Edito, le 3 novembre 2002

Lire également sur le site du Monde diplomatique
cahier spécial Irak


Vos réactions


Jamais dans notre histoire récente, la puissance militaire, économique et politique d'un seul état aura été aussi pesante qu'aujourd'hui.

Sans doute l'effondrement de l'URSS préfigurait-il l'apparition de nouvelles «règles du jeu» et on pouvait craindre que la suprématie américaine désormais sans frein soit un jour tentée d'exercer son pouvoir en dehors du droit. Huit années de présidence démocrate à Washington nous avaient presque fait oublier les termes de la nouvelle donne, et la politique internationale de M. Clinton donnait l'illusion d'un équilibre préservé.
Depuis novembre 2000 et l'élection de George Bush, l'illusion s'est dissipée. Dans un discours prononcé à l'école militaire de Citadel, Caroline du Nord, en septembre 1999, G. Bush traçait déjà les contours de sa politique actuelle : la future administration comptait se donner de nouveaux moyens militaires destinés à étendre à tous les points du globe «sa capacité d'intervention rapide, massive et meurtrière». L'instrumentalisation politique de la tragédie du 11 septembre 2001 a permis à l'administration Bush de légitimer une telle ambition et de s'en donner les moyens financiers, au-delà de ses propres espérances (augmentation de 14 % du budget de la Défense en 2003, à 379 milliards de dollars).

Aujourd'hui, la machine militaire américaine se met en ordre de bataille. Au vu et au su du monde entier, les buts de guerre, jour après jour, apparaissent plus clairement : assurer aux compagnies américaines le contrôle de la production et de l'exploitation des réserves pétrolières irakiennes. Officiellement pourtant, il s'agit encore de lutter contre le «terrorisme international»...

La nouvelle rhétorique est en place. C'est celle de l'état d'urgence, de l'état d'exception à l'échelle planétaire, annonçant et justifiant l'effondrement prochain du droit international. C'est aussi la désignation de centaines de millions d'hommes et de femmes, et d'une religion, l'Islam, comme ennemis potentiels, les nouveaux ennemis …
Après quarante ans de lutte anticommuniste ayant justifiée toutes les horreurs que l'on sait (Chili, Cuba, Vietnam, etc.), le gouvernement des Etats-Unis est entré dans une nouvelle ère d'expansion et de domination dans le but de garantir, partout, à tout instant et au mépris du droit s'il le faut, le développement de ses intérêts économiques. Leur usage des mots «terroriste, états voyous, lutte du bien contre le mal, etc.» parvient pour l'instant à ses fins : rien ni personne ne semble en mesure de résister à cette rhétorique et aux actes qu'elle veut légitimer. La puissance du mot «terroriste» et l'inaltérable pouvoir de fascination des images du cataclysme new-yorkais semble tenir l'Occident captif de ce discours. Pour combien de temps ?



Etat d'exception / La rédaction

 

I/I