Edito, le 27 janvier 2003

 

À lire:
À notre image,
par Louise L. Lambrichs
La troisième révolution scientifique,

par Mirko D. Grmek

 

 

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Depuis quelques jours, la question du clonage m'empêche de fermer l'œil. Il y eut l'apparition, d'abord, des sinistres raëliens, B. Boisselier en tête ouvrant la voie au demi-frère du Christ et à la firme Clonaid : images droit sorties d'un mauvais mixage de Woody et les Robots et de La Soupe aux Choux. Et puis, malgré cela, le débat fut lancé auquel participèrent notamment Axel Kahn et Louise L. Lambrichs. Quelque chose, là, commençait d'être formulé qui soudain nous invitait à nous représenter l'impensable : le clonage humain, reproductif, est bien plus qu'une seule vision de l'esprit et serait sur le point d'être «techniquement» réalisable…

Le débat se développait, et si les questions soulevées apparaissaient réellement «hallucinantes» du moins avait-on le sentiment qu'une pensée de «ça», aussi difficile et angoissante soit-elle, pouvait être élaborée.

Pourtant, le 21 janvier dernier, M. Mattéi, ministre de la Santé, annonçait la création, dans le futur code pénal, d'un «crime contre l'espèce humaine» visant à punir les promoteurs du clonage humain, mais aussi, fatalement, les enfants qui naîtront d'un tel mode de reproduction. À cette proposition de loi nouvelle s'opposait aussitôt un ensemble de conjectures effrayantes :
1° puisque le clonage serait un crime contre l'espèce humaine, les enfants nés du clonage incarneraient nécessairement l'objet même de ce crime.
2° invoquer un «crime contre l'espèce humaine», c'est affirmer sans nuance et sans hésitation la non-humanité de ces enfants à venir.
3° en niant toute humanité à ces enfants issus du clonage reproductif et en proposant l'inscription pénale de ce nouveau «crime», M. Mattéi ne légitime-t-il pas involontairement une monstruosité plus grande encore, notre droit à combattre ce «crime», qui pourrait aller jusqu'à l'élimination voire l'extermination de ces enfants futurs ?

L'erreur de M. Mattéi a été de vouloir clore par la loi le débat naissant alors même que les éléments essentiels de ce débat commençaient à peine à être formulés. Cette proposition, a priori pleine de bon sens et tout à fait démagogique, ne tient pas une seconde à l'examen des conséquences qu'elle pourrait avoir.

Ce qui est sûr, c'est que la question du clonage humain vient de faire irruption dans l'espace de nos représentations. Cette question ouvre de véritables abîmes dans le champ de la pensée et semble nous mettre en demeure de définir une fois pour toute notre «nature humaine»...

Le débat sur le clonage humain doit évidemment continuer. Nous vous proposons donc aujourd'hui un important texte inédit de Louise L. Lambrichs, À notre image, ainsi qu'un article «testamentaire» de Mirko D. Grmek, un des plus grands spécialistes de l'histoire des sciences biomédicales. Il est notamment l'auteur de la première Histoire du sida (Payot, 1989).

Le clonage en question / Patrick Cahuzac

 

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