Biographies

 

 

Mes bien-aimé(e)s
de Liliane Giraudon et Christophe Chemin
Inventaire/Invention éditions,
avril 2007
110 pages, 8 €

 

 

Mon Rimbaud
Ma Sappho
Mon Pouchkine
Mon Walser
Mon Beckett
Ma Tsvetaeva
Mon Brecht
Mon Artaud
Mon Nietzsche
Mon Racine

Ma Dickinson
Mon Benjamin
Ma Collobert
Mon Allais
Ma Bachmann
Mon Baudelaire
Mon Jacob
Ma Champroux
Ma Höch

 

Huguette Champroux à quatre ans, lisant seule (Traversée rejointe). Les bijoux en plastic d'Huguette Champroux (quand je ne serai plus celte ni femme ni fille ni mère). Le cendrier portatif d'Huguette Champroux (argenté, rond). Huguette Champroux et les œufs de dinosaure. Huguette Champroux à cinq ans, impeccable nageuse (j'étais la naine j'avais cent ans). Huguette Champroux et la certitude de retrouver non pas quelque chose qu'on a eu mais qu'on a déjà pas eu. Les dents en or d'Huguette Champroux. Huguette Champroux à l'hôpital. Huguette Champroux passant deux hivers à lire Reverdy (ça fait une proposition). Huguette Champroux sous les bombardements (elle tremble si fort qu'elle ne parvient plus à s'habiller). Huguette Champroux en dactylo puis en femme de ménage (Car quand j'eus dix-huit ans il se passa une nuit d'effroi.) Huguette Champroux à Rome. Huguette Champroux à Rome, en vespa (Ungaretti me montrait la roche Tarpéienne). Les premiers textes d'Huguette Champroux (les yeux écartent ou calcinent la prosodie). Huguette Champroux et Tel Quel. Huguette Champroux et Sorcières. Huguette Champroux et Louise Labé (l'écriture de derrière la tête derrière la robe). La graphie minuscule d'Huguette Champroux. Huguette Champroux et sa mère (elle chante et elle tue). Huguette Champroux sans son fils (Et la résurrection passe dans la sono). Cloître ou azur amiante, les adresses aixoises d'Huguette Champroux (elle squatte ses amis, les amis de ses amis). Iuna, la chatte d'Huguette Champroux. Huguette Champroux lisant (une seule fois, dix heures par jour Salambô). Huguette Champroux au Cavalier Bleu devant un porto (même pas soif). Huguette Champroux et le tableau des souplesses. Huguette Champroux et le cinéma (Cette Méditerranée du Mépris et d'Ithaque, n'est pas la mémoire non spéculative d'Antonioni). Le maquillage d'Huguette Champroux (toujours excessif, souvent décalé. L'effroi d'une nuit blanche). Les bérets d'Huguette Champroux, ses jupes, façon gitane (au sol, damier d'étoiles). Huguette Champroux et la même table depuis quinze ans. Le goût d'Huguette Champroux pour le pastis. Pour le café (la fatigue aide). Huguette Champroux bouleversée par l'image d'une jeune femme toréant dans une arène. Huguette Champroux dans Banana Split (« Cette commotion appelée Poésie »). Huguette Champroux et Marguerite Duras. Huguette Champroux et le téléphone. Huguette Champroux et Kafka. Huguette Champroux et Rilke. Les textes d'Huguette Champroux sur Bonnard et Rembrandt. Huguette Champroux et France Culture (studio 111). Les pastels d'Huguette Champroux (le plaisir d'absorption n'est pas celui de coupe). Huguette Champroux et Becket (lui est assis sur un banc). Les cigarettes roulées d'Huguette Champroux (s'il se mord la queue c'est un cygne). Les lettres d'insulte d'Huguette Champroux. Huguette Champroux dans un film de Godard (« Tout va bien »), au générique cherchez Huguette Mieville. L'encre des lettres d'Huguette Champroux (bleu turquoise ou violet). Huguette Champroux rêvant d'une résidence à Marseille (« Je m'entends écrire un livre »). La résidence à Marseille refusée à Huguette Champroux (« nous ne sommes pas un asile »). Huguette Champroux sous un platane, dansant un mambo avec Jean Jacques Viton. Pas d'unité de lieu). Les papiers pelure d'Huguette Champroux (y a moins de jaune dans le tilleul). Huguette Champroux riant aux larmes. Huguette Champroux et son « Comment je dois taire ce que je dois dire. Comment je dois dire ce que je dois taire ». Huguette Champroux féroce. Huguette Champroux laconique :  « Pas de place pour moi dans leur poésie ». Huguette Champroux seule dans la rue, attendant un taxi (Je continue à vivre). Elle porte des chaussures qu'on lui a données et qui sont trop petites. Les doigts d'Huguette Champroux (rôtis par le tabac). Assise, debout, couchée Huguette Champroux fume (le désordre nourrissant la table). Les barrettes d'Huguette Champroux (Ah : le tic-tac. La tornade). Fleurs et plantes vertes dans les appartements ou les chambres successives d'Huguette Champroux. Huguette Champroux et la Montagne Sainte-Victoire (Un certain fossile végétal). « J'adore le chachacha ! » s'écrie Huguette Champroux. Huguette Champroux et son éditeur steinien Pierre Courtaud. Huguette Champroux et Iris (pattes, museau, les yeux). Huguette Champroux et la modernité (comme une forme d'enfance). Ce projet que tu as : écrire un dialogue imaginaire entre Hélène Bessette et Huguette Champroux. Huguette Champroux et sa non-énigmatique « féminité certes du poète ». Le projet du dialogue entre Huguette Champroux et Hélène Bessette devenant l'écriture de deux monologues alternatifs. (Voix off. Sur un même plateau, les deux écrivains fument en silence dans deux décors séparés par une rangée de livres). Les bagues d'Huguette Champroux (Un acte descendant les narratifs… Périphérie d'écrire : enlever les bagues). Huguette Champroux se taillant très tôt la posture du « surnuméraire » tant prônée par Mallarmé (le poète, le dernier des prolétariens). Huguette Champroux et le temps (il ne s'agissait pas de réévaluer un fantasme, mais le temps. Qui lui fait sans cesse un enfant. A moins que l'enfant, l'écrit, aient les caractères sexuels secondaires du temps). Huguette Champroux en chaussettes et talons hauts. Huguette Champroux au musée Zadkine. Les yeux d'Huguette Champroux. Huguette Champroux et Michael Lonsdale. Huguette Champroux dans une cuisine à Marseille. Elle découpe des cubes de pastèque qu'elle couvre de feuilles de menthe (« Je suis dans l'abstinence physique de l'écriture »). Huguette Champroux au printemps (Mulots de Mai dans le buis). Huguette Champroux et son « Il y a toujours un livre et un crâne qui se rentrent l'un dans l'autre ». Huguette Champroux et le ravissement des Sabines (et pourquoi les Sabines ne pourraient être enlevées, à quel moment elles ont pu l'être ? Bien sûr, elles seront à nouveau enlevées mais quand ?) Huguette Champroux et les canards (à demi orientaux ou fous). Huguette Champroux et les canards cols-verts appelés aussi « trésors ». Huguette Champroux et les hommes. Le sexe. La place du sexe dans l'œuvre d'Huguette Champroux (Il y avait longtemps que ton père & ta mère n'avaient plus fff d'enfant). Huguette Champroux relisant Proust (c'est l'été). Huguette Champroux imaginant l'œil de Gilberte plus gros (devenue sa mère). Huguette Champroux et la voix dans les premiers enregistrements sur rouleaux (on entendait les femmes Pénélope et Circée). Huguette Champroux et le zen. Huguette Champroux et la composition sonore. Huguette Champroux et l'Islam. Huguette Champroux et « Pour Marie qui ne connut Joseph qu'après la naissance de leur premier fils ». Huguette Champroux et coucher la robe. Huguette Champroux revenant à Louise (entendez Labé). Exilée chaude à Lion. Morte de peste. Huguette Champroux et son dernier livre (« off » posthume deux). Huguette Champroux et son presque dernier livre (« Pleyel » posthume un) « Tiens-ça et le poème par-dessus ». Bouleversante H.

 

 

 



Texte et dessin Liliane Giraudon / Ma Champroux
© Inventaire/Invention et les auteurs - tous droits réservés - 2008
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