eux textes se précipitent et me donnent l'illusion d'un
choix à faire. Le premier serait confessionnel. Je dirais
les circonstances exactes dans lesquelles, ce matin, j'ai senti
surgir un malaise. Le deuxième serait au contraire une
description dont je m'effacerais totalement pour laisser s'écrire
la forme sobre d'une tasse de thé en porcelaine blanche.
Dans le premier, il serait question d'un ton de voix, j'y aurais
nommé une femme. Dans le deuxième, d'une présence
muette, dont la tasse découpe une part infime. Dans le
premier, j'aurais parlé d'un mauvais pressentiment, qui
m'aurait conduit aussitôt à le fuir en racontant
un souvenir d'enfance. Dans le deuxième, j'aurais laissé
simplement la tasse blanche recueillir la chaleur orangée
d'un bien-être possible. Dans le premier, je me serais mis
à compter les os de mon amour décharné. Dans
le deuxième, j'aurais demandé aux mates reflets
de porcelaine les comptes précis de ma disparition. Au
lieu de quoi, ni l'un, ni l'autre : l'archive d'une double possibilité
Georgy Katzarov