à Colin



'atelier souffle sur les braises mais il ne reste aucune flamme pour répondre. Il y a la cadence répétée des gestes sans main pour rompre sans doigt pour pointer sans ongle pour gratter ne serait-ce qu'un peu de la peinture sale. Vouloir effacer un tableau sans écriture, sans faute alors puisqu'on n'y inventorie plus rien, histoire de se dire qu'on a encore beaucoup et peu de place pour les jambes en même temps, serrées entre le siège et la lampe, et peu, de quoi recoudre. Pause après pause j'ouvre les tiroirs pour déplacer ce qui était rangé mais aucune place ne convient jamais, alors j'ouvre et déplace sans déposer. Pause après pause je pousse plus loin et cherche un instant. Je garde la tête baissée sur la tâche parce qu'on n'écoute pas aux murs des usines, rien à entendre non plus derrière celui du terrain vague, rien à attendre qu'un battement de plus que je voulais plus loin.
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l m'arrive d'ouvrir les yeux. Il m'arrive des angoisses. Les musiques, elles m'arrivent aussi, d'où n'est pas la question. Ils m'arrivent comme un souffle, les regards de certains, et de certaines aussi. J'écoute s'il arrive. Pendant ce temps où il n'y a que moi qui a horreur d'attendre, j'essaie de donner quelques fulgurances et autres images, du sens à l'instant : un chant d'être pour une attente sans drame.

 

 

 

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'est de sa faute et il l'a bien mérité. De partir ? Oui, il l'avait bien mérité mais même si je pense ça, mon avis sur tes façons ne doit avoir aucun intérêt. Un avis devrait seulement faire aimer. Comme là, au comptoir il faut que tu saches non pas taire les salles miteuses des bars mais faire luire une présence en elles et faire reluire la dorure des verres quand tu trinques pour les prunes. C'est tout ce qui reste à qui ne sait rien voir d'autre que les mains qui se tendent et les sacs plastiques dans le fleuve.

 

 

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omprends que j'essaie d'étayer la ville en moi. Par-ci par-là, un peu de clameur, un peu de pas, des échos sur le bord pour l'infini. Mais le ressac est péremptoire, l'insuffisance mine mes poteaux. Elle submerge tout. Alors tu sais, à force de planter des allumettes pour retenir l'eau froide, je me suis rendu compte qu'il n'y a que des palliatifs. Encore des fois j'ai l'impression du remède : J'ai entendu quelqu'un qui parlait de Florence du haut du belvédère. Tout de suite tu penses je veux y aller, choqué par le souvenir pointu d'une route de hasard si éloignée de moi inattendue comme les noms. Je veux retourner sur les lieux de l'étonnement. Mais on connaît trop bien notre désir frappé à peine né d'insuffisance.
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F

urtif un peu partout, en saisissement. Visages sans critique ni distinction puis nuits et oubli. En fait j'ai cherché des soleils. J'ai trouvé quelques rayons dans un sourire. Une esquisse colorée dans l'œil d'un homme, un enfant au seuil de l'espoir. Des traits de visage reconnus dans un regard de jeune fille. Et puis zou ! Furtif à l'envie de rougir ou pâlir, quelques verres, des amis et hop, encore ailleurs ! Je rêve de rencontres sans trace, en suffisance d'elles-mêmes.

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G

arçon, je voudrais deux légendes pour moi et mon ami ! Et laissez la bouteille, la phrase sera longue ! C'est la grande danse encore dans ma tête, j'ai envie de te raconter toutes les fois dernières où je suis tombé devant tout le monde. Mais peut-on crier quand on a mal ? Peut-on rire aux éclats quand on est enfin heureux ? Peut-on raconter ses souvenirs quand ils sont encore chauds comme la place où elle s'est assise, encore des jours et des jours après qu'elle soit partie ? Au moment du partage, parle en moi, comme un reproche, celui qui n'a pas su la dire sa douleur et qui est parti avec sans qu'on s'en rende compte. Je te chante quelques paroles de rien surtout, et tu me réponds par tes préférences sans penser à cet être d'en face qui s'est mû et puis déçu, honteux, s'est tu

 

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'aimerais te prendre dans mes bras. Y a que ça à répondre. Mais il faut des originalités suprêmes et des "par rapport". La parole, si présente, si écrite, se perd dans ses mots sans plus aucun sens, vidée par comparaison. Tu as failli dans le silence et te voila rayé. Je suis intègre et te réclame dans mes yeux. Par ta douleur mes bras s'ouvrent et les crécelles sont lointaines. Tu es ma rencontre mon enfant crève ventre. Tu sens ma chaleur ? C'est pas de la douleur pour se mesurer à d'autres douleurs, c'est ta réponse.

 

 

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M

on ami noctambule,

Dans ta poche, tu as encore trois jets de bitume. En souvenir peut-être ? Un cliché, pas fameux, du dédale de la ville. Encore du souvenir. Ce vague souffle qui te remonte aux dents, c'est ta façon d'être à la chambre avec le stylographe impropre. Tu voudrais tisser des toiles d'araignée, mais au fond, les araignées ne te connaissent pas assez. Tu essaies de dissoudre la finesse. Des convois entiers de quintessence que tu ingères et digères pour y arriver, rythment ton insuffisance. A coup de vas et de "vaille que vaille", les fils se tissent. Le moment tout cerclé de mites s'arrangera pour que tu aies quand même froid aux pieds.
La mer, bien-sûr, qui d'autre ? L'instable, la frayeur des navigations. Cette houle se tenait dans le fond du ciel. Et la profondeur? Nous y songions ensemble. Le tréfonds, tu le portais sur tes lèvres comme moi. Tu m'as dit : "J'aurai jamais assez de coquillages pour me passer de la mer."
Jette tout ça, mon ami noctambule. Ce n'est pas sérieux et ça me fait de la peine de te voir ainsi, vaille que vaille, les mains dans tes poches qui débordent.

 

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e voudrais entendre ce qu'il reste après la déception, le silence, la honte, l'énervement, l'usure et le vide... après encore après tes mains qui se lèvent sans plus d'autre raison de vivre que le simple déroulement de ta vie. Une marche qui n'a plus l'orgueil de l'errance tant elle voudrait être autre chose et qui garde cependant son rythme pour la beauté du geste. Le pas alerte, mais alerté par quoi, sinon par l'écho de plus en plus sourd, sinon par l'évaporation des pas amis qui redoublaient la marche.

 


 

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M


a passion mon noctambule, mon drame aussi, c'est que je ne savais pas qu'une symphonie puisse autant reporter ma personne, reléguer mon nom dans la catégorie superflue, mais c'est pas grave. Et tu sais comme je n'ai pas cette culture sur les lèvres et à peine sur le bout de la langue. Tant de choses à rencontrer qu'il me semble reconnaître. Soudain je ne suis plus seul, une note inconnue et je sors plein de sa sensualité et pas encore mort, pour tout dire enfin rassuré. C'est aussi ton chant que j'ai écouté, que j'ai reconnu et que je tente d'exprimer. Seuls mes yeux peuvent encore dire, mais mon fouillis d'obsessions te fait vite comprendre l'énorme décalage. Ressentir ne fait pas le geste.

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e repasse mon linge, j'ai fais la poussière sur les vitres, j'ai raté mon poisson, je sens, heureux, l'amère douleur de l'appel vers le large espace. Ne t'inquiète pas, je me crée ce qu'il me faut. C'était juste pour te dire que je ne suis pas encore piégé par mes mythes.

 



 

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u es venu quand même après le souvenir d'un rêve de tempête au milieu d'une vaisselle. Tu es venu pour désamorcer une dimension de trop dans ton esprit, mais on l'a gardé quand même cette dimension de trop qui réclame parfois un dû qu'on ne saurait lui donner. L'ici-bas colle aux semelles et nous avons fait en sorte qu'il nous colle aux dents. Des téléphones traînent aussi, saturés de paroles. Il n'y a plus de place pour dire et les supports ont manqué. Seule subsiste une tonalité qui laisse autour d'elle, la large absence de ce qui est resté sur le cœur.

 

Premiers textes publiés de l'auteur. Sébastien Pagnier à 23 ans.

 

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