Je marchais le long des rues adjacentes, dans un décor
post-industriel assez morne. Et là, je suis tombé sur la
21ème rue, autant dire la porte d'entrée de la
cité HLM. Un panneau bleu ciel, bariolé d'orange indique
«NYCHA. WELCOME TO QUEENSBRIDGE HOUSES.» Le NYCHA (New York
City Housing Authority) est l'équivalent américain de notre
OPAC, étrangement opaque d'ailleurs. Ainsi donc, ce panneau souhaite
la bienvenue au visiteur que je suis. Comment décrire QB (nom affectueusement
donné au «quartier» par ses habitants) à des
personnes qui n'y ont jamais mis les pieds. Les tours de QB rappellent
parfois les bâtiments marron de la Cité des Courtilières,
quand on sort du métro Fort d'Aubervilliers. Je n'ai pas mené
d'investigations mais je suis persuadé que l'architecte français
s'est inspiré de ce genre de construction, briques brunes, gazon,
fortement prisé outre-atlantique, en matière de logement
social. Bref, je suis à Queensbridge, construite en 1939, située
à Long Island City, dans le Queens. Du toit d'une des tours, on
se prend l'opulence de Manhattan en pleine gueule. Queensbridge est pauvre.
C'est un project, l'équivalent d'un HLM. À 70% peuplée
de Noirs, QB a la réputation
d'être une des cités les plus dures du Queens. À quelques minutes de là, Astoria Houses semble déjà moins déshéritée. À 20 minutes, on peut rentrer dans Lefrak City (du nom du milliardaire Samuel Lefrak), belliqueusement surnommée Irak par ses habitants. Parce que les détonations d'armes à feu y sont courantes. C'est à Queensbridge que réside Ray Normandeau, parfait
«Caucasien» de quarante-cinq ans, marié à une
Noire, Rita Frazier. J'avais entendu parler de Normandeau en traînant
dans la «branch» (bibliothèque) de QB. J'y avais trouvé
un exemplaire (oh ! juste deux pages format A4 ) du journal Queensbridge
Enquirer. J'avais immédiatement été frappé
par l'exergue leitmotiv «Queensbridge est le seul journal de
quartier des Etats-Unis. Photocopiez-le pour que vos enfants puissent
le vendre. Ensuite ils pourront ainsi garder l'argent collecté.
Il faut absolument battre la vente de confiseries.» Dehors,
je contemplais l'immensité de la cité. Quatre-vingt seize
tours de briques brunes, s'étalant sur Vernon Boulevard et la 41ème
rue. Divisé en deux sections : Queensbridge Nord et Sud. J'aperçois
une crack head,
zombifiée à l'extrême, à la recherche d'une substantifique dose de caillou. Trois cent dealers officiellement recensés à Queensbridge. QB, frappé de plein fouet par les coupes budgétaires, le reaganisme et l'avalanche CRACK. La crackée mendie des cents, tandis que de l'autre côté une jeune institutrice regagne son domicile. Queensbridge : l'alternance du chaud et du froid, les gamins sur les bicyclettes, insouciants, débordant de joie de vivre, et les jeunes gangsters calibrés, les dealers, les toxicos. Ray Normandeau connaît bien la cité, et pour cause il y habite
par choix depuis une dizaine d'années. Pour lui pas question de
déménager, car il a son combat à mener à QB.
Ou plutôt sa croix à porter. Pourquoi est-il devenu l'homme
à abattre ? Engagé dans une rageuse bataille contre le NYCHA,
Normandeau parcourt la cité dans tous les sens. La NYCHA a mis
sa tête à prix. C'est que le puissant office HLM new-yorkais
pratique la tolérance zéro en matière d'investigation.
Et les investigations, Normandeau en raffole. Pas une semaine sans qu'un
communiqué cinglant paru dans le QB Enquirer ne vienne refiler
des cauchemars aux représentants de la NYCHA. L'ennemi juré
de Normandeau s'appelle Malicakal, le manager Malicakal, responsable de Queensbridge, sous l'autorité du NYCHA. Panne d'ascenseur, éviers bouchés, panne d'air conditionné, mauvais fonctionnement des dispositifs anti-incendies : voilà le lot quotidien (et souvent empoisonné) de Normandeau. L'homme ne dort jamais, comme New York. Il faut lire ses éditos brûlants, brûlots responsables de la colère (et de quelques ulcères) des dirigeants du NYCHA. L'homme pratique le harcèlement textuel. Spécialité du Queens. Normandeau possède un visage lunaire, barré de grosses lunettes.
Jamais, en parlant de QB, il ne prononce le mot ghetto. Hypocrisie ? Non.
Pudeur. Normandeau a conscience que l'endroit dans lequel il vit n'a rien
d'un Beverly Hills. «QB est une cité dangereuse, c'est indéniable.
Les fenêtres des appartements où vivent les dealers ont été
graffitées : quand les flics de l'unité narcotique vont
débarquer, ils sauront quelles portes défoncer ! Un enfant
a été violé par un gang dans la zone contrôlée
par le manager Malicakal. Entre les dangers générés
par un matériel vétuste et les criminels de carrière,
QB reste un endroit risqué. Un appartement a été
cambriolé et ses occupants menacés par
des individus armés. On a aussi retrouvé un cadavre dans un autre appartement. On a tiré sur un homme, les balles ont atteint les deux jambes. Vous appelez ça du bon travail, Monsieur Malicakal ?» L'ironie est toujours présente, chez Normandeau. Toujours à courir entre les tours, pour assister aux réunions
du TA, Tenants Association, l'association des locataires. Normandeau informe
les locataires sur la situation de QB. La dernière fois, Normandeau
avait violemment mené le débat en attaquant une fameuse
marque de soda. «En fait, explique Normandeau, il s'agissait d'une
affaire à laquelle le NYCHA était étroitement lié.
Le NYCHA avait conclu un marché avec la firme Coca, afin que toutes
les machines distributrices dans les écoles des zones HLM puissent
avoir l'exclusivité de la marque. Le prix de la bouteille a ainsi
décollé de 40 cents à un dollar. Pour les gamins
des cités, c'est énorme, beaucoup vivent de l'assistance
sociale. Mais le plus grave, c'est que 7995 bouteilles de Coca Light contenaient
en fait le breuvage classique extrêmement sucré que tout
le monde connaît. Vous avez des amis diabétiques ?»
Toujours drôle, Normandeau.
Dans une cité comme QB, gangrenée par la came, le crime
et l'échec scolaire, l'obésité d'un gosse noir ou
latino, c'est des trombes d'eau dans le moulin du désespoir et
de la désolation. Normandeau le sait et c'est pourquoi il passe
beaucoup de temps à analyser les étiquettes des marchandises
vendues dans les supérettes de QB et des alentours. Taux de sucre,
de graisse, de farines animales et végétales, lipides, glucides,
protides. Incarnation suprême de l'échec alimentaire américain,
cette gamine fellinienne qui marche en titubant dans ma direction. Respiration
chaotique. Je suis dans la bodega (genre d'épicerie) qui jouxte
la station de métro Queensbridge 21ST.. Autant dire dans le ventre
de l'Amérique pauvre et urbaine. La plupart des marchandises sont
payées avec des chèques alimentaires, les fameux foodstamps,
comme en France pendant la seconde guerre mondiale. Les allocations du
gouvernement, les gens, ici, appellent ça Government Cheese, allez
savoir pourquoi.
Je comprends l'amour que Normandeau nourrit pour QB. On s'attache facilement
à QB. Surtout quand le soleil rougeoyant dégouline sur les
briques. C'est magnifique. Les gosses parcourent la cité, chevauchant
leurs vélos bi-
cross. Les seniors sont agglutinés sur les bancs, jouant aux cartes ou prenant des bains de soleil. Difficile d'imaginer, qu'une semaine auparavant, dans l'une des tours flamboyantes, une Crack Head avait tenté de dévorer son bébé encore vivant. Une autre Crack Head avait jeté le sien dans le vide-ordures. Miraculeusement, le bébé avait été sauvé. Scènes de la vie ordinaire dans un grand ensemble HLM Queens, USA. Pendant ce temps Normandeau continue de fréquenter les AG de l'association
de locataire de QB. Sujet du jour : les coups de feu. «Les locataires
connaissent bien ce bruit qui leur est maintenant familier, ironise Normandeau.
Le dimanche premier août, des locataires ont été réveillés
par une fusillade. Quelqu'un a composé le 911 (équivalent
de Police Secours) et l'appel a été pris en charge par un
opérateur. Une ambulance a été dépêchée
sur les lieux et deux blessés par balle ont été évacués
vers l'hôpital le plus proche, l'un des blessés était
une passante, percutée par une balle perdue. Et les notables du
NYCHA, bien à l'abri dans leurs beaux immeubles du centre-ville,
nous demandent de ne pas nous alarmer du bruit des détonations
d'armes
à feu ! ! ! L'un des responsables locaux nous a dit que la plupart des coups de feu étaient, selon lui, des tests de fiabilité sur le toit d'une des tours, après la vente d'un flingue !» Les armes circulent, à QB, comme dans n'importe quel autre ghetto américain. Mais Normandeau n'accepte pas cette fatalité. D'ailleurs, des jeunes réussissent à s'en sortir. Et à
sortir de QB. Le quartier peut s'enorgueillir de compter, parmi ses ex-résidents,
une brochette de stars (basketteurs, boxeurs, rappeurs) reconnus nationalement,
voire pour certains internationalement. Le rappeur Nas (Nasir Jones pour
l'état civil) figure parmi ses rares élus. Fils du célèbre
trompettiste de jazz Olu Dara, celui que la rue surnomme Nasty Nas sortira
un premier album en 1994, élevé depuis au rang de classique.
Illmatic (titre de l'album) marque la naissance de l'un des plus
talentueux concepteurs de rime. Poésie âpre, description
crue et viscérale de ce cold world qu'est QB, urgence des
figures de style, métaphores turgescentes, boucles aquatiques et
ô combien jouissives : Illmatic est une uvre nourrie
sous perfusion Queensbridge. Normandeau cite aussi Mobb Deep, groupe séminal
composé de Havoc et de Prodigy. L'image de QB qu'ils
délivrent à travers cinq albums est celle d'une cité lunaire dans laquelle l'apocalypse urbaine dicte ses lois drastiques. Cette vision de QB-Leviathan interpelle l'auditeur par ses accents de véracité et de désespoir nihiliste. Ces rappeurs sont maintenant devenus millionnaires et ont quitté QB depuis longtemps. Selon Normandeau, le NYCHA menace d'expulsion les familles dont l'un des
membres serait soupçonné d'avoir participé à
un trafic de substances contrôlées. Pour lui, c'est simple
: Le NYCHA est obsédé par la moralité de ses locataires
mais les locataires sont aussi très intéressés par
la moralité des notables du NYCHA. Ainsi les lecteurs du Queensbridge
Enquirer ont appris que la mafia italo-américaine avait fait
main basse sur le secteur du logement social. Dans l'un de ses articles,
Normandeau remarque : «Le fils du célèbre parrain
de la mafia John Gotti, John Gotti Junior, a été envoyé
dans une prison fédérale prés de Lake Placid. John
Gotti est connu de la NYCHA pour être l'intermédiaire de
toutes les nouvelles installations de salle de bains dans Vernon Boulevard
(boulevard englobant une partie de QB, Nda) Avez-vous
remarqué comment les travaux se sont déroulés, cet été, dans vos appartements ? Le service de presse du NYCHA a déclaré que les travaux étaient particulièrement réussis. Le service juridique du NYCHA a démenti les assertions du service de presse. Etrange business ! Nous tenterons, tout au long du mois à venir, de prévenir la presse nationale des dangers de la fraude et de la corruption à l'intérieur de la municipalité.» Parfois, les habitants des cités du Queens sont insouciants et
rêveurs comme des Vitelloni. «Dans la cité Ravenswood,
les jeunes gens rigolaient en voyant galoper un taureau au beau milieu
des tours. Les flics ont abattu le «bull». Le plus drôle,
c'est que Bull est aussi le surnom d'un capo de la mafia, Sammy Gravano.
Gravano purge actuellement une peine de cinq années d'emprisonnement
pour avoir été impliqué dans 19 meurtres. Il était
sous-lieutenant de John Gotti, qui avait décroché un «marché
public», en l'occurrence les réparations de plomberie dans
Queensbridge Houses. Troublante coïncidence.»
Evidemment, les accusations à répétition de Monsieur
Normandeau ont
suscité colère et embarras dans les hautes sphères de la municipalité new-yorkaise. Le manager Eapen Malicakal s'intéresse depuis fortement au dossier de Ray Normandeau, ainsi qu'à celui de sa compagne Rita Frazier. Malicakal aimerait faire taire Normandeau, alors il recherche d'éventuels loyers impayés, peut-être même quelques infractions à la législation sur les substances contrôlées. Dommage pour le manager, Normandeau n'a pas ce qu'on appelle aux Etats-Unis le «jail-type», autrement dit le profil d'un individu susceptible de finir derrière les barreaux. Malicakal poursuit cependant ses méthodes inquisitoriales : brimades, humiliations, vexations. Pour Normandeau, ce sont là les méthodes habituelles du NYCHA. Lui continue d'enquêter et de mener sa croisade contre la corruption au sein du NYCHA. Nous sommes en plein mois d'août, et il faut se trouver à
New York à cette saison pour vraiment mesurer le degré de
chaleur. La grosse pomme bouillie. QB devient alors une espèce
de mouroir étouffant. Normandeau essaie de trouver des financements
municipaux pour que les enfants de la cité puissent aller à
l'océan. Une majorité d'enfants des ghettos new-yorkais
n'a jamais vu la
mer, pourtant accessible par le métro. On peut aller à Coney Island ou Jones Beach pour le prix d'un jeton, c'est à dire 1 dollar et cinquante cents. Ce sont d'abord les seniors qui sont les premières victimes de la fournaise. On retrouve plusieurs d'entre eux morts dans des appartements caniculaires. Le NYCHA entend bien faire des économies, et demande aux locataires de contrôler leur consommation d'air conditionné. L'eau est même rationnée, souvent. Les problèmes sanitaires à QB sont parfois matière à réflexion sociale : «Les plombiers arrivent dans les appartements pour installer de nouveaux WC. Ils empilent leur matériel contre la porte du réfrigérateur. On est vendredi soir, la société ne reviendra que lundi matin. Si vous êtes une personne âgée affaiblie physiquement, vous ne pourrez pas manger de tout le week-end, c'est bien dommage, grince Normandeau. J'ai aussi remarqué que les ouvriers noirs ne faisaient pour ainsi dire que de la manutention, tandis que les ouvriers blancs assuraient le côté strictement technique de l'installation de WC. Peut-être est-ce juste une coïncidence ? On entend souvent des histoires de flics blancs ayant tués des flics noirs par accident, mais il n'y a pas beaucoup de flics noirs
ayant flingués des flics blancs par accident.» À QB, il y a souvent des problèmes d'ascenseur. Dans un
numéro du Queensbridge Enquirer, Normandeau pose cette question
: Guess who coming to pee in your elevator ? (Devine qui vient pisser
dans ton ascenseur ?) Normandeau poursuit : «Maintenant vous savez
que n'importe qui peut pénétrer dans votre tour, grâce
au code fourni par un complice. Maintenant, vous savez que les gens qui
pissent dans votre ascenseur ne sont peut-être pas des gens qui
vivent dans votre immeuble. Ils ne viennent que pour «utiliser»
votre ascenseur et repartir aussitôt.» Mais le plus drôle
était à venir. Le manager Eapen Malicakal, lorsqu'il entend
les mots «encore une panne d'ascenseur» sort son revolver.
Malicakal se fout royalement que les ascenseurs de QB tombent régulièrement
en panne. Le 28 juillet, d'après Normandeau, Malicakal se retrouve
prisonnier d'un ascenseur en panne. Un ascenseur dont le plancher dégouline
d'urine ! ! ! «Malicakal avait son talkie-walkie pour les appels
d'urgence, appareils dont la plupart des locataires de QB sont dépourvus.
Malgré les appels radios répétées d'un Malicakal
au bord
de l'évanouissement, la sonnette d'alarme a retenti pendant plus de cinq minutes sans que l'appel soit pris en charge par un opérateur. Si Malicakal panique alors qu'il est en contact avec sa propre équipe de techniciens-reparateur, sans parler du poste de contrôle, qu'en est-il de la petite vieille, fragile, bloquée pendants quarante cinq minutes dans un ascenseur sordide ? Si Malicakal ne prend pas les problèmes d'ascenseur au sérieux, au moins devrait-il faire moins de bruit lorsqu'il est piégé dans un ascenseur en panne.» assène Normandeau, comme un crochet au foie vicieux. C'est que Normandeau s'agite comme un boxeur sur ce gigantesque ring qu'est QB. La cité est un parfait décor de film
noir. On ne compte plus les agents du DEA (Drug Enforcement Administration),
les stups américains, observant les dealers depuis une camionnette
banalisée, généralement un Van couleur sombre. Trois
cents dealers officiellement recensés, parmi lesquels des criminels
endurcis ; c'est à Queensbridge qu'on a vu un rappeur du terroir,
connu sous l'alias de Capone, tirer sur des flics. Des hélicoptères
du SWAT (Spécial Weapons And Tactics, genre de Raid ou GIGN) ont
atterri sur le toit
du building de Capone et l'ont arrêté. Un autre rappeur de QB affirme que la cité «a vu pas mal de mecs saigner». On n'a pas de statistiques précises en matière d'homicides. Il suffit de prêter oreille attentive aux conversations dans la rue pour réaliser que Queensbridge Houses est un endroit dur, et où la survie du plus apte («survival of the fittest») est un concept tout ce qu'il y a de plus sérieux. Les habitants du quartier, pour définir ce monde de violence, de corruption, de pauvreté, de faim parfois utilisent le mot «realness». Un rappeur du quartier, Cormega, maintes fois arrêté pour trafic de drogue, a fait de cette notion le titre de son album. The Realness. Le plein de réalité. Ce qui est réel est écrasant. Vivre dans un ghetto est une expérience réellement traumatisante. Beaucoup de regards vides dans le ghetto. Beaucoup de douleur aussi. Une douleur abyssale. Cormaga a vu mourir sa mère devant lui, quand il était encore gamin. Un autre rappeur, du groupe Screwball, a reçu une balle en pleine tête, tirée à bout portant par un flic. Le rappeur s'en est sorti, et, même avec la mâchoire défoncée, il continue de larguer ses rimes. Normandeau sait que les infos contenues dans le Queensbridge Enquirer font aussi partie de ce
concept de «realness». Contrairement à Screwball ou Mobb Deep, Ray Normandeau ne verse jamais dans le nihilisme. Il répète à qui veut l'entendre qu'il vit à QB par choix. Dans un pays où les mariages «inter-raciaux» (pour reprendre la terminologie de l'administration américaine) sont encore largement tabous, Normandeau le Caucasien et Rita Frazier la Noire américaine tiennent fermement le gouvernail du navire de la contestation. Dans un QB parcouru de lames de fond. Realness. Rencontre
avec Ray Normandeau / Jimmy Hoffa
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