
la plupart (des choses) dénouées
n.b. se souvenir des filaments
d’un vert cru ondulant dans l’eau
douce emportée sur le lit de cailloux
…..là-bas
de quoi tout cela est fait, je te le demande
t’étonne, mais
la pluie nous l’avons voulue
: dehors la nappe tirée frémissante
et voilà
d’où étaient formulées les questions
c’étaient ce seront nos empreintes
les dessins réguliers dans la boue
tu les vois ?
à reculons le chemin piégé des distances
: une fois établies elles se rétractent
et secouent la nasse où étaient retenus les petits poissons
à vrai dire un lustre allumé dans l’eau
« elle se tient dans l’acte éperdu du reflet »
c’est-à-dire tout près
un bâton de rouge mais qui serait bleu (pâle)
ou vert (d’eau) soulignant
le dessin des lèvres et celui de la voix
prévoir ici l’adieu
aux roseaux des baguettes de feu
(en vrai, pour de vrai)
suspendues dans l’étendue les épingles
acupuncture légère du prospect
pièces glissées sur les yeux des morts
ophélies lentes sur les eaux busées
mais d’après lui les écailles seraient de frêles
miroirs, choses irisées jetées pêle-mêle
il n’y aurait dès lors qu’une guerre de reflets tendus
: des chœurs d’échos frappés lentement
le schème de la pluie en obliques
sur les loutres
et tout cela naturellement entrevu
dans la porte-tambour : copeaux de lumière
débités tranchants sur la trajectoire de verre
d’un mot éteint qui revenait vers nous
remontant le fleuve depuis l’aval
avide d’une épopée de son cru :
« les crêtes des souvenirs effrités » disaient-ils
vont et viennent c’est la nuit
dans le tremblé bougeaient les aiguilles
c’est là ton dû
- car telle était leur manière
d’être (à peine) : coulés sous d’autres devenirs
: c’étaient des fuites
au cœur même de l’eau un réseau serré
de courants étranges dispersés dans la voix
holà les repères se regroupaient
formant des cercles de bulles
soufflées par le doute un vent jovial
ou désespérant nous le contournions
non sans mal avec des planches
au-dessus des tourbillons
la cataracte entrait
faisant tourner sur lui-même le radeau
« Etant donné »’était son nom :
la chute, aux fines souplesses d’une éclaboussure
en Bugey, car rien ici, où les mousses
pleurent, n’est imaginé
tu vois ?
cette question du mot embarqué
sous la langue
le nom secret de la dérive
aux pales du moulin
une figure du vertige
pluie et surpluie d’éternel retour
au ras des taillis part le chant
et s’enfonce là où
la faux ne pénètre pas, alors ces ronces
une torche électrique les éclaire
elles bougent sacrement,
- passe ton chemin, disent-elles
en chuchotant peut-être – le fracas
de la chute se répand nous entrons
dans les voiles de vapeur suspendue
lancées retenues par des filets très souples
et la barque revient il avait suffi d’écoper
il y a un chenal dans les roseaux
des histoires s’y tiennent recueillies
ce sont des souvenirs qui se croisent
et s’étreignent
mais quelle aube et quel soir pour eux
si le film, comme on peut le constater, est continu ?
des glissés, sous les paumes
une marque à la craie sur les flancs
du bateau vers les rapides
et la corde qui tient
chaque graine et chaque goutte
tout a été éclairé la sonde
en touchant le fond
envoie un signal qui s’inscrit
sur l’écran et est stocké dans la centrale
avec les amas et les baies
tu es, te disait le dieu, l’écureuil
de ce royaume, autant dire
une aire, a garden of words
et les cris on les entend, ils sont
ils sont dans les remous
et répercutés par les rives
bandes du billard fluide
— où sont la fée, le nain ?
dans l’usine la légende
cousue dans les plis des cadences
3 X 8 nous les faisions
il y avait des séances de sommeil
à la cantine les garçons faisaient du raffut
les timbales cabossées finirent
dans l’eau leur course vagabonde
et ceux qui partirent les chercher
jamais nous ne les avons revus.
(17-18 octobre 2007)