u'est-ce que j'écris lorsque j'écris ? du réel. Pourquoi est-ce que j'écris ? En partie au moins, pour éprouver à nouveau l'effet de réel, cette fois comme une fiction, c'est-à-dire de manière décalée, et avant tout décalée dans le temps. Parce que pour moi, réduit au minimum, l'effet de fiction est issu d'un décalage temporel, est un décalage temporel : voici ce que j'ai vécu, ressenti, aimé, haï etc. mais passé au filtre et au tamis du temps, de la flèche même du temps qui par
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essence, transforme l'expérience, même le plus imperceptiblement possible, et ce avant même, si nécessaire, si c'est ce que je désire, de le transposer sur une éventuelle autre scène, ou dans un autre monde, délibéré cette fois, de fiction.

Le premier "travail de la fiction" (c'est-à-dire là où la fiction travaille, lorsque "je" la travaille) serait donc celui, laminant parfois, enrichissant souvent, agréable, du Temps. Comme si écrire était d'abord polir le temps pour en faire surgir non pas seulement (et parfois même, pas du tout) de l'histoire, mais tout simplement, une histoire (une "petite", celle des sentiments, des émotions, de la manière dont elles participent à la construction du réel, de la fiction, du réel, de la fiction, du re…), par bribes, fragments et autres saisissements, jusqu'à peut-être une continuité "chronologique" (mais encore faut-il se demander de quel temps s'agit-il, de celui "hors-temps" de l'inconscient, ou du temps plus conscient du courant des émotions, ou encore de celui, plus spécifique, de l'écriture, de la mise en
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mots ?), ou tout au moins (tout au plus aussi parfois) à une disposition temporelle satisfaisante. Car l'histoire n'est pas (uniquement) la chronologie, elle est (peut être) seulement du temps, et du temps raturé, morcelé, arrêté (dans le fantasme, car en réalité, il continue, irrévocablement), reconstitué, révolu et "révolutionné", intimidé ou noirci, ou lumineux et parfois dans l'étonnement d'une évidence, du temps recréé par la fiction qui lui sert de cadre.

Remodeler-sculpter le réel, donc, lui fournir aussi un cadre qui peut être seulement une forme, voire un format, c'est-à-dire le "dé-caler", (le bousculer en quelque sorte) pour recréer du réel, une fiction, une fiction qui devient réelle parce que toute fiction, au moment même où on l'écrit, est réelle. (S'interroger sur la forme. Chercher son sens, ses limites).

Après, cela dépend. (Qui peut prétendre détenir la "réelle" vérité ? Une vérité est déjà souvent bien lourde à porter, alors une à la fois s'il vous plaît,
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ou procédons par étapes, ou encore, à l'instar de Novarina, ne parlons plus de compréhension, mais bien plutôt de "saisissement" du réel, unique mode de "compréhension" possible) : "Nous ne pouvons comprendre toute la vérité : mais nous pouvons parfois comme la saisir sans la prendre, tendre nos mains mentales : nous saisissons et nous sommes saisis. Rien ne peut être entièrement compris par nous ; mais nous pouvons, en pensée, mimer le mouvement de saisir. Saisir sans prendre." (Notre parole (1988))

Autrement dit, écrire pour (re)trouver du sens. Tant le temps qui passe a besoin d'être contredit pour être vécu, dit pour être vivable, re-passé/pensé (c'est-à-dire, en son mouvement même, aboli) pour …passer, et recommencer, pour continuer (à moins que ce ne soit continuer pour recommencer, mais il me semble que, justement, c'est ce que j'essaie d'éviter, tout au moins lorsqu'il s'agit de la répétition du même (mal)).
DU RÉEL IVRE

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UN réel, DU réel ? Ou quoi ? Et qu'est-ce que c'est que ça d'abord, que le réel ? Ce qu'on éprouve, ce qu'on voit, ce qu'on pense, ce qu'on sent, ce qu'on peut toucher, ce qu'on croit ? Tant le réel, non plus, n'est pas réel, parfois pas plus réel que ce qu'on dit qui ne l'est pas, (les ressentis, les flous, certaines croyances, c'est-à-dire tous lieux où se croisent une ou plusieurs subjectivités, écartant peu ou pour l'objectivité indiscutable du moment) mais dérisoire, en même temps qu'impitoyable, ou magnifique. D'ailleurs, s'agit-il de notre réel, ou du réel des autres ? Où commence le mien et celui des autres ? Ma réalité est une fiction pour d'autres, et souvent réciproquement, malheureusement (parfois aussi heureusement, tant ce type de séparation peut jouer comme une protection invisible, mais essentielle à certains moments). Le réel est autre, le rêve ? Mais le rêve n'est pas réel, ou si ? Fiction de toi que j'imagine à mon image (quelle prétention, tout de même…), ou réalité d'un autre, qui rêve que tout cela n'est pas réel. En tout cas, conjonctions, confusions, projections, gouffres et insaisissables, matières de la fiction…qui doit pour être crue se faire passer pour réelle
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alors que probablement, elle l'est déjà…Croire au réel de la fiction, tout est là, en effet, me semble-t-il, et laisser passer le temps pour ne plus y croire absolument, dans le figement de la sidération, et continuer à avancer, à écrire, peut-être.

Fiction de réel, tu ne me crois pas, je te dis que j'imagine, ce que j'imagine est-il réel ou fictionnel ? Je ne connais plus la limite et Je tangue. J'aimerais croire que tout cela n'est pas vrai, je crois seulement qu'autre chose, l'est, aussi, c'est déjà ça. Non ?

Ou bien de ce réel, je ne veux pas. Je ne peux pas supporter ce réel, je ne crois pas que ce soit réel, ça ne l'est pas, c'est faux. Est-ce que les notions de vrai ou faux ont à voir avec le réel, ou l'imaginaire ? Le réel est, mais qu'est-ce qui est ? Alors j'écris autre chose, ou ailleurs. Je crée de la fiction masque, qu'il sera toujours loisible de décrypter plus tard, enfin on verra bien. En tout cas trouver une autre façon de dire, moins brutale que la
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parfois extrêmement brutale réalité des choses,
Des vies

Mais je ne sais pas toujours être moins brutale. J'essaie cependant.

Ce que je sens, ce que je vois, ce que je sais, ce que j'apprends…

Sensation d'irréel, pure fiction tant ma révolte est grande devant tant d'horreurs réelles, révulsion, répulsion réflexe archaïque devant tant d'horreurs, refuge dans la fiction…Matière aussi de la fiction car c'est peut-être justement cela qu'il faudrait arriver à dire…

et je chute, de réel en réel, tant la fiction me renvoie, parfois, à ma propre "matérialité", réalité, ou immatérialité tant il m'arrive aussi de me sentir rien.
Au milieu de tant d'événements, Réels.

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et je suis ivre
SURRÉEL ? De la réalité.

Peut-être faut-il établir un lieu pour abriter la fiction. Un cadre suffit-il ? Imaginons qu'un lieu soit nécessaire, où le situerions-nous ? Quelque part, sûrement, entre le réel et l'imaginaire, bien que nous l'ayons dit, la frontière soit très floue. Au-dessus du réel ? Où est-ce ? (Quelque chose dans le ciel, pourquoi pas, dans le bleu du ciel et dans le blanc du ciel, de la page, qui n'en finit pas de s'étirer, de s'allonger, comme le temps à l'état absolu ne peut pas le faire, ou bien encore ailleurs, dans des lieux indéfinissables où se croisent et se correspondent tous les sens, (dans tous les sens du termes, mais là encore, où serait la frontière entre le réel et cette autre chose qu'écrire s'acharne à poursuivre, tente de suivre, écrit et réécrit sans cesse ?).

Car existe-t-il autre chose que du réel ? Est-ce que tout n'est pas, y compris la fiction, du réel ? Évidemment, à raisonner ainsi, on n'en finirait

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pas…Il n'empêche, POUR MOI CE QUI EST RÉEL EST CE QUE JE CROIS RÉEL. Ecrire devient alors une exploration du domaine de mes croyances et de mes certitudes. Alors du "surréel"…une autre fiction, réelle ?




REEL (Fiction). Effet de réel. / Louise Brun

 

 


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