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itôt sorti du métro, à la
station Fort d'Aubervilliers, vous apercevez Les Courtillières
sur votre gauche. C'est dans cette cité plantée à
la frontière de Pantin que Jacques Doillon a rencontré
quelques-uns des jeunes acteurs de Petits frères, sorti
en salle en avril dernier. La revue Inventaire/Invention est
née juste en face, de l'autre côté du boulevard,
dans un bâtiment triste |
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comme une annexe de mairie : huit cents mètres
carrés de préfabriqué, à la lisière
du Fort d'Aubervilliers. A peine le visiteur a-t-il poussé la porte
que son sentiment change. La monotonie n'est qu'une première et
fausse impression : il y a ici quelque chose à sentir, à
comprendre.
Vous êtes dans les locaux du Métafort.
Créée en 1995, à mi-chemin entre la recherche et la
création, l'association se présente comme une "fabrique
à projets culturels multimédias". Elle se consacre à
des activités liées à Internet avec pour partenaires
de prestigieuses institutions comme le Massachussetts Institute of Technology
de Boston ou le High Tech Center de Babelsberg... On attendrait d'un tel
potentiel technique qu'il trouve refuge dans les murs haussmanniens d'un
quartier huppé, loin de la déglingue sociale. Eh bien non
! L'association s'est volontairement posée dans une ville modeste
de Seine-Saint-Denis (c'est même la plus pauvre du département,
avec un revenu moyen de 5680 francs), entre les jardins ouvriers, le
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théâtre Zingaro et le fort d'Aubervilliers
- d'où le nom de "Métafort".
Une quinzaine de jeunes gens y travaillent en permanence.
On élabore des projets classiques - un groupe de Rmistes a créé
avec M. Jean-Paul Gilly un site remarquable pour demandeurs d'emploi. On
y concrétise aussi des idées plus novatrices, comme la mise
en place, actuellement, d'un site jumelant le Métafort avec une association
malienne. Au départ, quelques adolescents des Courtillières
préparaient un voyage humanitaire pour apporter dans la capitale
des vêtements, des livres, des médicaments... et trois ordinateurs.
Le Métafort s'est associé au projet et travaille désormais
on line avec le Centre d'ingénierie culturelle de Bamako, dirigé
par le sociologue Jean-Louis Sagot-Duvauroux et un musicien depuis longtemps
célèbre : Salif Keita.
Les portes du Métafort sont ouvertes en permanence
: à une classe de lycéens
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en quête d'initiation, à un artiste
désireux d'utiliser les nouvelles technologies, aux anxieux du bug
de l'an 2000. Pour les initiés, le Métalab, atelier de création,
accueille des porteurs de projets multimédias, "labellisés"
par le Métafort..
Internet est un marché hautement lucratif
; au Métafort, le primat est au contraire culturel et social. Les
Métaforistes font penser à ces partisans de l'Europe qui,
au début des années 80, mettaient en garde contre une Europe
exclusivement économique et se battaient pour une Europe sociale
et culturelle. Le Métafort se veut une sorte de Parlement où
débattre des enjeux de la culture à l'ère des nouvelles
technologies, doublé d'un observatoire des nouvelles pratiques artistiques.
C'est ici qu'on réfléchit à la manière d'éviter
les dérives du multimédia. "Le Métafort est un
lieu où l'on expérimente la pertinence et l'utilité
des dernières technologies dans tous les domaines d'activité
: social, culturel et technique. La seule garantie que nous ayons d'éviter
les dérives du multimédia et des réseaux,
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c'est d'y associer le plus grand nombre. C'est
aussi la seule façon de combattre l'exclusion que ces technologies
peuvent générer", explique Pascal Santoni, directeur
du Métafort.
Depuis sa création, toutes sortes de gens
ont défilé au Métafort : des informaticiens, bien sûr,
mais aussi des artistes, des ingénieurs, des philosophes, des industriels.
Chacun est sollicité pour "ses réflexions sur les mutations
en cours". C'est même une obligation. Car on a inventé
le Métafort aussi pour mettre en uvre une réflexion
sérieuse et anticiper les conséquences de la mutation majeure
qui s'opère dans le secteur de l'information, de l'image, des réseaux
de communication. La philosophie du lieu est de ne point succomber à
l'euphorie ni au pessimisme qui accompagne la flambée technique et
de ne pas faire de ce laboratoire un monde clos réservé aux
spécialistes. Ce doit être un espace public en relation étroite
avec les relais culturels et sociaux, notamment les associations et
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les enseignants. "Le Métafort ne
saurait être sa propre fin, aussi ouvert soit-il sur le monde et sur
le pays", écrivait Jacques Toubon lors de son court séjour
rue de Valois. "Il faut qu'il soit placé à Aubervilliers,
en Seine-Saint-Denis, aux portes de Paris. Il faut qu'il soit un lieu où
l'on se rassemble, où l'on apprend, où les jeunes en particulier
viennent mettre le savoir-faire de la génération Nintendo
au service de visées éducatives qui leur permettront de s'élever
"
Les uns, et parmi eux le maire d'Aubervilliers Jack
Ralite, président de l'association, parlent du Métafort comme
d'une "utopie urbaine", les autres comme d'un nouveau Bauhaus
: celui de l'ère électronique. L'association a été
inventée en 1990 par Pierre Musso, chercheur, expert en télécommunication.
A cette époque où l'on pressent déjà que le
numérique va bousculer pas mal de choses, Jack Lang lui commande
un rapport sur les nouvelles technologies. Quelques débats (qui sont
loin d'être clos aujourd'hui) s'amorcent déjà : l'essentiel
ne devait-il pas être,
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plus que l'uvre achevée, le processus
de création lui-même ? Pierre Musso est prié d'imaginer
ce qui dans l'art va bientôt faire appel au numérique, en associant
à une réflexion commune des gens qui n'ont pas l'habitude
de travailler ensemble. La chose n'est pas habituelle.
On se souvient de ce qu'à l'époque,
un artiste qui voulait créer un spectacle mêlant vidéo
et informatique ne trouvait dans les institutions aucun interlocuteur, chaque
Direction du ministère de la Culture étant très spécialisée
- "Livre", "Théâtre", "Arts plastiques"
Pierre Musso, lui, uvre pour le décloisonnement et la
transversalité. Il ne va pas se contenter de produire un rapport
de plus pour les archives de la rue de Valois : il imagine un lieu où
toutes les disciplines pourraient se retrouver et travailler ensemble. Son
objectif : "Fertiliser, hybrider, croiser les démarches d'invention,
d'innovation et de création." Au cours de son enquête,
il rencontre Pascal Santoni, qui s'apprête alors à rejoindre
l'équipe de Jack Ralite. Et
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voici comment, de fil en aiguille, est né à Aubervilliers
ce projet de la banlieue porté par un maire qui a toujours
affiché son souci "de ne pas gérer une poche de pauvreté
mais gérer la sortie de cette poche de pauvreté".
Comme le Métafort, Inventaire/Invention
mélange volontiers les genres. L'ancrage de la revue dans la
ville de Léon Jouhaux, (syndicaliste, prix Nobel de la paix en
1951), n'est pas indifférent. Il suffit d'avoir lu les premiers
romans de Daeninckx pour savoir qu'une pensée marquée
par la banlieue et la présence des paysages industriels ne crée
pas un monde à part, au contraire
Anne Crignon
Journaliste au Nouvel Observateur
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