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e texte ne constitue ni une histoire, ni une explicitation de la
politique du Métafort, seulement un éclairage complémentaire,
permettant de saisir les enjeux de cette structure, de mettre l'accent
sur quelques-uns uns de ses questionnements actuels.
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Qu'est-ce que le Métafort ? Une question qui persiste sept ans après
sa création. Comme si une identité avait du mal à se
dégager du Métafort. Comme si sa place n'était pas
encore fixée ni dans le monde des institutions, ni dans les mondes
de l'art, ni parmi les professionnels, ni dans le monde des amateurs et
des usagers de la technique. Car le Métafort ne semble pouvoir se
réduire à une succession ou une addition de projets accueillis,
d'initiatives rencontrées, de déclarations d'intention des
personnalités qui veillèrent à le faire naître.
En effet, cette phase de recherche d'une cohérence et d'une identité
à travers la diversité de ces projets, la complexité
de son cheminement, n'est pas encore arrivée à terme. Il ne
faut pas cacher que le Métafort, inconnu à ce jour sur les
terres de la littérature est une structure sujette à des effets
"d'image" des plus contradictoires. Car le Métafort, compte
tenu du concept sur lequel il continue de se bâtir, résiste
encore profondément, à ses risques et périls parfois,
à toute stabilisation identitaire. Son véritable objet est
complexe, il est en mouvement. En des termes plus concrets, le Métafort
se
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présente comme une structure vouée à aider des projets
culturels multimédias, des projets ayant à la fois une dimension
artistique, sociale, et technique. Alors qu'est-ce qui le différencie
des Espaces Culturels Multimédias promus par le Ministère
de la Culture depuis 1998 ? A première vue peu de choses, car comme
ces ECM, le Métafort est aussi un "centre culturel multimédia"
indissociable de sa région de naissance, la Seine-Saint-Denis, qui
bénéficie de subventions de collectivités territoriales.
Il accueille des artistes et aide à la production de cédéroms,
de sites Internet, d'uvres infographiques ou musicales. Il forme les
acteurs culturels, les porteurs de projets, des chercheurs d'emploi. Il
retrouve en quelque sorte une mission de service public, et possède
parfois en retour une image spécifique de Maison de la Culture de
banlieue. Certains ne voient en lui que cela, lui reprochant même
de ne pas suffisamment assumer cette mission territoriale. Mais d'autres
contestent son enfermement dans le local, son éloignement des sphères
du global. Car le Métafort, est au départ un projet national
et international,
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porté par des théoriciens de la communication et des télécommunications,
des artistes, des scientifiques, des politiques (en particulier le sénateur-maire
d'Aubervilliers, Jack Ralite). Son comité de parrainage en dit long
sur son ambition initiale, son cheminement (Jean-Christophe Averty, Pierre
Boulez, Jean-Paul Carrière, Federico Fellini, Albert Jacquard, Bernard
Noël, Jean-Claude Petit, Bertrand Tavernier, Wim Wenders, etc.).
Ainsi, que peut bien être une structure de banlieue "défavorisée",
ayant suscité dès sa naissance l'intérêt de ces
"pointures" ? La réponse est simple. Entre 1991 et 1994,
il était question de faire du Métafort le projet Multimédia
de la France, dans la foulée de la Cité de la Musique, de
la Cité des Sciences, et de la future Maison du Cinéma. Telle
était l'ambition de ses concepteurs. C'est pourquoi on l'avait affublé
d'un nom à la mode : la Cité des Arts. Le rapport Musso, rendu
fin 1990, avait clairement formulé les enjeux d'un tel projet : il
était question d'aider les artistes
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(en particulier des arts plastiques puisque les projets musicaux relevaient
de l'IRCAM et les projets audiovisuels de l'INA) à accéder
aux technologies numériques alors fort coûteuses, dans l'espoir
de dégager de nouvelles écritures, un Art Nouveau peut-être.
Seulement, un enjeu territorial venait s'ajouter au programme pour le démarquer
d'initiatives similaires : valoriser la banlieue du Nord-Est parisien, sa
richesse multiculturelle, faire la démonstration aussi que des projets
"innovants" basés sur les technologies de pointe pouvaient
naître en dehors de Paris. Les enjeux étaient sociaux, politiques,
philosophiques et institutionnels car le Métafort devait contribuer
à une maîtrise sociale des technologies de l'information, lutter
contre le cloisonnement des secteurs d'activité et des milieux sociaux,
résister à toute pensée unique de la technique. Le
début de cette décennie a constitué une période
charnière dans l'histoire des technologies de l'information. Les
années 80 avaient largement préparé le terrain avec
l'émergence de l'industrie du jeu vidéo, des images numériques,
de l'image de synthèse, du phénomène du
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"virtuel". Une mystique technologique était à son
comble au tournant des années quatre-vingt dix. "La chute du
bloc de l'Est" comme l'on dit de nos jours, laissait orphelin notre
insatiable besoin d'utopie. Les technologies devaient s'engouffrer immédiatement
dans cette brèche pour que nous soient servis des discours de toutes
natures, du triomphalisme techniciste (Alvin Toffler, Nicholas Negroponte,
Al Gore, Timothy Leary) à la vigilance critique parfois toute aussi
délirante d'un Paul Virilio ou d'un Jean Baudrillard. Le Métafort
naissait donc sur un terrain miné par l'opportunisme "techno-logique"
mais armé d'un discours qui par sa nouveauté et son authenticité
parvint à séduire une audience exceptionnellement large. Les
individus (philosophes et chercheurs, représentants d'institutions,
artistes plasticiens, ingénieurs, "jeunes de banlieue")
présents aux assises de 1994 comprirent que le Métafort ne
ressemblerait à rien de connu.
Sous la direction du chercheur Pierre Musso, le
Métafort arrivait avec les plus
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grandes ambitions. On évalua l'investissement à 167 millions
de francs. Un gouffre pour la banlieue populaire de Paris. Pour l'aider,
l'Etat n'avait pas le choix : il devait le comprendre et l'assumer. Mais
l'histoire du projet doit bien retenir que Jack Lang ne fut jamais enthousiaste,
bien moins que Toubon paradoxalement, qui fut le seul à soutenir
le projet. Enfin, Douste-Blazy dans sa foulée, n'accepta de donner
un tiers du budget qu'à condition que le Métafort trouve les
deux tiers restants. Ainsi le maire de Lourdes venait-il d'enterrer le projet
de la Cité des Arts. L'année 1996 fut placée sous le
signe du redressement. Le Métafort entra dans sa période grise.
Un manifeste recueillant plus de mille signatures montrait encore combien
ce projet utopique continuait d'intéresser les mondes de l'art et
des techniques. Le Métafort avait ouvert une porte sur une alternative
aux institutions sectaires. Ce qui le distinguait de structures voisines
était l'accent mis sur l'innovation sociale, son ancrage dans la
banlieue populaire, et surtout une farouche volonté de se coltiner
la réalité du couple technique-société, de rompre
avec toute prophétie et discours
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globalisant, toute illusion théorétique faisant fi de l'expérimentation,
des réalités et de l'utilité efficiente des techniques.
Le concept du Métafort, fruit d'une réflexion croisée
entre théoriciens de la communication, politiques, artistes et technologues,
était donc en avance sur son temps. Ce qui le condamnait à
ramer, car il prêcha souvent en vain l'importance de la maîtrise
sociale des technologies, au moment où l'on exigeait à tout
prix un prêt-à-penser culturel des techniques, de ces outils
seulement en devenir. Il fut aisé dans ce contexte d'inflation de
lui reprocher son manque de concrétude, la faiblesse de ses résultats,
l'invisibilité de ses productions artistiques. Sans moyens désormais,
sans un Boulez, un Schaeffer à sa tête, en quoi pouvait-il
encore avoir la présomption de prétendre à un destin
national, pensèrent certains? Alors qu'on annonçait sa mort,
la nouvelle équipe du Métafort sous la direction de Pascal
Santoni, décida de jeter les bases de l'infrastructure et d'aider
plusieurs dizaines de projets. Il fallut attendre mai 1998, grâce
à un soutien inespéré du département de la Seine-Saint-Denis,
pour voir un préfabriqué de
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800m2 enfin édifié en face de la Cité
des Courtillières à Aubervilliers. Catherine Trautmann assura
le Métafort d'une subvention plus conséquente, qui tarde toujours
à venir. En un an, le Métafort devait aménager ces
espaces, installer son parc informatique, mettre en place un centre de formation,
un laboratoire de création, sa structure d'accueil des projets, un
espace d'accueil d'entreprises, une unité d'observation et de recherche.
Avec un budget cinquante fois inférieur aux premières estimations,
il s'empressa de passer du dire au faire.
Qu'est-ce donc que le Métafort, une fois
ces précisions apportées ? Le Métafort, riche d'une
expérience en matière de techniques variées, fort
de son réseau, des diverses individualités qui le côtoient,
de son ancrage territorial, a certes encore beaucoup à prouver.
Mais il demeure, sauf erreur, après sept ans de combat et de résistance
à l'incrédulité ambiante l'une des rares structures
multimédia en France capable de soutenir des projets culturels,
sociaux et
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industriels à la fois, et de favoriser leur croisement puisque tel
est son concept, sans contribuer à l'art pour l'art, à la
technique pour la technique. Le Métafort est un lieu uvrant
sans relâche pour le décloisonnement des disciplines et des
institutions, pour la mise en réseaux de compétences injustement
séparées et la mise en place d'une vision culturelle de
la technique consistant en particulier dans le soutien des artistes,
des producteurs de contenus indépendants sur Internet dans les domaines
de l'audiovisuel, de la musique et de la littérature, des arts plastiques,
dans l'accompagnement d'expérimentations sociales à partir
des technologies numériques (recherche d'emploi, lutte contre l'exclusion,
nouvelles méthodes d'enseignement, réhabilitation urbaine,
etc.). Pour comprendre le Métafort, il suffit donc d'admettre une
lecture à plusieurs entrées et le considérer comme
une infrastructure multi-média ayant une dimension à la fois
locale, nationale et internationale, intégrant dans son fonctionnement
des capacités de production, d'expérimentation, de formation,
et de recherche. Le Métafort est en quelque sorte
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un lieu culturel, en quête du contemporain
et de la modernité.
Frank
Beau
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