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Nous, auteurs, artistes, créateurs, installés ou travaillant sur ce territoire, responsables de lieux, d'actions ou de manifestations culturelles, élus et équipes des villes et du Conseil général, publics, habitantes et habitants de la Seine-Saint -Denis, réaffirmons notre volonté de voir poursuivi le travail engagé dans le département sur le terrain de la culture.
La rencontre de sa population avec l'histoire de ce département, avec les uvres est, pour nous, une condition essentielle pour que se construisent plus d'urbanité, et plus d'intelligence, en un mot, plus d'humanité. En effet, la création, dont naissent les uvres, a à voir avec le progrès humain en ouvrant des perspectives jusqu'ici inexplorées. Elle a à voir avec la volonté de transformer la vie, de la rendre plus sûre, plus juste, porteuse d'avenir pour toutes et tous.
Trop d'habitants de la Seine-Saint -Denis, qui veulent être reconnus comme membre à part entière de ce pays, en enrichissant cet « en commun » de leur apport original, sont encore écartés de cette rencontre, malgré les efforts faits pour abattre les murs de l'incompréhension, pour faire reculer la peur de l'inconnu, la pression des urgences, le sentiment de disqualification qu'induisent des conditions de vie difficiles.
Notre pays est riche et la Seine-Saint -Denis contribue à cette richesse par toute la valeur qui y est produite. Aucune et aucun de ceux qui y contribuent ou voudraient pouvoir le faire ne doivent être privés de la rencontre avec la culture.
La rencontre avec les uvres, avec l'art, a un besoin premier des créateurs, de ceux qui, ayant su s'approprier les acquis antérieurs des êtres humains, explorent à leur tour des voies nouvelles, prennent des risques. Elle permet de résister à la culture de masse, à l'uniformisation des goûts qu'elle implique et de nourrir les pratiques artistiques personnelles.
Et, cette rencontre a besoin, pour se réaliser, d'une inscription dans la durée des actions mises en place. Elle a besoin d'inventivité et de cheminements multiples. Elle a besoin que soient bousculés les vieux schémas opposant culture populaire et culture savante, oubliant leur parenté, leur lien indissoluble, leur remise en cause radicale par la culture aujourd'hui imposée au travers des médias par la logique écrasante du marché. Elle a besoin que soient soutenues l'indépendance et la diversité des sources comme des formes d'expression.
C'est la prise en compte de ces besoins qui justifie, sur le fond, l'intervention publique, une intervention dont la ligne d'horizon est de créer les conditions pour permettre à tous les êtres humains, dans leurs diversités, d'expérimenter que la culture, même la plus innovante, leur est accessible, que découvrir est un bonheur et que cela ouvre des espaces jusqu'ici ignorés, y compris pour faire bouger la société.
C'est la prise en compte de ces besoins qui exige que soit mise en cause la réduction continue des moyens qui sont consacrés à la culture.
Et, c'est cette conception de l'intervention publique que le Conseil général de la Seine-Saint -Denis a décidé de mettre en uvre en matière de culture, une intervention qu'il a voulu déterminée s'appuyant sur l'existant, dialoguant avec lui, imaginant des développements inédits, accompagnant la formation, le développement des pratiques artistiques.
Il l'a mise en uvre en soutenant, dans leur diversité qui constitue une vraie richesse, les institutions et les festivals, les lieux d'initiative publique ou privée, petits ou grands, les équipes installées, les compagnies, en favorisant les résidences d'auteurs, d'artistes, en impulsant la mise en réseau en matière de littérature et de lecture publique, de théâtre, de danse, de musique, d'arts visuels et de cinéma, en expérimentant la décentralisation culturelle en matière patrimoniale, en travaillant aux questions de la mémoire, en s'engageant dans des chartes de coopération culturelle avec les villes.
Il l'a mise en uvre en tissant avec les enseignants des liens permettant de faire vivre, au bénéfice de la réussite scolaire, des actions culturelles éducatives, des démarches reconnues pour leur exceptionnalité, dont le socle est justement les rencontres avec la création rendues possibles par la présence de ses grands partenaires.
Il l'a mise en uvre en soutenant et en proposant des démarches susceptibles de favoriser l'envie de culture et de nouveaux publics, non pas pour panser les plaies, faire oublier les douleurs, escamoter les dominations et leurs conséquences discriminatoires, mais parce que l'accès de toutes et tous aux oeuvres, à toutes les oeuvres est un droit dont l'exercice doit être rendu possible à chacune et chacun.
Il l'a mise en oeuvre, aussi, pour inciter les autres niveaux institutionnels villes, Région, Etat, à assumer leurs responsabilités en matière de culture, comme le recommande l'Agenda 21 qu'il a adopté, après avoir contribué à son ambition, afin que chacun joue son rôle à la place qui est la sienne, dans un partenariat indispensable à l'efficacité de l'intervention publique.
Les créateurs et les équipes artistiques qui ont choisi d'uvrer sur ce territoire, les responsables des lieux de culture qui ont fait le choix de la prise de risque et du travail de conquête de publics dans les formes les plus ouvertes, disposent de peu de moyens, mais font preuve d'une grande vitalité. Leur activité a un impact économique bien réel, trop souvent mésestimé. Ils veulent pouvoir poursuivre et amplifier ce qui a été engagé au service de toute la population.
Pour sa part, le Conseil général doit pouvoir continuer à apporter sa contribution à cette rencontre avec la culture. Il n'entend pas renoncer au mandat que sa majorité a reçu de la population de la Seine-Saint -Denis : créer les conditions de sa capacité à construire, aujourd'hui, les fondements d'un présent et d'un avenir plus humains.
Pour cela, il ne doit pas être transformé en simple guichet social. Il ne doit pas être contraint, pour répondre à ses obligations légales, à abandonner son ambition de progrès humain, à renoncer à une politique culturelle apportant sa contribution à l'enrichissement de toutes et tous, en particulier, de celles et ceux qui aspirent à une vie meilleure. Et, il ne doit pas, pour ce faire, être obligé d'alourdir toujours davantage l'effort fiscal demandé à la partie de la population aux revenus modestes, encore présente sur ce territoire. Nous voulons une grande politique culturelle nationale, dotée d'au moins 1 % du PIB du pays.
Pour cela, il faut agir ensemble. Ce texte évoque ce qui est en jeu, les choix d'une politique, l'ambition et les partis pris qui l'animent. Il se veut aussi outil pour les défendre en rassemblant toutes celles et tous ceux, à l'endroit qui est le leur, qui souhaitent les voir se déployer plus avant.
Vous pouvez vous associer à cette volonté d'action en signant cet appel et en le faisant signer autour de vous.
Février 2006
Faites part de votre soutien en indiquant vos coordonnées
par courrier à
Agir ensemble pour la culture / DCJS - Hôtel du Département BP 193 93003 Bobigny cedex
Ou par fax
01 43 93 81 60 ou par courriel à [email protected]
Ou en signant sur le site
www.seine-saint-denis.fr/agirpourlaculture
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