler aussi était sincère !

Sans doute. Il n’empêche que c’est sur de tels hommes que s’appuie ce genre de régime. Attends, tu vas voir. Il sait donc en 1994 que dès qu’il s’engage dans la vie, il finit par y jouer un rôle d’escroc, il va même plus loin puisqu’il écrit : « Je suis trop brusque pour être protagoniste dans la vie sociale. Comme héros dans les affaires du jour, je suis un danger public », et il va jusqu’à prendre de bonnes résolutions puisqu’il écrit aussi : « Dans la vie, la place qui est la mienne est celle d’un spectateur, et dans l’écriture, je me mettrai moins en action qu’auparavant, je serai essentiellement un chroniqueur, aussi bien de l’année qui se déroule ici dans cette région que des amis qui forment un large cercle au-delà des collines, et je garderai aussi vis-à-vis de moi-même la distance et le ton du chroniqueur », mais bien sûr, il ne s’y tient pas. Tu commences à connaître le personnage. Comme disait Queneau, tu causes tu causes… donc il cause et ce qu’il dit ne porte pas à conséquence et il s’empresse même de faire
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le contraire puisque un an plus tard il part pour la Serbie et publie, en 1996, son Voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina, dans lequel il demande « Justice pour la Serbie ». Autrement dit, il s’engage dans la vie, sur le terrain politique… du côté des escrocs bien sûr, et il va s’y montrer en effet un « danger public » – avec une certaine insistance, note bien, puisque ce texte, Autour du Grand Tribunal, est tout de même, sous couvert de témoignage, un tissu de demi-mensonges et de contrevérités qui demanderait à être disséqué et commenté phrase par phrase, et au fond duquel on retrouverait toujours cette question, centrale, de son déni à lui et de son ambivalence foncière, de sa fascination malheureuse, disons, pour les criminels nazis.

Trop loin ? Écoute, tu as le livre sous les yeux ? Regarde page dix-sept, ça commence en bas, cette phrase, il vient d’évoquer ces assassins au teint bronzé, aux cheveux hirsutes et aux yeux brillants, tous ces condamnés qu’il allait voir dans les prisons, et il parle maintenant de cet ancien chef du camp de concentration de Wilna/Vilnius qui lui a demandé de venir le voir, auquel il rend
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visite, donc, « entre compatriotes » comme il dit, parce qu’ils sont tous les deux autrichiens, et qui lui a raconté, c’est page dix-huit maintenant, « qu’il avait jadis sauvé des Juifs à W., ou en tout cas », écoute ce petit bout de phrase qui arrive après le plaidoyer pour son frère condamné selon lui injustement, « ou en tout cas qu’il les avait épargnés à partir du moment où il s’agissait de “Juifs spécialisés”, c’est-à-dire de main-d’œuvre qualifiée, de techniciens, etc. » et ce type demande à Handke de faire quelque chose pour lui. Non mais qu’est-ce que ça veut dire, de dire les choses comme

Mais tu entends ça ? Tu vois, c’est tout Handke ça, tout son style, Handke tel qu’en lui-même… Des « Juifs spécialisés », qu’est-ce que cela veut dire, hein ? Que ce salopard a sauvé des ouvriers spécialisés quand il en avait besoin, et bien qu’ils soient juifs ! C’est tout. Et après cela, il prétend avoir sauvé des Juifs et demande à Handke de faire quelque chose pour lui, sous ce prétexte-là !

Ça, tu penses bien qu’il n’en dit rien ! En tout cas, la demande n’a pas l’air de
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le scandaliser, il a même l’air de la trouver assez recevable, finalement…

Ça, je dois dire, c’est le plus joli mensonge qu’il ait trouvé, et auquel se sont laissés prendre ses plus proches amis, même son traducteur, remarquable par ailleurs, Georges-Arthur Goldschmidt qui, lui, me paraît de bonne foi. Attends, j’ai noté une phrase de Goldschmidt, la voici : « L’œuvre de Peter Handke fait voir ce qui est, elle rétablit les faits par l’extrême précision de l’écriture. » Tu vas voir de quelle façon il rétablit les faits ! Tu vas voir comment il la décrit, la réalité !

Qu’est-ce que j’en sais ! Peut-être pas… Cela dit, ce n’est pas à moi de le savoir, c’est à lui. Après tout il publie, il prend ses risques, non ? Il est responsable de ce qu’il écrit en tout cas. Et moi, je le lis. Et quand je lis quelqu’un, j’aime bien savoir quel crédit je peux accorder à ce qu’il dit. Chacun à sa place, n’est-ce pas.

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Bon, Goldschmidt pense donc que la précision de l’écriture de Handke rétablit les faits… Tu vas voir. Je reviens à Mon année dans la baie de personne, si tu veux bien. Nous sommes en 1994. Et dans ce livre, voici le passage sur lequel je tombe… Il est en train d’évoquer certaines « nuits de [sa] vie » et tout à coup, il écrit cela : « Ainsi cette soirée il y a quelques années avec mes deux amis à Dubrovnik, en Yougoslavie. J’y avais été invité pour mon cinquantième anniversaire… » Tu penses bien qu’en lisant cela, je sursaute !

Ah, voilà ! Tu vois ce que c’est, de lire la littérature comme si ça n’avait rien à voir avec la réalité… Évidemment, c’est là-dessus qu’il mise, remarque… Et le plus grave, c’est que ça marche !

C’est bien parce que c’est toi… Bon, il va fêter son cinquantième anniversaire à Dubrovnik. Fais le calcul.

Le 6 décembre 1942. Son cinquantième anniversaire tombe le 6 décembre 1992.
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Et alors, le 6 décembre 1991, juste un an plus tôt, a eu lieu le plus gros bombardement de Dubrovnik par les nationalistes serbes. C’est une curieuse coïncidence évidemment, mais on peut se demander si ce n’est pas cela qu’il va fêter, aussi, avec ses amis serbes… En tout cas, il s’y rend à ce moment-là. Et moi qui y suis allée quatre ans plus tard, en 1996, je peux te dire que la région était encore dévastée. On ne pouvait pas se promener dans les environs sans voir des palais et des maisons en ruines partout. Tu n’as qu’à relire l’article publié par Yves Heller dans Le Monde, pratiquement au moment où Handke va y fêter son anniversaire…

Oui, quasiment. L’article est daté du 17 décembre 1992, onze jours après l’anniversaire de Handke. Heller fait un reportage dans la région un an après, ils s’y trouvaient donc au même moment. Lis son article, tu le trouveras sur le site du Monde, dans les archives. Il décrit les destructions systématiques, la façon dont toute la région a été ravagée. Et je peux te dire que ce que j’ai vu moi-même quatre ans plus tard ressemblait encore à ce que décrit Heller. Il n’y avait
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que le ravissant port de Cavtat qui était indemne, et pour une raison simple : c’était le quartier général des forces serbo-monténégrines.

Eh bien, tu sais que Handke déclare à plusieurs reprises que l’écrivain est là pour décrire ce qu’il voit. Alors évidemment, je lis ça avec l’intérêt que tu imagines. Que va-t-il décrire ? Les ruines, les maisons éventrées, les décombres omniprésents, tout ce que décrit Heller, il ne peut pas ne pas les voir, tout de même… Eh bien non, il n’en dit rien. Pas un mot. Il raconte comment il doit retrouver deux amis, « le lecteur » et « l’architecte », il raconte comment il se promène avec eux « de localité en localité », et dans le même temps il décrit un pays paisible, où il ne s’est rien passé. Je ne peux pas tout te citer, c’est trop long. Lis toi-même, tu verras. C’est stupéfiant.

C’est tout ce que tu trouves à dire ? Mais c’est du faux témoignage ! Du négationnisme au présent ! Ah, il peut s’interroger en effet sur la valeur des témoignages d’écrivain ! Existe-t-il témoin plus suspect qu’un écrivain ?, c’est à
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peu près en ces termes qu’il commence Autour du Grand Tribunal, et en citant Kafka qui plus est, histoire de dire… enfin, le name dropping comme disent les Anglo-Saxons, on sait bien à quoi cela sert parfois… Mais qu’espère-t-il, en écrivant ces pages, tu peux me le dire ? Quelle jouissance y trouve-t-il, hein ? Il doit bien supposer, tout de même, que d’autres liront, dans dix ou vingt ans, et qu’on pourra dire : Tenez, Handke est allé à Dubrovnik à cette époque-là, c’est un écrivain qui décrit le monde qu’il voit, et voilà ce qu’il a vu. N’est-ce pas une preuve qu’il ne s’est rien passé ? Non, franchement, c’est abject.

L’ai-je attaqué en justice ? Non, nous sommes d’accord. Il est libre de sa parole et moi aussi. Je suis donc libre de dire ce que j’en pense et de quelle façon je l’ai lu. Le débat est ouvert. Au public de juger et, comme disait Sartre, de prendre ses responsabilités. Et puis, je te ferai remarquer que sa liberté d’écrivain lui permettait de situer cette histoire ailleurs ou dans une ville imaginaire, mais non, il choisit Dubrovnik, précisément Dubrovnik, et à ce moment-là, à cette date-là. Et il compte évidemment sur la bêtise et l’ignorance
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des lecteurs qui n’y verront que du feu…

D’abord, en 1994, il glisse son couplet négationniste dans un livre sur la banlieue de Paris, et bien sûr le stratagème, une fois de plus, passe inaperçu. Nous sommes toujours dans ce même scénario de « la Lettre volée » présentée sous une autre forme, dont le contenu reste ignoré et que personne ne voit, et le déni se consolide. Ensuite, il s’enhardit. En 1996, au printemps, je vais à Vukovar et à mon retour, je lis son Voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina, qui vient de sortir. Et bien sûr, comme tous les gens qui suivent de près ce qui se passe en Yougoslavie, ce livre me met en fureur. Mais je ne comprends pas encore à quoi cela correspond. Cela dit, à l’époque, je n’imaginais pas qu’il y était allé, à Dubrovnik, et bien avant d’écrire ce livre. Maintenant, si tu relis son texte, il est encore plus ahurissant. Écoute ça : « Et encore une de ces questions de parasite : qu’en était-il vraiment de Dubrovnik ? La merveilleuse petite cuvette urbaine ou ville en cuvette de la côte dalmate a-t-elle vraiment été bombardée et détruite à coups de canon au début de l’hiver
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1991 ? ou bien – ce qui est déjà suffisamment grave – canonnée épisodiquement ? Ou bien, les objectifs bombardés étaient-ils situés hors des épaisses murailles de la ville ? et y eut-il des tirs égarés, trop ou pas assez tendus, volontaires ou involontaires, dont il a été tenu compte (cela aussi déjà suffisamment grave) ? » Tu as vu ces questions ? Alors qu’il est allé sur les lieux à peine un an après, alors qu’il a vu les destructions massives, il ose encore… Tu sais à quoi cela me fait penser ?

Mais ça devrait préoccuper tout le monde, non ? Et il a le front de dire « ces questions de parasite »… Il est vraiment comme ces gens qui se demandent si les fours crématoires ont réellement existé.

Peut-être, mais la différence, c’est que moi, je sais d’où elle vient, cette rage. Et je ne me considère pas comme une victime de l’histoire.

Objectivement tu peux dire ça puisque à ce titre, j’aurais en effet quelques
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raisons historiques de me considérer comme une victime. Et en même temps, pas une seconde. Pas une seconde je ne parlerais au nom du fait que je serais, comme tu dis, une « victime » ou que j’appartiendrais à un peuple de victimes. Ce langage-là m’insupporte, il pue la contrition, le sacrifice, la pitié sirupeuse, tout ce que je déteste. C’est même assez paradoxal, finalement.

Que les Juifs soient souvent, aujourd’hui, les plus révoltés, et que ce soient les fils de bourreaux qui jouent les victimes et regrettent de ne pas être juifs. C’est un curieux renversement, tu ne trouves pas ? Sûrement compréhensible, mais sur lequel il faudrait se pencher un peu. La culpabilité les hante, ils n’en sortent pas. Il n’est pas impossible d’ailleurs que le devoir de mémoire, ce slogan qu’on nous rabâche aujourd’hui, n’ait fait que renforcer cette culpabilité.

Le devoir de mémoire ? Le dire de cette façon finit par résonner comme un contresens. Comme si la mémoire pouvait faire l’objet d’un devoir. « Quelque part » comme on disait autrefois, ça ne rime à rien finalement.
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Eh bien là… où ça n’arrive pas à se souvenir, justement. Là où ça résiste parce que c’est impensable, là où ça n’a pas été transmis par les pères. Ce que tu apprends à l’école, ça peut aider bien sûr, mais ça ne résout pas le problème. Ce qui compte, c’est ce qui se passe dans les familles. Ce qui se transmet et ce qui ne se transmet pas. Ce qui se cache au fond des placards. Et ça…

Bien sûr. Absolument essentiel, même. Mais comment est-ce entendu ? C’est tout de même ça la question. Tu connais la blague du père qui raconte à son fils comment on fait les enfants ?

Eh bien, il lui explique tout. Enfin, le principe, comment on fait. Et le gamin écoute. Et le père lui dit : Tu as bien compris ? Et le fils dit oui, j’ai compris. Et le père insiste : Tu as bien compris que c’est de cette façon qu’on fait les enfants ? Le fils opine, réfléchit, puis il ajoute : Mais il y a tout de même une chose que tu ne me feras jamais croire, c’est que tu as fait ça avec maman. Eh bien l’histoire de la Shoah, c’est la même chose. Il y a une chose qu’ils ne
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croiront jamais, ceux qui dénient et doutent encore, c’est que chez eux, dans leurs familles, il y avait peut-être des gens pas très nets et qui n’ont rien dit. Et qui se sont fabriqués après coup des légendes héroïques. Alors tu penses bien que ce qu’on leur raconte à l’école, ça glisse… Mais ce qu’ils devraient savoir ces gens-là, ce qu’on devrait leur apprendre, c’est, primo, que nos pères n’étaient pas des héros, et secundo que la Shoah, eh bien, il n’y a même pas besoin de s’en souvenir puisque… tiens, tu veux que je te dise ce que c’est, la Shoah ?

Je sais, tant pis. Pour moi, la Shoah, c’est… le hardware de l’humain, voilà ce que c’est. Même pas nécessaire de le mettre dans la mémoire vive. Parce que c’est avec ça que nous vivons. Quoi qu’on fasse. Qu’on s’en souvienne ou pas. On naît et on vit avec cette réalité-là, que nous faisons partie d’une espèce capable de ça. De cette horreur-là. Et quand on ne s’en souvient pas, ça s’en souvient pour nous puisque c’est inscrit en nous. S’il y a une leçon à retenir de l’histoire, c’est celle-là.
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Non non, pas tous coupables, pas du tout ! Tous capables de ça, c’est différent.

Eh bien, de considérer qu’un autre, sous prétexte qu’il pense différemment, sous prétexte qu’il a une autre histoire, d’autres croyances, une autre culture, est inférieur, et qu’on aurait le droit de l’éliminer. La shoah c’est le comble, si tu veux, pas l’incomparable, non pas du tout l’incomparable, ce mot-là je ne le supporte plus, il a fait tant de ravages, mais le comble, oui, le comble absolu. Et en dessous, il y a des degrés. Et chaque fois justement, tu dois comparer. Tu ne dois jamais cesser de comparer. Dès que tu sens ce truc-là dans les discours, dans le regard, si tu es un honnête homme, tu dois hurler. Tu dois savoir qu’au bout de compte, l’horizon si tu veux, c’est ça, qui n’est pas dit. Qui n’est même pas dicible. La Shoah, pour moi, c’est la lettre volée de l’humanité. Pas vraiment une lettre d’amour, comme tu vois.

Sous une autre forme ? Eh bien si justement, à mon avis quelque chose du
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même ordre s’est répété, sous nos yeux, et personne n’a voulu le voir, justement parce qu’on était dans cette idée-là, d’incomparable. Le problème, vois-tu, c’est que notre génération n’a pas appris cela. Elle n’a pas vraiment compris que la question juive dépassait largement la question du destin particulier du peuple juif et que c’était la question même de l’homme. Antelme a essayé de le dire et d’autres aussi, Primo Levi, mais c’était trop tôt, trop frais peut-être, si difficile à entendre. Et notre génération a dû faire avec les mensonges, les demi-vérités, les légendes, et dans ce fatras les fils de bourreaux se sont empêtrés dans une culpabilité sans nom. Beaucoup se sont mis au travail bien sûr, ont fouillé, fouiné, mais les autres, écrasés par ce poids-là, le poids de ce qui ne leur avait pas été transmis par leurs pères, sont restés dans une confusion mentale aussi pitoyable qu’insupportable. Et Handke fait partie de ceux-là. Ceux qui au lieu d’élaborer la question et de se révolter contre la faute de leurs pères, préfèrent pleurer, gémir, prier… tu te souviens de Vigny… et répéter, en allant soutenir ceux qui font la même chose.

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Sous une autre forme, exactement. Tu n’as qu’à lire le Nettoyage ethnique, tu verras. Qu’est-ce que c’est, éliminer les « non-Serbes », sinon éliminer l’autre parce qu’il est un autre ? parce qu’il appartient à une autre communauté, parce qu’il adhère à d’autres croyances, parce qu’il est issu d’une autre histoire, parce qu’il est différent de toi ? D’ailleurs, si la solution finale a si bien été réalisée en Serbie, c’est aussi parce que les Juifs étaient des « non-Serbes ». La politique d’extermination s’inscrivait parfaitement dans cette tradition, dans cette façon, je dirais, d’impenser l’autre en tant qu’autre.

Non. Absolument pas. Comprendre, c’est comprendre. Je peux comprendre un pédophile. Je peux comprendre un assassin en série. Je peux même comprendre Milosevic. Tout l’humain m’intéresse, jusque dans ses aspects les plus inhumains. Mais comprendre, ce n’est ni adhérer, ni absoudre. Personne n’empêchait Handke de poursuivre tranquillement son œuvre littéraire. En s’engageant sur le terrain politique, il accomplit un saut. A priori, pourquoi pas ? Un écrivain peut éprouver ce genre de nécessité, de s’engager pour une
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cause. Mais s’il le fait, alors il doit travailler, se documenter, peser ses mots. Il ne peut pas se permettre de jouer de sa notoriété pour faire partager publiquement ses états d’âme sans savoir ce qu’il va défendre et pourquoi, au nom de quoi. Tu ne crois pas ?

Comme convenu, je t’envoie la bibliographie. Elle est loin d’être exhaustive, mais elle te servira de base de départ. Je t’ai indiqué les ouvrages dans leur ordre chronologique de parution, je te dirai pourquoi quand nous en reparlerons.
Alain Finkielkraut,
Comment peut-on être croate ?, Paris, Gallimard, 1992.
Paul Garde,
Vie et mort de la Yougoslavie, Paris, Fayard, 1992.
Jacques Rupnik,
De Sarajevo à Sarajevo, Bruxelles, éditions Complexes, 1992.
Joseph Krulic,
Histoire de la Yougoslavie de 1945 à nos jours, Bruxelles, éditions Complexes, 1993.
Annie Le Brun,
Les assassins et leurs miroirs, Paris, Jean-Jacques Pauvert au Terrain Vague, 1993.
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Mirko D. Grmek, Marc Gjidara, Neven Simac, le Nettoyage ethnique, documents sur une idéologie serbe, Fayard, 1993 pour la première édition ; Points-histoire (Seuil), 2002, avec une préface de Paul Garde, pour la deuxième édition. (C’est dans cette anthologie que tu trouveras, à la fin, quelques textes des membres du Cercle de Belgrade, les vrais opposants serbes de l’époque. Il contient aussi le fameux Mémorandum de l’Académie serbe de 1987. Entre parenthèses, tu te souviens que Handke demande, dans Autour du Grand Tribunal, si on peut prendre un écrivain au sérieux. Et dans les indications de lecture qu’il donne à la fin, il parle justement du Mémorandum et ose écrire, en 2003, qu’il ne l’a pas encore lu d’un bout à l’autre. À partir de là, comment peut-on en effet le prendre, lui, au sérieux ?)
Le Livre noir de l’ex-Yougoslavie, Paris, Arléa, 1993.
Zlatko Dizdarevic,
Journal de guerre, Spengler, 1993.
Véronique Nahoum-Grappe (dir.),
Vukovar Sarajevo… La guerre en ex-Yougoslavie, Paris, Esprit, 1993.
Jacques Julliard,
Ce fascisme qui vient, Paris, Seuil, 1994.
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Bertrand Liaudet, L’État français et la purification ethnique : entre capitulation et collaboration, Observatoire des conflits et des crises (samizdat), Paris, 1994. (Tous ses textes sont consultables sur internet.)
Bernard-Henri Lévy,
La pureté dangereuse, Paris, Grasset, 1994.
Pierre Hassner,
La violence et la paix. De la bombe atomique au nettoyage ethnique. Paris, Esprit, 1995.
Yves Heller,
Des brasiers mal éteints, Le Monde éditions, 1997.
Yves Laplace,
Considérations salutaires sur le massacre de Srebrenica, Paris, Seuil, 1998.
Florence Hartmann,
Milosevic. La diagonale du fou, Paris, Denoël, 1999.
Paul Garde,
Fin de siècle dans les Balkans, Paris, Odile Jacob, 2001.
Mirko D. Grmek,
La guerre comme maladie sociale et autres textes politiques, Paris, Seuil, 2001. (Ici, l’indication de date est trompeuse car il s’agit d’un recueil d’articles dont les premiers sont parus dès 1991.)
Je te conseille aussi, si tu ne l’as pas lu :
Christopher R. Browning, Les hommes ordinaires, Paris, Les Belles Lettres, 1994.
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Enfin, il y a également les livres parus à l’Âge d’Homme. C’est l’éditeur de Milosevic, de Dobrica Cosic, et d’une façon générale des principaux défenseurs de la cause nationaliste grand-serbe.
Ceux-là, je te les indique parce qu’il faut toujours essayer de comprendre la façon dont raisonnent les défenseurs du pire. Cela dit, il faut aussi apprendre à les lire, car ce sont de très habiles et même parfois, comme tu dirais, de “sincères” manipulateurs. Tu trouveras à leurs côtés quelques Français, dont certains sont des amis de Handke. J’ai hésité à te donner tous les noms, tu sais ce que je pense des listes, mais puisqu’ils figurent sur les couvertures des livres, c’est la seule façon de donner la référence bibliographique exacte, telle que l’éditeur et les auteurs eux-mêmes l’ont voulue.
Dimitri T. Analis, Alexandre Astruc, Nora Beloff, Jean Besse, Patrick Besson, Jean-Paul Bled, Jean-Marie Domenach, Frédéric Dutourd, Jean Dutourd,
de l’Académie française, Duc Thomas Foran de Saint-Bar, Sarah Frydman, Georges Haldas, Jean-Edern Hallier, Jacques Heers, Stéphane Hoffmann, Jérôme Leroy, Edward Limonov, Bernard Lugan, Gilles Martin-Chauffier,
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Gabriel Matzneff, Ange-Mathieu Mezzadri, Frédéric Musso, Milena Nokovitch, Alain Paucard, Jean Raspail, Yak Rivais, Daniel S. Schiffer, Thierry Séchan, Vladimir Volkoff, Françoise Xenakis, Alexandre Zinoviev, Les Serbes et nous (sous titre : 31 écrivains contre les tartuffes), L’Âge d’Homme, Lausanne, 1996.
Patrick Besson, Frédéric Dutourd, Jean Dutourd,
de l’Académie française, Jérôme Leroy, Gabriel Matzneff, Milena Nokovitch, Alain Paucard, Daniel S. Schiffer, Thierry Séchan, Vladimir Volkoff, Avec les Serbes, L’Âge d’Hhomme, Lausanne, 1996.
Dimitri T. Analis, Charles Aznavour, Patrick Besson, Jean-Paul Bled, Gérard Courant, Louis Dalmas, Frédéric Dutourd, Jean Dutourd, de l’Académie française, Gilles Galliez, Jean-Edern Hallier, Peter Handke, Marcel Jullian, Jacques Laurent, de l’Académie française, Edward Limonov, Bernard Lugan, Gabriel Matzneff, Pierre Moustiers, Milena Nokovitch, Alain Paucard, Thierry Séchan, Vladimir Volkoff, Éloge des Serbes, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1997.
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Ah oui, j’ai oublié Védrine… C’est normal, note bien, son chapitre sur « la tragédie yougoslave » m’a mise dans une telle colère ! Encore chez Fayard, lui aussi, je te donne la référence : Hubert Védrine, Les mondes de François Mitterrand, Fayard, 1996. Tu y trouveras le résumé de la doxa mitterrandienne vichyssoise. Le plus insupportable à mon avis, c’est peut-être le mépris que respire ce texte, tu me diras ce que tu en penses. On en reparle très vite.
Bonne lecture !




Le cas Handke / Louise L. Lambrichs

Née en 1952, Louise L. Lambrichs est l’auteur de nombreux romans (Journal d’Hannah, Le jeu du roman, À ton image, etc.). Si la littérature est indéniablement son domaine de prédilection, son imaginaire romanesque se nourrit d’expériences, d’enquêtes et de réflexions ayant trait à la médecine, à la maladie ou encore à l’histoire et à la vérité historique.

 
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