Jamais dans notre histoire récente, la puissance militaire,
économique et politique d'un seul état aura été
aussi pesante qu'aujourd'hui.
Sans doute l'effondrement de l'URSS préfigurait-il l'apparition
de nouvelles «règles du jeu» et on pouvait
craindre que la suprématie américaine désormais
sans frein soit un jour tentée d'exercer son pouvoir en
dehors du droit. Huit années de présidence démocrate
à Washington nous avaient presque fait oublier les termes
de la nouvelle donne, et la politique internationale de M. Clinton
donnait l'illusion d'un équilibre préservé.
Depuis novembre 2000 et l'élection de George Bush, l'illusion
s'est dissipée. Dans un discours prononcé à
l'école militaire de Citadel, Caroline du Nord, en septembre
1999, G. Bush traçait déjà les contours de
sa politique actuelle : la future administration comptait se donner
de nouveaux moyens militaires destinés à étendre
à tous les points du globe «sa capacité d'intervention
rapide, massive et meurtrière». L'instrumentalisation
politique de la tragédie du 11 septembre 2001 a permis
à l'administration Bush de légitimer une telle ambition
et de s'en donner les moyens financiers, au-delà de ses
propres espérances (augmentation de 14 % du budget de la
Défense en 2003, à 379 milliards de dollars).
Aujourd'hui, la machine militaire américaine se met en
ordre de bataille. Au vu et au su du monde entier, les buts de
guerre, jour après jour, apparaissent plus clairement :
assurer aux compagnies américaines le contrôle de
la production et de l'exploitation des réserves pétrolières
irakiennes. Officiellement pourtant, il s'agit encore de lutter
contre le «terrorisme international»...
La nouvelle rhétorique est en place. C'est celle de l'état
d'urgence, de l'état d'exception à l'échelle
planétaire, annonçant et justifiant l'effondrement
prochain du droit international. C'est aussi la désignation
de centaines de millions d'hommes et de femmes, et d'une religion,
l'Islam, comme ennemis potentiels, les nouveaux ennemis
Après quarante ans de lutte anticommuniste ayant justifiée
toutes les horreurs que l'on sait (Chili, Cuba, Vietnam, etc.),
le gouvernement des Etats-Unis est entré dans une nouvelle
ère d'expansion et de domination dans le but de garantir,
partout, à tout instant et au mépris du droit s'il
le faut, le développement de ses intérêts
économiques. Leur usage des mots «terroriste, états
voyous, lutte du bien contre le mal, etc.» parvient pour
l'instant à ses fins : rien ni personne ne semble en mesure
de résister à cette rhétorique et aux actes
qu'elle veut légitimer. La puissance du mot «terroriste»
et l'inaltérable pouvoir de fascination des images du cataclysme
new-yorkais semble tenir l'Occident captif de ce discours. Pour
combien de temps ?
Etat d'exception / La rédaction
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