



Dans La haine de la démocratie
(La
Fabrique éditions) Jacques Rancière analyse les
critiques actuelles de la démocratie et mène avec
vigueur et jubilation un travail de réflexion et de questionnement.
Il montre que ce qui pose toujours problème aux régimes
démocratiques, c'est justement l'intensité de la vie
démocratique, “excès” insupportables aux oligarchies
qui détiennent le pouvoir et qui ne peuvent admettre ce que
c'est, la démocratie : ni un type de constitution, ni une
forme de société, c'est-à-dire “ni cette forme
de gouvernement qui permet à l'oligarchie de régner
au nom du peuple, ni cette forme de société que règle
le pouvoir de la marchandise”. Mais “le pouvoir de ceux qui n'ont
pas plus de titre à gouverner qu'à être gouvernés”.
Un pouvoir fondé ni sur la naissance, ni sur l'argent, ni
sur le savoir : le scandale démocratique c'est le scandale
de la politique même, de l'égalité des hommes.
En somme, indique Rancière, “la démocratie” on trouve que ça va bien quand l'Occident se bat contre les régimes totalitaires ou le terrorisme mais à l'intérieur des pays démocratiques il y a toujours un ressentiment latent ou explicite contre “trop” de démocratie, contre les excès de “l'homme démocratique”, ce “consommateur individuel de masse”, être idiot et aliéné, toujours prêt à suivre n'importe quoi, dans n'importe quel domaine, sexualité, école, santé, culture...
Rancière montre les contradictions d'un pharisianisme mécontent de l'a-politisme actuel et qui pourtant dès qu'il y a un mouvement, ne sait pas quoi en penser, juge ce mouvement arriéré, populiste.
Tension entre une rigueur qui fait revisiter l'histoire de la pensée politique, depuis Platon jusqu'aux sociologues postmodernes et aux “graves philosophes à l'antique”, et un désir concret soucieux d'ouvrir des possibles : par exemple en définissant le minimum nécessaire pour qu'un système se déclare démocratique.
C'est un appel à la réflexion et au travail de chacun, et une façon de combattre le sentiment d'impuissance, le repli : la démocratie “est l'action qui sans cesse arrache aux gouvernements oligarchiques le monopole de la vie publique et à la richesse la toute-puissance sur les vies....La société égale n'est que l'ensemble des relations égalitaires qui se tracent ici et maintenant à travers des actes singuliers et précaires....Elle n'est fondée dans aucune nature des choses et garantie par aucune forme institutionnelle. Elle n'est portée par aucune nécessité historique et n'en porte aucune. Elle n'est confiée qu'à la constance de ses propres actes. La chose a de quoi susciter de la peur, donc de la haine, chez ceux qui sont habitués à exercer le magistère de la pensée. Mais chez ceux qui savent partager avec n'importe qui le pouvoir égal de l'intelligence, elle peut susciter à l'inverse du courage, donc de la joie”.