[Maria Galindo est une des figures de l'activisme bolivien (cf Dictatures dissimulées dans I/I). «Maman ne m'avait pas dit ça» est un court-métrage, réalisé par elle, dont nous reproduisons ici la bande-son, traduite par l'écrivain Jean-Philippe Cazier. Une façon pour nous de soutenir le combat de Maria Galindo.]

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La Fiancée

 

Nous apportons le pain pour nos enfants, et eux ils font quoi ?

Ils se grattent les couilles, comme ce salaud de Joaquin…

Je hais les hommes.

Moi aussi.

Nous sommes déjà deux !

Je ne peux pas être heureuse si je hais les hommes, si tout le temps je les déteste …

Pourquoi tu les détestes, les hommes ?

Ils m'ont toujours fait du mal, toujours ils m'ont fait du mal, ils en profitent parce que je suis seule…

Toi aussi tu les détestes ?

Oui.

Pourquoi ?

Ils m'ont maltraitée… Ils ne te reconnaissent aucune valeur, sauf lorsque tu les as quittés…

Les hommes sont irresponsables, non ?

Ils sont méchants, le plus grand nombre, ils font du mal à leur femme… Les hommes sont infidèles, traîtres… Avant le mariage ils sont gentils, tout sucre et tout miel, mais après…

Oui ils sont infidèles, ils veulent deux ou trois femmes…

Ils n'aiment pas leur femme. La femme travaille plus que l'homme : les enfants, la lessive, nettoyer encore et encore. L'homme, lui, débarque à la maison, il se sert et voilà, il rentre à la maison pour mettre les pieds sous la table.

Il y a du travail seulement pour les hommes, pourquoi ? Nous sommes pareilles aux hommes, égales, sauf, euh… ce qu'ils ont entre les jambes…

Les couilles !

Oui, pour eux nous ne valons rien… Puisque nous sommes des femmes alors nous ne valons rien… Et pour ça ils ne veulent pas que l'ont ait du travail, mais nous on a besoin d'avoir du travail, on a besoin de travailler pour nourrir nos enfants ou pour payer nos études, comme moi… Mais les hommes ne nous aident pas et on ne peut pas être de vraies citoyennes…

D'après toi, pourquoi est-ce que moi aussi je déteste les mecs ?

Pareil que pour moi, non ? Parfois je les hais, parfois je me dis qu'ils soient maudits, c'est pas vrai ?

Les hommes ne donnent aucune valeur à notre travail…

Je ne suis pas une fiancée abandonnée devant l'autel,
Je suis une enfant qui a leur cœur mutilé,
Mes sentiments, ils les ont détruits à coups d'acide, d'eau bouillante, à coups de venin,
Je ne suis pas une fiancée abandonnée devant l'autel, non,
Je hais les hommes, et c'est peut-être pour ça que je hais toutes ces choses belles qui sont en moi et qui jamais ne sortent à la lumière,
Pourtant j'ai besoin de les détester, pour survivre dans la rue,
J'ai besoin de leur mentir, de les tenir violemment à distance de moi,
Je hais les hommes et la haine que je ressens me protège de ceux qui voudraient à nouveau m'exploiter,
J'ai mes raisons pour les détester et je ne vais pas vous les expliquer,
C'est sûr, je ne suis pas heureuse, car la haine ne rend pas heureuse,
Et je ne suis pas libre, car la haine ne rend pas libre,
Mais je n'ai pas le choix, je ne connais pas d'autre moyen pour ne plus être blessée par eux,
Je ne connais pas d'autre moyen pour répondre à la vie

«… je ferme mes yeux,
mon sang brûle mes pensées,
et je le crois lorsqu'il me dit qu'il m'aime…»

Ils ne nous valorisent pas ni ce que nous leur apportons.

Ils m'ont battue, j'ai même des cicatrices…

Nous devons partager nos assiettes avec nos fils, pourquoi ? Tu partages et pourquoi ? Pour entretenir nos fils nous n'avons jamais profité de rien. Les grands-mères élèvent leurs petits-enfants car les mères doivent travailler. C'est vrai tout ça, c'est la vérité vraie…

«… je l'aimerai les yeux fermés,
aveuglément je l'aimerai,
je croirai ce qu'il promettra…»

Tu as raison ! Les hommes ne reconnaissent pas les sacrifices des femmes.

Ils n'assument pas leurs responsabilités et ciao, c'est nous qui devons le faire pour eux, ils s'enfuient et font pareil avec une autre femme…

Nous devons aller à l'autel et être vierges, et les mecs alors ?

Les hommes ne sont pas tous pareils, non, moi j'aime ma femme. Même si certains abandonnent femme et enfants, c'est vrai, moi j'aimerai ma femme jusqu'à ma mort. Pardon, mais nous ne sommes pas tous pareils…

Je hais ces hommes buveurs de bière…

Ils sont toujours ivres, sans rien foutre, pas une rame… Il vaudrait mieux qu'ils restent dans la rue…

«… ses baisers font chavirer le monde…»

«… et je le crois lorsqu'il me dit qu'il m'aime,
qu'il m'aimera toujours,
et même s'il me ment,
je le crois…
»

Pourquoi tu les détestes ?

Ils sont infidèles… des coureurs…

Oui, et parce qu'ils battent les femmes.

Ils sont mauvais avec nous, c'est pour ça.

«… je ferme mes yeux,
mon sang brûle mes pensées,
et je le crois lorsqu'il me dit qu'il m'aime...»

Je dois dire… hum… la vérité c'est que je ne ressens pas de haine.

Je ne t'ai jamais aimée, je regrette.

«… aveuglément je l'aimerai,
aveuglément je le suivrai,
je croirai ce qu'il promettra…»

 

 

 

 

 

 

 

La Narratrice

 


- Procureur : Ces faits ont porté atteinte à la morale et aux bonnes mœurs…
- Juge : Délits d'actes et de spectacles obscènes… Des hommes nus, entièrement nus, se laissaient peindre le sexe en public sous prétexte qu'il s'agissait de tourner une scène d'un film… De tels actes, inhabituels dans notre pays, ont provoqué l'intervention de la police. Pour cela vous êtes tous en état d'arrestation…

« … je t'aime quand même,
regarde,
je t'offre ceci…»

Bof, pour moi il n'y a là rien d'extraordinaire, je trouve ça normal, mais ça n'a pas plu aux gens, c'est sûr, tous ces hommes nus…

« … accuse-moi de ce qui te fait peur,
de ce qui te fait souffrir,
moi je te parle d'amour,
ville infidèle,
je t'ai confié ma vie,
mes secrets,
tout ce que je suis,
mais toi tu m'as menti et tu m'as trahi…»

De voir ça comme ça, en public, comme un spectacle, des hommes nus ils n'ont jamais vu, jamais, chez eux je ne sais pas comment c'est, comment ils vivent, ça doit être pire, je ne sais pas, c'est dur à expliquer…

- Femme : Quelle horreur !


« ...comme dans un mauvais feuilleton mexicain,
la coupable est toujours trop maquillée pour dissimuler sa faute,
et toi pareil tu m'as trahi… »

Pour moi c'est normal, j'ai vu ça au Brésil, les hommes se baladent avec leur truc, leur bazar, leur zigounette, ha ha ha !

Les gens disaient « ah ! oh ! tu as vu ? en couleur, en couleur ! rouge, vert ! on n'a jamais vu ça ! » ha ha ha ! je suis certaine que même chez eux ils n'ont jamais rien vu, ils font l'amour sans se regarder…

SPERME

J'ai toujours travaillé mais chez moi, je ne sortais presque jamais, mais ensuite j'ai pensé que mon fils avait besoin d'un meilleur endroit pour grandir, et donc j'ai dû devenir indépendante, je suis sortie de chez moi pour le commerce et tout le reste, et là j'ai vu des trucs, des trucs que je n'aurais pas dû voir…

«…regarde ce que tu as fait…»

- Si ça ne vous plait pas, rentrez chez vous !
- Homme : Va te faire enculer !
- Homme : Tout ça est immoral, répugnant, allez vous faire foutre, sales putes de merde !
- Vous avez déjà fait l'amour sans voir le corps de l'homme ?

Ah non, je ne l'ai pas vu nu, lui non, en fait, lui oui il m'a vu, mais moi à lui jamais, jamais complètement nu, c'est secret pour nous…

- Policier : C'est interdit, madame.
- Non ça n'est pas interdit. Qui nous accuse ?
- Policier : Des centaines de gens.
- Qui nous accuse ?

«…accuse-moi de ce qui te fait peur,
de ce qui te fait mal,
moi je ne te parle que d'amour…»

Surtout ils ne voulaient pas voir ces mecs à poil, ha ha ha ! ça les terrorisait, pourtant je pense que chez eux, dans les maisons on doit bien voir ça, non ? moi je n'ai presque pas vécu avec le père de mes enfants, mais bon, ça doit faire peur, le truc, ou bien ça doit être joli, je ne peux pas dire…

Mais les hommes ont réagi, bien sûr, ça serait difficile pour eux d'avoir envie de voir un homme nu, non ? ha ha ha ! pour eux, s'il s'agit de voir une femme qui se déshabille, alors là oui, à fond ils vont être pour, mais un homme, alors ça pas question, ils n'ont pas l'habitude, c'est la première fois, il faudrait en voir plein, là-haut, aux fenêtres, ils étaient tous à regarder, comme au cinéma, ils regardaient, tous aux fenêtres…

- Foule : Dégagez, dégagez, sales putes de merde, foutez le camp !

« … moi je te parle d'amour,
mais toi tu m'as trahi…»

- Foule : Foutez le camp !
- Foule : Non, laissez-les, laissez-les !
- Foule : Dégage abruti, ils n'ont rien fait, laissez-les !

Il lui a dit « rhabille-toi nom de Dieu, comment tu peux montrer ta… ta bite en public »…

Oui, on est encore un peu sous le choc, à cause des mauvais traitements de la police

- Qu'a fait la police ?

Ils ont frappé avec des matraques, à coups de pied…

- Qui a été frappé ?

Ils ont frappé ceux qui étaient nus, vous aussi j'ai vu ils vous ont attrapée violemment, ils vous ont brutalisée, c'était la bagarre, j'ai essayé de défendre une autre femme, et puis ils vous ont embarqué et les autres aussi…

La police est arrivée, ils mettent toujours des amendes mais des fausses amendes, je n'ai jamais été amenée au poste, mais j'ai toujours un peu peur de la police, ce qu'il voulait c'était frapper et frapper, comme des soldats, ils se prenaient pour des soldats, ils abusent de leur pouvoir, si j'avais pu, si j'étais un homme, je crois que je me serais bagarré avec eux, jusqu'au sang, en fait ce sont des machos…

- Femme : Comment on peut faire des trucs pareils dans la rue ? Il y a des enfants !
- Jeune fille : Mais oui, ils étaient nus ! Dans la rue !
- Homme : Et ce que tu vois à la télé alors ?
- Jeune fille : Mais je ne regarde pas ce genre de trucs, Monsieur, pas même des gens en sous-vêtements !
- Femme : Mais pas dans la rue ! Quelle honte !
- Homme : Au moins ils n'ont pas honte, c'est bien…
- Jeune fille : Comment ça c'est bien ? Et si votre fille était ici, ce serait bien aussi ?

Oui, c'est bien, les jeunes passent leur temps à faire de longues études, pour savoir des choses, bon, mais là ça n'est pas nécessaire, c'est bien, c'est rapide, tout à coup les jeunes apprennent qu'il faut savoir se défendre, se protéger, comment dire ?, qu'il ne faut pas craindre le fait que quelqu'un ait un sexe, qu'est-ce que j'en sais…

«… je t'aime quand même,
accuse-moi de ce qui te fait peur,
de ce qui te fait souffrir,
moi je ne te parle que d'amour,
ville infidèle…»

- Homme : La vieille là je la baisais…

«… et toi tu m'as menti,
tu m'as trahi…»

- Jeune fille : C'est des cochonneries
- Femme : Non, c'est pas des cochonneries…
- Textes écrits sur les murs d'une cellule de prison où sont enfermées des femmes :

Fils de hyène,
Fils de pute,
Ta mère est une putasse,
Fils de pute,
Tu es le fils de personne,
Fils de pute…

C'est du machisme, rien d'autre, ils ont débarqué, avec toute leur force, ils sont venus direct pour vous tabasser, et moi je vois bien que c'est du machisme, parce que contre ça on ne peut rien faire, on ne peut que s'écraser et s'humilier encore davantage…

Celui qui a du fric peut sortir d'ici sans problème,
Celui qui n'en a pas reste seul avec sa peine,
Les flics sont des chiens,
Les flics sont corrompus,
Les flics sont des fils de putes,
Nous n'avions jamais imaginé nous retrouver ici et nous avons très peur,
C'est une expérience difficile, que je n'aurais jamais pensé vivre, on ne peut se fier à personne,
Sales flics, enfants mal nés qui n'auraient jamais dû naître,
Les flics sont des branleurs,
Pour tous les systèmes machistes et fascistes la femme est une pute – que meurent les systèmes et que vivent les putes !

- Nous allons lutter pour défendre notre droit à vivre librement dans la rue.
- Juge : N'ayant rien de plus à ajouter, l'audience est levée…

«… je t'ai confié ma vie,
mes secrets,
tout ce que je suis,
mais toi tu m'as menti et tu m'as trahi…»

 

 

 

 

 

 


La Religieuse


La Religieuse dresse un autel sur une place publique, devant l'église San Francisco, en plein cœur de La Paz.

Je suis une femme, je suis née libre,
Mes péchés ont étés rachetés par ce qu'a fait une autre femme,
Je suis une femme, je me réapproprie mes propres chemins,
Mes pieds sont plus fermes sur cette terre que je revendique pour moi, cette terre dont je m'approprie une parcelle, une parcelle pour moi seule, cette terre dans laquelle je cultive mes propres idées, mes propres émotions, pour pouvoir récolter ma propre place dans ce monde, tous les projets auxquels j'aspire, mon propre espace entre ciel et terre,
Femme je suis, libre je suis,
Mes péchés ont été rachetés par ce qu'a fait une autre femme,
Je suis une femme, je me réapproprie mes propres chemins,
Mes pieds sont plus fermes sur cette terre que je revendique pour moi,
Je me réapproprie mon propre corps, le lieu exact de mes émotions…

Devant la Religieuse est posé un crucifix noir sur lequel sont fixées, d'un coté et de l'autre, deux statuettes rouges représentant l'une un Christ homme, l'autre un Christ femme.

- Homme (s'emparant du crucifix) : Tout ça c'est pour ridiculiser…
- Homme : Qu'est-ce que ça signifie ?
- Non, on ne veut rien ridiculiser.
- Homme : On va détruire tout ça…
- Femme : Allons-y, démontons tout…
- Homme : Vous portez atteinte aux bonnes mœurs…
- Femme (examinant le crucifix) : C'est quoi ce truc horrible ?
- Femme : Mais enfin, quel sens ça peut avoir ?
- Femme : Il faut tout enlever…
- Homme : Il faut un psy pour les soigner !
- Femme : Mais non, laissez-les faire, laissez-les, on verra bien…
- Homme : Il y a des limites tout de même !

Je sais ce que j'ai à faire, je fais ce que j'ai à faire, proclamant…

- Femme : Va t'exhiber au zoo !
- Prêtre (de l'église San Francisco) : Ils font un film, il s'agit d'un film, laissons-les faire leur film. C'est une actrice, je ne vais pas m'y mettre moi aussi à faire ce qu'elle fait…

Femme je suis…

- Homme : Dans ce pays on respecte l'Eglise !
- Prêtre (de l'église San Francisco) : Mais non, ça n'est pas immoral. Ce qu'ils veulent c'est, par un acte concret, exprimer leur opposition à l'Eglise catholique. Que l'Eglise catholique pense différemment d'eux, c'est une autre question. Mais chacun son opinion…
- Femme : Mais pourquoi faire ça devant l'église San Francisco ?
- Prêtre : Parce que c'est un symbole de La Paz…

Oui, ce qu'a fait une autre femme,
Je suis une femme, je me réapproprie mes propres chemins,
Mes pieds sont plus fermes sur cette terre que je réclame pour moi,
Je prends possession de mon propre champ…

Frères et sœurs, soyez les bienvenus sur cette place qui aujourd'hui devient un temple.
La messe que nous allons célébrer aujourd'hui aura une valeur et un sens très particuliers – il s'agira de la première messe que je célébrerai…
Nous célébrerons cette messe au nom de la Mère, de la Fille et de la Nature.
Cette messe célébrera le rire joyeux, car le rire n'est ni diabolique ni dangereux.
Le rire est l'expression d'une âme libre.

La Religieuse lit un extrait de Saint Luc (12, 1-4) :
« Ils étaient réunis par milliers et Jésus leur dit : Méfiez-vous de l'hypocrisie des pharisiens. Tout sera connu, tout ce que vous direz dans l'ombre sera connu au grand jour. Je vous le dis, n'ayez pas peur de ceux qui tuent le corps car ils ne peuvent rien de plus contre vous ».

C'est la parole du Seigneur. Gloire à toi Seigneur Jésus !

Je veux dire ici que dans notre société, et c'est lamentable, existent des femmes qui se font complices du silence qui recouvre toutes les atrocités subies par les femmes,
toutes les atrocités que l'on fait subir aux femmes,
toutes les souffrances que vivent chaque jour les petites filles,
que vivent chaque jour les femmes dans leur propre maison,
les femmes dans la rue,
les femmes religieuses…
Ce que nous retenons de cet Evangile c'est que rien ne peut demeurer caché,
et en disant cela je me réfère aux humiliations,
aux viols,
aux discriminations,
aux multiples souffrances que vivent les femmes.
Tout cela ne peut pas rester impuni et heureusement qu'existent aussi des femmes qui risquent leur propre vie pour mettre en pleine lumière ces vérités,
qui combattent leur propre peur,
cette peur qui est la peur même de notre société,
la peur que ressent notre société.
Chacune d'entre nous doit avoir le courage de s'emparer de la peur et du silence pour briser cette peur et ce silence,
pour ne plus être des bourreaux complices de nos souffrances,
pour pouvoir dire enfin ce que nous pensons,
avec force,
ce que nous pensons en tant que femmes.
Beaucoup de femmes l'ont fait,
beaucoup de femmes sont fortes,
et au grand jour soyons fortes pour faire sortir de l'ombre la vérité qui se cache…

Je crois en toutes les femmes créatrices, créatrices anonymes à travers le monde, car elles participent de la divinité,
je crois en toutes celles qui prennent le risque de vivre au grand jour,
je crois en la solidarité des groupes d'amies, la solidarité qui nous rend tous et toutes réellement frères et sœurs,
je crois en notre droit de nous révolter et de ne croire en aucune Eglise,
je crois en tous ceux qui aiment et je crois en moi car je suis aimée…

La Religieuse, présentant l'hostie :
Dans la pénombre,
le tenant dans ses bras pour la première fois dans la pénombre de l'étable,
après la souffrance, le sang et les cris,
la femme dit :
ceci est mon corps,
ceci est mon sang.
Le tenant dans ses bras pour la dernière fois,
sous une pluie fine,
au pied de la croix,
après la souffrance,
le sang et la mort,
la femme dit :
ceci est mon corps,
ceci est mon sang,
et elle eut raison de dire cela malgré l'interdiction qui lui avait été faite de le dire.
En son nom,
au nom de Marie, femme transgressive et révolutionnaire,
au nom de Marie fille-mère,
je consacre le corps et le sang du Christ.

Communion :
Je suis une femme, je suis née libre,
Mes péchés ont étés rachetés par ce qu'a fait une autre femme,
Je suis une femme, je me réapproprie mes propres chemins,
Mes pieds sont plus fermes sur cette terre que je revendique pour moi, cette terre dont je m'approprie une parcelle, une parcelle pour moi seule, cette terre dans laquelle je cultive mes propres idées, mes propres émotions, pour pouvoir récolter ma propre place dans ce monde, tous les projets auxquels j'aspire, mon propre espace entre ciel et terre.

Au nom de la Mère et du Père,
au nom du Fils et de la Fille,
au nom de l'Esprit Saint et de la Nature,
Amen.
Que Dieu nous bénisse toutes et tous.
Allons en paix…

Je suis une femme, je suis née libre
par ce qu'a fait une autre femme…




 

"Maman ne m'avait pas dit ça ", un texte de Maria Galindo, adapté et traduit de l'espagnol par Jean-Philippe Cazier

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Du même auteur dans Inventaire/Invention :.. Dictatures dissimulées (Rien d'extraordinaire)




Maria Galindo,
"Maman ne m'avait pas dit ça"
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