Pour l'apothéose, ce sera «I Will Survive». Normal pour des futurs champions du monde Ce 31 janvier 2001, une petite voiture de couleur
rouge tient la vedette : la première Yaris vient de sortir de
la nouvelle usine Toyota d'Onnaing, près de Valenciennes (Nord).
La production démarre, dans l'euphorie générale.
Le géant japonais de l'automobile a en effet été
accueilli à bras ouverts dans une région minée
par la crise économique. Pour attirer Toyota, l'Europe, le gouvernement
français et les collectivités locales lui ont offert 51,5
millions d'euros sous forme d'aides et d'exonérations, soit la
moitié de l'investissement total. Tandis que, sur le terrain,
les autorités ont tout fait pour rendre la vie plus facile au
groupe. La sous-préfecture nommait un «Monsieur Toyota»
(du jamais vu dans l'administration française) tandis qu'un partenariat
spécial avec l'ANPE était mis en place pour faciliter
le recrutement.
Pour remercier les pouvoirs publics de leur collaboration,
Hiroshi Okuda, président du groupe, a promis que celle-ci serait
«à la pointe du progrès en matière de protection
de l'environnement» et que «la sécurité
et les conditions
de travail [seront] une priorité constante.» Deux ans après ce lancement en fanfare, Eric
Pecqueur sourit avec amertume : «Tout ça, c'est des
beaux discours. Toyota est une usine comme les autres : son fonctionnement
repose sur l'exploitation de la classe ouvrière». Avant
d'être embauché par Toyota et d'y devenir délégué
CGT, Eric Pecqueur a été intérimaire pendant treize
ans, notamment à Renault-Douai : «J'ai peut-être
vu pire ailleurs, mais pas beaucoup plus. À Toyota, la cadence
de travail augmente sans arrêt, ce qui entraîne mécaniquement
une baisse des conditions de travail».
Construite en un temps record, l'usine d'Onnaing
a équilibré ses comptes en deux ans. Aussi, en novembre
dernier, la direction a-t-elle décidé d'augmenter la production.
Cette année, ce sont 184 000 Yaris qui devraient sortir de l'usine,
soit 34 000 de plus qu'en 2002. Pour accompagner cette montée
en puissance (une voiture toutes les soixante secondes, 798 véhicules
par jour), Toyota vient de recruter 300 ouvriers supplémentaires,
sous la forme de contrats intérimaires.
250 d'entre eux devraient signer un CDI en 2003. L'accélération de la production s'explique
par le succès de la Yaris, modèle qui concurrence directement
les Clio et autres 106. De janvier à octobre 2002, 165 000 Yaris
ont ainsi été vendues en Europe, principalement en Italie,
en Angleterre et en France. Mais Toyota, troisième constructeur
automobile mondial, ne se repose pas pour autant sur ses lauriers : «La
philosophie fondamentale du modèle toyotien, qui privilégie
la "réduction des coûts à volume constant"
est qu'au fond rien n'est jamais sûr», expliquent Robert
Boyer et Michel Freyssenet, chercheurs spécialistes du monde de
l'automobile. «La réduction des coûts (temps, salariés,
capital, matières, énergie) à volume constant est
obtenue grâce à la participation continue des salariés
et des fournisseurs à cet objectif. (
) Ce modèle
industriel a assuré une croissance exceptionnelle à Toyota
(1).»
Les ouvriers sont chargés de veiller sur
les intérêts de «la grande famille Toyota»
quitte à sacrifier les leurs. Ils doivent en effet réaliser
des économies sur leurs propres postes de travail en participant
au Kaïzen, c'est-à-dire à
«l'amélioration de la qualité, de la productivité, de la sécurité et du prix de revient (2)». À Onnaing comme sur les autres sites du groupe, la course à la production est permanente : il s'agit de faire toujours plus en toujours moins de temps. Depuis son ouverture, l'usine vit au rythme des 35 heures, sur une base annuelle de 1 600 heures avec un contigent de 90 heures supplémentaires. Des chiffres à nuancer : la CGT comptabilise 39h10 de présence imposée dans l'usine «pour 35 heures effectivement payées» et dénonce la grande souplesse des horaires permise par l'accord sur la RTT. Ouvrier soudeur chez Toyota depuis un an, Samuel
Wechczinski, 21 ans, détaille ses horaires : «Je travaille
soit de 5h20 à 13h15 soit de 14h10 à 22h. Deux heures
avant la fin du travail d'équipe, la direction peut annoncer
qu'elle nous retient en "overtime"». L'"overtime",
imaginé pour rattraper les retards de production, peut durer
de dix minutes à une heure maximum. Il est payé avec un
supplément de 50% sur le salaire de base. «La direction
peut aussi nous imposer de venir travailler le samedi matin, du moment
qu'elle
prévient le mercredi. Et ça arrive de plus en plus souvent » Ce samedi travaillé sera alors rémunéré au taux de 25%. Cette flexibilité est mal vécue par les ouvriers : «Souvent je rentre le soir épuisé, raconte Samuel. Je n'ai même plus la force de me laver, je suis cassé. La vie familiale se perd, on ne peut pas en profiter. Alors, quand il faut aller travailler le samedi, on est sur les nerfs. Avec la fatigue, ça ne fait pas bon ménage.» Le samedi 19 octobre 2002, un carambolage a eu lieu
sur la route menant à l'usine d'Onnaing, à la hauteur
de Denain, au petit matin, à 4h40 exactement. La majorité
des conducteurs impliqués dans l'accident sont des salariés
de Toyota. «Plusieurs collègues de l'équipe du
matin ont été blessés, relève Eric Pecqueur.
Heureusement, il n'y a pas eu de mort. La véritable cause de
ce carambolage, c'est la fatigue. C'est la faute aux heures supplémentaires,
aux samedis obligatoires et aux horaires pourris.»
Autre motif de grogne pour les ouvriers, l'obligation
de commencer la journée de travail par cinq minutes de «communication».
Quoique rémunérées, celles-ci ne sont pas comptées
dans le temps officiel de travail : «Ces cinq
minutes, reprend Samuel, c'est l'équivalent de trois jours de repos sur l'année. Forcément on compte » Consciente de l'exaspération provoquée
par le recours répété aux heures supplémentaires,
la direction de l'usine a décidé de réduire
les temps de pause ! «C'est une façon de diminuer le
temps passé à l'usine, explique Samuel. L'équipe
du matin a deux pauses de 10 minutes et une pause d'une demi-heure pour
manger. L'après-midi, on a deux pauses de 8 minutes et une pause
de 29 minutes pour manger. C'est calibré à la minute près.
De toute façon, le contrôle est permanent. C'est pire qu'à
l'armée. Souvent il y a un "casque rouge" (un chef
d'équipe) qui se met derrière moi avec un chronomètre
quand je travaille.»
Lorsque Toyota s'est installée dans le Valenciennois,
les médias ont beaucoup glosé sur la difficulté
qu'auraient les cadres japonais à vivre dans un pays et une culture
différents des leurs. Mais ils ont souvent oublié que
les ouvriers français allaient eux aussi devoir s'adapter aux
méthodes de la firme
Car Toyota est indissociable du «toyotisme». Théorisé au cours des années 60, ce mode d'organisation du travail repose sur la production «just in time» (juste à temps). Pour économiser les coûts et les risques liés à la gestion de stocks, l'usine achète les pièces dont elle a besoin au moment précis où elle en a besoin. De la même façon, elle vend ses voitures avant même de les fabriquer. Cette production en temps réel impose aux ouvriers une grande flexibilité : ils doivent quotidiennement vivre au rythme du marché. Si celui-ci se porte bien, ils sont certains de devoir faire des heures supplémentaires. Autre invention du toyotisme, le «management
by stress» (sic !). L'effectif est divisé en groupes
(«teams») de cinq à huit ouvriers. Ces «team
members» sont cornaqués par un «team leader».
Alors que dans les usines qui appliquent le modèle fordiste,
l'ouvrier ne doit rendre compte que de sa production, à Toyota
la responsabilité est collective. Des objectifs de production
sont régulièrement fixés au groupe : si celui-ci
les atteint, les «team members» auront droit à un
complément de salaire. En revanche, en cas de défaillance,
c'est tout le groupe qui voit ses primes diminuer. Dans ces conditions,
chacun travaille
plus dur pour ne pas léser son voisin. Et tout le monde surveille tout le monde Intériorisée, la pression est permanente. De plus, les ouvriers sont soumis à un impératif de qualité très strict : il s'agit d'appliquer le «total quality control». Pourtant, qu'ils soient «team members»
ou «team leaders», les salariés ne sont pas dupes.
Alors que la direction affiche sa volonté de les responsabiliser,
ils savent qu'ils sont surtout là pour exécuter les ordres.
«Je dois faire 400 fois la même chose sur une journée,
explique Samuel, c'est au millimètre près, à
la seconde près. Je suis comme un robot, programmé pour
produire. On me demande un maximum pour une reconnaissance minimum.»
Dans les usines appliquant le toyotisme, l'accélération
de la cadence est telle que les ouvriers n'ont plus la possibilité
de prendre ponctuellement de l'avance pour souffler, fumer ou échanger
quelques mots avec un collègue.
En écoutant Samuel Wechczinski décrire
son atelier de soudure, on peut se demander si la sécurité
et les conditions de travail sont vraiment «une priorité
constante» dans l'usine Toyota d'Onnaing, comme l'affirmait
son directeur
début 2001. Il y a la saleté : «Je travaille avec un casque, des lunettes, des manchettes, explique Samuel. Mais à cause des poussières de soudure et du mastic, je suis tout le temps sale. Tous les trois jours je peux jeter mes T-shirt, qui sont troués.» Il y a le danger : «Je dois mettre, même quand il fait chaud, deux T-shirt pour ne pas être brûlé par les soudures.» Il y a la chaleur : «L'été il fait 40°C dans l'atelier : il n'y a pas de climatisation. Pour faire des économies, il n'y a pas d'eau courante dans l'usine. Et les fontaines d'eau sont sales à cause des soudures.» Et il y a le bruit : «À côté de l'atelier, il y a les presses : c'est du bruit sans arrêt.» Heures supplémentaires, problèmes de
sécurité, pression accrue, cadences infernales
Les
motifs de mécontentement sont nombreux dans l'usine. Pourtant,
la révolte des ouvriers reste sourde. Rares sont ceux qui osent
exprimer leur mécontentement, plus rares encore ceux qui osent
revendiquer. Depuis son ouverture, Toyota-Onnaing n'a encore jamais
connu de conflit important. Une des explications réside sans
doute dans la moyenne d'âge des
ouvriers. Celle-ci s'élève, encadrement compris, à 28 ans. Comme le souligne Samuel, «il nous manque des Anciens pour installer un rapport de force dans les ateliers. On part de zéro avec des gens pour qui Toyota est le premier boulot. Ils ont peur de le perdre s'ils dénoncent ce qui se passe. Ils n'osent même pas lire un tract devant les chefs !» La jeunesse de l'effectif a permis de rompre avec la tradition française du syndicalisme ouvrier. À Onnaing, la majorité des syndicats
refuse d'ailleurs d'entrer en guerre ouverte contre la direction. Force
Ouvrière proclame par exemple dans un tract récent (14/01/2003)
: «Il est facile de gesticuler en bas mais il faut savoir négocier
en haut !!!» Une manière à peine déguisée
de dénoncer le radicalisme de la CGT
Celle-ci fait figure
de mouton noir chez Toyota : «La CFDT et FO ont été
instrumentalisés par la direction, dénonce Éric
Pecqueur. La CGT, elle, s'est créée de manière
clandestine. Au début, j'étais seul. Aux dernières
élections des délégués du personnel, on
a fait 41%. Preuve qu'on progresse. La direction s'en inquiète
et multiplie les pressions et les menaces contre nous. Si on discute
avec les gars dans les ateliers, les chefs viennent les voir ensuite
pour leur faire peur. Et puis on est tous prévenus : l'augmentation CGT, c'est 0% à vie.» Toyota applique à Onnaing les recettes qui ont
fait son succès au Japon, espérant remplacer la conscience
de classe par la culture d'entreprise. L'ouvrier de Toyota doit être
solidaire de son patron, et non des ouvriers des autres firmes. «[Le]
présupposé politique (et idéologique) [du
toyotisme] est la destruction d'un syndicalisme de classe capable de
s'opposer à la logique (et aux valeurs) du capital dans la production,
écrit le professeur de sociologie Giovanni Alves. [
]
C'est un dispositif organisationnel et idéologique qui tente d'affaiblir
(voire d'anéantir) le caractère conflictuel du travail au
cur de la production de capital. [Ce sont] des échecs
ouvriers décisifs qui ont rendu possible l'introduction d'une nouvelle
organisation sociale de la production (3).»
Après la seconde guerre mondiale, le Japon,
en crise, est le théâtre de luttes ouvrières radicales.
Mais, dès le milieu des années 50, les syndicats radicaux
sont mis hors jeu et remplacés par des syndicats «maisons» dociles. Les entreprises automobiles prospèrent sur ce terreau. Ainsi, à Toyota, syndicat et patronat signent en 1962 une Déclaration commune qui affirme que «la direction et le syndicat essayent ensemble de développer l'industrie automobile et, par là, l'économie japonaise», que «le rapport patronat-syndicat doit être fondé sur une confiance réciproque», que «la direction essaie d'améliorer les conditions de travail en reconnaissant le fait que les ressources humaines sont à l'origine de la prospérité de l'entreprise, tandis que le syndicat coopère volontairement avec la direction en admettant la nécessité d'élever la productivité de l'entreprise (2).» Un consensus qui rend inimaginable l'organisation d'une grève par le syndicat. Le toyotisme, né par temps de crise, s'épanouit
facilement dans un contexte marqué par un chômage important.
Ainsi, dans le Nord-Pas-de-Calais, où la main d'uvre est
abondante : seuls 7% des dossiers de candidatures traités par
l'antenne spéciale créée par l'ANPE ont été
retenus par Toyota. La direction a l'embarras du choix quand elle veut
recruter
Conscients de leur chance, les
«Toyotamen» s'accrochent coûte que coûte à leur poste, quitte à courber l'échine. (La moitié des salariés de Toyota-Onnaing étaient au chômage avant l'ouverture de l'usine.) À l'inverse, lorsque le contexte social est
plus favorable, l'entreprise connaît des difficultés. Ainsi,
au Japon, dans les années 90, «Toyota n'a pas réussi
à recruter ou à retenir le nombre de jeunes nécessaire,
ceux-ci se détournant du travail proposé en raison de sa
dureté», relèvent les chercheurs Michel Freyssenet
et Koïchi Shimizu. «À force de tendre vers la production
"au plus juste", le système s'est privé de toute
élasticité. Ce faisant, il a rencontré ses limites
d'acceptabilité sociale. Les tensions sur le marché du travail
se sont transformées en crise du collectif de travail au sein de
la firme. Comme souvent en pareil cas, il n'était plus possible
de faire simplement machine arrière. C'est l'ensemble du système
qu'il a fallu repenser en plein boom de la demande (4).»
Les dirigeants de Toyota ont alors entrepris d'«humaniser le travail»
bel aveu en revalorisant l'individu face au groupe. Mais
les modifications introduites dans l'organisation du travail n'ont pas
ébranlé les
fondements du toyotisme. Il y a tout juste trente ans, Les Éditions ouvrières
traduisaient du japonais Toyota, l'usine du désespoir (5).
Dans ce livre remarquable, Kamata Satoshi raconte son expérience
d'ouvrier saisonnier dans une usine du groupe, de septembre 1972 à
mars 1973. Cet artisan venu de la campagne découvre avec horreur
le travail à la chaîne («En fait, si on ne fait
pas l'expérience soi-même, on ne peut pas comprendre»)
: «tous les mouvements sont à faire machinalement, et
il faut s'y habituer. On nous y habitue et on fait en sorte qu'on y arrive.
C'est là une contrainte absurde, une espèce de par-cur
machinal imposé au corps. Il y a deux ou trois gars qui m'ont dit
: "On est tellement habitué qu'on pourrait y arriver en dormant".
C'est ça, faire marcher son corps inconsciemment, devenir soi-même
une machine.»
Comme en écho, Robert Linhart décrit
les mêmes impressions, cinq ans plus tard, dans L'Établi
(6) : «Et quand l'usine ronronne, et que les
fenwicks foncent dans les allées, et que les ponts lâchent
avec fracas leurs carrosseries,
et que les outils hurlent en cadence, et que, toutes les quelques minutes, les chaînes crachent une nouvelle voiture que happe le couloir roulant, quand tout cela marche tout seul et que le vacarme cumulé de mille opérations répétées sans interruption se répercute en permanence dans nos têtes, nous nous souvenons que nous sommes des hommes, et combien nous sommes plus fragiles que les machines. Frayeur du grain de sable.» Le sable ne tient pas entre les doigts. Kamata Satoshi
est frappé par la rapidité avec laquelle son corps est
usé par le travail. En quelques phrases bouleversantes, il donne
chair au concept d'aliénation. «Il est 1 heure et demie
du matin. J'ai monté les marches du foyer jusqu'au troisième,
je suis rentré dans ma chambre, je me suis lavé le visage
et j'ai été stupéfait en me voyant dans la glace.
Mon visage n'a plus aucun éclat et mes yeux tout rougis ont des
cernes noirs. Je suis défiguré : un visage de vaincu.
C'est pitoyable, je m'écure moi-même. Combien de
temps pourrai-je durer ? Je ne suis plus sûr de rien. Pour le
travail aussi, je n'y arrive pas encore parfaitement. Ma vie consiste
à me lever, aller à l'usine, de nouveau dormir, traîner
mon corps
fatigué pour arriver juste à temps au début du travail. Ma vie n'est qu'une soumission à l'usine toute-puissante. Sans m'en apercevoir, je me suis laissé avoir.» Effrayé par sa propre passivité, Satoshi se révolte contre l'absence de colère de ses collègues. Ceux-ci sont littéralement enchaînés à leur travail : «Plus le travail est rendu pénible, plus les ouvriers eux-mêmes sont robotisés». De toute façon, l'apathie du syndicat les prive de tout horizon. Puisqu'on ne peut pas lutter, si le travail devient
trop dur, la seule solution est de lâcher prise. D'abandonner
son poste de travail, de rentrer chez soi. «C'est dément
! On voit bien ici comment l'ouvrier n'est qu'un moyen pour la recherche
du rendement à tout prix, un vulgaire outil pour rattraper le
n°2 mondial. L'image d'une voiture de course lancée à
toute vitesse et rentrant tout à coup avec un bruit effroyable
dans une barrière en se désintégrant en l'air me
revient à l'esprit
» Satoshi dresse un constat
sans illusion sur l'issue que réserve le travail en usine à
la plupart de ses collègues : «Prenez un jeune qui porte
en lui toutes sortes de possibilités et enfermez-le dans un travail
où il a une seule chose à faire et il sera stoppé
dans son développement. Et dans la
mesure où il n'est qu'une force de travail obéissante, une espèce de succédané humain, on lui assurera pour la forme une certaine rétribution. Dans une telle société fermée sur elle-même, c'est comme si on l'élevait pour le bouffer après. La rationalisation du travail qui en est, en fait, le morcellement, morcelle aussi l'homme lui-même et finalement c'est sa personnalité elle-même qui est remodelée suivant le bon vouloir de l'entreprise. On pourrait comparer cela à la technique des greffes en chirurgie.» Le temps a passé, pourtant le constat de
Kamata Satoshi garde toute sa pertinence. Aujourd'hui, les efforts de
communication de Toyota peinent à cacher ce qu'Éric Pecqueur
résume en un mot : «Toyota est toujours l'usine du désespoir».
La frayeur du grain de sable / Sylvain Marcelli
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