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-I-


..............Oublier moi, quelque chose comme cela
pour ne pas tenir plus de place à cet endroit, ou bien rien vraiment rien,
rien à cet endroit, pas plus, juste de quoi être oublié,
diminué à cet endroit, réduit à rien, bout de çà et là,
confondu jusqu'à disparaître
tout dispersé, dépensé dans l'espace,
je suis là comme d'autres le sont aussi,
là dans le flux, emporté, mêlé enchevêtré tout pris,
je continue aux pas à pas d'arracher à ce qu'il me reste les restes, bouts morceaux ou bien rien, bouts de rien, si peu encore,
rien que des restes, voilà ce qui pend, des restes,
où de part en part
voilà,
tout ce qui se défait et tombe,
sur une vaste place,
on peut appeler cela ainsi quelque chose d'uniformément gris,
d'une surface suffisante pour paraître immense,
on voit bien çà et là des murs, autour,
loin les murs tout autour de la place presque impossible à atteindre, d'ailleurs qu'elle importance, personne ni moi ni d'autres ne sont en mesure de les atteindre,
ou bien ne sont-ils tout simplement qu'une présence supposée pour délimiter un espace où,
la place immense;
lieu comme un,
un lieu, d'autres sont sûrement plus en avant sinon en arrière ou entre et là,
là et entre, d'autres, c'est à dire plusieurs ou quelques uns,
seulement quelques uns sont là, ils marchent s'arrêtent, se contournent,
quelqu'un peu parler fort, à peine plus que cela, un son un râle une parole formulée, ou gémir, respirer
personne ne peut affirmer l'entendre davantage malgré le silence, personne ou bien tout le monde, qu'importe d'ailleurs ce qui est prononcé ne porte que sur le vide de l'espace uniformément gris,
la place peut-être appelée par un simple son, tout au plus un bruit, un souffle,
la respiration dans un mouvement lent de marche,
s'asseoir, se relever, tourner, ou encore ne rien faire de précis sinon avancé davantage, d'un pas ou de deux,
quelqu'un peut avaler sa langue ou la nouer dans le reste de sa bouche l'écraser sous la pression intense de ses dents, la mâcher infiniment sans d'autres possibilités,
pour ne plus rien dire,
avoir à dire,
de toute façon se taire,
contraint et plier sous le poids du gris uniforme d'un langage impossible
quelqu'un peu se perdre en l'absence d'autres repères que lui même,
se perdre infiniment et le gris tourne en lui dans l'immensité de la place,
et lui cherche dedans ou dehors, hors de lui ou au dedans de lui un signe, un point, une trace,
ses yeux fouillent devant le loin, au dessus le ciel, au dessous le gris, autant pour lui,
rien qu'un espace uniforme
quelqu'un peu s'effondrer, plier ses genoux, tenir sa tête entre ses mains, les serrer fort autour de son crâne hurler une douleur qui ne lui échappera pas
pas encore,
une douleur qui tourne dedans, dedans sa tête jusqu'au moment de l'effondrement,
et las,
lui tout pris tout lui dans lui s'allonge et se retourne en lui jusqu'au bout, jusqu'au vent l'effacement dans la perte, piétiner d'autres par dessus écrasent les restes,
la poussière ensuite et le vent après,
un groupe se forme, s'allonge, s'étire se tend,
des corps à ce moment là se rencontrent forme une masse compacte et tremblante, les corps laissés tremblent et se défont lentement confondus au travers du gris, oubli,
oublier pour ne rien avoir à dire,
il n'y a rien à dire on se tait,
d'ailleurs le silence est la seule chose qui nous lie,
au moment du frottement où deux corps se rejoignent, se frôlent, se repoussent,
il y a juste un imperceptible froissement d'air,
tous absorbés,
tous dedans,
tous absorbés dans le dedans, à l'intérieur d'un creux dans le vide laissé, entre,
entre nous, il y a le creux et le vide laissé,
un interstice,
écart possible pour disparaître, oublier et disparaître,
l'absence et le creux,
dans le creux, il ne reste rien,
dissolution à l'endroit même ou la place surface grise remonte enveloppe et confond dans un même temps,
temps de l'épuisement jusqu'au bout le souffle de la dernière mort.

 

 

 

 


-II-


..............Dans la chambre, puisqu'il s'agit d'une chambre au moment clos du dormir, puisqu'il s'agit de dormir, ici ou maintenant,
tout reste à venir dans le dormir, pour n'avoir à faire qu'une seule chose,
s'approcher au plus près de se qui semble s'éloigner,
à demi retourné dans le blanc des plis,
dessus dessous quelque part entre,
un bout d'étoffe nouée tout autour serrée étroitement repliés tête, bras, jambes,
entre sexe écrasé, tête enrubannée,
reste entortillés emmêlé bras jambes attachés
contraint dans la posture impossible d'un corps désarticulé,
dormir dans le silence et le corps tordu ne tient plus,
la douleur traverse au milieu l'axe voilé,
dormir quand rien n'arrive plus
noué dans les plis,
plié vrillé en vrac, un sac
hermétiquement lacé d'où rien ne s'échappe,
l'air, tout juste à peine un filet pour tenir sans plus,
suffocation dans les plis au moment du dormir,
se retourner encore étouffer davantage,
faire un tour dans un sens autour de soi,
un autre,
un autre sens,
cherché un sens pour sortir,
en sortir pour dormir
puis finalement augmenté l'effet de resserrement,
dormir,
la nuit, l'obscurité dans l'espace clos de la chambre,
ce qu'on peut appeler nuit, l'obscur par exemple à ce moment là, oubli du dernier plis.

 

 

 

 

-III-


..............loin derrière, loin
jetés en arrière balancés dans le vent, loin
car souvent le vent pour défaire se lève de derrière, de loin derrière,
certains peuvent s'accrocher à d'autres,
d'autres à d'autres jusqu'à former une masse compacte de corps agrippés les uns aux autres,
d'autres seulement seuls et eux même,
s'envolent, virevoltent tournoient se cognent,
têtes contre têtes,
membres contre membres, au choc
le bruit,
les os se brisent, les têtes éclatent,
se vident, vident dans le vent, tombent se disloquent,
reste sur le sol gris de la place quelque chose d'innommable;
des tas petits fait de restes débris et morceaux d'autres éclatés d'os
oubli,
oubli de rien, rien n'est à oublier,
ici ceci, quelque part cela,
du vague,
impossible d'en saisir l'exacte teneur,
ici près du feu,
pourquoi du feu ?
parce qu'il fait froid, on l'a allumé,
avec des morceaux des débris des bouts tombés d'en haut,
après le vent,
du feu, de quoi saisir les corps transis, trembler devant les flammes,
puis rires, rirent du chaud,
danser, hurler plutôt que geindre et plaindre,
hurler danser autour,
les débris amoncelés sont dévorés et plus de flammes montent, rougissent,
incandescence,
mourir de chaud dans la transe jeter pêle-mêle,
pantalon chemise maillot chapeau puis nus tous,
nus blancs devant le feu, autour dansent, hurlent, pleurent, baisent, parlent et se colorent du rayonnement intense,
des corps blancs et des regards tournés vers le brasier,
la clameur, les cris les yeux brûlés, consumés dans la fièvre,
la place,
champ d'une foire pour ne pas mourir de froid,
tout oublié,
laissé mis en tas en réserve pour alimenter un feu de joie,
un feu de restes;

 

 

 

 

-IV-


..............Oubli infect,
l'autre je l'attends mourir sa mort, le mort
je suis là et lui là aussi couché mort ouvert laisser béant sur le dehors dans le voir, je vois lui,
visage parfaitement détendu lisse et blanc, les yeux peut-être derrière les paupières closes,
parler au corps nu peau livide, parler avec des mots qui ne résonnent plus,
décortiquer les mots désincarnés murmures plaintes ou bruits du dedans retournés noués autour de la mort, borborygmes éructés à même la chair fine lisse et blanche disposée à la pourriture,
parler du dedans pour dire du dehors le dernier lieu du dernier mot
je l'attends et reste devant lui pendant un temps infini,
jusqu'aux premiers tremblements dans les jambes,
jusqu'à ce les muscles tendus à l'extrême cèdent et ne portent plus, brisées tout simplement rompues,
sous le poids du corps laissé au regard immobile et lourd,
sur le sol, affalé,
jusqu'à l'effondrement,
bien plus près de lui, allongé maintenant dans un sens qui lui donne son sens,
en m'effaçant doucement derrière lui à l'horizontal, lui mort quelque chose comme cela;
lui clos fermer dans le silence,
oubli des mots,
rien à dire, nous avons commencé par ne rien avoir à dire,
pour parler de rien il a fallu se taire et se défaire tout entier,
nus presque rien dessus, la peau tout juste assez fine et translucide pour laisser au travers passer la lumière,
faire voir l'architecture tenue d'un corps d'os structurer pour la nécessité des tensions,
au départ, silence,
se défaire dans le dire, le dédire pour ne plus tenir, se décrocher de la potence osseuse,
décorché l'être le soi du moi, pour libérer les flux liquides, la pensée maintenant dépenser au rythme des effusions, pour ne pas tenir, tenir dans le dire,
on tourne autour d'une chaise,
chacun la sienne, deux chaises pareils quatre pieds huit en tout, une assise un dossier, les deux collées dos à dos pour ne pas avoir à voir, à voir pour dire en face,
l'autre le pesant poids sur l'assise chaise du derrière
on tourne puis on contourne, on s'assoie et l'on se relève,
on fait mine d'ouvrir la bouche, on s'inspire, on s'expire,
le souffle s'échange dans le râle,
le râle, face à face debout poings serrés prêt à tuer pour dire, les dents crissantes sous l'action nerveuse des mouvements des mâchoires,
un mot ou quelque chose comme cela, peut échapper,
un son sinon rien, un son strident frottement de l'émail sur l'émail, la tête et la mort au moment de deux yeux comme deux trous par où l'un et l'autre se jettent au dedans de l'un dans l'autre
un murmure à peine audible,
en même temps la chaise est vivement secouée, elle claque bruyamment sur le sol,
le bruit résonne dans la pièce et couvre rapidement l'essai,
l'essai toujours aussi peu crédible,
nous n'y croyons pas, la rage les dents l'écume dans les yeux les poings os tendons veines enchevêtrés dans le nerf
toutes nos tentatives sont des échecs,
lever le bras pointer les poings, les tendre vers une possible direction, pour dire, casser broyer pour dire à l'autre dans l'autre sous l'effet éclatant des éclats blancs, d'os d'émail pour dire ou oublier, oublier de dire,
retomber bouche bée, juste entrouverte; la douleur, cracher les restes, morceaux après morceaux le sang à venir chaud et ferreux sous la langue tuméfiée.

 

 

 


-V-


..............Je ne pourrais pas faire marche arrière, retourner là,
oublier,
oublier parce qu'il est tard, trop tard,
soudain pourquoi la nuit ?
comme par exemple absence de lumière ou diminution du phénomène lumineux,
ou disparition total du jour,
noir dedans, noir dehors tout confondu noir et dissimulé, caché dans le dormir-mourir, la chambre est close,
tout est enfermé la dedans,
les humeurs l'odeur l'attente mais rien ne survient,
l'attente et tout pris mêlé embrouillé le long du drap tendu par dessus,
caché parce qu'informe dessous, laid précisément laid,
affreusement sans forme,
en tout cas sans formes précises, rien que tas dissimulé pour dire volume,
volume d'être dessous ramassé dans le même,
même temps, temps renversé dans les plis,
à l'envers du drapé sans formes précises,
mettre l'être et soi dans l'être : cette in-foutue posture,
il y a mensonge et oubli, puis oubli du mensonge,
dédire le vrai, dire le faux,
oublier, mentir, se taire, se défaire,
se laisser crever dans cette imposture, vrillé dans l'étoffe,
à l'intérieur des plis, tordu dans l'oubli
oubli, parce que nous sommes là,
contraint d'y être,
la place suffisamment immense pour nous accueillir,
suffisamment étendue pour que nous l'oublions,
suffisamment suffisante pour être oubliée,
et d'autres prennent place,
s'entassent se mêlent et s'inscrivent sur le gris,
se tassent s'effacent, s'enroulent eux même autour d'eux même,
il fait froid, il pleut ou bien il neige, ou encore le vent, et tout en même temps pourquoi pas,
un son, répété huit fois, entrecoupé de brefs silences,
un son à intervalles irréguliers vient fendre l'espace,
un son émis de nulle part, des têtes se lèvent, cherchent, cherchent l'origine, les corps se meuvent, se frôlent, se poussent, se concentrent en un même point,
voici un amas de corps bientôt regroupés autour d'une émission, un son
un bruit répété, entrecoupé de silences puis répété encore jusqu'à la parfaite cohésion des corps,
puis désunion,
chacun retourne peut-être là d'où il vient;
oubli, ou rare sont ceux qui n'oublieront pas,
certains ont déjà volontairement oublié,
ne tenant plus,
n'y tenant plus,
par la fuite,
par la fuite certains ont certainement pu oublier,
tentative désespérée de s'échapper,
s'en sortir, sortir d'ici par n'importe lequel des moyens,
celui là, pourquoi pas lui dans le cri,
et tourne lui autour de lui,
et lui tête penchée vers le sol,
hurle,
ou rien que sa bouche ouverte pour signifier,
mais rien ne sort ou bien un murmure,
un gémissement tout de suite absorbé par le gris intense de la place,
lui penche vers la chute immédiate, lui tombe, tête lourde, tête contre le sol,
s'enroule autour de lui même pour disparaître dans ce qui n'a pas lieu d'exister davantage,
le lieu du cri ou quelque chose comme cela,
quelque chose d'impossible;
lui sans doute,
celui là,
autour de lui noué autour, infiniment enroulé replié à l'intérieur de ce qui le re-tourne,
nous sommes ici près du creux former par sa chute, autour de lui,
oubli pour laisser là sur le sol celui qui se roule et se déroule;
oubli du reste des miettes et devant rien, les murs trop loin et incertains, seulement possible à envisager,
pas plus,
surtout pas plus,
nous n'aurons rien d'autre,
sur le gris de la place,
un chemin,
un unique chemin ou une trace longue, creusée par les pas,
emprunté depuis nulle part jusqu'ici,
ici, à l'endroit où nous sommes,
où nous sommes arrivés,
face devant contre et derrière,
au moment incertain, oubli.

 

 

 

 

-VI-


..............Quelque chose comme cela, oubli,
ne pas tenir, en oublier la rampe,
la rampe et l'escalier tournent, autour de la chute,
le mouvement,
simple rotation de soi autour de soi,
la chute précipitée dans l'accélération, s'en suit un interminable roulis,
jusqu'au bas, bas de l'escalier, la tête en bas de l'escalier,
toute prise dedans le choc soudain,
contre le sol, à ce moment cesser,
râles pour dire douleur, sang, quelques gouttes,
oubli de l'oubli, seule vraiment la douleur tient le dedans,
ramasser corps morceaux et restes pour faire un, commencer,
commencer au bas de l'escalier dans la chute,
voici,
dehors, après la porte, une saison,
Par froid, vent pluie, gris, j'entends dire l'hiver,
dire pour dire encore tout chaud la douleur, se trouver pris dedans au moment du sortir, devant, la place vaste étendue,
se rencontrent :
un contre un pour faire deux,
à côté chacun de l'un et l'autre, l'un, sa main lui cache le visage tout en partie, menton, joue, œil et front, l'auriculaire croise le nez plié par dessus appuie sur l'autre œil,
l'autre les deux mains croisées l'une sur l'autre posées sur la bouche,
l'un parle à l'autre, l'autre le regarde, les deux vont ensembles, marchent l'un et l'autre d'un même pas dans la même direction à une vitesse similaire,
l'un dit, parle, murmure s'étouffe crache bredouille ou gémit, l'autre regarde au loin, peut-être les murs qu'on peut supposer quelque part à l'horizon,
les deux sont deux s'en vont versés l'un et l'autre dans l'autre,
tout pareil et pourtant,
l'un est presque nu,
l'autre porte un masque,
l'un de sa main libre ceinture l'autre à la taille, le tient pour avancer, pour voir,
l'autre un masque ou plutôt deux trous,
béants et vides, ouverts sur l'espace gris de la place,
sa bouche là,
peut-être rien derrière ses deux mains, sa bouche
l'un dit seulement un mot, quelque chose comme cela, ou plutôt émet un son, un murmure, un raclement de gorge, l'émission est incertaine inaudible, imperceptible d'ici,
dehors deux marchent comme si l'un et l'autre, l'un dans l'autre,
oublié l'un et l'autre confondus peut-être loin, déjà,
l'autre regarde l'un dedans lui, à l'intérieur de ses deux trous, un masque au travers duquel l'un cherche, cherche à parler à l'autre, mais rien ne sort par le vide, la place et du gris, quand d'autres,
d'autres sont revenus se sont accroupis, attendent,
temps mort sûrement peut-être, l'arrêt, tout est suspendu parfaitement tendu dans l'air,
les vibrations oscillantes des corps abandonnés au gris, la place à l'infini, paysage où des corps à l'arrêt s'effacent jusque dans l'oubli,
je suis d'être ici là présent encore passant au bas
la porte ouverte sur le temps du jour une saison et l'hiver pour dire froid, vent, pluie, sentir os et chair dans ce qui reste chaud même si en traversant ce qui traverse à l'instant est cette sensation glacée,
l'autre est si loin que l'un c'est maintenant perdu, comment dire pour voir,
troubler,
la main frotte un visage absent laissé oublié,
visage sans consistance,
vide,
événement incertain de ce qui ne se traverse pas, pas au travers,
au travers du rien à voir en dehors d'être, l'être exclu définitivement devant l'infini regard sans retour,
les mots tournent et tourneront dans l'absence du dire
rien ne sort vraiment
la mort liquide la face entrebâillée,
et lui laisse l'autre être l'émigrant d'un paysage, sans paroles,
pour voir un pays aux limites à contenir,
regarder/dire, dire ce qu'il regarde au travers de lui,
les limites, ou frontières, franges dessinées sur les contours aveugles,
dévoir ce qui se dérobe dans le dédire,
posé nu entièrement défait, démis, délié, dénoué, déplié tout au long d'une marche sur la place,
on peut appeler cela ainsi, quelque chose d'uniformément gris,
d'une surface suffisante pour paraître immense,
la langue cherche dedans l'oubli pour oublier dedans l'autre reste un bout seulement le rien d'un bout tendu d'un bout d'un presque rien,
étouffer au ras du sol gris et l'immense place le tait et se tait dans l'uniforme,
ceux là se tiennent debout, verticalement assimiler confondus profondément gris marqués gris visages sombres dedans comme deux trous la place regarde à l'intérieur d'eux,
ceux-la même laissés, pris, mêlés à la surface miroir gris, deux trous par où s'échappent les reflets ternes d'un drame, oubli les yeux crevés simplement impossible pour voir
au bord des larmes coulent,
un flot lumineux incessant,
l'oubli, larmes et mort encore au milieu d'un milieu à la vertical des douleurs
oublié laissé là déposé à même la surface miroir le reflet horizontal d'ombres projetées incertaines aux contours d'un pays
aux limites de l'être diffus
à l'autre bout symétriquement des corps sont devant, présents, à bout de présence,
présentent au voir la trouble vision d'un projet en suspend encore à paraître au moment de l'oubli,

 

 

 


-VII-


..............Oublier, Quelque chose comme cela, oubli,
le long d'une ligne étroite le feu séparant l'être du dedans en deux parties, deux morceaux parfaitement symétriques d'un bout à l'autre,
autre chose d'un étant là présent béant, séparé ou seulement disjoint présent dans la place et gris autour, pas grandes choses,
juste en deux parties égales,
une ligne, faisceau de lumière éclatant passant au travers, séparant ce qui doit être disjoint au moment de l'être en deux,
deux parties un être double simplement fait de lui même et du deux dans lui pour dire la place immense,
placer l'être dedans accepter cette dislocation accentuée par l'uniforme d'un gris toujours plus gris presque sombre, presque de nuit, un gris d'entre deux, d'entre fin, fin du jour,
gris limite de l'oubli juste avant, gris entre, entre une lumière encore supposable,
et son absence à peine dévoilée dérobée du deux d'être,
reste au milieu l'axe seul pour deux,
l'un porte son côté et son flanc ouvert, l'autre de même offre la même image, le faisceau miroir donne à l'un l'effet de l'autre,
à l'autre l'effet de l'un, subtile confusion de la séparation,
jeu d'être en deux renvoi et symétrie,
l'un donne à l'autre ce que l'autre lui renvoi, l'autre étant suspendu à ce moment à la mémoire du un,
un d'une unité défaite, instable, la place, un, unité grise et immense,
quatre,
la place, l'être et l'être en deux,
quatre, l'espace est suffisant pour accueillir toutes les possibilités,

 

 

 


-VIII-


..............Oublier, comme cela
le mort suspendu est battu au vent par des rafales régulières contre se corps rassemblé en un pour l'occasion,
pour parler je porte des gants, moufles d'acier tressé autour de la main,
une hygiène du moment pour toucher le propre de la langue,
la langue du mort l'autre pendu au bout d'un nulle part, milieu sans cesse reconverti en lieu et place du mourir, tendu, tenu au bout des yeux du vivant moi,
il n'y a rien à voir d'autre et l'autre est mort, mort juste pour ne plus rien avoir à dédire,
il a dit mourant la mort, la langue dedans, et lui reste cadavre bleu d'un ciel sans peau,
plomb moment du moment fondu à l'intérieur même de la coulée, la lave est fusion dans la bave liquide du dernier mort,
mot d'être pour dire la chambre est creusée dans le trou d'un nulle part,
d'un bout à l'autre les murs sont l'espace restreint où s'allonger, attendre,
ce qui ne vient pas à 'extrême tension du devenir-mourir,
il y a l'ombre et la lumière pour supposer l'éventualité d'un présent d'être allongé,
je dors dans l'acier tressé les mains liés,
le mort s'étire sous le drap plié jusqu'à la tête, deux yeux retirés sous les paupières, cherchent à l'envers dans le décors gris uniforme d'une place immense.

 


EKATOMB , un texte inédit de Thierry Rat

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Thierry Rat,
EKATOMB
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