La Fiancée
Nous apportons le pain pour nos enfants, et eux ils font quoi ? Ils se grattent les couilles, comme ce salaud de Joaquin Je hais les hommes. Moi aussi. Nous sommes déjà deux ! Je ne peux pas être heureuse si je hais les hommes, si tout le temps je les déteste Pourquoi tu les détestes, les hommes ? Ils m'ont toujours fait du mal, toujours ils m'ont fait du mal, ils en profitent parce que je suis seule Toi aussi tu les détestes ? Oui. Pourquoi ? Ils m'ont maltraitée Ils ne te reconnaissent aucune valeur, sauf lorsque tu les as quittés Les hommes sont irresponsables, non ? Ils sont méchants, le plus grand nombre, ils font du mal à leur femme Les hommes sont infidèles, traîtres Avant le mariage ils sont gentils, tout sucre et tout miel, mais après Oui ils sont infidèles, ils veulent deux ou trois femmes Ils n'aiment pas leur femme. La femme travaille plus que l'homme : les enfants, la lessive, nettoyer encore et encore. L'homme, lui, débarque à la maison, il se sert et voilà, il rentre à la maison pour mettre les pieds sous la table. Il y a du travail seulement pour les hommes, pourquoi ? Nous sommes pareilles aux hommes, égales, sauf, euh ce qu'ils ont entre les jambes Les couilles ! Oui, pour eux nous ne valons rien Puisque nous sommes des femmes alors nous ne valons rien Et pour ça ils ne veulent pas que l'ont ait du travail, mais nous on a besoin d'avoir du travail, on a besoin de travailler pour nourrir nos enfants ou pour payer nos études, comme moi Mais les hommes ne nous aident pas et on ne peut pas être de vraies citoyennes D'après toi, pourquoi est-ce que moi aussi je déteste les mecs ? Pareil que pour moi, non ? Parfois je les hais, parfois je me dis qu'ils soient maudits, c'est pas vrai ? Les hommes ne donnent aucune valeur à notre travail Je ne suis pas une fiancée abandonnée
devant l'autel, «
je ferme mes yeux, Ils ne nous valorisent pas ni ce que nous leur apportons. Ils m'ont battue, j'ai même des cicatrices Nous devons partager nos assiettes avec nos fils, pourquoi ? Tu partages et pourquoi ? Pour entretenir nos fils nous n'avons jamais profité de rien. Les grands-mères élèvent leurs petits-enfants car les mères doivent travailler. C'est vrai tout ça, c'est la vérité vraie «
je l'aimerai les yeux fermés,
aveuglément je l'aimerai, je croirai ce qu'il promettra » Tu as raison ! Les hommes ne reconnaissent pas les sacrifices des femmes. Ils n'assument pas leurs responsabilités et ciao, c'est nous qui devons le faire pour eux, ils s'enfuient et font pareil avec une autre femme Nous devons aller à l'autel et être vierges, et les mecs alors ? Les hommes ne sont pas tous pareils, non, moi j'aime ma femme. Même si certains abandonnent femme et enfants, c'est vrai, moi j'aimerai ma femme jusqu'à ma mort. Pardon, mais nous ne sommes pas tous pareils Je hais ces hommes buveurs de bière Ils sont toujours ivres, sans rien foutre, pas une rame Il vaudrait mieux qu'ils restent dans la rue «
ses baisers font chavirer le monde
»
« et je le crois lorsqu'il me dit qu'il m'aime, qu'il m'aimera toujours, et même s'il me ment, je le crois » Pourquoi tu les détestes ? Ils sont infidèles des coureurs Oui, et parce qu'ils battent les femmes. Ils sont mauvais avec nous, c'est pour ça. «
je ferme mes yeux,
mon sang brûle mes pensées, et je le crois lorsqu'il me dit qu'il m'aime...» Je dois dire hum la vérité c'est que je ne ressens pas de haine. Je ne t'ai jamais aimée, je regrette. «
aveuglément je l'aimerai,
aveuglément je le suivrai, je croirai ce qu'il promettra »
La Narratrice
«
je t'aime quand même,
regarde, je t'offre ceci » Bof, pour moi il n'y a là rien d'extraordinaire, je trouve ça normal, mais ça n'a pas plu aux gens, c'est sûr, tous ces hommes nus «
accuse-moi de ce qui te fait peur,
de ce qui te fait souffrir, moi je te parle d'amour, ville infidèle, je t'ai confié ma vie, mes secrets, tout ce que je suis, mais toi tu m'as menti et tu m'as trahi » De voir ça comme ça, en public, comme un spectacle, des hommes nus ils n'ont jamais vu, jamais, chez eux je ne sais pas comment c'est, comment ils vivent, ça doit être pire, je ne sais pas, c'est dur à expliquer - Femme : Quelle horreur ! « ...comme dans un mauvais feuilleton mexicain, la coupable est toujours trop maquillée pour dissimuler sa faute, et toi pareil tu m'as trahi » Pour moi c'est normal, j'ai vu ça au Brésil, les hommes se baladent avec leur truc, leur bazar, leur zigounette, ha ha ha ! Les gens disaient « ah ! oh ! tu as vu ? en couleur, en couleur ! rouge, vert ! on n'a jamais vu ça ! » ha ha ha ! je suis certaine que même chez eux ils n'ont jamais rien vu, ils font l'amour sans se regarder SPERME
J'ai toujours travaillé mais chez moi, je ne sortais presque jamais, mais ensuite j'ai pensé que mon fils avait besoin d'un meilleur endroit pour grandir, et donc j'ai dû devenir indépendante, je suis sortie de chez moi pour le commerce et tout le reste, et là j'ai vu des trucs, des trucs que je n'aurais pas dû voir «
regarde
ce que tu as fait
»
- Si ça ne vous plait pas, rentrez chez vous
! Ah non, je ne l'ai pas vu nu, lui non, en fait, lui oui il m'a vu, mais moi à lui jamais, jamais complètement nu, c'est secret pour nous - Policier : C'est interdit, madame. «
accuse-moi
de ce qui te fait peur,
de ce qui te fait mal, moi je ne te parle que d'amour » Surtout ils ne voulaient pas voir ces mecs à poil, ha ha ha ! ça les terrorisait, pourtant je pense que chez eux, dans les maisons on doit bien voir ça, non ? moi je n'ai presque pas vécu avec le père de mes enfants, mais bon, ça doit faire peur, le truc, ou bien ça doit être joli, je ne peux pas dire Mais les hommes ont réagi, bien sûr, ça serait difficile pour eux d'avoir envie de voir un homme nu, non ? ha ha ha ! pour eux, s'il s'agit de voir une femme qui se déshabille, alors là oui, à fond ils vont être pour, mais un homme, alors ça pas question, ils n'ont pas l'habitude, c'est la première fois, il faudrait en voir plein, là-haut, aux fenêtres, ils étaient tous à regarder, comme au cinéma, ils regardaient, tous aux fenêtres - Foule : Dégagez, dégagez, sales putes de merde, foutez le camp ! «
moi je te parle d'amour,
mais toi tu m'as trahi » - Foule : Foutez le camp ! Il lui a dit « rhabille-toi nom de Dieu, comment tu peux montrer ta ta bite en public » Oui, on est encore un peu sous le choc, à cause des mauvais traitements de la police - Qu'a fait la police ? Ils ont frappé avec des matraques, à coups de pied - Qui a été frappé ? Ils ont frappé ceux qui étaient nus, vous aussi j'ai vu ils vous ont attrapée violemment, ils vous ont brutalisée, c'était la bagarre, j'ai essayé de défendre une autre femme, et puis ils vous ont embarqué et les autres aussi La police est arrivée, ils mettent toujours des amendes mais des fausses amendes, je n'ai jamais été amenée au poste, mais j'ai toujours un peu peur de la police, ce qu'il voulait c'était frapper et frapper, comme des soldats, ils se prenaient pour des soldats, ils abusent de leur pouvoir, si j'avais pu, si j'étais un homme, je crois que je me serais bagarré avec eux, jusqu'au sang, en fait ce sont des machos - Femme : Comment on peut faire des trucs
pareils dans la rue ? Il y a des enfants ! Oui, c'est bien, les jeunes passent leur temps à faire de longues études, pour savoir des choses, bon, mais là ça n'est pas nécessaire, c'est bien, c'est rapide, tout à coup les jeunes apprennent qu'il faut savoir se défendre, se protéger, comment dire ?, qu'il ne faut pas craindre le fait que quelqu'un ait un sexe, qu'est-ce que j'en sais «
je t'aime quand même,
accuse-moi de ce qui te fait peur, de ce qui te fait souffrir, moi je ne te parle que d'amour, ville infidèle » - Homme : La vieille là je la baisais «
et toi tu m'as menti,
tu m'as trahi » - Jeune fille : C'est des cochonneries Fils de hyène, C'est du machisme, rien d'autre, ils ont débarqué, avec toute leur force, ils sont venus direct pour vous tabasser, et moi je vois bien que c'est du machisme, parce que contre ça on ne peut rien faire, on ne peut que s'écraser et s'humilier encore davantage Celui qui a du fric peut sortir d'ici
sans problème, - Nous allons lutter pour défendre notre droit
à vivre librement dans la rue. «
je t'ai confié ma vie,
mes secrets, tout ce que je suis, mais toi tu m'as menti et tu m'as trahi »
Je suis une femme, je suis née libre, Devant la Religieuse est posé un crucifix noir sur lequel sont fixées, d'un coté et de l'autre, deux statuettes rouges représentant l'une un Christ homme, l'autre un Christ femme. - Homme (s'emparant du crucifix) : Tout
ça c'est pour ridiculiser
Je sais ce que j'ai à faire, je fais ce que j'ai à faire, proclamant - Femme : Va t'exhiber au zoo ! Femme je suis - Homme : Dans ce pays on respecte l'Eglise
! Oui, ce qu'a fait une autre femme, Frères et surs, soyez les bienvenus
sur cette place qui aujourd'hui devient un temple. La Religieuse lit un extrait de Saint Luc (12, 1-4)
: C'est la parole du Seigneur. Gloire à toi Seigneur Jésus ! Je veux dire ici que dans notre société,
et c'est lamentable, existent des femmes qui se font complices du silence
qui recouvre toutes les atrocités subies par les femmes, Je crois en toutes les femmes créatrices,
créatrices anonymes à travers le monde, car elles participent
de la divinité, La Religieuse, présentant l'hostie : Communion : Au nom de la Mère et du Père, Je suis une femme, je suis née libre
"Maman ne m'avait pas dit ça
", un texte de Maria Galindo, adapté et traduit
de l'espagnol par Jean-Philippe Cazier
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Du même auteur dans Inventaire/Invention :.. Dictatures dissimulées (Rien d'extraordinaire)
Maria Galindo, "Maman ne m'avait pas dit ça" © Les amis d'Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2003 w w w . i n v e n t a i r e - i n v e n t i o n . c o m
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