genre film de prison accumulait généralement pas mal de
poncifs et de maladresses. Les détenus y préparaient l'évasion
du siècle, jouaient au basket dans la cour, fabriquaient des radios
piégées qui explosaient à la gueule d'un maton sadique.
Le spectaculaire était privilégié. Hollywood filmait
la prison comme un espace d'
entertainment (divertissement). Mais
les auteurs d'OZ, eux, explorent le monde carcéral comme l'un des
aspects du cauchemar américain. Ils ont su trouver un angle original
et parfois déroutant pour nous conter ces effroyables tragédies
souterraines.
Le narrateur présentateur est un jeune Noir handicapé, se
déplaçant en chaise roulante. Il quitte parfois son uniforme
de détenu pour revêtir une tenue pharaonique. La série
bascule alors dans la parabole. Les plaies de l'Egypte ancienne se répercutent
dans ce pénitencier américain : des prisonniers sont égorgés
sous la douche, d'autres sont énucléés, les lames
de rasoir remplaçent les essaims de sauterelles. La prison concentre
toutes les psychoses raciales de l'amérique
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contemporaine : les musulmans Noirs, les nazis de la fraternité
aryenne, les Latinos, les membres de gangs se partagent un espace restreint
et délimité. La prison est une véritable jungle dans
le sens propre du terme. Les prédateurs recherchent des proies
: les non-violents, les intellos, tous ceux qui n'auraient jamais dû
atterrir à OZ se trouvent d'emblée au plus bas de la chaîne
alimentaire. Un type a violé un gamin. On l'incarcère à
OZ, et des nazis le crucifient dans le gymnase. Les personnages ont une
durée de vie limitée : il suffit d'un ordre murmuré
sous la douche pour se retrouver agonisant sur le carrelage, la carotide
sectionnée. Les rêveries chimiques constituent le moyen le
plus efficace pour s'évader d'OZ, et c'est pourquoi le trafic de
came est le rouage primordial de l'économie carcérale. Comme
en temps de guerre, des accords de cesser le feu sont signés entre
les clans. La trêve forcément provisoire permet les deal
de came sans que le bouclage général soit instauré.
Le bouclage général. Un grand moment dans la vie d'OZ. Surtout
quand l'émeute éclate. La bande son se fait alors étouffante
et
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3/8 |
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métallique. Les unités du SWAT ( spécial weapons
and tactics, l'équivalent américain du RAID) se métamorphosent
en cerbères et tentent de rétablir l'ordre en enfer. Car
OZ est un enfer. Des prisonniers encore pubères sont fauchés
par les balles des matons, des toxicos rongés par le manque gueulent
pendant de longues nuits dans un décor fumigène et bleu
métallique. Comme le dit O'Reilly, un prisonnier : " Ici à
OZ, le mal c'est bien.". Jara est un vieux sorcier africain. Il a
provoqué la mort d'un enfant malade en voulant le soigner par la
magie. La justice américaine l'envoie à OZ pour vingt longues
années. Jara convertit un ex-caïd de la rue, Adibisi, à
une philosophie africaine basée sur le retour à la terre
et à la spiritualité. Adibisi est un gros dealer du pénitencier,
sa conversion ne suscite guère l'enthousiasme des Italiens, qui
font exécuter Jara dans les cuisines. Oz, c'est aussi des tentatives
de rédemption avortées, des évasions mentales. Les
jeunes Noirs étaient déjà prisonniers du ghetto avant
d'échouer sur les rivages pollués d'OZ. Des flash-back paranos
nous montrent des gamins vider leur 9 millimètres
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4/8 |
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sur d'autres gamins, pour un carré d'asphalte, un morceau de territoire.
Dehors la guerre des gangs et la pauvreté, dedans la mort psychique
et le pourrissement quotidien.
Oz est une série crue, cruciale. Elle montre des détenus
affronter la réalité, la monstrueuse réalité.
Il n'y a pas d'évasion hollywoodienne en hélicoptère
ou par la buanderie. Il n'y a que des vies vécues sur la brèche.
L'enfermement. Le narrateur infirme est à l'intérieur d'un
cube de verre. Il n'y a même plus d'espoir. Quand la frustration
devient extrême, Alvarez, issu d'un gang latino, arrache l'il
d'un maton. C'est une offrande pour les dieux de la
familia, le
gang tout puissant. Alvarez a une peur vomitive de l'enfermement en quartier
disciplinaire, le mitard. Coincé dans une cellule minuscule, sans
barreaux ni fenêtres, il a une trouille primale, viscérale.
Un jeune Noir apprend que sa copine le trompe. Ils ont un bébé
ensemble. Peu importe, les autres le taxeraient de pédé
s'il ne prenait pas de mesures coercitives à l'encontre de sa femme.
Il l'a fait buter, en compagnie de son nouveau mec, sur
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5/8 |
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un simple coup de téléphone passé à un tueur
sévissant à l'extérieur de la prison. On voyage alors
dans les cachots sombres et humides de la conscience américaine.
Un prisonnier placé en quarantaine dessine un visage humain sur
la porte de la cellule, à l'aide de mousse à raser. La psychiatre
de la prison analyse ainsi les causes de l'émeute : "Privés
d'intimité, de dignité, on les laisse mijoter jusqu'à
ébullition". Un détenu se lève en pleine nuit
et en oblige un autre à lui tailler une pipe. L'autre lui sectionne
le gland avec ses dents.
C'est ce genre de séquences, brutales, insoutenables qui font l'originalité
d'OZ. Les anecdotes bien senties sur la pénible condition humaine
du prisonnier et les multiples références au contexte social
de l'Amérique urbaine et violente. Les matons profitent de l'émeute
pour exécuter des détenus. Les ordures, on les trouve dans
les deux camps. Pas de manichéisme. Comme l'affirme le narrateur,
"les mensonges sont nécessaires".
La série alterne fiction et partie plus documentaire. Les auteurs
cassent le rythme
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6/8 |
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en introduisant des monologues entêtants, fracturent la narration
en insérant des flash-back chirurgicaux, la bande-son frissonne,
halète. Les dialogues sont plus incisifs que les lames de rasoir
camouflées dans les brosses à dents. Rarement, dans une
série américaine, on aura atteint un tel niveau d'authenticité.
On peut regarder OZ comme un sitcom. Les sitcom classiques décrivent
la vie d'une famille us middle class, un peu débile, les déboires
amoureux des protagonistes. OZ montre la vie de prisonniers jour après
jour, avec leurs tribulations sentimentales. La promiscuité et
la misère sexuelle favorisent l'apparition de couples, et cela
chez des hétéros. OZ est un sitcom grinçant, satirique,
il tourne en dérision les autres sitcoms où on ne vous montre
que des Jeunes Gens, Riches, Beaux et Blancs, se gavant de pop corn et
recevant leur diplôme de fin d'études. OZ vous montre ceux
qu'on veut cacher, les Latinos, les Noirs, les Aryens, les Ritals, les
tueurs russes de Brighton Beach, Little Odessa, Brooklyn, s'assassinant
et se sodomisant mutuellement, en regardant les programmes de cul. Certains
prient le dieu Dollar,
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7/8 |
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d'autres le dieu Allah. Des salam alikoum (que la paix soit sur toi) résonnent
dans les couloirs bourrés de caméra. Mais la paix n'entrera
pas à OZ aujourd'hui. Un flingue a été récupéré
par un
inmate (détenu) et la nuit n'est pas prête
de s'estomper.
OZ est une série
HBO, diffusée en France via le câble,
sur la chaîne
Série Club. La prochaine saison sera
diffusée en octobre 2000.
Karim Madani
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8/8 |
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