|

Yapou, bétail humain
Volume I
Numa Shozo
Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel
éditions Désordres/Laurence Viallet,
450 pages, parutions octobre 2005
>lire
la postface
[ A propos de
Yapou,
bétail humain
Numa Shozo
Roman mêlant anticipation et sadomasochisme, Yapou,
bétail humain (kachukujin yapû) fut dabord
publié en feuilleton dans la revue Kitan Club (Club
de létrange ou du rare) de décembre 1957
à juin 1959. Plusieurs fois réédité,
adapté deux fois en manga (une nouvelle manga en 15
volumes est en cours de publication), adapté au théâtre,
ce texte a la particularité dêtre inachevé
malgré ses quelques 1500 pages. Salué et défendu
par Mishima comme « le plus grand roman idéologique
écrit dans laprès-guerre », le mystère
entourant lidentité réelle de son auteur
participe également au succès ambigu de ce roman.
Car Yapou, bétail humain est une fiction grinçante
alimentée par ce complexe dinfériorité
que le peuple japonais aurait développé à
légard des pays occidentaux depuis larrivée
en 1853 des fameux bateaux «noirs» du commodore
Perry. Le traumatisme de la défaite de 1945 et loccupation
américaine ravivent ce complexe qui métamorphose
un ultra-nationalisme désillusionné en masochisme
pervers. Le plaisir ne réside plus dans la domination
mais dans lhumiliation entraînant perte de dignité
et dissolution de la personnalité : le Yapou aspire
à une vie purement animale, il est le chien lèchant
la main qui le fouette."
Sylvain Cardonnel, traducteur de Yapou, bétail humain.
]
CHAPITRE II
À L’INTÉRIEUR DU VAISSEAU
1 - La belle et le gnome
Entrés
par la porte fracassée de la salle des machines, Rinichiro
et Clara découvrirent un couloir par lequel gagner
le coeur du vaisseau. Aucun éclairage n'était
visible et pourtant l'endroit semblait comme baigné
par la lumière du jour. Sans doute devait-il s'agir
d’une luminescence électronique ayant sa source
dans les parois du vaisseau. Aucun tapis sur le sol et pourtant,
ce dernier avait la souplesse et l'élasticité
de la gomme. Rinichiro, ne ressentant pas la fraîcheur
du métal sous la plante de ses pieds, se demanda en
quelle matière était fait le revêtement.
L'ouverture de la porte coulissante séparant le couloir
de la salle centrale était vraisemblablement automatique,
elle s'écarta sur leur passage dès qu’ils
s'en approchèrent.
Ils
découvrirent une pièce d’environ treize
mètres carrés, dont le plafond était
galbé. Au centre, plusieurs objets étaient posés
sur une table, l’ensemble faisant penser à un
jardin miniature. À l’une des extrémités
se trouvait ce qui était probablement le siège
de pilotage, affichant un nombre impressionnant de compteurs,
compte-tours et autres témoins. Pas l’ombre d’un
individu.
À
peine eurent-ils fait un pas qu’ils entendirent un grognement,
semblable à celui d’une bête sauvage, provenant
d’une pièce voisine. Observant autour d’eux,
ils aperçurent contre le mur à droite un large
fauteuil luxueux devant lequel était effondrée
une femme. Les formes fortement dénudées de
la partie inférieure de ce corps aux larges cuisses
s’évasant jusqu’à de menues chevilles,
en un galbe remarquable, impressionnèrent puissamment
les rétines de Rinichiro.
Rinichiro
se précipita auprès du corps inanimé
et sentit aussitôt ses forces l’abandonner : cette
femme était d’une beauté indescriptible.
Vingt-cinq ans environ, peut-être vingt-six, elle était
d’une taille probablement identique à celle de
Clara. Sous une cape de fourrure mystérieuse, violette,
comme fluorescente, elle portait un vêtement semblable
à un maillot de bain, très échancré
à hauteur de la poitrine, n’enveloppant qu’une
portion réduite des seins et de leurs mamelons. La
femme était très légèrement vêtue.
Son bras droit, abandonné, laissait apercevoir un duvet
blond sous l’aisselle. Le vêtement simple qui
la couvrait était tenu par un camée, la peau
était d’un beau rose léger, presque couleur
pêche. Poitrine rebondie, taille de guêpe, large
fessier, cet ensemble de lignes si harmonieuses dessinant
une femme à maturité, tout cela impressionnait
fortement Rinichiro : ces deux yeux clos, cette chevelure
blonde répandue en désordre sur le sol, ces
sourcils fins et sombres, cette dentition d’une pure
blancheur, la forme de cette langue qu’il apercevait
entre les lèvres, ce nez parfait, ces oreilles... Malgré
son accoutrement mystérieux qui semblait être
le costume d’un pays étranger, la femme était
une blonde de type nord-européen : elle appartenait
indubitablement à l’élite de son pays.
Elle ne paraissait pas souffrir de blessures extérieures
et respirait régulièrement. Elle devait avoir
perdu connaissance sous le choc de la chute. Rinichiro s’accroupit,
les genoux posés de part et d’autre de la tête
de la femme, et essaya de la redresser pour la faire asseoir.
Ce faisant, un parfum indescriptible vint frapper ses narines
et se mit à flotter autour de lui.
La
relevant, Rinichiro et Clara poussèrent un cri ; sous
la cape était apparu une sorte de “coussin”
sur lequel était allongée la femme, une chose
qu’ils n’avaient d’abord pas remarquée.
C’était
humain — en tout cas la forme de cette sorte de gnome
difforme portait à penser que c’était
proche de l’humain. C’était un morceau
de corps nu, d’environ quatre-vingt-dix centimètres,
on décelait les traces d’une castration du pénis,
le tronc était court et potelé. Absence de pieds
en deça des chevilles comme si les extrémités
avaient été broyées et rognées,
pas d’ongles aux doigts des deux mains. Enfin, chose
encore plus curieuse, un cordon qui faisait penser à
un câble électrique courait sous le fauteuil,
semblable à un boyau qui serpentait sur le sol avant
de venir se ficher dans l’anus. Le visage présentait
l’aspect d’un triangle écrasé, le
crâne, de la taille de celui d’un enfant, allait
en s’affinant commes’il avait été
effiléà droite et à gauche à coups
de cognée, deux trous à la place des oreilles,
un nez raboté qui ne donnait à voir que les
orifices des narines. Un regard trouble et vague semblait
indiquer que la vision était faible. Crâne rasé,
absence de cils et de sourcils : aucune pilosité sur
le visage. Il paraissait évanoui, la bouche grande
ouverte, entièrement édentée. La langue
qu’on apercevait au fond était grosse, bien différente
en taille de celle d’un être normal, beaucoup
plus charnue, si charnue qu’elle faisait immédiatement
penser à un pénis. Plus on l’observait,
plus sa forme monstrueuse imposait cette conclusion : le gnome
avait un pénis à la place de la langue. La peau
du nabot était jaunâtre et paraissait sale à
côté de la blancheur pure de la jeune femme.
Le contraste était saisissant et Rinichiro n’hésita
pas une seconde pour décider lequel des deux méritait
que l’on s’occupât de lui en premier. Mieux
valait aider la femme à reprendre connaissance.
—
Ce serait bien si nous disposions d’un peu de Brandy,
déclara Clara.
Au
même instant, ils entendirent une nouvelle fois un grognement
de bête sauvage en provenance d’une pièce
voisine. Était-ce un chien ? On percevait également
le bruit d’un corps semblant se jeter contre le mur.
—
Je vais lui prodiguer les premiers soins.
Rinichiro,
soutenant la femme de son bras gauche, entreprit de gifler
son visage. Debout, Clara observait la scène. Au bout
d’un moment, le visage reprit des couleurs et la femme
ouvrit subitement les yeux. Elle observa Clara et Rinichiro.
Pauline
avait repris connaissance à cause de la douleur qui
lui cuisait encore les joues. Deux visages étaient
penchés sur elle. Le visage blanc d’un être
humain et celui, jaune, d’un Yapou.
Une
jeune, noble et ravissante femme se promenait accompagnée
de son Yapou...
Pauline
fut alors la victime d’une terrible méprise.
Comme elle revenait vers l’an 3970 de l’ère
chrétienne, elle songea qu’elle s’était
s’écrasée autour de cette date. Elle avait
dû perdre la notion du temps alors qu’elle se
livrait à l’onanisme. Elle venait d’être
secourue par une demoiselle habitant probablement une campagne
des environs. Mais si elle croyait cela, c’était
surtout à cause de la tenue de Clara et du fait qu’elle
se trouvait en compagnie de Rinichiro, qui était entièrement
nu.
À
l’époque anhistorique, autrement dit lorsque
l’espèce humaine n’avait pas encore conquis
l’espace et ne jouissait que d’une civilisation
végétant à la surface de la Terre, les
femmes étaient soumises aux hommes et les robes qu’elles
portaient étaient le symbole de cette soumission. C’était
ce que Pauline avait appris sur les bancs de l’école,
ce qu’elle avait également pu observer au cours
de ses voyages dans le temps. Or, comme elle n’avait
pas étudié systématiquement cette période,
elle était incapable de faire la relation entre la
tenue de Clara et l’équitation. Si bien qu’en
la découvrant vêtue ainsi, une cravache à
la main, elle pensa avoir affaire à une personne de
son époque.
Elle
trouvait évidemment rustique la matière dont
étaient confectionnés les vêtements de
cette femme et pensa n’être point sur EHS mais
sur une colonie. Voilà le raisonnement qu’elle
se tint et qui lui permit de ne douter de rien. La Terre,
d’où était issue l’espèce
humaine, n’était plus pour EHS qu’une vulgaire
planète parmi tant d’autres, d’autant que,
comparée à la situation d’EHS au coeur
de la galaxie de Sirius, elle faisait figure de province lointaine
et arriérée. Les dernières tendances
de la mode n’y parvenaient que tardivement. Bref, la
veste noire sur ce pantalon blanc n’était que
la tenue habituelle des cavaliers. Pauline se persuada également
que la femme se trouvait en compagnie de son Yapou.
Pendant
la période anhistorique, les anciens Yapous étaient
considérés comme des humains — non, disons
qu’ils s’arrogeaient ce titre — et avaient
formé un État sur un archipel où ils
menaient une existence semblable à celle des humains.
Ils étaient économiquement si développés
qu’ils avaient même tenté de leur faire
la guerre et que, après l’avènement de
Terra Nova et de la reine qui occupa leur pays, celui-ci resta
connu comme une source d’approvisionnement en Yapous
bruts. On leur avait permis de conserver formellement une
patrie, nommée Yapon ou îles du Yapon, où
l’on procédait à la reproduction et à
l’élevage de ce qu’on appela les Yapous
d’origine, autrement dit de Yapous dotés d’une
conscience humaine. Pendant cette période d’occupation
où le Yapon était coupé du reste du monde,
ils furent placés sous la responsabilité de
la section bétail du département de la protection
et de l’éducation du ministère de l’Élevage,
mieux connu sous la dénomination “région
d’élevage de Yapous d’origine”. Que
les Yapous (terme formé à partir de Jaban, pays
des barbares, Jaban + yapou < Jap) habitassent là-bas,
etc., était une chose que l’on enseignait à
l’école primaire, on parlait d’eux comme
“d’animaux qui, à l’instar des humains,
ont une vie sociale et économique”. Cette connaissance
était partagée par tous les habitants d’EHS.
Les jeunes adultes, atteignant l’âge de la majorité,
avaient donc déjà eu plusieurs occasions d’observer
des spécimens vivants de Yapous quand ils étaient
envoyés à la chasse, si bien que la première
fois qu’on leur en montrait, ils étaient dans
l’impossibilité d’imaginer qu’un
Yapou d’origine pût être vêtu d’un
quelconque habit : il leur avait suffi, pour s’en convaincre,
de considérer les maquettes en trois dimensions reconstituant
leur biotope... Or, la caractéristique principale du
propriétaire du visage jaune qui se trouvait devant
Pauline était d’être nu. Comme de telles
moeurs étaient impensables chez les Yapous de l’époque
anhistorique, Pauline ne pouvait s’imaginer de retour
planète Terre. Ce Yapou d’origine ne portait
pas de collier et n’avait pas encore été
transformé. Cela constituait une infraction au Règlement
régissant l’élevage des Yapous, mais comme
elle ne se trouvait pas sur EHS, où cela était
expressément interdit, elle ne s’en alarma pas,
croyant avoir affaire à une dérogation en vigueur
uniquement dans cette contrée.
En
proie à sa méprise, Pauline n’aurait pu,
même dans le plus farfelu de ses rêves, se croire
revenue dans l’espace-temps 196X. Elle sourit gentiment
à Clara, dont le visage soucieux se penchait sur elle,
et murmura des paroles de remerciement.
—
Merci de vous être portée à mon secours.
Elle
s’était exprimée en anglais. Un anglais
empreint d’un léger accent. La conquête
de l’espace avait été menée par
une tribu anglo-saxonne, l’anglais étant ainsi
devenu la langue commune de l’Empire EHS. Si ce langage
avait subi quelques modifications avec le temps, les élites
respectaient sa forme première, s’efforçant
toujours de le prononcer et d’user des tournures propres
à la langue originelle. Que Clara et Rinichiro pussent
y détecter les traces d’un accent dénotait
leur maîtrise de cet idiome. La jeune femme avait une
voix vive et douce. Clara et Rinichiro se regardèrent
et, sans se concerter, demandèrent en choeur :
— Comment vous sentez-vous ?
Clara
avait parlé dans un anglais fluide, Rinichiro semblait
un peu moins à l’aise. Clara était plus
experte.
—
Comme un charme, répondit Pauline qui se tortilla légèrement
pour se dégager, afin d’échapper à
l’étreinte de Rinichiro.
Elle
se releva et repassa sa cape sur ses épaules. Rinichiro
resta stupéfait de la dextérité avec
laquelle elle avait procédé. Il reprit une conscience
cuisante de sa nudité et se mit à rougir. Comment
aurait-il pu s’attendre à tomber sur une femme
aussi ravissante dans cette soucoupe ?
Ah
! Si seulement il avait eu le temps d’enfiler ses vêtements
!
—
Que de surprises aujourd’hui ! Je rentrais d’un
voyage qui m’avait conduite jusqu’au IVe siècle
et m’étais profondément endormie sur le
chemin du retour quand...
Elle
avait honte d’avouer qu’elle s’était
livrée aux plaisirs de l’onanisme et s’efforçait
de parler par sous-entendus, même si elle pensait, depuis
qu’ils avaient découvert le cunnilinger
débarrassé de sa culotte de tête (voir
chapitre V, paragraphe 3), qu’ils avaient probablement
dû tirer certaines conclusions quant à la situation
dans laquelle elle se trouvait. Pauline, se sentant rougir,
continua à parler, volubile :
—
... on dirait que le pilotage automatique a eu une défaillance.
J’ai soudain eu l’impression de tomber et, au
moment où je me suis rendu compte de la situation,
il y a eu un choc et je ne me souviens plus de la suite.
Ce
cunnilinger était bien trop perfectionné.
À cause de lui, elle était au comble de la honte.
Si l’on apprenait que la marquise Jansen s’était
écrasée à bord de son vaisseau au cours
d’un voyage dans le temps alors qu’elle s’adonnait
aux joies de la masturbation, il n’était pas
certain que sa conduite serait louée...
Pauline,
profondément irritée, donna un vigoureux coup
de pied dans la tête du cunnilinger qui gisait
sur le dos, geste la libéra de toute la frustration
qui s’était accumulée en elle. Rinichiro
fut stupéfait par la violence, la puissance et la méchanceté
avec lesquelles elle l’avait botté.
2 - Le télépathe
Le
choc fit reprendre conscience au cunnilinger. Il
avait lui aussi vivement ressenti la colère de sa maîtresse
grâce aux ondes psychiques recueillies dans son névraxe.
Se retrouvant sur le ventre, il s’était recroquevillé
et semblait terrorisé. Son dos découvert montrait
une empreinte comme gravée en creux : celle de deux
pieds.
Il
me faut dès à présent donner quelques
explications sur la fonction télépathe dont
était doté ce cunnilinger. Le premier
télépathe fut créé au XXXe siècle,
si je calcule en me fondant sur le système terrestre
: un lecteur du XXe siècle serait sans cela bien en
peine de savoir de quoi il s’agit.
Un
télépathe est une espèce spéciale
de meuble vivant. Si un meuble vivant est un produit de la
chair de Yapou, son développement ne fut possible que
par la découverte du circulateur auquel est
raccordéle corps du Yapou. J’en expliquerai ultérieurement
le principe (voir chapitre VI, paragraphe 2) mais ce système
exige en premier lieu d’inoculer dans le corps d’un
Yapou ordinaire une bactérie nommée pegasus
assuqualis, parasite intestinal auquel il emprunte son
pouvoir digestif afin que le corps puisse transformer en éléments
nutritionnels ses propres excréments et produire ce
qu’on appelle le Yapoo milk (lait de Yapou).
Grâce à ce mécanisme, il n’est plus
nécessaire de nourrir les Yapous, la plupart d’entre
eux trouvant de manière autonome les éléments
de leur alimentation. L’obligation qui avait échu
à l’utilisateur de nourrir son Yapou fut ainsi
supprimée puisque, suite à cette transformation
physique, le Yapou avait été privé d’individualité
et de fonction motrice. L’idée du circulateur
était née pour pallier cet inconvénient.
Un corps de Yapou est fondamentalement semblable à
celui d’un être humain. La fonction nutritive
est donc prise en charge par un mécanisme d’absorption
des éléments nutritifs via les parois de l’intestin
grêle. Un tuyau relié depuis l’extérieur
à l’intestin grêle favorise la digestion,
grâce au parasite, tandis que le renversement du mécanisme
permet d’injecter par le même conduit des sucs
nutritifs au Yapou. Les excréments, une fois absorbés,
sont ainsi évacués vers l’extérieur
par le conduit raccordé à l’extrémité
de l’intestin grêle. Le conduit d’évacuation
stimule également la libération de la vessie
et autorise ainsi (et dans le même temps) l’expulsion
des urines. Les fonctions originelles de la cavité
buccale, de la langue, de l’estomac, etc., sont ainsi
supprimées, et ces organes peuvent être utilisés
à d’autres fins puisqu’ils sont dispensés
de l’absorption et de l’expulsion.
Les
actes d’ingestion et de déjection sont dévolus
à cette sorte de câble évacuateur qui,
pour fonctionner, doit être raccordé à
l’anus. Réduit à l’état de
meuble vivant ne pouvant survivre sans ce raccord, le Yapou
ainsi transformé se borne à attendre que son
maître se serve de lui.
Les
meubles vivants étant dépourvus de fonction
motrice, comme tout appareil électroménager,
ils ne peuvent être déplacés que pour
être rebranchés ailleurs. Seule la longueur de
leur câble leur permet une relative autonomie de mouvement.
Mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient
dépourvus de conscience. Développons plus avant.
Un télépathe est un être que l’on
a privé à la fois d’une partie de son
corps et de son esprit. Je donnerai ultérieurement
de plus amples explications à ce sujet (voir chapitre
XXIV, paragraphe 3). S’il est difficile, sans être
impossible, de doter un Yapou brut, individu à part
entière, un pantie par exemple, d’une
fonction télépathe, l’opération
sera plus aisée à partir d’un meuble vivant
si celui-ci carbure au lait produit parle circuit qu’est
devenu son propre organisme. Je viens de parler de pantie
et à ce propos, je dois préciser que l’on
distingue les persona, animaux yapou dotés
d’un corps et des fonctions motrices afférentes
(cela inclut par conséquent les Yapous bruts), les
serveurs dont l’attribution principale est le travail
manuel (par exemple un porteur) et le type pantie
(un chien yapou par exemple), lequel est chargé de
remplir les diverses tâches que lui a attribuées
son maître. La raison pour laquelle l’appellation
pantie serait apparue pour désigner une variété
de persona est due, d’après
S. McLaine dans ses Recherches étymologiques,
à sa ressemblance avec un pantie (variété
de culotte) et au fait qu’il est en relation d’étroite
intimité avec son maître. Ce type de meuble vivant
à cordon reste pour la plupart du temps invisible aux
êtres humains ordinaires parce qu’il lui est possible
d’évoluer dans la quatrième dimension.
La chute du vaisseau ayant entraîné une panne
du système, le voici sous les yeux de nos deux témoins.
Passés
au reduplicateur, les liquides préalablement
extraits d’un individu particulier — sang ou liquide
lymphatique voire n’importe quelle autre sécrétion
(on utilise habituellement l’urine) —sont mélangés
régulièrement au lait nutritionnel. Ce liquide,
assimilé par l’intestin grêle au moment
où l’on procède dans une région
précise de l’encéphale — en fait,
une zone du cervelet — à une injection de téléporome
permet, si nous avons affaire à un Yapou doté
d’un QI élevé, de créer un centre
neuronal sensible aux ondes cérébrales émises
par la pensée d’un tiers.
Ainsi,
les liquides corporels d’un individu particulier, absorbés
par l’intestin grêle du pantie, permettront
à ce dernier de percevoir les pensées du premier.
Afin d’entretenir cette fonction télé-pathe,
il était naguère nécessaire d’incorporer
régulièrement au lait ordinaire du pantie
les sécrétions de la personne à laquelle
on le destinait, or, comme le reduplicateur existe
désormais, un unique prélèvement suffit
amplement à cette tâche.
Un
meuble télépathe perd sa conscience propre.
Il peut conserver une certaine forme de mémoire latente,
mais l’exercice d’une pensée libre et autonome
lui est interdit : il n’est donc pas seulement privé
de son intégrité corporelle mais aussi de sa
subjectivité, afin de ne plus former qu’une simple
extension quadrupède de son maître. Enfin, comme
il est doté d’une fonction télépathe
l’unissant à son utilisateur, il devient impossible
de le modifier ultérieurement en vue de le rendre opérationnel
pour toute autre personne, et ce malgré le développement
sur EHS de la science des ondes cérébrales.
Il sera irrémédiablement lié au destin
de son maître, mourra avec lui, non, ne mourra pas mais
sombrera dans la démence et, devenu inutilisable par
un tiers, devra être détruit (détruit
au titre d’effet personnel). Voilà donc ce que
l’on appelle un télépathe.
Un
QI supérieur à 150 est exigé pour la
création d’un télépathe. La raison
pour laquelle certains Yapous dotés d’un fort
QI sont vendus sur le marché des télépathes,
accompagnés d’un certificat sanguin, tient au
fait que cette attestation permet de prouver leur hybridation
sanguine et la présence dans leur généalogie
d’anciens savants ou de professeurs d’université
yapou.
Toutefois,
n’importe qui ne peut user d’un télépathe.
Ils sont réservés aux seuls nobles. La loi le
stipule clairement et, dans le Règlement et contrôle
des Yapous d’origine, interdit leur usage à
la plèbe. Mais cette interdiction ne fait qu’entériner
une impossibilité biologique. Cet état de choses
serait probablement incompréhensible pour les hommes
du XXe siècle, siècle pendant lequel la science
des ondes cérébrales ne connut aucun progrès,
mais il faut savoir que la configuration des intellects humains
regroupe divers modèles cérébraux bien
déterminés, tel le modèle colérique,
sentimental, autoritaire, etc. Parmi ceux-ci, le modèle
autoritaire se prête le mieux à l’usage
d’un télépathe. Autrement dit, les impulsions
cérébrales émises sous un quotient inférieur
à 100 ne feront jamais réagir même le
plus sensible des télépathes. Or, seuls les
nobles sont capables d’impulsions supérieures
à ce quotient. Seuls les nobles possèdent génétiquement
un tel quotient. Et pour être plus exact, même
si pour d’imprévisibles raisons certaines exceptions
restent possibles, d’après les Chroniques
de la noblesse d’EHS, les enfants nobles dotés
d’un faible quotient sont rejetés dans la plèbe
comme, à l’inverse, les enfants plébéiens
richement dotés peuvent, moyennant certains examens
et conditions spéciales, avoir accès à
la classe supérieure. Cet avatar biologique, pour ainsi
dire matériel, propre à la noblesse d’EHS
permet ainsi la conservation du système de castes sur
lequel l’Empire se fonde.
Seuls,
depuis le début des temps historiques, les nobles d’EHS
peuvent vivre entourés de meubles vivants grâce
auxquels, sans même avoir à lever le petit doigt
et d’une seule intention de la pensée, sont résolus
les moindres désordres du quotidien.
Ce cunnilinger était donc un télépathe.
Il avait été conçu à la demande
expresse de Pauline par la fabrique appartenant à la
famille Jansen (sur EHS, une économie fondée
sur une forme de féodalité dirigée par
la noblesse et une économie de marché plus populaire
fonctionnaient de concert. Cependant, les grandes familles
nobles possédaient les moyens de production nécessaires
à la satisfaction de la totalité de leurs besoins).
À peine un mois auparavant, un annonciateur
avait révélé à Pauline sa grossesse
(voir chapitre XXVIII, paragraphe 1) si bien que celle-ci
avait aussitôt décidé de se rendre dans
la propriété qu’elle possédait
sur Terre.
—
Je voudrais un repose-pieds viandeux doté d’un
cunnilinger. Pauline, qui appartenait à la
noblesse, n’éprouvait aucune gêne à
s’exprimer de la sorte devant le contremaître
de la fabrique, ce dernier étant un plébéien,
mais cela n’aurait point été le cas si
elle avait eu à s’adresser à d’autres
nobles de sa connaissance.
—
J’aurai besoin de l’emporter en voyage aussi le
voudrais-je de petite taille mais doté d’une
fonction sexuelle hors du commun. Est-ce possible ?
—
Parfaitement. Je lui attribuerai une langue d’une taille
semblable à celle du précédent. Et...
pour une jeune femme telle que vous...
Il
consulta un petit calepin :
—
... d’une longueur de vingt-cinq centimètres,
avec quinze centimètres depuis les lèvres.
—
Le menton de celui que j’utilise en ce moment est un
peu gênant. Vous me raboterez un peu mieux le prochain.
Je serai probablement obligée au cours de ce voyage
de l’utiliser assise, aussi serai-je fort empêchée
d’écarter largement les cuisses.
—
Je le raboterai selon vos indications.
—
Et puis, j’ai tendance à mouiller abondamment...
Son
interlocuteur plébéien ignorant la honte, elle
pouvait sans se troubler s’exprimer de la sorte.
—
Je suis au courant de ce détail. J’incorporerai
aux lèvres standard un tissu spongieux plus absorbant.
—
Vous n’oublierez pas de le doter d’une fonction
télépathe, n’est-ce pas ?
—
Entendu. Votre départ est prévu pour...
—
Dans deux semaines.
—
Entendu. Si vous voulez bien me suivre et choisir le spécimen...
—
Allez vous-même dans la yapounerie et faites-moi une
présélection d’une douzaine de candidats.
Je ferai le choix définitif en consultant le catalogue
tridimensionnel.
Pour
le contremaître plébéien, deux semaines
représentaient un délai fort bref. Grâce
aux progrès des opérations chromosomiques, la
modification de l’acide nucléique d’un
spermatozoïde et d’un ovule avant la fécondation
permettait de donner naissance à un corps répondant
exactement à certaines exigences et cette opération
ne présentait pas de difficultés majeures, si
ce n’est qu’elle demandait un délai d’une
année. Si la livraison était pressée,
il n’y avait d’autre solution que de pratiquer
une opération orthopédique sur un Yapou d’origine.
Le
candidat que choisit Pauline parmi ceux que le contremaître
lui présenta était l’espèce de
gnome qui se traînait à présent à
ses pieds : un Yapou d’origine doté d’un
corps remarquable et d’un cerveau brillant, au QI de
174. Son pedigree sanguin trahissait une généalogie
constituée de plusieurs professeurs d’université
au Yapon. Il comptait également un grand nombre de
membres dévoués à la famille Jansen.
—
Je vais prendre celui-ci. Il a l’air robuste. Son pedigree
est excellent !
—
Entendu. Veuillez patienter une dizaine de jours.
C’est
ainsi que le destin du nain fut scellé. Si à
sa sortie de la yapounerie, on lui avait demandé ce
qu’il ressentait à la perspective de devenir
le cunnilinger d’une jeune épousée,
il n’aurait pas manqué d’être saisi
d’effroi, mais pour le technicien qui allait s’occuper
de son cas, tout sentimentalisme était hors de propos.
La vie du Yapou n’était pour lui que de la matière
première destinée à la fabrication d’un
cunnilinger. Après l’avoir castré,
il le passerait au réducteur (voir chapitre
IX, paragraphe 3) afin de diminuer sa taille de moitié.
Trempé dans une solution adéquate, il perdrait
ensuite toute pilosité. Une fois édentées,
ses mâchoires seraient rabotées car il était
nécessaire de réduire la largeur du menton afin
de satisfaire les exigences de la jeune épousée
qui voulait pouvoir l’utiliser sans trop avoir à
écarter les cuisses. L’espace occupé par
la langue était amplement suffisant pour recevoir la
langue-pénis dont on le doterait. Chair érectile,
le pénis aurait été prélevé
avant la réduction et y serait réimplanté.
Dans les phases d’érection, la partie hors lèvres,
autrement dit la partie susceptible de pénétrer
le corps de la jeune épousée, devrait faire
une longueur de dix-neuf centimètres. Enfin, comme
les liqueurs émises par le sexe pendant la caresse
ne devraient rigoureusement pas se répandre ni quitter
la cavité buccale du cunnilinger, il serait
nécessaire de greffer sur les parois internes des lèvres
un tissu spongieux et absorbant : l’opération
ne présentait aucune difficulté, grâce
aux techniques de culture artificielle de derme. Vu de l’extérieur,
le visage donnerait seulement l’impression d’être
pourvu de lèvres plus charnues que la moyenne. Enfin,
les lèvres seraient closes par un hymen. Les yeux scellés
par des globes en cristal réduiraient la vision à
environ vingt dioptries. Le câble n’autoriserait
qu’une motricité limitée mais il fallait
seulement qu’il fût capable de discerner le bas-ventre
de sa maîtresse. On le débarrasserait de son
système auditif, lequel serait rendu superflu par la
fonction télépathe. On amputerait les oreilles
et le nez afin de satisfaire au même objectif que l’épilation
totale de la tête, autrement dit que la peau de la partie
de la tête s’enfonçant entre les cuisses
de la jeune épousée fût la plus douce
et soyeuse possible, afin que cette dernière n’éprouvât
pas à l’usage la moindre gêne ni ne ressentît
le moindre déplaisir. Ce détail trahissait la
prévenance du technicien. La reptation étant
le mode habituel de déplacement du repose-pieds viandeux,
il ne serait pas nécessaire qu’il pût se
dresser, aussi l’amputerait-on des deux jambes. Deux
niches seraient créées là où les
pieds de Pauline se logeraient. Pour cela, l’épaisseur
de la chair sur le dos serait étoffée par injection
de stéroïdes, chair dans laquelle serait moulée
la forme des pieds de Pauline. Ainsi préparé,
le Yapou se verrait ensuite doté de la fonction télépathe.
On procéderait selon la méthode déjà
expliquée, c’est-à-dire que l’urine
de Pauline (on conservait toujours des échantillons)
serait mélangée au lait de Yapou...
C’est
ainsi que la jeune femme, au bout de dix jours, prit livraison
de ce qui avait été à l’origine
un corps en tous points semblable à celui d’un
être humain. Elle prit possession d’un Yapou aux
capacités intellectuelles supérieures à
la moyenne et dont le corps avait été remodelé
pour devenir un repose-pieds viandeux télépathe,
anonyme et doté d’un cunnilinger dont
l’usage exclusif était réservé
à la jeune épousée, la marquise Jansen.
Cela s’était produit environ trois semaines auparavant.
Pendant
le voyage de Pauline, celui-ci lui avait servi de repose-pieds
le jour et de cunnilinger la nuit. Mais jamais le
Yapou, qui pouvait pourtant percevoir les moindres mouvements
d’humeur de la jeune femme, n’avait eu l’occasion
de ressentir sa colère.
Clara
et Rinichiro étaient bien incapables de saisir l’état
psychologique dans lequel se trouvait le cunnilinger
terrorisé et recroquevillé sur lui-même.
Ils ne pouvaient en avoir la moindre idée. Qu’étaient
ces traces de pieds sur son dos ? Qui était cette femme
? Qui avait conçu cet OVNI ? La Grande-Bretagne ou
les États-Unis ? À moins que cela ne fût
l’Union soviétique ? Et quand bien même,
la femme ne donnait pas l’impression de piloter un engin
de guerre secret... Les interrogations pleuvaient mais Rinichiro,
toujours obsédé par sa nudité, ne trouvait
pas le courage des e mettre debout et, accroupi sur le sol,
se contentait de relever la tête pour l’observer.
La femme ne lui jeta pas un regard, faisant face à
Clara qui se tenait derrière lui.
Les
vêtements de cette femme étaient une source d’étonnement.
Elle avait certes passé une cape sur ses épaules
mais le reste de sa tenue se réduisait à une
sorte de maillot de bain, qui plus est, confectionné
dans un tissu des plus moulants, dont on n’apercevait
aucune couture et qui donnait l’impression d’être
une peau naturelle. La matière était d’un
violet soutenu mais, selon l’angle de vision, irradiait
de légers reflets, spectre de lumière couleur
arc-en-ciel.
Ce
qui troublait pourtant le plus Rinichiro, et quoi qu’on
en dise, était le charme dégagé par le
galbe des jambes de cette étrange femme. Son entre
jambe, d’où il voyait s’échapper
deux poils pubiens blonds semblables à deux bêtes
cornues, se trouvait à moins de quarante centimètres
de ses yeux. Rinichiro sentit qu’il perdait la tête.
Au même moment, le grognement du chien retentit à
nouveau.
—
J’ai encore un peu mal aux joues. Vous n’y êtes
pas allée demain morte, dit-elle en se massant. Sur
chacun de ses doigts, des bagues serties de pierres précieuses
étincelantes. Elle sourit à la jeune demoiselle
en tenue équestre :
—
Vous plaisantiez en me frappant du plat de la main, n’est-ce
pas ? Ou bien dois-je me rendre à votre volonté...
—
En fait, ce n’est pas moi qui vous ai giflé,
mais Rin... Je veux dire, c’est une initiative de monsieur
Sebe...
Ne
voulant pas endosser la responsabilité de la prouesse,
Clara désigna rapidement Rinichiro d’un geste
de la main.
Un
Yapou ne méritait pas qu’on employât le
terme honorifique de monsieur, de même qu’il était
impensable de le désigner par un nom suivi d’un
prénom. En y repensant, c’était effectivement
très étrange, mais Pauline ne comprit pas sur-le-champ
sa méprise, même lorsqu’elle entendit Clara
appeler le Yapou monsieur Sebe. Elle ne pensait pas avoir
affaire à autre chose qu’un pantie :
—
Aah ! Ce Yapou est ado..., répondit-elle en jetant
un regard méprisant à Rinichiro. N’est-ce
pas là un trésor que vous av... Me le prêteriez-vous
? Je serais bien aise de le présenter à la prochaine
foire du pantie. Je me fais fort de remporter le
grand prix de Sirius !
—
Euh ! J’ai l’impression que vous vous méprenez...
À
bout de patience, Clara avait prononcé cette phrase
en manière d’excuse et, le comprenant, Pauline
se reprit :
—
Mais, je me rends compte que je ne vous ai pas encore demandé
votre nom et n’ai fait que parler à tort et à
travers... Je vous prie de m’excuser. J’espère
ne pas vous avoir froissée.
— Mais point du tout, je voulais simplement vous dire
que c’était monsieur Sebe qui...
—
Ne restons pas debout pour bavarder, asseyons-nous.
3 - Newma, chien yapou
Pauline,
ignorant délibérément l’existence
de Rinichiro, continuait de s’adresser uniquement à
Clara. Rinichiro, qui avait pourtant entendu qu’elle
le désignait par le terme Yapou, mais restait inconscient
de l’état d’infériorité dans
laquelle elle le tenait, crut que sa nuditéen était
la cause.
Cette
femme était une lady et ne devait pas souhaiter être
entretenue par un homme nu. Rinichiro comprenait également
que Clara était ennuyée d’avoir à
s’entremettre. Il fallait agir. En premier lieu, il
n’était guère glorieux d’avoir à
faire face et à échanger des propos avec deux
jeunes femmes en restant nu à leurs pieds. Il n’y
avait plus à hésiter et, même dans un
anglais rudimentaire, il devait s’excuser, expliquer
comment l’urgence du danger l’avait obligé
à se précipiter dans l’état où
il se trouvait et aller de ce pas récupérer
ses vêtements de cheval.
Mais
c’est au moment où Rinichiro, tout à cette
pensée, fit le geste de se relever qu’il entendit
un bruit derrière lui et sentit que bondissait dans
sa direction ce qui lui parut être une bête sauvage.
Puis le cri de stupéfaction que poussa soudain Clara
retentit à ses oreilles, suivi d’un ordre : “Couché
!” que lança brutalement Pauline. Il comprit
qu’une chose s’était jetée sur son
dos. Il essaya de se dégager et, comme il faisait mine
depivoter sur lui-même, une mâchoire se referma
sur son épaule droite. Il ressentit comme une décharge
électrique et fut aussitôt pris de convulsions.
La seconde suivante, il vit devant lui une des deux ravissantes
jambes dégager son épaule d’un formidable
coup de pied. Simultanément, il sentit se déchirer
son oreille droite, que la semelle de la sandale de la jeune
femme venait de griffer.
—
Rin ! hurla Clara, livide.
—
Ça va, calmez-vous, disait Pauline à son adresse,
pour la rassurer. Et, pensant que son interlocutrice n’aimait
pas les chiens :
—
Il ne mord pas les êtres humains !
—
What is it ? Rin, nichts Ubels...
Clara
avait laissé échapper en anglais la première
moitié de la phrase, la suite lui étant venue
en allemand sans qu’elle s’en rendît compte.
L’aspect du chien était sinistre, il semblait
disposé à la mordre, elle aurait aimé
pouvoir se rapprocher de Rinichiro et pourtant se sentait
incapable de bouger.
Rinichiro
s’efforça de se tourner dans sa direction pour
la rassurer mais son corps, comme paralysé, refusa
d’opérer le moindre mouvement. Surpris, il essaya
d’ouvrir la bouche, en vain. Il ne pouvait ne fût-ce
que tourner les yeux. C’était stupéfiant,
il lui semblait être comme celui qui contemple la tête
d’un cheval tombé aux enfers, sentant son corps
se fossiliser dans l’instant et dans la posture instable
qu’il avait pris, le torse tordu. Un flot de sang épais
coulait de son oreille blessée, formant bientôt
une vaste flaque rouge à la surface du sol.
L’affreux
chien rampa lentement en direction de Pauline. Elle le caressa
du bout du pied et observa Clara d’un air interrogateur.
—
Comment ? Vous ne reconnaissez pas ce genre de chien ? C’est
un chien de chasse de l’époque du Néandertal.
C’est très en vogue en ce moment, se contenta-t-elle
d’expliquer avec un air surpris.
Il
y avait eu dans le ton de sa voix la dose de mépris
et de suffisance propre aux jeunes femmes de bonne famille.
La
tête baissée, la portée de son regard
se trouvant limitée, Rinichiro ne pouvait voir que
l’entrejambe rayonnant de Pauline et, au-delà
, la silhouette inquiétante du chien. Rinichiro n’en
croyait pas ses yeux. Non seulement son corps était
paralysé mais il éprouvait à présent
une terreur froide. Ce chien — si on pouvait appeler
cela un chien — était humain, enfin dans la mesure
où l’on pouvait appeler cela humain.
Assurément,
au premier coup d’oeil, ces pattes, cette silhouette
et cette tête faisaient penser à un chien. Un
collier de métal étincelait autour de son cou.
Son corps, planté sur son arrière train, évoquait
celui d’un animal de grande taille. Pourtant, certains
détails contredisaient cette impression. Les pattes
postérieures étaient aussi fines et courtes
que les antérieures et ne semblaient pas faites pour
la marche, sortes de moignons de jambes humaines. Les pattes
antérieures se terminaient par des mains munies de
cinq doigts, si courtes qu’elles conféraient
à l’animal l’allure d’une bête
sauvage, doublée par l’agilité d’un
fauve marchant à quatre pattes. Et pourtant, les pattes
étaient des jambes d’homme. Le torse était
puissant mais dépourvu de graisse, musculeux, le ventre
plat, rentré et étroit. Il avait la légèreté
du lévrier. On pouvait dire qu’il ressemblait
étrangement à Taro, qui avait été
écrasé par la soucoupe. Un poil ras sur la tête,
un corps bruni, comme bronzé par le soleil, et sur
le dos, des traces de griffures de bêtes sauvages ainsi
que des marques de coups de fouet qui attestaient une activité
intense et un dressage approfondi. Une partie du front était
rasée, sur laquelle figurait un tatouage représentant
le blason de la famille Jansen. Pupilles noires, nez aplati,
cette tête avait les mêmes caractéristiques
anthropomorphiques que celle de Rinichiro. Sous le museau,
une moustache volontaire en forme de cornes de gazelle lui
donnait un air burlesque, vite démenti par des babines
retroussées qui dévoilaient une série
de crocs métalliques, ruinant ce qui restait d’humain
à la face. Mais de même que le port d’un
masque de Hyotoko (homme de feu) représente un être
humain, cette face-là était assurément
celle d’un humanoïde.
C’était
Newma, le chien de Pauline Jansen.
On
voyait rarement de canis, cet ancêtre du chien
dont l’espèce humaine avait fait un animal domestique
à l’époque anhistorique, sinon dans les
zoos, et depuis plusieurs siècles le terme de chien
désignait les chiens yapou. Les Yapous courts sur pattes
étaient placés peu après la naissance
dans des parcs aux barreaux peu élevés mais
électrifiés qui permettaient d’induire
chez l’animal des réflexes conditionnés.
Au bout de deux ans — conservant la taille d’un
individu de deux mois — il prenait l’habitude
de marcher à quatre pattes et c’est ainsi qu’on
faisait d’un Yapou court sur pattes un chien yapou.
Enfin, la plus ou moins grande robustesse du corps, la présence
d’un pelage ou non, les progrès en matière
d’élevage des Yapous avaient permis la fabrication
d’une dizaine d’espèces différentes,
possédant toutes les caractéristiques des anciens
canis, dotées toutefois de capacités
supérieures qui en firent aussitôt, parmi l’ensemble
des animaux de compagnie, le plus fidèle compagnon
de l’homme, le compagnon ayant suppléé
les anciens canis relégués aux jardins
zoologiques, allant même jusqu’à les déposséder
du nom de chien. Aucun autre animal parmi les bêtes
yapou (je désigne par ce terme la totalité des
créations animales élaborées à
partir de Yapous bruts) n’était autant aimé
des hommes.
Les
plus évolués d’entre eux étaient
employés comme chiens de chasse par l’homme néandertalien
(les Néandertaliens ayant vécu cinquante mille
ans après les origines de la Terre), et on les appelait
gladiateurs. Fort en vogue parmi les membres de lanoblesse
d’EHS, ils étaient appelés chiens de garde.
Dépourvus de pelage et de queue, de taille standard,
ils avaient à tous points de vue les caractéristiques
premières des Yapous, ainsi que leur simplicité
naïve. Un entraînement adéquat leur permettait
de courir très vite : ils étaient dotés
d’une formidable capacité à passer à
l’attaque. Les crocs artificiels renfermés dans
leur gueule libéraient une décharge électrique
privant l’adversaire de toute velléité
de défense, en même temps qu’ils lui injectaient
un poison. Ce dernier, s’infiltrant jusqu’au névraxe
— qui commande la fonction motrice — occasionnait
une paralysie générale, laissant la proie sans
défense, incapable de bouger ne serait-ce que le petit
doigt. Cet état perdurait jusqu’à l’injection
d’un antidote. Le procédé se révélait
fort utile quand il s’agissait de ranger dans l’étroitesse
d’un vaisseau les bêtes capturées au cours
d’une séance de chasse.
4 - De l’entraînement du chien chasseur
Newma
avait remporté à trois reprises le concours
général des chiens de chasse et faisait la fierté
de Pauline. Il avait ce jour-là été pris
d’une intense excitation à cause de la violence
avec laquelle le vaisseau s’était écrasé
et avait réussi à achever de défoncer
la porte déjà endommagée par le choc.
En se précipitant pour se réfugier aux pieds
de sa maîtresse, il avait aperçu Rinichiro et,
lui bondissant dessus, l’avait mordu malgré l’ordre
lancé par Pauline. Je dois cependant ajouter que Rinichiro
était nu.
Newma
était né sur la planète Findi, région
principale de production de chiens yapou (Procyon, seconde
planète de la galaxie Alpha canolis minoris).
La première personne dont il eut conscience, atteignant
l’âge de raison dans son parc situé dans
l’élevage de la propriété Jansen,
dans la province de Shyan, fut l’esclave noir qui s’occupait
de lui. Il comprit ainsi la différence existant entre
ses semblables quadrupèdes et l’espèce
bipède.
Pourtant,
quittant le parc pour rejoindre le centre d’entraînement—
que l’on appelait École des canidés où
il commença son apprentissage, il découvrit
ensuite l’existence d’une race divine et supérieure,
à la peau blanche, qui dominait l’esclave noir.
S’il lui fut impossible de livrer un culte à
ces dieux vivants, ceux-ci ne résidant pas sur Findi,
il dut se prosterner matin et soir devant une série
de statues à leur effigie. Enfin, on lui apprit, ainsi
qu’à ses semblables, quelle était la nature
du lien scientifique et religieux qui l’unissait aux
dieux blancs.
—
Ces dieux et les leurs sont vos maîtres, vous leur devez
la vie et le lait dont ils vous nourrissent. Voilà
ce que l’esclave noir leur expliquait.
—
Vous leur serez éternellement reconnaissants.
Il
semblait que même au sein de l’espèce capable
de se tenir sur deux jambes, il y avait autant de différences
entre les esclaves noirs et les dieux blancs qu’entre
les esclaves noirs et les chiens yapou. Pendant les rites,
l’esclave noir se prosternait à quatre pattes
devant les statues des dieux, à la manière des
chiens. La différence s’exprimait par la couleur
des cheveux, des yeux et notamment de l’épiderme
du dieu vénéré. Pour Newma, l’existence
des dieux ne reposait pas sur l’acceptation d’un
dogme : elle résidait dans la blancheur de leur peau.
Sa seule et unique mission de chien de garde était
de défendre la peau blanche. Newma était convaincu
que n’importe quel individu à peau blanche était
un dieu. En cas de lutte entre deux dieux, son rôle
était d’assurer la protection de son maître
sans jamais toutefois faire usage de ses électrocrocs.
—
Ne pas mordre la peau blanche !
Voilà
le premier interdit qu’on lui avait inculqué.
C’était le principe suprême : on ne mordait
pas la peau blanche, on la léchait.
L’esclave
à peau noire n’avait par ailleurs pas d’autre
raison d’être que de servir les dieux et en cela
ne devait jamais faire l’objet d’une attaque.
Cela, pour Newma, donnait l’équation suivante
:
—
Ne pas mordre ce qui porte vêtement.
Ce
qui représentait le second interdit qu’on lui
avait inculqué.
De
plus, on lui avait appris l’existence de congénères
appelés Yapous bruts qui, quoique faisant partie de
la même espèce qu’eux, pouvaient marcher
debout, à l’image des esclaves noirs et des dieux.
Ceux-ci appartenaient aux dieux et il était hors de
question de les mordre sans en avoir reçu l’ordre.
Du seul point de vue de l’apparence physique, rien ne
les distinguait des dieux, sinon la présence d’un
collier, signe par lequel on reconnaît un Yapou d’origine.
Ainsi :
—
Ne pas mordre ce qui porte un collier ! représentait
le troisième interdit.
Mais
à la théorie s’ajoutait la pratique. Chiens
de chasse et chiens de garde subissaient un entraînement
censé leur enseigner les techniques de l’attaque.
Certains exercices consistaient à sauter d’un
bond par-dessus de larges cuves remplies d’acide azotique
ou sulfurique bouillonnant, exercices périlleux pouvant
être fatals. Ou encore à franchir des haies hérissées
de piques acérées risquant de déchirer
la chair et de tuer. Ceux qui échouaient agonisaient
dans d’affreuses souffrances, ceux qui tombaient dans
la cuve mouraient entièrement dissous par les produits.
Ainsi fallait-il être capable pendant les entraînements
de bondir par-dessus les cadavres des congénères
malchanceux. Ceux qui obtenaient les meilleurs résultats
étaient ensuite envoyés dans un collège
réservé à l’élite des chiens
de chasse. La science avait beau leur enseigner que la couleur
de la peau était liée à la proportion
de mélanine dans l’épiderme, cette connaissance
n’empêchait en rien le culte des dieux blancs,
et cette différence de degré ne remettait pas
en cause la nature divine de leur maître.
Newma,
qui sortit de ce collège parmi les meilleurs de sa
promotion, remporta dans la foulée son premier concours
de chien de chasse, dans la catégorie réservée
aux jeunes diplômés, et put ainsi concrétiser
son rêve de chiot et jouir de l’honneur de devenir
le fidèle compagnon de la demoiselle Pauline, héritière
de l’illustre famille Jansen. Avec son ami Péro,
collègue issu de la promotion précédente,
et qui se vit attribuer le service de Doris, la soeur de Pauline,
Newma devint le meilleur chien que possédait la famille
Jansen.
C’est
en voyant cette forme bizarre recroquevillée aux pieds
de sa maîtresse qu’était soudain née
en lui une pulsion agressive. La chose n’avait pas la
peau blanche, ne portait pas de vêtements, ni de collier.
Pas le moindre critère susceptible de correspondre
aux trois interdits. Une proie !
En
temps normal, Newma aurait attendu l’ordre de sa maîtresse.
Son passage instinctif à l’attaque doit être
compris comme la conséquence de l’état
d’excitation dans lequel le crash du vaisseau l’avait
plongé et du recouvrement soudain de sa mémoire
de chasseur de Yapou d’origine. J’expliquerai
cela en détail pour parler du fameux “jeu noir”
(black game) (voir chapitre XXVII, paragraphe 4)
qui consiste à lâcher dans la nature un Yapou
d’origine muni d’un javelot, et qui représente
une des formes les plus intéressantes de chasse. Enfin,
mieux encore, le “jeu jaune” (yellow game),
cette chasse au Yapou d’origine avec des Yapous capturés
sur l’archipel Yapon. Ce jeu nécessitant une
autorisation du département chargé de l’abattage
et de la gestion des Yapous indigènes n’est en
fait qu’une prérogative réservée
au divertissement de la haute noblesse. Trois jours après
son arrivée dans la province que possédait sur
Terre la famille Jansen, Pauline s’était livrée
à ce jeu en compagnie de sa soeur. Les Yapous d’origine
sont des êtres dotés d’une conscience en
tous points semblable à celle des humains. Mais à
la différence des Yapous bruts, ils ne portent pas
de collier. Ainsi dépouillés du moindre vêtement,
ils sont pour notre chien-chasseur des “personnes de
couleur, nues et ne portant pas de collier”, et partant,
des proies idéales.
Environ
deux semaines auparavant, Newma avait planté ses crocs
dans l’un de ces individus et en avait été
flatté par sa maîtresse. Ainsi, voyant Rinichiro
semblable en tous points aux Yapous d’origine, il n’avait
pu résister à la pulsion de lui sauter dessus.
Si Rinichiro avait porté ne serait-ce qu’une
culotte, le second interdit aurait assurément freiné
les velléités agressives de Newma. La nudité
de Rinichiro avait été la source de son malheur.
Pauline,
comprenant la méprise de son chien, n’était
pas encline à le gronder sévèrement pour
ce qu’il venait de faire. Le fait qu’il eût
mordu le Yapou d’autrui et qu’elle fût obligée
de le botter pour lui faire lâcher prise ne lui inspirait
que de la réprobation à l’égard
d’une femme qui osait se promener en compagnie d’un
Yapou nu et sans collier... Elle ne reprochait la conduite
de son chien qu’à cette inconnue.
Quant
à Clara, elle ne savait que penser. Taro mort s’était-il
réincarné en homme ? Son amant avait-il été
mordu par cet étrange homme-chien ? Cet homme figé
devant elle dans une position grotesque, qui ne répondait
plus quand elle lui parlait, lui fendait le coeur.
—
Rin ! Que t’arrive-t-il ? Es-tu sauf ? l’interrogea-t-elle
une nouvelle fois. Rin ! Mais tu saignes ! Rin ! Rin !
—
C’est un Yapou, vous n’avez pas à vous
inquiéter !
Pauline,
comprenant que Clara ignorait l’effet produit par les
électrocrocs et se laissait peu à peu
envahir par toutes sortes de pensées irrationnelles,
ajouta :
—
Une injection d’antidote le remettra sur pied sur-le-champ.
Il n’y a rien d’autre à faire. Je suis
désolée que mon Newma ait mordu votre animal,
tant vous semblez le chérir. Mais aussi, pourquoi lui
avoir ôté son collier !
Elle
avait dit cela avec une pointe d’ironie que Clara ne
pouvait pas apprécier. Son animal ! Son collier ! Certes,
elle percevait un malentendu, elle ne se sentait pas la force
de chercher à le dissiper. Incapable d’assimiler
cette somme d’informations nouvelles, elle se contenta
de réclamer l’antidote pour son amant, puisque
cela était nécessaire :
—
Donnez-lui cet antidote le plus vite possible...
—
Ne vous inquiétez pas. Le temps ne fait rien à
l’affaire, ni n’aggrave son état... Nous
nous affolons et je me rends compte que je ne vous ai pas
encore demandé votre nom. Je vous en prie, asseyons-nous.
Pauline
offrit un fauteuil à Clara et s’approcha vivement
de Rinichiro :
—
Je vais te mettre dans une position plus confortable.
Elle
insinua le bout de sa sandale entre les jambes de Rinichiro,
qu’elle écarta afin qu’il s’agenouillât
plus adroitement et, lui rassemblant les bras le long du corps,
fit en sorte qu’il se maintînt dans une posture
qui lui donnait l’air de se prosterner devant elle.
Incapable du moindre mouvement, Rinichiro sentit comment,
avec souplesse et agilité, elle avait réussi
à lui faire adopter une posture de crapaud. Le sang
avait cessé de couler de son oreille.
Réprimant
son effroi, Clara s’assit sur le bord droit du vaste
fauteuil. Elle s’en voulait de devoir contempler son
amant dans cette situation fâcheuse, contre laquelle
elle ne pouvait rien. Il était impensable de chercher
à quitter le vaisseau avant que Rinichiro eût
reçu l’injection d’antidote.
Pauline
s’installa sur le côté gauche du fauteuil,
exactement dans la direction où Rinichiro se prosternait.
On aurait réellement pu croire qu’il s’inclinait
devant elle. Son regard portait sur les jambes d’une
blancheur immaculée de la femme et, dans un coin, il
apercevait le canis, les pattes antérieures
jointes devant lui dans une position identique à la
sienne.
Il
vit également le gnome se rapprocher craintivement
de Pauline, en rampant. Il avait réagi à l’ordre
transmis par les ondes cérébrales de Pauline.
Cette dernière, ayant ôté négligemment
ses sandales, posa les pieds sur le dos de la chose et semblait
vouloir ainsi se délasser. Elle logea ses pieds dans
les deux emplacements dessinés sur le dos du cunnilinger.
Newma remonta l’arrière-train et se leva, il
tendit le cou en direction du repose-pieds et commença
à lécher la peau blanche des pieds de Pauline.
Sa langue était plus proche d’une langue de chien
que de celle d’un être humain. Observant distraitement
les pieds de la femme, Rinichiro se rendit compte que sur
chacun, seuls quatre orteils étaient couverts d’un
vernis couleur pêche et qu’ils étaient
si menus que les ongles n’avaient pas eu la place de
s’y développer.
Qui
était cette femme mystérieuse ? Cet être
si sûr de lui, capable de se servir d’un être
humain pour en faire un repose pieds ou le transformer en
chien ? Était-elle humaine ou d’une engeance
supérieure à l’humain ? Que lui arrivait-il
? Quelles étaient les intentions de Clara ?
Dans
la mystérieuse salle de ce vaisseau, Sebe Rinichiro,
ressortissant japonais, était en proie à la
confusion la plus totale.
>lire
la postface
|