Extrait


'adore entendre le son d'une
voix qui s'émoustille
voir des yeux s'embuer
voir qu'un homme se déploie soudain en
grandes ailes de souris chauve

fond sur sa proie

1/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


et le cul est offert


 

 

2/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 


pourquoi est-ce que tu ne prends pas
la fille à tes côtés
est-ce que tu danses
est-ce que tu aimes mordre
est-ce que les femmes te font l'effet de barques
aux ailes déployées
ou de drapeaux en berne
sur la mer morte de la ville

 

 

3/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

j'aime la violence à dévêtir quelqu'un
au fond des yeux

fond sur sa proie

comme le couteau
le carnassier

 

 

 

4/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

aujourd'hui j'endosserai ma peau de latex
mes jambes seront des lianes silencieuses
et je viendrai au nom des fauves
vous enculer dans vos cages incertaines
égratigner vos signatures

pour recoller ce que je suis aux morceaux
de la ville
aux membres toujours épars
de vos charognes décomposées


 

5/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 


égratigner vos signatures

mon corps à réchauffer contre
vos corps

vos bouches à mordre contre
ma bouche avide

faire le bilan
comme un crachat

 

6/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

non
l'argent n'est pas un désir de l'enfance

le soir avait déjà empli les coupes
et nos lèvres débordaient
ivres du vin terrible d'aller contre
l'oubli

 

 

 

7/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

moi je danse sur les tables
il y a des rêves mécaniques
qui se détraquent
des souvenirs qui sonnent
des gestes articulés sans le son de la voix

l'ébauche

mais la débauche
l'envers de tant d'impossibles possibles



 
8/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et toujours solitaire
arpenter les rues de la ville
finir comme le vin silencieux dans
le fond d'un tonneau

 

 


 

 

9/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

l'ivresse me fait marcher la
tête en bas
les rues sont noires de ciel
comme des bouches épaisses

et moi
engrossée de tant de ciels noirs
j'attends la délivrance


 



10/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

l'ivresse qu'un homme a bue une fois
dans mes cheveux
le fleuve qui me fait me sentir
et couler solitaire
exploser
irradier

les nuits qui sont mêlées de jours
qui portent à faux
les dégoûts
les combats

 

11/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

existe-t-il un homme pour renoncer à son destin

 




 
12/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et vous les femmes
petites et grandes
pleines de seins et de culs
et de désirs si lents à s'émouvoir
pleines de bouches pour briller
pour voir tous les oiseaux de carnaval
toutes les envies peintes
tous les masques
les paillettes

un grand bal qui a froid

 

13/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

est-ce que le souffle est court
quand on chatouille par là
est-ce qu'il n'y a pas des jungles
et des cris plus sauvages
des monstres à vos envies
des singes à vos poignets
des chevilles en silence
et plus haut des cascades faites de
tant d'or impur

 



14/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

j'aime les voix
qui ont la nonchalence de
précipiter
les voix qui rejoignent les yeux
les yeux qui chantent la voix élevant
le désir enroué de la plainte



 

 


15/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et le temps
comme une bouche enclose qui pénètre le
temps
le temps de rouler dans des yeux
de s'ébattre
éclabousser
de sauter rire crier
se sentir chevauchée quand la vitesse éclate
lorsqu'elle devient plaisir
qu'elle n'est plus seulement feinte


 

16/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

je dépèce une à une les peaux
et je retrouve ainsi le sel
des océans
et l'ardeur
et la soif
je comprends le désir sous la lune
les loups qui hurlent la nuit
les ombres les sabbats
les rondes autour des pierres
et la féminité qui relie l'homme au sang


 

17/18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

il n'y a pas de magie mais le négatif
d'un monde

et ce qui se défait
dans tes yeux je le bois

Agnès Cazorla

Publications en revues : Cargo n°16 et Duelle, septembre 2000

 

 

18/18