Depuis quelques jours, la question du clonage
m'empêche de fermer l'il. Il y eut l'apparition, d'abord,
des sinistres raëliens, B. Boisselier en tête ouvrant
la voie au demi-frère du Christ et à la firme Clonaid
: images droit sorties d'un mauvais mixage de Woody et les
Robots et de La Soupe aux Choux. Et puis, malgré
cela, le débat fut lancé auquel participèrent
notamment Axel Kahn et Louise L. Lambrichs. Quelque chose, là,
commençait d'être formulé qui soudain nous
invitait à nous représenter l'impensable : le clonage
humain, reproductif, est bien plus qu'une seule vision de l'esprit
et serait sur le point d'être «techniquement»
réalisable
Le débat se développait, et
si les questions soulevées apparaissaient réellement
«hallucinantes» du moins avait-on le sentiment qu'une
pensée de «ça», aussi difficile et angoissante
soit-elle, pouvait être élaborée.
Pourtant, le 21 janvier dernier, M. Mattéi,
ministre de la Santé, annonçait la création,
dans le futur code pénal, d'un «crime contre l'espèce
humaine» visant à punir les promoteurs du clonage
humain, mais aussi, fatalement, les enfants qui naîtront
d'un tel mode de reproduction. À cette proposition de loi
nouvelle s'opposait aussitôt un ensemble de conjectures
effrayantes :
1° puisque le clonage serait un crime
contre l'espèce humaine, les enfants nés du clonage
incarneraient nécessairement l'objet même de ce crime.
2° invoquer un «crime contre l'espèce
humaine», c'est affirmer sans nuance et sans hésitation
la non-humanité de ces enfants à venir.
3° en niant toute humanité à
ces enfants issus du clonage reproductif et en proposant l'inscription
pénale de ce nouveau «crime», M. Mattéi
ne légitime-t-il pas involontairement une monstruosité
plus grande encore, notre droit à combattre ce «crime»,
qui pourrait aller jusqu'à l'élimination voire l'extermination
de ces enfants futurs ?
L'erreur de M. Mattéi a été
de vouloir clore par la loi le débat naissant alors même
que les éléments essentiels de ce débat commençaient
à peine à être formulés. Cette proposition,
a priori pleine de bon sens et tout à fait démagogique,
ne tient pas une seconde à l'examen des conséquences
qu'elle pourrait avoir.
Ce qui est sûr, c'est que la question
du clonage humain vient de faire irruption dans l'espace de nos
représentations. Cette question ouvre de véritables
abîmes dans le champ de la pensée et semble nous
mettre en demeure de définir une fois pour toute notre
«nature humaine»...
Le débat sur le clonage humain doit
évidemment continuer. Nous vous proposons donc aujourd'hui
un important texte inédit de Louise L. Lambrichs,
À
notre image, ainsi qu'
un
article «testamentaire» de Mirko D. Grmek, un
des plus grands spécialistes de l'histoire des sciences
biomédicales. Il est notamment l'auteur de la première
Histoire du sida (Payot, 1989).
Le clonage en question / Patrick Cahuzac