« Sous tous les régimes totalitaires, le contrôle de la sexualité est considéré comme un instrument privilégié par le pouvoir. Rationner la nourriture et les produits de première nécessité, c'est bien ; mais déstabiliser la vie sexuelle de chacun, c'est mieux. Car l'érotisme porte au rêve, au désir d'évasion - et l'Etat se doit d'intervenir. (...) Si l'Eglise n'a plus q'un impact sentimental sur des populations acculturées, ces deux millénaires de domination chrétienne n'en ont pas moins privé durablement
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notre société moderne de sa dimension érotique, sans laquelle elle ne pourra jamais vraiment se trouver et s'accomplir. Il nous reste à libérer le désir, l'imaginaire - et le sens du beau... Du pain sur la planche pour le XXIe siècle. »
Maurice Girodias, avant-propos de 1990 d'Une journée sur la terre, Editions de La Différence

« Je tire une certaine fierté à être plus cochonne que les hommes, à les surprendre. Souvent, à partir de la quarantaine, ils aiment initier les femmes. Alors une personne avertie du beau sexe qui leur coupe l'herbe sous les pieds, ça les dérange et ça les estomaque. C'est assez drôle. » Anne P. et moi bavardons à la terrasse d'un café de la rue Montorgueil, près des Halles, à Paris, à l'endroit même où de semaine en semaine nous avons lié connaissance voilà un peu plus d'un an. Lève-tard, j'ai coutume le samedi en fin de matinée de prendre mon petit-déjeuner dans ce bistro, seule ou avec des amis. Elle s'y attablait aussi très régulièrement, le cabas rempli de
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fruits et de légumes. D'emprunts de journaux en jugements sur les films à l'affiche, nos conversations s'étoffaient chaque fois davantage. Anne a quarante ans ; en paraît trente-cinq ; vive et mince. Elle attache ses cheveux châtains clairs en queue de cheval et s'habille sobrement, sans aucune provocation. « Dans la vie quotidienne, j'aime être lisse, passer dans tous les milieux sans me faire remarquer, que les regards coulent simplement sur moi sans que rien n'accroche », m'expliqua-t-elle par la suite.

Si des discussions s'engageaient avec les tables voisines, elle était intraitable avec les blagues pour peu qu'elles soient légèrement teintées de machisme ou d'homophobie : elle, bon public en général, lançait un « Je ne trouve pas ça drôle du tout » si glaçant qu'il ne pouvait s'agir uniquement d'une prise de position contre la bêtise. Elle était personnellement touchée, ce qui m'intriguait. J'avançais parfois quelques considérations sur l'homosexualité, sur des livres ou des films qui traitaient d'érotisme. Elle pensait pis que pendre de Romance ou de Baise-moi, le
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roman, me laissant entendre que ses soirées n'étaient pas toujours sages. Bientôt nous nous vîmes plus souvent. Nous nous appelions pour programmer des sorties piscine ou des balades dans les forêts de l'Oise, le département où elle a vécu jusqu'au bac.

J'eus envie d'en savoir davantage et de relater son épopée charnelle. Accepter cette interview était pour Anne autant un acte de militantisme féministe et antipuritain qu'une forme d'exhibitionnisme, de nature à provoquer chez le lecteur homme ou femme quelque curiosité. Elle s'amusait à observer mes gênes, mes circonlocutions pour ne pas nommer un con un con. Je n'étais pas particulièrement coincée mais, comme elle d'ailleurs, je ne parlais pas aisément de sexe avec une femme. Si bien qu'elle répondit par écrit à certaines interrogations. Je livre ici, une partie de son témoignage. Elle rédigea des textes qu'elle me donna ensuite, partiellement reproduits ici. Anne tient à préciser qu'elle ne conçoit d'échange sexuel qu'avec des personnes majeures conscientes et désirantes (plutôt que simplement consentantes),
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qu'elle réprouve le proxénétisme et les travers sordides de l'industrie du sexe. Des périodiques généralistes racolent des lecteurs avec force affichettes sur les kiosques annonçant articles sur l'échangisme et guides des nuits chaudes. Anne fréquente aussi ses lieux presque communs depuis qu'un écrivain, à la chair triste, a étalé avec morgue son dégoût de lui-même dans un camping mélangiste. « Encore un puritain, s'exclame-t-elle. La gaudriole n'est pas sinistre. Il convient de la vivre joyeusement mais sérieusement.
»

Le minitel et le primat des mots

« Mes années de lycée, furent « sages » . Etudiante en hypokhâgne, je devenais plus délurée. Mal dans ma peau comme on l'est à 18 ans, mes recherches n'étaient plus seulement livresques. J'avais lu Bataille. Avec des camarades de classe, nous aimions provoquer le bourgeois. J'embrassais mes copines à pleine bouche dans la
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rue. Les garçons se maquillaient. Durant quelques mois, nous passions des soirées à partouzer à six ou sept. A présent, j'ai l'impression que nulle conscience du vice (que nous croyions alors sulfureusement incarner) ne nous effleurait. Nous baisions à la bonne franquette. J'imagine ainsi les afters d'un club de vacances. Les années suivantes, j'écumais de temps à autre les bars, à moitié ivre, à la recherche d'un amant pour la nuit. Les réveils étaient difficiles. Je me dégoûtais. Puis je fus amoureuse et me mariai. Lui n'était que peu intéressé par les plaisirs de la chair. Mes velléités en restèrent là. Fin 1990, j'étais dépressive : j'avais divorcé l'année précédente et je n'avais pas baisé depuis plus de deux ans. J'ai commencé à faire du minitel. »

Anne P. était hésitante lorsqu'elle évoquait la genèse de ses découvertes. Elle ne voulait surtout pas que les lecteurs de son récit puissent expliquer ses expériences par un malaise, par un enracinement dans la dépression ou par une quelconque pathologique qui réduirait la beauté de son plaisir à quelques vocables de «
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psychorigides
». Elle souriait en prononçant ce terme « inepte » de l'air du temps.

« Au début de ma période télématique, les mots échangés dans la nuit me fascinaient, nombre d'entre eux m'étaient mystérieux. Ils évoquaient des mondes noirs et veloutés. Je n'en comprenais pas toujours le sens. Ainsi, le terme bondage. Je pensais à une bonde qui fermait les orifices. J'ignorais qu'il existait un art du lien. Je n'avais jamais songé aux nuances violacées que prennent les seins serrés à leur base, les bourrelets de chair qui surgissent entre les cordes et la fragmentation du corps, la minutie requise par cette pratique et l'extrême acuité avec laquelle la-le momifié(e) perçoit tout mouvement, même infime de son corps. Au fil des nuits, j'apprenais. Mes conversations étaient souvent très longues. La plupart du temps, je choisissais des personnes géographiquement éloignées, ce qui excluait toute rencontre. Les hommes ne s'en livraient que davantage.
J'étais le siège d'un grouillement de désirs, d'une guerre civile d'impedimenta. Alors
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même que des formes inouïes de pratiques sexuelles m'étaient révélées et qu'elles n'auraient pu qu'accroître la cacophonie, le minitel et ses mots mettaient de l'ordre. Ma première aventure avec un homme du minitel allait aussi dans ce sens. Tout avait été scénarisé en deux mois de conversations télématiques et téléphoniques. Sur un mode sadomasochiste (moi, inexpérimentée et « soumise »), le plaisir avait été écrit dans ses moindres détails, rythmé par des textes de Sade, Bataille, Calaferte, Pierre-Jean Jouve... Nous avions aménagé des phrases tiroirs induisant tel ou tel acte : caresse de cuir, bondage, pénétration, humiliation ou dilatation. Sur ses conseils, j'avais fait quotidiennement des exercices pour lui offrir un cul, le plus béant possible. La jouissance, certes très charnelle, reposait sur le primat des mots, sur une bestialité avouée, d'autant plus excitante qu'elle avait été prononcée au préalable, qu'elle l'était durant l'acte même, étalée, exhibée, indécente. Il y eut ce miracle d'une réalisation à la mesure de notre faim. La chose correspondait aux mots. Nous en reparlâmes longuement au téléphone pour prolonger l'éclat de cette rencontre improbable qui fut
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suivie d'un second et dernier épisode. Nous ne voulions pas en éroder la magie. Je ne l'ai plus revu. Cette aventure avait la superbe d'un romantisme sans mièvrerie. Un con qui mouille ou une queue qui gicle sont bien plus sûrs que toutes les déclarations. Je le pensais alors. Neuf ans après, j'en suis toujours convaincue. De même que regret et dégoût de soi n'étaient pas de mise, j'ai appris que la maîtrise de mon corps, la pleine conscience de mes actes évitaient tout sentiment de « souillure », de culpabilité. Concrètement alcools et sexe sont pour moi incompatibles non seulement pour que la sensation ne soit pas dénaturée par un voile éthylique et ainsi profiter pleinement de la chair, mais surtout pour se régenter et se souvenir de tout, ce qui est capital aussi, en ces temps de sida.
Par la suite après de nombreuses aventures, je rencontrais en 1995, toujours par le minitel, mon amant actuel et , avec lui, les plaisirs plus communautaires des lieux chauds de Paris et d'ailleurs. »

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Le gang-bang et l'abandon

Voix 1 -L'autre homme qui dort ?
Voix 2. - De passage. Un ami des Stretter.
Elle est à qui veut d'elle.
La donne, à qui la prend.
Voix 1, temps, douleur. -Prostitution de Calcutta.
Voix 2. - Oui.
Chrétienne sans Dieu.
Splendeur.
Voix 1, très bas. - Amour.
Voix 2, à peine. - Oui...

Marguerite Duras, India Song

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« Depuis une demi-heure, l'air pimbêche et détaché, je croise et décroise les jambes, comme le veulent les usages de ce bar-échangiste parisien ouvert l'après-midi aux couples mais aussi aux hommes seuls. B., mon amant, m'a longuement mise au parfum. Je suis assise à ses côtés, dans un canapé rouge du salon, unique femme de l'assemblée, pour l'instant. Tous les regards sont rivés sur mes jambes. Je plonge mon visage dans l'épaule de mon compagnon, entrouvre les cuisses et commence à me caresser doucement. Un grondement sourd, battements du coe¦ur et du sexe, englue mon cerveau. Insensiblement, dans les clapotis et les frottements de chair, je tourne la tête puis ouvre les yeux. Devant moi, en demi-cercle, une haie de queues violacées et luisantes. Je me lève, me dirige vers une table de la pièce attenante au salon, m'allonge et enjoins aux hommes les plus raides de s'encapuchonner et de me mettre, fissa. B. vérifie les capotes et tient ma main. Je veux qu'il sente les coups de butoir des sexes qu'il a jaugés, soupesés. Je suis dans la jouissance mais ne m'abandonne pas. Je feins d'être emportée et pleure pour de
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bon. Je suis seule, noyée par les désirs. Je ne peux me laisser engloutir. J'en mourrai. Je dois maintenir le cap pour garder la compagnie de ma conscience. Ce n'est qu'après quand je serai seule au lit avec lui que la vague gagnera en amplitude, que je la laisserai peut-être m'engloutir. »

Anne n'a jamais confronté son expérience des gang-bangs avec celle d'une autre femme. Elle a pourtant l'impression que certaines se donnent, totalement. « Peut-être ai-je cette retenue, par un absurde sentiment de culpabilité. Mais cette explication ne me convainc pas. Je livre plutôt un combat mano a mano, corps à corps avec les hommes et dois en ressortir, couverte de leur sperme, capotes pleines mais inaltérée. Je me détache de moi-même et regarde cette scène qui me bouleverse. Je fatigue à force d 'être tendue, de lutter contre la noyade physique et jouis de voir tant de désirs. Peut-être que je m'identifie à cette femme mythique, dont la béance infinie et le désir éternellement inassouvi habitent les esprits des queutards de gang-bang. » Elle ne
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pratique plus guère la chose. Si elle osait, peut-être s'en irait-elle après « la haie d 'honneur ». Juste accumuler ces visions d'érection, d'excitation sexuelle pure. Qui sont ces hommes lui est égal. Dans la rue, quelques heures plus tard, elle ne les reconnaîtrait pas. Elle évite tout conversation dont la « beauferie » supposée annihilerait la magie de la scène.

« Je fais mon marché dans les alcôves parisiennes »

Anne m'explique qu'outre ces lieux où les hommes seuls son acceptés, également qualifiés de triolistes, il existe des clubs réservés uniquement aux couples. Certains, qui ont pignon sur rue depuis une vingtaine d'années, ne désemplissent pas. Comment se font les mélanges m'intrigue. Elle m'explique que personnes de la
cinquantaine et novices timides de 25 ans s'y côtoient. Certes, chacun a ses préférences physiques mais c'est fréquent que tout le monde se mélange. Et une
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femme proche de l'âge de la retraite, tout à son excitation, attire plus de convoitises qu'une belle fille froide.

« Le sexe, dans ce type de situation, fait souvent fi des générations, des petits kilos superflus, des couleurs de peau, des milieux sociaux. Voir pour les premières fois, nombre de corps nus ou partiellement dénudés emmêlés, se caressant, se pénétrant sur des divans et des matelas dans des pièces sombres attenantes à la piste de danse, est un puissant aphrodisiaque, pour qui vient là avec envie et de son plein gré. J'y trouvais la fascination de la répétition, un peu comme dans les films porno : des assemblages ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres. Au début, je fréquentais assidûment ces lieux. A présent, quatre ou cinq ou cinq plongées annuelles me suffisent amplement. Je « fais mon marché » dans ces alcôves parisiennes. J'y dérobe des images, des textures de peau, des odeurs intimes et des baisers de femmes. Ces clubs sont un excellent moyen pour se vautrer dans des délices saphiques sans
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lendemain. Si les hommes poussent souvent leur compagne dans des bras féminins par fantasme, la plupart d'entre elles s'y jettent à corps perdu. Douceur de la chair, parfums subtils : je m'enivre des sensations, j'aime faire jouir et en respirer le plaisir. Bien que très active, je m'abandonne davantage. Si B. m'accompagne, il reniflera plus tard ces effluves, avec dans ses paupières closes, les visages déjà évanescents des belles éphémères.

Mais ces antres « coquins », terme mièvre souvent employé, ne sont nullement des bastions de liberté. Chaque endroit est régi par son étiquette. Là, un homme ne peut se branler qu'en présence de son amie, là les couples ne pratiquent souvent qu'un échangisme strict à quatre. Dans tous les cas, si la bisexualité féminine est plus que souhaitée, le moindre attouchement entre hommes provoqueraient le scandale, même si (phénomène récent) dans des journaux de petites annonces échangistes ou sur le minitel, beaucoup d'entre eux avouent une tendance bi. Certaines femmes, rares
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heureusement, se retrouvent là, malgré elles sur les injonctions de leur copain ou mari. Quelques scènes de jalousie éclatent de temps à autre quand les partenaires ne sont pas au diapason.
Bien que j'en tire un plaisir certain, la fréquentation de clubs triolistes ou réservés aux couples uniquement, devient lassante quand elle est rapprochée. On y retrouve une vie sociale sans surprise. Le sexe, si ludique soit-il, ne peut s'apparenter à un jeu de cartes, mais dans ce contexte, il y tend. Et qui fait de l'érotisme une quête majeure dans sa vie ne peut s'en satisfaire. »

La quête et la transgression

« Entre tous les problèmes, l'érotisme est le plus mystérieux, le plus général, le plus à l'écart. Pour celui qui ne peut se dérober, pour celui dont la vie s'ouvre à l'exubérance, l'érotisme est par excellence le problème personnel. C'est en même
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temps, par excellence, le problème universel. Le moment érotique est aussi le plus intense (excepté, si l'on veut l'expérience des mystiques). Ainsi est-il situé au sommet de l'esprit humain. »
Georges Bataille, L'Erotisme, Editions de Minuit.

Citer Bataille est prétentieux mais la suite du récit d'Anne y incite. A présent, elle est dans une période qu'elle qualifie de « calme » : lectures, soif de savoir en histoire, plongée dans des oe¦uvres littéraires. Durant trois ans, avec B. son amant, outre son travail de fonctionnaire dans l'administration de l'Education nationale, elle n'a songé qu'à sans cesse dépasser ses limites, leurs limites, entretenant l'un l'autre ce feu, pour se retrouver annihilés, la tête vidée par la jouissance.

« Les sorties dans ces boîtes n'étaient trivialement qu'un apéritif, destiné déjà à accumuler des tensions, des excitations, pour nous faire davantage chavirer par la
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suite. Soit nous nous livrions dans l'intimité à des jeux sado-maso, comprenant d'autant mieux l'attente, la montée du désir, l'envie de douleur que nous étions réversibles. Chacun songeait longuement aux « tortures », aux humiliations qu'il allait infliger à l'autre. Nous ne nous voyions que tous les quinze jours délibérément pour entretenir le désir mais aussi pour ne pas sombrer dans la folie, pour ne pas risquer de nous nuire. Nous étions cannibales l'un avec l'autre. Rien ne nous dégoûtait, notre faim était immense. Nous avions envie de nos sangs, de notre salive, de notre sueur etc. Il devenait ma femme que je « possédais » dans une « revanche » typiquement machiste. Je l'offrais parfois à des hommes. Varier les envies, les situations. Parfois, nous nous adonnions au fétichisme du simple vêtement porté au faste sculptural et électrisant du latex en passant par des piercings intimes pour, toujours avoir dans sa chair, un aiguillon de désir pour l'autre. Quelques complices se mêlaient à nous pour pimenter nos joutes. Avec la plus grande préméditation, nous franchissions les tabous (que je préfère taire). Hormis ceux qui auraient pu entraîner des séquelles ou des traces
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physiques, il n'en est guère que nous n'ayons surpassés. A chaque fois, après le vertige, nous nous sentions immensément libres, aériens. »

Epilogue
Avant même ses confidences, Anne P. m'avait dit que ses relations avec B. se distendaient. Pouvait-elle envisager une liaison avec un homme non averti ?
« Forcément mon désir serait frustré assez rapidement, privé de l'éventail des démonstrations charnelles de mon amour. Et mentir complique la vie. Peut-être une polyandrie affichée serait une solution. » Pour l'instant, hormis quelques sorties avec B., elle hibernait : « Ma boulimie et ma soif de connaissance se sont reportées sur la lecture de romans ou d'essais historiques ou sociologiques. Il faut varier les plaisirs, se préserver malgré soi pour ne pas se noyer dans les périls de l'extrême. » Anne a la nostalgie de l'année 1995 : « J'espère couver, en cette période creuse, un feu bien nourri. Que mes désirs et plaisirs crépitent et frissonnent, qu'ils m'emportent
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bientôt vers des territoires délicieusement inouïs.
»

Marie Gauthier

 

 

 

 

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