'OMC, la plus puissante organisation économique mondiale, tremble face à un paysan français appelé José Bové, à des syndicalistes américains, à des lobbies du monde entier venus manger du technocrate fou à Seattle. On peut lire dans Libération du 2 décembre : "Si les 135 pays de l'OMC ne parviennent pas vendredi à lancer leur "Millenium Round", ce sera une telle victoire pour les militants anti, qu'aucune grande négociation commerciale
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internationale ne pourra plus se dérouler comme avant". C'est presque fait, et désormais on parle, d'un bout à l'autre du globe, d'une "Internationale Civile" (expression de Jean-Claude Amara). Cette Internationale, pour venir jusqu'à Seattle, est parvenue à jouer sur des dynamiques. Et Internet dans cette affaire, n'y fut pas pour rien. La "victoire" sur l'AMI en 1998, la propagation fulgurante du mouvement Attac, pour ne citer que ces exemples, ont su tirer partie d'un réseau libre et indépendant, appelé Internet.
Au même moment, le 15 novembre dernier, Lionel Jospin a confié au député Christian Paul, député de la Nièvre, un rapport sur la mise en place d'un organisme de co-régulation de l'Internet. En bref, une sorte de CSA ou CSI, de police du Net. D'aucuns pensent qu'il s'agit d'un combat perdu d'avance, même si les lobbies sont nombreux, qui voient dans cette question de régulation, des effets tout à fait contradictoires.
Samedi 27 novembre, avaient lieu à Paris les deuxièmes " Assises de l'Internet
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non marchand et solidaire ". La journée se découpa en trois parties. Le matin, une motion comportant neuf chapîtres fut votée par une assemblée d'internautes représentant diverses associations, ONG et syndicats. Après avoir participé à la manifestation parisienne anti-OMC de ce week-end-là, les internautes militants revenaient débattre de la motion en compagnie de trois députés : André Santini (UDF), Patrick Bloche (PS) et Yves Cochet (Verts). Le débat fut amical, relativement constructif, riche en enseignements sur les consensus possibles, la capacité d'Internet à faire dépasser, même momentanément, les clivages droite-gauche habituels. Mais tout cela ne semblait qu'un début. L'association Iris, organisatrice de ces assises avec R@s et Globenet, prend le législateur au mot et propose 85 recommandations au gouvernement dans le cadre de sa consultation sur le cadre législatif de la société de l'information. Se présentant comme une extension de la motion, ce rapport met l'accent sur la responsabilité des acteurs, la régulation des contenus, la protection des données personnelles, les investigations
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policières et le contrôle démocratique, les libertés syndicales et le droit du travail, le contrôle de la publicité, le droit d'auteur, la démocratisation de l'accès à l'Internet, la lutte contre la marchandisation de l'Internet pour finir.
Iris est un exemple parmi quelques autres de ce qui peut émerger à notre époque sur Internet, sans qu'il y ait eu auparavant écrémage du contenu ou " épuration éthique ". Dans les mois qui viennent, l'enjeu ne sera pas seulement de réguler le réseau sous prétexte de défendre l'équité, la morale et le droit commun, mais aussi de résister le plus longtemps possible à l'étranglement de la singulière dynamique alternative et politique engendrée par Internet. Une dynamique aussi profonde, qu'éphémère et discrète.

Frank Beau

La motion et les 85 recommandations d'Iris sur http://www.iris.sgdg.org/

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