L'enjeu démocratique des NTIC
de Gérard David
Un petit livre d'Inventaire/Invention
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  inédit



 

 


’envahissement du monde par les Nouvelles Technologies d’Information et de Communication (NTIC) affole les boussoles sociales et alimente des passions contradictoires, où la fascination le dispute à la détestation. Face à ce mélange d’euphorie et d’inquiétude, signe d’une grande confusion devant des évolutions rapides et complexes, il n’est pas seulement urgent de réintroduire un peu de mesure dans le débat. Il est aussi et surtout
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indispensable de lui restituer sa pleine dimension politique, en centrant l’attention sur les implications des processus en cours pour la Cité, la communauté des citoyens.

Convaincu que la fureur marchande ne résume pas les enjeux sociopolitiques des NTIC, je tenterai de préciser et d’évaluer les potentialités démocratiques de ces nouveaux outils. Comme on le verra, la réalisation de ces potentialités ne va nullement de soi. Elle requiert une appropriation sociale active et orientée, dont il s’agira de clarifier les enjeux et conditions. Enfin, j’élargirai le débat en inscrivant toute la problématique dans l’horizon du projet démocratique. Nous référer à la visée d’une transformation profonde des réalités présentes dans le sens de l’autonomie et de la démocratie est la condition d’une compréhension meilleure des faits et problèmes actuels. Mais ce n’est pas tout. Car si certaines tendances néfastes marquent nettement la dynamique sociale qui se déploie autour des NTIC, c’est également l’unique moyen de mettre pleinement en évidence la seule logique pratique forte à leur opposer.

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L'enjeu démocratique des NTIC
de Gérard David
se compose de six parties.
Il sera mis en ligne en deux livraisons successives.
Aujourd'hui nous vous proposons :
Le mirage communicationnel, et derrière lui....,

La "société de l'information"
et Les NTIC, outils pour la démocratie ?

Le mirage communicationnel, et derrière lui....
La "société de l'information"
Les NTIC, outils pour la démocratie ?
L'appropriation démocratique des NTIC
Les NTIC, la politique et le projet démocratique
Epilogue




ans le domaine qui nous intéresse comme en d’autres, il est tout sauf certain que notre époque se distingue par la lucidité. Vertige des flux d’information, frénésie de l’interconnexion généralisée, fantasme de la communication sans entraves : voilà en effet quelques-uns des noyaux
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durs du mirage communicationnel qui accapare aujourd’hui une partie des énergies sociales. Cette chimère est véhiculée de façon insistante par une apologie aussi naïve qu’enthousiaste de la « société de communication », la prétendue utopie réalisée d’une humanité libérée des pesanteurs héritées, d’une société « communicante » exempte de toute inertie et de tout blocage. Elle est soutenue par la soif sociale de nouveauté et trouve son complément de justification dans une idéologie du « nouveau » jugé bon comme tel. Et le développement phénoménal des NTIC lui fournit à l’évidence un point d’appui supplémentaire.
L’illusion communicationnelle ne règne cependant pas sans partage. De nombreuses voix discordantes se font entendre, qui rompent résolument avec les discours dominants, optimistes et lénifiants, sur les NTIC et leurs effets bénéfiques. Sans chercher à cartographier exhaustivement ces objections, on peut mentionner en particulier trois angles d’attaque.
La critique de l’idéologie de la « communication », d’abord, qui souligne la vacuité de la communication érigée en valeur suprême et substance même de
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la vie sociale – alors que, bien entendu, la question est : communiquer quoi ? pour quoi faire ? et qui communique ? et comment ? Cette critique met en lumière l’illusion de la transparence et de l’immédiateté communicationnelles, et, derrière, le fantasme d’une suppression de toute opacité ou part aveugle, difficulté ou résistance, médiation ou effort nécessaire.
Nous trouvons ensuite la critique de la marchandisation extensive et accélérée du monde, que le mirage communicationnel vient masquer. Appuyée sur une insistante et incessante mise en condition publicitaire, qui instrumentalise ledit mirage et manipule le désir de nouveau à des fins commerciales, la mobilisation massive des individus consommateurs trouve en effet dans les NTIC un vecteur puissant. Et il n’y a qu’à observer l’engouement pour la « nouvelle économie », le e-business ou les (ex-)mirifiques start-up pour voir que cette critique a de beaux jours devant elle.
Enfin, nombreux sont ceux s’attachant à mettre en évidence que les NTIC recèlent de nouveaux dangers pour la société, la socialité et la condition humaine elle-même. Les risques pointés ici concernent aussi bien l’abolition de la
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frontière social / privé ou le contrôle totalitaire que la fuite en avant d’une société de moins en moins enracinée dans le réel.
Fortes et sans conteste salutaires, ces critiques fournissent des éclairages puissants pour la compréhension des réalités actuelles. Prenant respectivement pour cible le fantasme de transparence sociale, la société de consommation et le capitalisme, la technique et l’illusion dangereuse d’une société déliée de toute limite, elles permettent de mieux décrypter certaines tendances lourdes caractérisant les sociétés contemporaines.
Mais elles n’épuisent pas la complexité des phénomènes. À le croire, nous pourrions tenir pour avérés le règne absolu de l’utopie communicationnelle, la réification complète des individus dans et par le jeu de la marchandise, leur asservissement total aux pouvoirs en place ou encore la folie technologique comme destin de la modernité. Ce qui est faux. De telles exagérations ne sont pas sans fondement, mais elles évacuent sans reste d’autres aspects du réel tout aussi essentiels et clôturent prématurément les interrogations aussi bien théoriques que
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pratiques.
Dans ces conditions, il faut commencer par nous défier de toute vision univoque et par trop simplificatrice des NTIC et de leurs effets. Il ne s’agit pas de renvoyer dos à dos les discours qui construisent le mirage communicationnel et ceux qui en dévoilent le caractère illusoire et la mise à profit par les manipulations de toute sorte. Mais nous devons raison garder et récuser les discours-écrans, quels que soient leur provenance et leur signe, positif ou négatif. Et dès lors que nous refusons l’alternative entre technophilie et technophobie, entre l’assimilation naïve du développement technique au progrès libérateur et la prophétie de l’inéluctable chaos, force est d’admettre que le véritable problème est celui de la maîtrise sociale des innovations liées aux NTIC et au-delà, de la réalisation de leurs potentialités libertaires, émancipatrices et démocratiques.

 


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Avant d’aller plus loin, quelques précisions sont nécessaires à propos de la « société de l’information ». En effet, au-delà du nouveau lieu commun qui tient la une des gazettes, de profondes mutations techniques et sociales sont bel et bien en cours. Nullement réductibles à la manipulation consommationniste de la société par l’industrie du multimédia, ces phénomènes inédits sont bien plus complexes et ambigus que l’apologie de la « société de communication » ou la dénonciation de la Technique ne le laissent
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accroire. Porteurs de transformations considérables (visibles au moins in nuce) de l’économie, de la société, de la culture, ils comportent en outre des effets à la fois positifs et négatifs.
Le bouillonnement actuel est fondé sur une mutation technique couramment désignée comme la « révolution des technologies de l’information ». Assise sur les développements fulgurants de l’informatique et des télécommunications depuis les années soixante, elle s’inscrit dans une série d’innovations relatives au traitement, à la sauvegarde et la circulation de données informationnelles de toute nature : économiques et financières bien sûr, mais aussi scientifiques, technologiques, militaires ou encore génétiques.
Malgré les apparences, il serait faux de considérer que cette révolution se réduit à l’explosion du multimédia grand public à partir de 1995. Les processus en jeu sont autrement profonds. À certains égards, les technologies de l’information apparaissent même comme les vecteurs d’une mutation sociale globale dont les racines sont multiples et enchevêtrées, et qui dépasse à tout point de vue le
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strict cadre technique.
Résultat de cette mutation technosociale in progress, la société de l’information en train de se mettre en place n’a rien à voir avec une quelconque « société de communication » au sens cité plus haut. C’est une structure socio-économique où l’information joue comme matière première et support des échanges, richesse et valeur sociale, objet d’investissement au sens économique strict mais aussi au sens social et culturel.
L’entrée dans cette « ère de l’information » se traduit donc au niveau de l’économie. Liée à une modification du régime productif – le passage du modèle industriel au modèle tertiaire de l’économie des services –, cette révolution est le support d’une économie politique et stratégique de l’immatériel inédite, fondée sur la possession et le négoce, l’accumulation et l’échange de data de toute nature 1.
Mais elle a aussi de lourdes incidences sur la morphologie et le fonctionnement de la société dans son ensemble. Sans pouvoir s’y étendre, il vaut de mentionner ici le travail que Manuel Castells a consacré à la montée de la
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« société en réseaux ». Nous assistons selon lui à une extension de la « logique du réseau » à la structure sociale tout entière. Trouvant sa base matérielle dans le nouveau paradigme des technologies de l’information, elle bouscule l’ensemble des structures et dynamiques établies et affecte aussi bien les relations sociales et techniques de production que les relations de pouvoir ou la culture.
En outre, cette transformation globale ne se restreint nullement aux cadres sociopolitiques anciens, car un autre aspect essentiel des mutations en cours tient à leur coïncidence avec le mouvement général de mondialisation, ou plus justement dit, de « globalisation ». Il en ressort un monde nouveau où les repères traditionnels perdent leur évidence 2. Le tout pose des problèmes inédits, focalisant à juste titre l’attention mais nécessitant une réflexion approfondie et non réductrice 3.
Pouvons-nous conclure pour autant à l’avènement d’un paradigme sociétal absolument nouveau ? Il est hors de doute que l’émergence d’un système technique très spécifique construit autour des NTIC, et plus largement de
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l’informatique et des télécommunications, a eu des implications sociales immenses. Mais la réponse ne peut être que balancée, car les phénomènes en cause ici mettent en scène une imbrication entre le nouveau et l’ancien. Ils modifient le contexte dans lequel ils s’inscrivent, mais en même temps ne font à de nombreux égards qu’en prolonger les tendances profondes. En outre, ces nouveautés sont loin de découler simplement du déploiement des NTIC. Celles-ci rendent possibles de nouvelles pratiques, chamboulent certaines sphères d’activité sociale et sont à la racine de nouveaux agencements structurels. Mais le tout renvoie immédiatement à la substance même des réalités antérieures.
Il suffit de considérer l’aspect le plus visible des transformations présentes, qui concerne l’économie et les échanges économiques. Contrairement à la vulgate actuelle, il est tout sauf certain que la prétendue « nouvelle économie » ait grand-chose de fondamentalement nouveau.
Certes, au niveau micro-économique, celui des entreprises, de leur fonctionnement et leurs interactions, on note une tendance à la suppression des intermédiaires, par exemple entre fournisseurs de produits de base et
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producteurs de biens de consommation, laquelle est rendue possible par les NTIC. Mais pour le reste, et notamment la relation entre commerçants et consommateurs, on assiste seulement à la mise en place de nouveaux modes de distribution, directs en l’occurrence. La forme aussi bien que le fond de l’économie marchande capitaliste n’en sortent nullement modifiés.
Au niveau de l’économie mondiale, les transformations liées aux NTIC paraissent avoir des conséquences plus substantielles, en conditionnant l’émergence d’une nouvelle économie capitaliste globale. Mais là encore, il est clair que la logique dominante demeure celle d’un capitalisme transnational depuis longtemps en place 4.
On peut dresser un constat analogue si l’on envisage les incidences du mouvement général de globalisation sur les cultures et les identités.
L’entrée dans une ère de globalité, énormément accélérée par la mise en place des NTIC, pose certes de façon aiguë et très concrète la question des rapports entre l’universel et le particulier. L’émergence de nouvelles voies pour l’impérialisme culturel, elles-mêmes plus ou moins directement connectées au
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néo-impérialisme économico-politique, constitue assurément une lourde menace pour l’intégrité des cultures et la cohérence des identités traditionnelles.
Mais le problème n’a rien d’inédit. Les aspects véritablement neufs – la globalisation des réseaux, la mondialisation de la communication, le fait que l’inclusion dans la sarabande du monde ait des effets rétroactifs quasi immédiats sur les acteurs concernés… – sont indéniables, mais ils ne modifient pas essentiellement les données d’une question posée depuis déjà longtemps, et à vrai dire consubstantielle à l’occidentalisation du monde en marche depuis les grandes découvertes. Tout juste la compliquent-ils considérablement, en y ajoutant de nouvelles dimensions 5.
Il importe donc de résister à l’idée d’une société et d’un monde inédits apparaissant par génération spontanée. Les mutations actuelles ne suppriment pas la société old style, ni les conflits qui l’habitent et l’irriguent ni les stratifications et segmentations sociales, économiques, culturelles, politiques qui lui donnent corps. Au final, il y a superposition de nouveaux schémas, nouvelles pratiques, nouveaux conflits, aux anciens, et imbrication, souvent
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chaotique, entre les deux.
Mais pour cette raison même, la situation présente n’a rien de figé. Elle laisse entrevoir une série de virtualités fortes et pour le moins divergentes. Préciser les contours de ce champ de possibles est un travail de première importance, qui requiert d’élucider la dynamique des processus objectifs, repérer les forces sociales qui les portent, expliciter les logiques sous-jacentes, clarifier les implications pour l’ensemble des sphères d’activité sociale, sans oublier d’examiner les discours sur les faits, révélateurs de la société, de son autoreprésentation, ses affects, sa « poussée ».
Les questions à traiter dans cette optique sont innombrables. Elles concernent par exemple les mutations du travail, l’impact des NTIC sur la communication humaine-sociale, la socialité elle-même, l’autoreprésentation des individus et de la collectivité, ou encore l’éventualité d’une véritable mutation anthropologique 6. Ce passionnant champ de réflexion, en constante recomposition, est tout sauf épuisé, et la seule certitude ici est que les alternatives du type « tout change / rien de nouveau » ou « tout change en bien / en pire » ne nous sont
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d’aucune utilité.
Au-delà de l’idée que les innovations technosociales actuelles sont de puissants facteurs de mutation, je crois possible d’avancer dans la réflexion à partir du constat que des logiques sociales multiples sont à l’œuvre aujourd’hui au cœur des processus objectifs et que les virtualités plurielles et souvent contradictoires que nous pouvons discerner sont liées à ces logiques incarnées.
Dans ce contexte, les NTIC et les transformations découlant de leur diffusion accélérée peuvent être considérées comme un lieu de conflit entre logiques contradictoires, auxquelles elles servent de support concret, de relais, de vecteur.
En l’espèce, nous avons d’un côté les logiques de la marchandise (du capitalisme) et du contrôle social (de la bureaucratie), orientées respectivement vers la maximisation de la production et de la consommation et vers la surveillance, la manipulation et la domination. Prises ensemble, et se renforçant mutuellement dans les faits, ces logiques sont dominantes.
De l’autre côté, nous trouvons les logiques de l’autonomie et de la démocratie,
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qui sont minoritaires, mais tout aussi effectives que les précédentes. Mettant en scène la résistance à la logique socio-économique du capitalisme et le court-circuitage du contrôle bureaucratique, elles sont au cœur de certaines pratiques sociopolitiques qui mobilisent les NTIC en tant que vecteurs d’émancipation, d’éducation, d’autonomie, de démocratie en acte.
À partir de là, le problème n’est pas de prendre la défense d’Internet et des NTIC ou de les combattre, mais de les instituer comme question, enjeu et lieu de conflit sociopolitique. Dans cette perspective, je fais l’hypothèse que les NTIC sont des médias potentiellement démocratiques et qu’elles méritent d’être sérieusement questionnées du point de vue de l’invention de nouvelles formes d’organisation et d’action sociale et politique. Le tout étant soumis à cette condition impérative : leur appropriation par les gens pour en faire autre chose que des moyens de consommation et de contrôle social. Ainsi envisagées et pratiquées, elles pourraient devenir des ressources supplémentaires pour l’autonomie et la démocratie.


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Notes

1. Dans ce cadre, l’information n’a pas seulement une valeur d’usage en tant qu’élément pour la connaissance. Elle est surtout valeur d’échange et bien stratégique, moyen pour la manipulation économique et politique, substrat de nouveaux pouvoirs et de nouvelles fortunes. retour page 10


2. Centré sur la dimension sociologique du changement technique, le travail de Castells va bien au-delà de ces simples constats, puisqu’il vise à établir ni plus ni moins qu’une « théorie interculturelle de l’économie, de la société et de la culture à l’ère de l’information ». Là encore, je ne peux que renvoyer à son ouvrage : The Information Age. Economy, Society and Culture, Oxford, Blackwell, 3 tomes, 1996-1998 ; tr. fr. L’Ère de l’information, tome I : La Société en réseaux, Paris, Fayard, 1998 ; tome II : Le Pouvoir de l’identité, Paris, Fayard, 1999 ; tome III : Fin de millénaire, Paris, Fayard, 1999. retour page 11


3. Ainsi, il est clair que le monde rendu accessible en temps réel moyennant le déploiement de la technologie des réseaux ne se réduit en aucune façon à la globalisation financière. Traiter de la « mondialisation » sans plus de précisions ne fait donc avancer en rien la compréhension des phénomènes. retour page 11


4. Faire comme si les firmes transnationales étaient nées la semaine dernière est au mieux une illusion d’optique. Les marxistes du début du siècle s’intéressaient de très près aux problèmes du capitalisme financier et de l’impérialisme. Plus près de nous, dans les années soixante et soixante-dix, la question des multinationales, liée en particulier au problème du néocolonialisme, occupait le devant de la scène. On pourrait multiplier les références montrant que la réalité du capitalisme transnational est ancienne et depuis longtemps objet de réflexion et enjeu de débats. Certes, la mise en place d’une nouvelle économie capitaliste globale résultant de la coïncidence entre la libéralisation et globalisation des échanges et le développement des NTIC implique de nouveaux efforts d’analyse. L’« économie mondialisée » (R. Reich) comme champ de manœuvres du « capitalisme informationnel global » (M. Castells) n’a pas fini de nous questionner. Mais tout cela ne modifie pas les tendances profondes du capitalisme, ni les logiques qui en régissent le fonctionnement. L’horizon des développements actuels reste la conquête des « marchés » et la mainmise planétaire des industriels, des commerçants et des financiers. Et la concurrence orientée vers la maximisation du profit fait tout autant rage dans le domaine des réseaux, dont le contrôle est l’enjeu d’une véritable bataille mondiale, que dans les secteurs d’activité classiques. retour page 13


5. Dire cela ne signifie pas que toute transformation profonde soit exclue, ni même qu’il ne se passe rien de notable aujourd’hui. On ne peut se contenter d’affirmer que la communication de masse globalisée joue purement et simplement en faveur de l’empire culturel américain. De nombreux éléments vont dans ce sens, mais force est de constater que les processus liés à la globalisation et les effets de l’insertion obligée des sociétés et des cultures dans le système-monde ne sont pas univoques, et surtout, ne sont en aucune façon pilotés par un centre absolument souverain. Tout aussi importante que la dépendance accrue du monde entier à l’égard des États-Unis est la mise en place d’une interdépendance entre parties du monde qui affecte en profondeur le(s) centre(s) aussi bien que la (les) périphérie(s). retour page 14


6. En effet, l’idée se généralise que les NTIC sont grosses d’une révolution de l’intelligence, ces technologies jouant comme amplificateur de capacités et générateur de possibles pour la pensée et la connaissance, portant ainsi en elles une véritable révolution cognitive-anthropologique. Dans une autre direction, certains insistent sur les perspectives ouvertes par l’émergence de la cyberculture, synonyme de mutation radicale des repères traditionnels et de chaos créateur ; par l’expansion du cyberespace, espace-temps virtuel, nouvelle dimension du réel et de la perception ; par la découverte de nouvelles strates de réalité et la création d’un cybermonde. Enfin, certains consacrent leurs efforts à mettre en évidence les risques de déréalisation induits par l’expansion du virtuel comme tel, laquelle a des implications non seulement techniques et productives, mais aussi culturelles, sociétales, anthropologiques. retour page 15