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La Place
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Big brother awards
Privacy International est une ONG née à Londres en 1990. Son objectif est d'alerter l'opinion sur les dispositifs de surveillance développés par les Etats et les entreprises et sur l'érosion des garanties de respect de la vie privée que ces dispositifs risquent d'entraîner. Elle a créé des Big Brother Awards, décernés au cours de cérémonies qui ont lieu dans une vingtaine de pays. En France, ces cérémonies se tiennent chaque année depuis cinq ans. La cinquième édition française s'est tenue à Paris le 21 janvier 2005, " jour anniversaire de la mort de George Orwell il y a 55 ans, par une cérémonie qui a récompensé les meilleurs ambassadeurs 2004 de la société de surveillance. " Y ont été ainsi décernés deux prix Orwell Etat et élus (notamment à Philippe Douste-Blazy, pour l'introduction du "Dossier Médical Personnel"), deux prix Orwell Entreprise ( dont l'un échoit à Visiowave, filiale de TF1 qui installe dans les transports publics des systèmes de vidéo-surveillance dont le petit " plus " est de diffuser de la publicité), un prix Orwell Ensemble de son uvre pour les ministres Vaillant, Sarkozy et Perben qui ont conjointement instauré le fichage génétique des mis en examen, des suspects et des mineurs . L'édition 2005 a été également marquée par l'introduction d'un prix Novlang, qui récompense les efforts fournis par des personnes ou entreprises pour présenter sous le jour le plus favorable des mesures de surveillance coercitives. Ce prix a été attribué au GIXEL (Groupement des industries de l'interconnexion, des composants et des sous-ensembles électroniques qui regroupe entre autres 3M France, Bull SA, Gemplus, ITT Industries, Sagem, des filiales d'EADS, Schneider, Thalès ) pour le présentation de son " Livre Bleu ". Dévoilé en juillet 2004 lors de la 2ème édition des Assises des industries électroniques et numériques à Bercy (MINEFI) et adressé à Patrick DEVEDJIAN, Ministre Délégué à l'Industrie, ce rapport contient l'ensemble des propositions des fleurons de cette industrie pour " sortir la filière de la crise " dans laquelle elle serait plongée. L'exercice de lobbying débute en effet par une prédiction catastrophiste : 120 000 emplois sur 220 000 pourraient disparaître d'ici trois ans. Une menace qui n'est pas particulièrement étayée, mais qui justifierait que l'Etat s'engage pour soutenir les entreprises, notamment par les voies budgétaire et législative. Dans cette perspective, huit domaines d'action sont développés
; dans une discrète quatrième position, après l'Internet
haut débit pour tous, la télévision haute-définition
et l'automobile " intelligente " vient la sécurité
du territoire. Les pages 33 à 37 du " Livre bleu " qui
s'y rapportent sont notamment celles qui ont permis au GIXEL d'être
distingué. On les trouverait savoureuses si le sérieux qui
anime les rédacteurs et l'impact possible de ce rapport, qui met
en avant des technologies existantes, ne figeaient pas le sourire. Pour justifier un tel propos, il faut des arguments, ou à défaut, des événements de poids. Les attentats du 11 septembre et de Madrid font l'affaire, et permettent d'introduire un étonnant paragraphe : " La sécurité engendre le sentiment de sécurité. Confiance et tranquillité d'esprit résultent de la pensée qu'il n'y a pas de danger à redouter. Le climat d'insécurité a toujours été et sera toujours un frein à la croissance économique. ( )Le vieillissement de la population accroît le sentiment d'insécurité par la fragilité des personnes âgées. Pour la population active, le sentiment d'insécurité dans les transports accroît le stress journalier et contribue à réduire les échanges. " Et sans transition : " Nous devons mobiliser toutes les ressources de la technologie moderne pour redonner confiance à nos concitoyens. " Démonstration faite, et avant même d'entrer dans le détail des " technologies disponibles que nous pouvons mobiliser pour imaginer des produits et des services satisfaisant nos besoins sécuritaires ", les auteurs abordent de façon très pragmatique la délicate question de " l'acceptation par la population " de ces technologies. " La sécurité [ici totalement assimilée aux technologies mises en oeuvre] est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles ". La barbe ! Pour y remédier toutefois, deux types d'actions de persuasion, pour deux types de technologies, sont envisagés. Pour les premières, que l'on suppose " douces ", (celles qui concernent notamment l'identification par biométrie), il faudra s'efforcer de développer des " fonctionnalités attrayantes " et faire un " effort de convivialité " : introduction dans des biens de consommation, des jeux, développement de services d'identification et de paiement " cardless " (terme qui a le mérite d'immédiatement pointer l'avantage indéniable de l'identification par reconnaissance du réseau veineux de l'il, par exemple). Et pour que l'effort d'éducation porte vraiment ses fruits, les rapporteurs suggèrent d'offrir la convivialité dès le plus jeune âge, en proposant " l'éducation des l'école maternelle " : " les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l'école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s'identifieront pour aller chercher les enfants. " Pour les secondes (technologies de surveillance et de contrôle), malheureusement, les solutions conviviales semblent manquer : " la même approche ne peut pas être prise ". Comment faire ? " Il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l'apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. "
Thomas Adam Big Brother Awards / Thomas Adam © Inventaire/Invention - tous droits réservés - 2005 w w w . i n v e n t a i r e - i n v e n t i o n . c o m
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