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Ce
texte a été publié
dans La revue des revues,
n°32, p. 53-70.
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Georges Lambrichs est, sans aucun doute, un des plus grands éditeurs
de la seconde moitié du 20ème siècle. Avec Jean Paulhan
et Jérôme Lindon. À eux trois, ils ont découvert,
accueilli et publié les plus importants auteurs de cette période
et façonné ainsi les plus durables pans de la littérature
française contemporaine.
Georges Lambrichs a été un intime de Paulhan, avant de lui
succéder à la tête de la Nrf en 1977, comme il a été
un proche de Lindon avec lequel il avait travaillé à la
direction littéraire des éditions de Minuit, pendant près
de dix ans, au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, contribuant
très largement à la naissance et à l'émergeance
du Nouveau Roman. Mais Georges Lambrichs est aussi le plus méconnu
des trois. Méconnaissance très relative, au demeurant, due
à sa discrétion, à sa timidité aussi, à
sa pudeur qui empêchait qu'on s'attarde trop sur ses mérites.
Mais il en est plusieurs qu'il ne pourrait nier, parmi lesquels la création
de la collection Le Chemin, en 1959, aux éditions Gallimard, et
les Cahiers du même nom en 1967.
Dans la collection Le Chemin, Georges Lambrichs a publié près
de trois cents titres et rassemblé un très grand nombre
d'auteurs exceptionnels comme Georges Perros, Michel Foucault, Roger Laporte,
Michel Butor, J. M. G. Le Clézio, Jacques Borel, Ludovic Janvier,
Pierre Klossowski , Pierre Guyotat, Jacques Réda, Henri Meschonnic
ou encore Nathalie Sarraute, Pierre Bourgeade, Henri Thomas et Jean Tardieu.
La collection Le Chemin s'est éteinte avec lui en 1992, en même
temps que les éditions Gallimard, en un sens.
J'ai tenu à publier cet entretien entre Louise et Gilberte Lambrichs,
déjà paru dans le numéro 32 de la Revue des revues,
car il éclaire d'une manière inédite et presque intime
le long parcours de Georges Lambrichs dans l'édition française.
Une autre raison, plus personnelle, tient au fait que Georges Lambrichs
a publié mon premier livre, quand j'avais à peine vingt-six
ans. Et qu'il a en un sens bouleversé le cours de ma vie.
Patrick Cahuzac ]
Louise L. Lambrichs : J'aimerais que tu m'aides à retracer
quel fut le chemin de Georges, à travers les revues essentiellement,
et comment, venant de Bruxelles, il a fini par devenir, en 1977, rédacteur
en chef de la nrf.
Gilberte Lambrichs : Il faut dire tout d'abord que quand j'ai
rencontré Georges, en 1942, à Bruxelles, il était
déjà très engagé dans la littérature
au sens où il avait déjà écrit, publié
des articles critiques et collaboré à des revues. Dès
1937, à tout juste vingt ans, il était allé à
Paris trouver Paulhan pour lui remettre un manuscrit, Dialogue de
Pasze un texte assez gidien, dans mon souvenir. Paulhan l'avait
lu, l'avait trouvé intéressant, mais ne l'avait pas publié.
Cela dit, Georges a continué à partir de ce moment-là
de le voir régulièrement, et leur relation n'a cessé
de s'approfondir. (Il faut dire aussi que Paulhan entretenait lui-même
depuis longtemps des liens avec la Belgique, puisqu'il faisait partie
depuis les années 20 du comité de rédaction du
Disque Vert, de Franz Hellens.) Paulhan a certainement été
pour Georges, dès cette époque très tôt,
donc , une sorte de modèle. Disons qu'ils ont eu la même
conception de leur métier. Et Paulhan l'a toujours soutenu. Ensuite,
entre 1937 et 1939, Georges a collaboré à Bruxelles à
une revue, ou plutôt un journal, qui s'appelait Le Rouge et
le noir. Il y a donné des articles critiques sur Gide notamment,
sur Malraux, Rilke, André Suarès, et sur Montherlant,
des articles qui témoignent déjà d'une grande finesse
et d'une grande maturité littéraire.
Ses premiers articles, c'est Damien Grawez, un jeune Belge qui a fait
une étude sur le surréalisme belge, qui les a retrouvés
et me les a montrés. Ensuite, en 1943, grâce à l'appui
de son ami Paul de Man (dont l'histoire personnelle, assez étonnante,
est racontée par Henri Thomas dans Le Parjure), Georges
a été engagé à l'Agence Dechenne. C'était
une agence d'édition peu recommandable, dirigée en fait
par un Allemand qui y faisait la loi, mais Georges y avait son propre
secteur, exclusivement littéraire, où il parvenait à
publier des textes intéressants. Surtout, il a profité
de ce poste pour publier en douce «L'exercice du silence»,
un numéro de Messages qui était une revue résistante,
dirigée par Jean Lescure. Lescure était venu pendant la
guerre faire une conférence à Bruxelles, et c'est ainsi
que Georges l'avait rencontré. Quelque temps après la
publication clandestine de ce numéro, un matin qu'il était
en train de se raser devant la glace, il m'a dit : «Tu sais, à
l'Agence Dechenne, ils m'ont mis à la porte.» Et juste
après avoir dit cela, il s'est évanoui !
L.L.L. : Que s'était-il passé ?
G.L. : Je ne sais pas exactement. Je suppose qu'on l'avait dénoncé
auprès du directeur de l'Agence, mais comme on n'avait pas de
preuves suffisantes pour lui causer des ennuis sérieux, on s'est
contenté de le mettre à la porte. Mais du coup, il n'avait
plus de situation.
À cette époque, pendant la guerre, Georges fréquentait
beaucoup le milieu surréaliste belge : Paul Nougé et sa
femme, Marthe, qui était aussi une amie de Cocteau, Louis Scutenaire,
le musicien André Souris, Marcel Lecomte, Magritte et Marcel
Marien, qui le suivait comme son ombre, Jean Pfeiffer, Jacques Muller
et sa femme Madeleine Bourdouxhe, qui était aussi écrivain,
Camille Goemans
La plupart d'entre eux se retrouvaient une fois
par semaine, dans un café près de la Grand-Place qui s'appelait
le «Tout va bien», en fin d'après-midi bien sûr
parce que le soir, il y avait le couvre-feu. Je pense que dès
ce moment-là, Georges a trouvé en quelque sorte sa manière
à lui d'exercer son métier, son style propre. C'était
un homme de bistrot, un homme de rencontres, et aussi un intermédiaire.
La vie littéraire, pour lui, ne se bornait pas aux publications
isolées, et il savait à quel point il est précieux
et stimulant, pour un écrivain, d'en rencontrer d'autres. C'est
pourquoi il a cherché, toute sa vie, à favoriser les rencontres
entre les écrivains. Pour lui, cela faisait partie de son rôle
d'éditeur. Dans ce sens, il s'inscrit dans une tradition à
laquelle appartenaient des gens comme Feltrinelli, ou encore Gaston
et Claude Gallimard.
Avant la guerre, Goemans avait ouvert à Paris une galerie d'art
et avait épousé Sacha, une femme d'origine russe qui le
faisait vivre dans le luxe car elle faisait du marché noir. Et
c'est elle qui pendant la guerre a financé la revue Réponse,
dont l'unique numéro (paru en 1945) a été dirigé
par Goemans. Georges s'est retrouvé dans le comité de
rédaction, l'adresse donnée pour la revue était
la sienne, il a aussi donné un texte et le sommaire rassemblait
notamment Marcel Lecomte, Jean Lescure, Pierre Emmanuel, Scutenaire,
Christian Dotremont, Paul Colinet
À peu près à
la même époque, il a suivi de près Le ciel bleu,
un journal dont s'occupait son ami Paul Colinet, mais je ne pourrais
plus dire exactement le rôle qu'il y a joué. Ce qui est
certain, c'est qu'il était passionné par les revues et
que dès qu'il en repérait une, il essayait de donner des
textes ou encourageait les jeunes écrivains qu'il connaissait
à y publier. J'ai toujours connu Georges avec un projet de revue
en tête, ou en train. Certains projets se sont réalisés,
d'autres non. Bien après la guerre par exemple, je me souviens
d'un projet de revue qu'il a eu avec René de Solier, et qui s'est
arrêté au titre elle devait s'appeler Zaine
et à l'impression du papier à lettres.
L.L.L. : Et après la guerre, alors, comment cela s'est-il
passé ?
G. L. : J'ai dit qu'avant la guerre, Georges venait souvent à
Paris, et il rêvait de s'y installer. Or, fin 1944, Vercors est
venu à Bruxelles pour le rencontrer, parce que Lescure lui avait
parlé de ce qu'il avait fait pour «L'exercice du silence».
Et Vercors l'a engagé aux éditions de Minuit. Comme tu
sais, Vercors était le pseudonyme du graveur Jean Bruller, sous
lequel il avait publié Le silence de la mer, le premier
livre des éditions de Minuit. Il avait fondé cette maison
au début de la guerre, avec Pierre de Lescure, et sa vocation
première était de publier des écrits sur la Résistance.
Il y avait là Yvonne Desvignes, Bloch-Michel, Desgraupes et Dumayet
Cela dit, Georges a plutôt été engagé pour
développer autrement les éditions en tout cas c'est
ce qu'il a compris et c'est ce qu'il a fait, avec l'appui de Paulhan
notamment qui lui passait les manuscrits intéressants que Gallimard
ne voulait pas publier.
L.L.L. : Et les revues ?
G. L. : Eh bien, juste après la guerre, en marge de son
travail chez Minuit, il a collaboré à Troisième
convoi, qu'on a récemment réédité. La
revue avait été lancée par Michel Fardoulis-Lagrange
et Jean Maquet, et y collaboraient René de Solier, Georges Bataille,
Antonin Artaud, Picabia, et bien sûr le poète Georges Henein,
qui a financé la revue et y a aussi participé. Georges
allait aux réunions, y donnait des textes, puis il est entré
au comité de rédaction. C'était dans les années
1946-47, il y a eu environ cinq numéros, si mes souvenirs sont
bons. Ensuite, il a participé à la revue 84, que
dirigeait Marcel Bisiaux, autour duquel s'était constitué
un petit groupe où se trouvaient notamment Alfred Kern, Pierre
Leyris, Henri Thomas. La revue s'appelait 84 parce que le siège
était au 84 rue Saint-Louis-en-l'île, où habitait
Bisiaux. À l'époque, c'était un lieu assez misérable,
je me souviens de rats courant dans les couloirs
Là aussi,
il y a eu quelques numéros, intéressants tout de même
puisqu'ils ont publié Artaud, Adamov, Char, Gide, Queneau, Cingria,
Ponge, d'autres encore, et puis, faute d'argent probablement, la revue
s'est arrêtée. Pendant ce temps-là, les éditions
de Minuit ont été rachetées par le père
de Jérôme Lindon, qui en a pris la direction, et tandis
que la maison continuait à publier des témoignages et
des textes politiques, Georges y a développé un secteur
purement littéraire : c'est ainsi qu'il a publié notamment
Butor (Le passage de Milan), Klossowski (Roberte ce soir
et La Révocation de l'édit de Nantes, qui ont été
ensuite repris dans Le Chemin, avec Le souffleur publié
chez Pauvert, sous le titre Les lois de l'hospitalité),
André Dhôtel (qui a eu le prix Sainte-Beuve), le premier
roman de Jacques Brenner (L'année commence au mois d'octobre),
Beckett, Paulhan (la Lettre aux directeurs de la Résistance),
Robbe-Grillet
et le fameux Jean-Paul, de Guersant, un roman
pédérastique que Gallimard n'avait pas osé publier
par peur du scandale. Ces publications n'étaient pas, au départ,
dans ce qu'on appelait la «ligne» des éditions de
Minuit, mais la ligne, Georges s'en moquait. La seule chose qui l'intéressait,
c'était la littérature, sans exclusive d'ordre politique
ou idéologique. D'ailleurs, finalement, cette vocation littéraire
est devenue dominante, avec l'émergence du Nouveau Roman, et
Lindon a repris cette nouvelle «ligne» et l'a remarquablement
développée. Cela dit, au départ, c'est Georges
qui s'est battu pour faire publier Les gommes, de Robbe-Grillet,
car Lindon pour des raisons financières ne voulait
pas prendre ce risque. Georges est alors allé trouver Grégory,
qui s'occupait du Club français du livre et qui a accepté
d'en prendre un certain nombre d'exemplaires, ce qui diminuait le risque
financier. Lindon alors a accepté. Il faut dire qu'à l'époque,
les relations dans l'édition étaient assez difficiles
et plus d'une fois, Georges a mis sa démission dans la balance,
pour faire publier des textes qu'il estimait intéressants. Aujourd'hui,
on ne mesure pas cela, il me semble. Les risques personnels qu'il fallait
prendre, pour défendre la littérature.
L.L.L. : Et chez Minuit, il ne s'est occupé d'aucune
revue ?
G. L. : Officiellement, non. Mais en fait, il a beaucoup collaboré
à Critique. Bataille, qui en était le rédacteur
en chef, était à l'époque bibliothécaire
à Vézelay, et Pierre Prévost avait été
nommé à Paris pour lui servir d'antenne. Mais pour autant
que je m'en souvienne, cet homme n'entendait pas grand-chose au travail
de la revue. Et c'est Georges qui faisait les allers-retours à
Vézelay pour voir Bataille et construire avec lui les sommaires
de la revue. Cela a duré jusqu'à son départ des
éditions de Minuit, en décembre 1954, à la suite
d'un différend avec Lindon.
L.L.L. : C'est à ce moment-là qu'a commencé
l'aventure de Monde Nouveau ?
G. L. : Oui. Georges n'avait donc plus de situation et Pierre
Mahias, qui était le chef de cabinet du MRP Georges Bidault et
avait repris la revue mensuelle Monde Nouveau (qui au départ
s'appelait Monde Nouveau Paru, parce qu'ils avaient aussi racheté
la revue Paru, dirigée par Aimé Patri), lui a proposé
de s'occuper de la partie littéraire, ce qu'il a fait dès
1955. L'autre partie de la revue était politique, très
à droite, mais Georges s'en moquait : ce qui comptait pour lui,
c'était de pouvoir continuer à publier des écrivains,
ce qu'il a fait. Il a notamment publié Brice Parain, Audiberti,
Ungaretti, Beckett, Jouhandeau, Louis Guilloux Albert Camus, Mandiargues,
Starobinski, et Le bain de Diane, de Klossowski, dont c'est la
première édition, avant l'édition Pauvert. Le texte
a été publié en deux livraisons, fin 1955, sous
le titre Le bain de Diane ou la proie pour l'ombre, et a fait
l'objet ensuite d'un tiré-à-part.
L.L.L. : Et cela lui permettait de vivre ?
G. L. : Très mal ! Il continuait de chercher une situation,
il a lu des scénarios pour la société Pathé
(ce qui n'a pas duré longtemps), il a ensuite été
engagé quelques mois chez Amiot-Dumont, une petite maison où
il n'a rien pu faire, puis finalement, Privat l'a engagé chez
Grasset, où il a créé une collection qui s'appelait
La Galerie et où il a publié notamment François
Nourissier, Michel Butor, Dominique Fernandez, Yves Régnier,
André Pieyre de Mandiargues
Cela dit, dans la mesure où
Grasset dépendait de Hachette, qui surveillait tout de même
la rentabilité et imposait des directives commerciales, il craignait
toujours qu'un jour, on l'empêche de faire son travail comme il
l'entendait. Pour lui en effet, la question de savoir si un livre allait
ou non se vendre n'entrait pas en ligne de compte. La seule chose qui
importait, c'était de savoir si c'était de la littérature.
Et si c'en était, même si le public devait mettre vingt
ou trente ans à le reconnaître, il fallait prendre le risque
de publier. Là-dessus, il partageait tout à fait les vues
de Paulhan, et c'est pourquoi il désirait entrer chez Gallimard,
où il avait le sentiment qu'il pourrait vraiment faire son travail
d'éditeur littéraire un travail qui exige une liberté
d'esprit totale, en dehors de toute considération commerciale.
Paulhan d'ailleurs l'appuyait auprès de Gaston Gallimard, mais
à l'époque, Gaston disait : Non, ce que fait Lambrichs
est très bien, mais c'est de la littérature de laboratoire.
Jusqu'au jour où Georges a publié Le repos du guerrier
L.L.L. : C'est-à-dire ?
G. L. : Eh bien, quand Georges a publié ce roman de Christiane
Rochefort, qui a été un best-seller, Gaston a brusquement
changé d'avis et a envoyé un mot à Georges pour
le voir, et lui proposer d'entrer chez Gallimard. Le contrat qu'il a
signé est d'ailleurs assez extraordinaire et montre comment on
concevait l'édition à l'époque, puisqu'il stipule
que Georges devait simplement consacrer aux éditions Gallimard
«le meilleur de son temps». Il faut aussi souligner que
ce contrat faisait de lui un salarié au sens strict, c'est-à-dire
que contrairement à ce que pensaient un certain nombre de gens,
il ne touchait aucun pourcentage sur les livres qu'il publiait. Mais
c'était là, aussi, une condition de sa liberté
d'esprit, finalement : l'idée que le livre puisse avoir du succès
n'influait pas sur son jugement.
L.L.L. : Et il a créé la collection Le Chemin
à ce moment-là ?
G. L. : Non, ça ne s'est pas fait tout de suite. Dans
un premier temps, Gaston lui a confié la collection Jeune Prose,
qui existait déjà, et où Georges a notamment publié
L'amitié des abeilles, de Jean-Loup Trassard. Mais il
avait évidemment envie de créer sa propre collection,
et sa propre revue. Ce qui a mis un certain temps. D'abord, il a demandé
à Gaston d'entrer au Comité de lecture, ce qui au départ
lui a été refusé. Si mes souvenirs sont bons, c'est
un peu à titre de compensation que Gaston a accepté qu'il
crée la collection Le Chemin.
L.L.L. : Il y publiait tout ce qu'il voulait ?
G. L. : Ce n'était pas si simple. Les manuscrits qu'il
voulait publier passaient par le comité de lecture, et il est
arrivé qu'on lui refuse des livres, ce qui l'atteignait toujours
beaucoup. Cela dit, il restait tout de même relativement maître
chez lui au sens où il n'a jamais accepté dans Le Chemin
des livres que d'autres cherchaient à y placer. Il arrivait,
au Comité, que l'on dise : ce livre ne marchera pas mais il n'est
pas inintéressant, pourquoi ne pas le mettre dans Le Chemin plutôt
que dans la collection Blanche ? Mais ça, Georges le refusait
évidemment. La collection ne s'est vraiment imposée qu'avec
les premiers succès : le Renaudot de Le Clézio, avec Le
Procès verbal, les Goncourt de Jacques Borel (L'Adoration)
et de Pascal Lainé (La Dentellière). Cela dit,
même après ces succès, rien n'était jamais
gagné, et on lui faisait toujours sentir que sa collection coûtait
de l'argent. Je me souviens à ce propos d'une anecdote significative.
Un jour, Georges a trouvé sur son bureau un petit mot de Claude
Gallimard lui disant : Si on enlève Le Clézio, Borel et
Lainé, la collection Le Chemin est déficitaire. Georges
est rentré à la maison dans tous ses états, et
le lendemain, il avait trouvé la réponse. Il a mis un
petit mot à Claude disant simplement : Et si on ne les enlève
pas ? Le débat s'est arrêté là.
L.L.L. : Et ses projets de revue ?
G. L. : Pendant assez longtemps, tant que les Cahiers n'existaient
pas, il orientait les jeunes écrivains vers la Nouvelle revue
française. À l'époque, Paulhan était
déjà malade et c'est Marcel Arland qui s'en occupait,
avec Jean Grosjean et Dominique Aury. Georges entretenait avec eux des
rapports étroits, mais bien sûr, ce n'était pas
la même chose que d'avoir sa propre revue. Il a donc bataillé
pour créer Les Cahiers du chemin, une revue trimestrielle
qui a paru de 1967 à 1977. En fait, il y a eu deux séries
: les quinze premiers numéros, d'octobre 1967 à avril
1972, étaient dans un petit format allongé, mais pour
des raisons commerciales, Claude Gallimard a demandé qu'on adopte
un grand format carré, plus facile à repérer en
librairie. Si on regarde aujourd'hui les sommaires, on y retrouve un
véritable vivier d'écrivains. Je ne pourrais pas les citer
tous, mais je pense notamment à Pierre Guyotat, Jude Stéfan,
Jean Roudaut, Jean Lahougue, Jean-Loup Trassard, Nicole Quentin-Maurer,
Georges Perros, Pierre Pachet, Michel Butor, Ludovic Janvier, Jean Demélier,
Jacques Réda, Jean-Marie Le Clézio, Jean Ristat, Jean-Philippe
Salabreuil
L.L.L. : Au fond, Les Cahiers du Chemin, ça
a été vraiment sa revue à lui. Comment s'est passée
la création ?
G. L. : Oh, ça a été assez mouvementé
! mais très vivant en même temps. D'abord, Georges a réuni
un certain nombre d'auteurs du Chemin, parmi lesquels Ludovic Janvier,
Michel Deguy, Olga Bernal, Jacques Borel, Jacques Réda, Jean-Loup
Trassard, Michel Chaillou, pour leur exposer son projet. Là-dessus,
bien sûr, chacun y est allé de son opinion. Les uns trouvaient
qu'il fallait écrire un manifeste, les autres voulaient créer
un comité de rédaction qui déciderait des textes
à publier, d'autres encore voulaient que chacun ait un droit
de veto
ce qui était évidemment impossible, dans
la mesure où Georges savait bien qu'untel n'aimait pas ce qu'écrivait
tel autre, etc. Et Georges a écouté, puis il a exposé
son point de vue. Pour lui, une revue, c'était un homme. Un homme
capable d'apprécier des écrivains très divers,
il n'était pas question de créer ni une chapelle littéraire,
encore moins une école. Mais de donner une image de la littérature
vivante. Et cet homme, c'était lui. Lui qui était déjà
leur éditeur. Ça n'a pas été vraiment facile
de l'imposer, mais il y est parvenu. Au fond, chacun lui était
tout de même très reconnaissant de ce qu'il faisait, de
la façon dont il les soutenait chez Gallimard. À partir
de là, il a organisé ce qu'on a appelé «les
déjeuners du Chemin», qui permettaient aux écrivains
de la revue de se rencontrer. Au départ, ça s'est passé
chez Alexandre, un restaurant italien de la rue des Canettes, puis,
assez rapidement, à la maison. Ces déjeuners avaient lieu
le mercredi, chacun apportait sa bouteille de vin, et c'est ainsi que
de véritables amitiés sont nées, entre écrivains
d'une même génération. Aujourd'hui, même si
beaucoup ne se voient plus, je pense qu'ils ont conservé une
certaine nostalgie de ces rencontres, qui leur ont beaucoup apporté.
Les uns et les autres parlaient de leurs lectures, parfois de leurs
travaux en cours, Georges avait une façon à lui de les
interroger et de les encourager à parler de leur travail, tout
cela se passait dans une atmosphère assez rare. D'ailleurs, si
des gens comme Gérard Macé, Jérôme Prieur
ou Jean Roudaut (qui l'évoque d'ailleurs dans Le temps qu'il
fait) sont encore liés aujourd'hui, c'est parce qu'ils se
sont connus à l'époque et qu'ils partagent aussi ces souvenirs.
L.L.L. : Ce travail de revue, qu'avait-il de spécifique,
par rapport à son travail de directeur de collection ?
G. L. : Les deux étaient liés, bien sûr,
mais une revue, c'est tout de même autre chose : pour lui, c'était
un lieu où pouvait se manifester la littérature vivante,
en train de se faire ; un lieu où l'on pouvait donner une chance
de s'exprimer à de jeunes écrivains qui n'avaient pas
encore publié. Disons que c'est à la fois un ban d'essai
littéraire au sens où avant même d'avoir
donné un manuscrit à un éditeur, un jeune écrivain
pouvait y publier des textes courts et un lieu de rencontre.
Rencontre dans la revue même, à travers les textes, mais
aussi rencontre réelle et ce pouvait être alors
un bureau, un bistrot, un chez-soi. Pour lui, une revue littéraire,
c'était un lieu où pouvaient s'inscrire des gens de bords
extrêmement différents, sans aucun préjugé
philosophique, politique ou même esthétique. Le seul dénominateur
commun, c'était la qualité littéraire. Et ce qui
l'intéressait, c'était que des points de vue très
différents puissent se côtoyer, se confronter, que les
écrivains puissent même se répondre à l'intérieur
de la revue, débattre, s'opposer. Autrement dit, il n'était
pas question pour lui de poser des exclusives, au nom d'un «politiquement
correct».. Ce qui bien sûr ne lui a pas valu que des amis.
Je pense pourtant que l'histoire littéraire lui donne raison
: car avec la distance, on oublie les conflits politiques ou idéologiques
et on ne retient que la qualité littéraire, finalement.
Dans la revue telle qu'il la concevait, il y a aussi un autre aspect
qui n'existe pas dans la collection, et qui comptait beaucoup pour lui
: c'était la partie critique. Dans Les Cahiers, elle s'appelait
«Autrement dit» (il ne l'a introduite qu'à partir
du dixième numéro). Il y attachait une grande importance
et il avait une façon très fine de la mener. Il ne distribuait
pas les livres au hasard mais il réfléchissait longuement,
au contraire, à qui donner tel ou tel livre, et qui pourrait
en faire non pas seulement un compte rendu, mais une vraie lecture.
Et, bien sûr, quand un écrivain venait le trouver en lui
disant : J'aimerais parler de tel livre, il était pratiquement
toujours d'accord.
L.L.L. : Mais finalement, pour élaborer les numéros,
il lui arrivait de consulter les écrivains qu'il avait rassemblés,
au début ?
G. L. : Pas du tout ! De temps en temps, il lâchait une
information, disant que dans le prochain numéro, il y aurait
un texte de tel ou tel, un texte «épatant» comme
il disait, mais le sommaire, c'était vraiment son uvre,
et c'était toujours une surprise. Chaque numéro devait
avoir une cohérence interne, et il y pensait longtemps. À
l'ordre à donner aux textes, aux échos qu'ils se renvoyaient.
Et puis quand c'était mûr, le dimanche souvent, quand personne
ne pouvait le déranger, il partait au bureau, chez Gallimard,
en disant : «Je vais faire mon numéro.» Et là,
il construisait son sommaire.
L.L.L. : Et les textes, comment les trouvait-il ? Il les sollicitait
?
G. L. : Parfois, bien sûr. Mais il en recevait aussi beaucoup
par la poste. La plupart des écrivains qu'il a découverts,
Le Clézio par exemple, ou encore François Coupry, Paul
Fournel, il a reçu leurs manuscrits par la poste. Et ce qui est
amusant, c'est que dans les autres maisons, les directeurs littéraires
lui demandaient : Mais comment fais-tu ? Moi, je ne lis que des choses
sans intérêt. Et lui, avec son petit sourire, répondait
: Si si, moi je lis des choses intéressantes. C'est qu'il avait
ce talent particulier, très rare, de percevoir un écrivain,
même dans un texte parfois inabouti. Et dans le milieu, ça
se savait. Aussi, quand un jeune écrivain cherchait un lecteur,
il finissait toujours par rencontrer quelqu'un qui lui disait : Tu devrais
envoyer ton manuscrit à Lambrichs. Il arrivait aussi que des
écrivains lui apportent des manuscrits de jeunes inconnus. Le
premier texte de Gérard Macé par exemple, c'est Mandiargues
qui l'a apporté à Georges. Il l'a lu immédiatement,
avec cette curiosité qu'il a toujours gardée pour les
nouveaux textes, et Gérard a eu sa réaction, très
positive bien sûr, dans la semaine.
L.L.L. : Et lui-même, il lisait beaucoup de revues ?
G. L. : Il en recevait beaucoup. Je ne dirais pas qu'il les lisait,
mais il les «flairait». Il avait une façon à
lui de les feuilleter, de repérer les auteurs intéressants.
D'ailleurs, à une époque, Paulhan lui avait proposé
de tenir la revue des revues, dans la nrf, rubrique que Paulhan
lui-même avait longtemps tenue sous le pseudonyme de Jean Guérin.
Mais Georges ne l'a jamais fait régulièrement. Peut-être
en a-t-il donné quelques-unes à Paulhan (Jean Guérin
servait aussi de pseudonyme collectif), je ne m'en souviens plus. Mais
je sais qu'au début des années 80, quand il dirigeait
lui-même la revue, il en a signé quelques-unes.
L.L.L. : Finalement, donc, les Cahiers du Chemin se
sont arrêtés et Claude Gallimard lui a proposé la
rédaction en chef de la Nouvelle Revue Française.
Pourquoi Gallimard n'a-t-il pas voulu conserver les deux revues ? Comment
cela s'est-il passé ?
G. L. : D'abord, il faut savoir qu'une revue littéraire,
c'est pour un éditeur un investissement important, et que cela
perd toujours de l'argent. À cet égard, avoir deux revues
littéraires constitue un luxe. Cela dit, cet argent perdu est
largement compensé, normalement, par le fait qu'une bonne revue
constitue pour les écrivains un lieu de rencontre et donc un
pôle d'attraction pour l'éditeur. Ce qu'il perd d'un côté,
normalement, il le récupère de l'autre, par le fait que
de nouveaux écrivains viennent publier chez lui. Quand on veut
vraiment faire de l'édition littéraire, on ne peut donc
pas se contenter de dire que la revue perd de l'argent : il faut aussi
tenir compte de ce qu'elle apporte par ailleurs comme nouveaux manuscrits
et des écrivains de qualité qu'elle draine.
Concernant la nrf et les Cahiers, plusieurs éléments
entrent en ligne de compte. D'une part, la périodicité
n'était pas la même : la nrf à l'époque
était mensuelle, les Cahiers étaient trimestriels. De
plus, la nrf représentait Gallimard, elle était
en quelque sorte la vitrine des éditions et à ce titre,
il ne pouvait être question de la supprimer. Cela dit, plus les
années passaient, et plus les numéros de la nrf
de l'époque étaient minces, et plus les Cahiers
grossissaient. Il était donc logique qu'au moment du départ
d'Arland, Claude propose à Georges de reprendre la revue. C'était
son bâton de maréchal, en quelque sorte. Et puis, une manière
aussi de succéder à Paulhan ce qui se perçoit
bien notamment dans la façon dont Georges a modifié la
maquette de couverture et repris une formule beaucoup plus proche de
l'ancienne revue, abandonnée par Arland. En reprenant la nrf,
il allait pouvoir lui insuffler le sang neuf des écrivains qu'il
avait rassemblés autour de lui.
L.L.L. : Mais reprendre la nrf, ça n'était
pas simplement poursuivre les Cahiers sous une autre couverture
G. L. : Non, bien sûr. Il y a eu toutes sortes de négociations.
D'abord, Georges a demandé qu'on augmente le nombre de pages,
il est passé au départ de 128 pages à 192 pages,
et puis, il a dû composer aussi avec les collaborateurs habituels
de la nrf, dont il a d'ailleurs gardé certains, comme
André Berne-Joffroy, Roger Judrin ou Claude-Michel Cluny. Reprendre
la nrf représentait pour lui une nouvelle aventure : non
seulement parce qu'il passait à une périodicité
mensuelle, ce qui modifiait considérablement les choses, mais
aussi parce que la nrf avait une tradition, dans laquelle il
souhaitait s'inscrire tout en la renouvelant. Dans la mesure où
il reprenait l'organe des éditions Gallimard, il ne pouvait pas
non plus se limiter aux collaborateurs du Chemin. Il en a donc trouvé
de nouveaux, comme Francine de Martinoir, Jean-Noël Schifano, Jean-Noël
Vuarnet, Bruno Bayen, Lorand Gaspar, René de Ceccatty, Clément
Rosset, Sophie Basch, Jean Clair et beaucoup d'autres
Cela dit,
pendant les dix années où il l'a dirigée, il a
dû lutter constamment pour sauvegarder son indépendance.
Je veux dire par là que le rédacteur en chef d'une revue
aussi prestigieuse subit nécessairement des pressions, de l'intérieur
comme de l'extérieur, il y a des gens qui veulent imposer des
textes, et cela, Georges s'y est toujours opposé. Il faut dire
qu'une revue est un organe très fragile, au sens où elle
risque de devenir rapidement un banal recueil de textes, voire un fourre-tout.
Lui conserver une personnalité, faire qu'elle demeure un organe
vivant suppose une rigueur et un travail permanent, que beaucoup ne
soupçonnent pas.
L.L.L. : Et les déjeuners ont continué ?
G. L. : Oui, mais en accueillant maintenant des collaborateurs
de la nrf, qui n'avaient pas forcément publié dans
Le Chemin. Je pense notamment à Florence Delay, Pascal Quignard,
Philippe Dulac, Jacques Bersani, Francis Ponge
Le sens des déjeuners,
c'était d'être la vie de la revue, d'une certaine façon.
D'ailleurs, ils se sont arrêtés quand Georges a quitté
la nrf, en 1987. Cela dit, l'atmosphère qui y régnait,
très amicale, tenait aussi au style particulier de Georges. Paulhan,
par exemple, qui n'était pas un homme de bistrot, recevait plutôt
les écrivains dans le bureau de la nrf, qui était
très intimidant. Et tout en étant un éditeur et
un lecteur tout à fait remarquable, il n'instaurait pas avec
les écrivains le même type de rapports que Georges. Peut-être
cela tient-il aussi au côté belge, plus chaleureux, plus
ouvert souvent, ou en tout cas plus direct. Georges était quelqu'un
qui aimait prodigieusement la compagnie des écrivains, et qui
avait aussi un tempérament très convivial, très
joyeux, très accueillant. Les écrivains le sentaient,
et même si tous ne se sont pas conduits très amicalement
à son égard, je pense que tous le regrettent, finalement.
Maintenant qu'il n'est plus là, ils se rendent compte à
quel point il leur manque.
Le Chemin de Georges Lambrichs. entretien avec
Gilberte Lambrichs et Louise L. Lambrichs
Louise L. Lambrichs est écrivain. Louise L. Lambrichs
est la fille de Georges Lambrichs.
Née le 2 mai 1952 au milieu des livres et des écrivains,
Louise L. Lambrichs a rêvé, dès l'enfance, de consacrer
sa vie à lire et à écrire. Un rêve qu'elle
réalise de diverses façons, en devenant nègre,
d'abord, puis en écrivant pour son compte. Si la littérature
reste son domaine de prédilection (elle publie plusieurs romans
dont certains - Journal d'Hannah, Le Jeu du roman - obtiendront
des prix, en France et en Belgique, et seront traduits en plusieurs
langues), son imaginaire romanesque se nourrit d'expériences,
d'enquêtes et de réflexions qu'elle élabore par
ailleurs dans des essais ayant trait à la médecine et
à la maladie (La vérité médicale, Le
Livre de Pierre) ou encore à l'histoire et à la vérité
historique (Les révoltés de Villefranche). Parce
que si les genres littéraires sont multiples, la vie est une,
et de même l'écriture : une écriture qui, quelque
forme qu'elle prenne, engage pleinement celui qui s'y risque.
Du même auteur dans la revue: Chemin
faisant et Le cas Handke
Gilberte Lambrichs est traductrice et écrivain. Gilberte
Lambrichs est l'épouse de Georges Lambrichs.
Elle est traductrice entre autres de Fritz Zorn (Mars) et Thomas
Bernhard (Béton, Maîtres anciens, Extinction),
et publie également, sous le nom de Constance Delaunay.
Les Eventails de l'impératrice, nouvelles, Gallimard,
1994
Octavie dans tous ses états, roman, Gallimard, 1996
Le portrait, Gallimard, 1997
Qu'est-ce qu'on attend ?, Gallimard, 1999
Autour
d'un plat, Gallimard, 2003
Du même auteur dans la revue: Lire
tout haut
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Georges
Lambrichs
(1917 - 1992) |
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Né
à Bruxelles, Georges Lambrichs publia ses
premiers textes dans La NRF, en 1937. Au lendemain
de la guerre, devenu parisien, il fut engagé
comme lecteur aux Éditions de Minuit, où
il vit émerger le « nouveau roman »
et où il publia L'Aventure achevée
(1946), Chaystre ou Les Plaisirs incommodes
(1948). Après un bref passage chez Grasset,
il fut intégré au comité de
lecture des Éditions Gallimard ; il y fonda
en 1959 la collection « Le Chemin »
et la revue du même nom (1967-1977) ; il publia,
chez Gallimard, Les Rapports absolus (1949),
Les Fines Attaches (1957), Mégéries
(1974). Au départ de Marcel Arland, Georges
Lambrichs prit la tête de La NRF qu'il
dirigea de 1977 à 1987.

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Georges Lambrichs a publié
< aux éditions Gallimard
Les Rapports absolus, 1949
Les Fines Attaches, 1957
Mégéries, 1974
< aux éditions La Différence
Chaystre ou Les Plaisirs incommodes, réédition
1983
Pente douce, réédition 1983
L'Aventure achevée, réédition
1991
Se prendre aux mots, 1991
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