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Le Journal lumineux a été lu en introduction d'un débat animé par Emmanuel Laurentin et Marc Voinchet au Théâtre de l'Odéon et retransmis surFrance Culture le 16 mars 2002.
 
    « E pericoloso sporgersi
Où va l'Italie ?


Que se passe-t-il dans le domaine culturel en Italie ?
France Culture a souhaité, en partenariat avec le Théâtre de l’Odéon, théâtre européen inviter des artistes, des intellectuels, des créateurs, pour connaître leurs opinions et savoir comment, dans leur tête, dans leur imaginaire et dans leur pratique professionnelle, ils vivent aujourd’hui en Italie depuis la victoire démocratique de Silvio Berlusconi au printemps dernier.
»
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Septembre 2001 : l'article 22 du projet de loi e finances prévoit de « céder au secteur privé l'entière gestion de la jouissance publique des biens culturels ».

30 octobre 2001 : une cinquantaine de directeurs de musées du monde entier signent une pétition en exprimant leur « inquiétude » devant ce projet.

5 décembre 2001 : devant l'ampleur des protestations, le gouvernement italien retire l'article 22.

20 octobre 2001 : Antonio Tabucchi publie dans Le Monde un article intitulé « Italie : les fantômes du fascisme ». Cet article avait été refusé par La Stampa et le Corriere della Sera.

Décembre 2001 : le directeur de la Biennale de Venise, Paolo Baratta, est remplacé quatre mois avant la fin de son mandat par Franco Barnabé, ancien patron de Telecom Italia.
Alberto Barbera, organisateur de la section cinéma de la Mostra, est remercié. Aucun des remplaçants pressentis n'accepte de lui succéder.

Janvier 2002 : Lino Micciché, directeur de l'école nationale de cinéma, est remplacé par le sociologue Francesco Alberoni.

11 janvier 2002 : le prix Nobel de littérature Dario Fo dénonce ce qu'il nomme un « nouveau fascisme » à l'œuvre dans son pays. « D'abord l'entreprise-Italie », écrit-il dans Le Monde, « puis le parti-entreprise avec le grand manager au milieu ».

Février 2002 : plusieurs intellectuels dénoncent la situation en Italie. Parmi eux les philosophes Norberto Bobbio et Gianni Vattimo, l'économiste Paolo Sylos Labini, les écrivains Antonio Tabucchi, Andrea Camilleri et Vincenzo Consolo, le poète Mario Luzi. Les appels d'universitaires et de juristes se multiplient. Celui des professeurs de Florence, le 24 janvier, réunit 12 000 personnes.
Un éditorialiste du Corriere della Sera accuse ces intellectuels critiques d'appartenir au « Parti de l'Apocalypse ».
Cependant ce front anti-berlusconien n'est pas vraiment uni et reflète le morcellement de la gauche italienne.
L'historien Luciano Cafagna note qu'après « s'être nourri depuis dix ans d'indignation, le risque est de passer aujourd'hui pour des tristes sires éternellement en colère ».

2 février 2002 au soir : lors d'un meeting sur la justice, Piazza Navona à Rome, le cinéaste Nanni Moretti retourne sa colère contre son propre camp. En deux minutes, il s'en prend à « la burocrazia de l'Olivier », la coalition de centre-gauche, et prédit qu'avec les leaders Massimo d'Alema, Piero Fassino et Francesco Rutelli, présents à la tribune, l'Olivier en aura pour deux ou trois générations avant de revenir au pouvoir. En conclusion, il appelle à une autocritique collective de la gauche, puis quitte la tribune.

11 février 2002 : un article co-signé par l'écrivain Erri de Luca et par Oreste Scalzone apostrophe Nanni Moretti et dénonce « l'Etat pénal » issu de l'opération Mains Propres qui a contribué, selon les auteurs, « à substituer un pouvoir à un autre en donnant le coup de grâce à la dignité de la parole " Politique " ».

17 février 2002 : 5000 personnes, parmi lesquelles Nanni Moretti, manifestent pacifiquement autour du Palais de Justice de Rome. C'est le début d'un nouveau genre de protestations : les girotondi, au cours desquels les manifestants forment une ronde autour d'un bâtiment symbolique.
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Mars 2002 : Guiliano Ferrera, le directeur de Il Foglio, s'attaque au cinéaste Roberto Benigni qui, lors de la campagne électorale de l'an dernier, avait pris parti contre Silvio Berlusconi.
Benigni devant se rendre au festival de la chanson de San Remo, Guiliano Ferrera propose de jeter sur scène des légumes, des fruits pourris et des œufs. « Nous voulons, dit-il, introduire la zizanie dans ce lieu mielleux de l'amour mélodique, la cacophonie d'une protestation civile dans le temple de la chansonnette du régime. Nous sommes disposés à affronter la répression de la RAI ».

La Repubblica considère qu'il s'agit là de « marionettisme à bas prix ».

Au lendemain du festival, Guiliano Ferrera avoue être resté chez lui et avoir jeté des œufs sur sa télévision en regardant Benigni. Il revendique fièrement d'avoir intimidé l'auteur de La Vie est belle.

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Les cent jours qui suivent les élections du 13 mai 2001 voient la mise en place rapide de réformes concernant la justice en matière de délits financiers.

- autorisation du retour des capitaux illégalement exportés sans plafond ni justificatif, moyennant une taxe de 2,5% et avec la garantie d'échapper à tout contrôle fiscal pendant cinq ans ;
- abolition des droits de succession sur les grandes fortunes (autrefois déjà très réduits par le centre-gauche) ;
- dépénalisation du faux en bilan de société, dont le délai de prescription est ramené de quinze à sept ans ;
- adoption de la loi des « rogatorie », qui freine la coopération internationale entre juges, notamment avec la Suisse et l'Espagne, avec effet rétroactif ;

Commentaire de Roberto Mennaimer, politologue et directeur de l'institut de sondages Ipso : « Les problèmes judiciaires et les conflits d'intérêt n'intéressent pas les gens. Ici, les conflits d'intérêt, qui n'en a pas ? Ca fait partie de la culture nationale ».

Automne 2002 : officiellement pour des motifs d'ordre budgétaire, une circulaire du ministère de l'Intérieur réduit la protection des juges anti-corruption de Milan, puis des juges anti-maffia de Palerme, à deux agents armés au lieu de cinq, et supprime leurs voitures d'escorte.

Novembre 2001 : une ligne téléphonique est ouverte par un député de « Forza Italia » à Bologne pour qu'y soient dénoncés les enseignants qui parlent mal du gouvernement pendant leur cours. Suite à de vives réactions, la ligne est supprimée.

Début décembre 2001 : l'avocat Carlo Taormina, sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, est contraint de démissionner après avoir entre autres réclamé « l'arrestation » des juges anti-corruption de Milan désavoués par un verdict de la Cour de Cassation. Durant l'exercice de sa charge ministérielle, l'avocat Taormina avait défendu des maffieux dans des procès où l'Etat italien était partie civile.

12 janvier 2002 : le procureur général de Milan, Francesco Saverio Borelli, magistrat symbole du Pôle anti-corruption, lance un appel à l'occasion de l'ouverture de l'année judiciaire. Devant un parterre de juges, il martèle sa fameuse phrase, « Resistere, resistere, resistere ! ». Une majorité de magistrats, à travers tout le pays, pratiquent la chaise vide en ne laissant que leur toge dans les tribunaux.

23 février 2002 : la revue Micromega appelle à commémorer les dix ans de « Mani Pulite » au Palavobis de Milan. Quarante mille personnes selon les organisateurs, dix-huit mille selon le gouvernement. L'hommage aux juges se transforme en manifestation anti-gouvernementale.

26 février 2002 : explosion d'une bombe devant le ministère de l'Intérieur.
« Il faut que la gauche baisse d'un ton ! » commente le Président du Conseil, qui suggère un lien entre la manifestation de Milan et cet attentat.

26 février 2002 : Roberto Zaccaria, président sortant de la RAI, fait connaître les chiffres d'organismes indépendants sur les temps de présence des hommes politiques dans les journaux télévisés entre le 11 juin 2001 et le 10 février 2002.
- Sur la RAI : Silvio Berlusconj, 453 minutes ; Francesco Rutelli, premier représentant de l'opposition, 188 minutes.
- Sur Mediaset : Silvio Berlusconj, 739 minutes ; Francesco Rutelli, 45 minutes.

28 février 2002 : la loi sur le conflit d'intérêt est votée dans un hémicycle déserté par l'opposition qui la qualifie de « Salva Berlusconi ».
Elle permet à un chef d'entreprise exerçant un mandat électif de conservé sa ou ses sociétés à la condition de nommer un administrateur. Résultat : Silvio Berlusconi abandonne la présidence du Milan AC. Il reste notamment président de son groupe de communication et d'édition, Fininvest : trois télévisions privées et le groupe Mondadori, plus grand groupe d'édition en Italie.
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Décembre 2001 : l'Italie tente de bloquer le mandat d'arrêt européen destiné à combattre le terrorisme et la criminalité financière organisée.

13 décembre 2001 : après une vague de protestations en Europe, le gouvernement Berlusconi accepte le mandat d'arrêt européen à la condition de modifications constitutionnelles.

5 janvier 2002 : plusieurs ministres italiens, parmi lesquels Umberto Bossi, profitent du passage à l'euro pour se démarquer de Bruxelles. En désaccord avec ses collègues, le ministre des Affaires étrangères italien, Renato Riggiero, l'europhile, démissionne. Gianni Agnelli, sénateur à vie et patron de la Fiat, déplore ce qu'il appelle un dommage pour l'Italie.
Silvio Berlusconi annonce qu'il assurera lui même l'intérim pour une durée d'au moins six mois. Dans ses premières déclarations, il affirme vouloir mesurer les performances des ambassadeurs sur la base de l'augmentation des exportations des produits italiens dans les pays où ils sont en poste.

12 janvier 2002 : Silvio Berlusconi avertit ses partenaires européens : « L'Europe doit prendre en compte les valeurs de l'Italie ».

17 janvier 2002 : la ministre de la culture Catherine Tasca déclare sur France Culture qu'elle est très inquiète de la politique menée par Silvio Berlusconi et qu'elle préfèrerait un autre parrainage pour le Salon du Livre de Paris.

Fin janvier 2002 : le sous- secrétaire d'Etat à la culture, Vittorio Sgarbi, affirme que le chef du gouvernement ne viendra pas inaugurer le Salon du Livre de Paris, non pour satisfaire Mme Tasca, mais parce qu'il a d'autres rendez-vous. Et il reprend à son compte la formule de ses opposants : « Nous, nous y serons avec des banderoles sur lesquelles nous écrirons : " Résister, résister, résister !!" ».

28 janvier 2002 : Silvio Berlusconi impose son vice-premier ministre Gianfranco Fini, leader de l'Alliance Nationale, au poste de représentant de l'Italie à la Convention des réformes institutionnelles de l'Union Européenne, présidée par Valery Giscard d'Estaing.

15 février 2002 : Tony Blair et Silvio Berlusconi signent ensemble une déclaration commune en faveur du libéralisme économique. Le gouvernement italien prépare un projet de loi pour faciliter les licenciements économiques.

Février 2002 : des menaces précises touchent les responsables des centres culturels italiens à l'étranger. Une pétition internationale d'écrivains prend la défense de Mario Fortunato, directeur du centre culturel italien de Londres.

7 mars 2002 : Dans le quotidien napolitain Il Mattino, le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Mario Baccini déclare : « Dans certains centres culturels, au lieu de promouvoir les beaux aspects de l'Italie, on a laissé se développer des attaques contre notre pays. C'est inacceptable ». Il poursuit : « A Paris, notre centre culturel avait le devoir de défendre l'Italie contre les critiques de Mme Tasca. Au lieu de cela a été favorisée, au prochain Salon du Livre, la présence d'auteurs qui disent que la démocratie est en péril en Italie. C'est absurde. A Berlin, on a permis la projection d'un film anti-gouvernemental sur le sommet du G8 de gênes ».
L'écrivain Claudio Magris lui répond qu'un gouvernement qui pratique l'ingérence dans la culture est tout sauf libéral, c'est même la négation du libéralisme. Fort heureusement, ajoute l'écrivain triestin, le revolver dont il pourrait se servir est tout au plus un pistolet à eau.

3 mars 2002 : réunion de la Ligue Lombarde d'Umberto Bossi, ministre des réformes institutionnelles, lequel déclare qu'il faut « résister à l'Europe bureaucratique et à l'invasion normative. Cette Europe est un nouveau fascisme ».
Lors de ce même congrès, Silvio Berlusconi affirme que « sans la Ligue, l'Italie aurait été confiée à la gauche communiste ».

4 mars 2002 : le Président de la république italienne, Carlo Azeglio Ciampi, convoque le Président du Conseil pour avoir des explications sur les déclarations du chef de la Ligue.

5 mars 2002 : la commission européenne juge « surprenantes » les accusations anti-européennes d'Umberto Bossi.

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