La fenêtre de la cuisine donnait sur la ligne du chemin de fer aérien. Tout en faisant la vaisselle, Noémie levait la tête à chaque passage du super-express qui reliait Osaka à Tokyo, et le regardait filer comme un obus au-dessus des arches du viaduc. Le spectacle de ce train lancé à toute vitesse dans la nuit, sur des rails comme suspendus dans le vide, était pour elle une invitation au voyage, un rappel que rien ne la retenait vraiment ici, et qu'elle pouvait quitter à tout moment ce décor vétuste. Il suffisait de vouloir.

C'était l'heure de pointe du soir, et il passait un train toutes les dix minutes environ. Noémie ouvrit grand la fenêtre pour mieux voir défiler dans la nuit les longs wagons noirs, éclairés par de minuscules carrés jaunes. Elle pensa aux passagers qui contemplaient à travers les vitres un paysage où elle se trouvait, elle, mais dont ils ne percevaient que la surface. Pour eux aussi, sa fenêtre n'était qu'un lointain carré de lumière. Pourtant elle était là, derrière, avec ses discours dans la tête, ses souvenirs, sa vie, dans cette cuisine aux murs verdâtres et au sol de linoléum couleur sable, qui donnait d'un côté sur une minuscule salle de bains carrelée de bleu et de l'autre sur une pièce étroite tenant lieu à la fois de salle à manger, de salon et de chambre à coucher.

Quand elle eut fini de laver les bols entassés dans l'évier, Noémie fit réchauffer dans une casserole la soupe au miso de la veille. Comme il ne restait rien d'autre à manger, elle ajouta dedans, après un instant d'hésitation, le mochi du Nouvel An. Le carré de pâte de riz séchée, lisse et brillant comme un pain de savon miniature, était enveloppé d'un papier soyeux sur lequel était calligraphié le caractère “yume”, qui signifie “rêve”. Il suffisait de le plonger quelques minutes dans l'eau bouillante pour qu'il retrouve tout son moelleux, mais elle aurait aussi bien pu le conserver ainsi encore plusieurs mois. C'était d'ailleurs son intention à l'origine : il était si joliment emballé, et lui avait été offert en une si précieuse occasion - à minuit, par le moine en charge du temple où elle s'était rendue pour écouter les cent huit coups de cloches annonçant l'année nouvelle. Après avoir attendu sagement son tour dans la file, elle avait elle aussi frappé le battant de bronze à l'aide du lourd butoir de bois suspendu à une corde. À l'issue de la cérémonie, elle avait reçu, comme chacun des assistants, un verre d' amazaké laiteux et un mochi emballé dans du papier de soie. Après s'être réchauffé les mains quelques instants autour du verre, elle avait avalé en quelques gorgées l'épais liquide blanchâtre, alcoolisé et trop sucré, puis avait glissé le gâteau dans sa poche, gardant gravé dans son esprit le caractère calligraphié à l'encre noire sur le papier couleur crème : “yume”. Et voilà que maintenant, deux mois et demi plus tard, elle s'apprêtait à déguster ce mochi qu'elle s'était pourtant promis de rapporter en France, dans sa papillote de soie, en souvenir de son séjour. On était le 14 février. “Alors voilà, se dit-elle, en ce soir de la Saint-Valentin, je bois seule mon bouillon de rêves.”

En France, les hommes avaient acheté des fleurs ou invité leur petite amie à un dîner d'amoureux, tandis qu'ici, à Tokyo, les jeunes femmes avaient dévalisé le rayon des chocolats au sous-sol des grands magasins, pour les offrir à l'élu de leur cœur. L'attitude des hommes envers les femmes, et des femmes envers les hommes, différait tellement entre ici et là-bas. Noémie, qui était de mère française et de père japonais, avait entendu tant d'échos divers sur le sujet, depuis son enfance. “Un homme japonais et une femme française, ça marche rarement. Un homme français et une femme japonaise, c'est une bien meilleure combinaison.” Sans compter les Japonaises qui ne juraient que par les Français - gentils, galants, un peu trop malins peut-être, disaient-elles - et les Français installés au Japon qui n'avaient plus d'yeux que pour les Japonaises… “Comme s'il y avait différentes races d'hommes et de femmes, comme des races de chiens !” se dit-elle avec une révolte et un dégoût soudains. Qu'est-ce que la nationalité avait à voir là-dedans ?

Debout dans la cuisine, elle déchira l'emballage d'une paire de baguettes jetables, sépara d'un coup sec les deux bouts de bois blanc, puis en plongea délicatement les pointes dans le bouillon pour saisir le mochi ramolli flottant entre des rubans d'algues vertes. Elle le porta à ses lèvres, mordit dedans, mâcha la bouchée blanche, élastique, qui résista sous sa dent comme un morceau de chair. Ensuite, elle but quelques gorgées de la soupe fumante, la sentit se répandre dans son estomac tapissé de pâte de riz comme d'un pansement. Son bol à la main, elle alla s'asseoir sur les nattes jaunies de la pièce principale, alluma la télévision.

C'était l'heure des informations : la voix off d'un présentateur expliquait d'un ton neutre qu'une adolescente de seize ans avait été assassinée par cinq de ses amis, dans une petite ville au nord de Tokyo. La caméra balayait la façade de l'immeuble où vivaient les parents de la victime, puis revenait plusieurs fois avec complaisance sur un muret de pierre ensanglanté, et de larges taches noirâtres par terre. Suivait l'interview d'un des assassins, debout devant une voiture de police, encadré par des gendarmes. L'air indifférent - ou peut-être légèrement fier de lui - il racontait d'une voix monocorde, en fixant la caméra sans ciller, comment lui et ses camarades s'y étaient pris pour briser le crâne de leur amie. Il avait les cheveux teints en blond, un joli visage un peu mou, une bouche sensuelle, et ressemblait à n'importe lequel de ces jeunes gens à la mode, légèrement efféminés, qu'on croisait partout dans les rues de Tokyo. Noémie éteignit le poste. Des faits incompréhensibles, qui dépassaient totalement son entendement, se déroulaient au Japon, mais aussi en France, et partout ailleurs… Un vertige la saisit. Ne pas penser à ça. Fermer les yeux sur ce monde-là, surtout, fermer les yeux. Parfois, cependant, au détour d'une émission de télévision, ou d'un gros titre dans un journal, une réalité nauséeuse lui sautait à la gorge avec une violence encore décuplée par la brutalité inattendue de son irruption. Elle se disait alors que le monde était terrifiant. Ou bien, était-ce dans les moments où le monde la terrifiait que ces images, justement, se présentaient à elle ?

Un autre shinkansen approchait : elle retourna s'accouder à la fenêtre de la cuisine, et le regarda filer en direction de la gare de Shinagawa, les petits carrés lumineux de ses vitres se détachant sur le fond bleu de la nuit comme autant de promesses. Les trains et les voies ferrées la fascinaient depuis l'enfance. Elle pourrait, oui, elle pourrait marcher jusqu'au viaduc tout proche, grimper le talus à travers les herbes folles. Elle s'était déjà promenée plusieurs fois par là, ce lieu l'attirait. On y accédait par une petite impasse bordée de maisons disparates et modestes, avec des clématites et des hibiscus de Syrie grimpant sur les façades. Au printemps, les arbustes en fleurs étaient magnifiques, mais l'hiver, leurs branches noires ne faisaient que souligner les lézardes des murs mal entretenus, dont le crépi s'écaillait. Le chemin se terminait abruptement par un talus qui donnait en haut du viaduc, directement sur les voies. Un écriteau “accès interdit” était planté en bas de la pente. Si on montait par là, et qu'un shinkansen passait, lancé à pleine vitesse, le conducteur n'aurait pas le temps de freiner, ni même de se rendre compte qu'il y avait quelqu'un. Noémie s'imagina un moment gravissant le remblai, puis debout au milieu des rails, regardant devant elle dans le noir, tendant l'oreille au grondement du train à l'approche.

Un vagissement vint interrompre sa rêverie : c'était le bébé d'à côté. Chaque fois, cela la faisait trembler. Les pleurs d'enfants lui étaient insupportables. Elle l'aimait bien pourtant, ce bébé, et se penchait volontiers sur le landau quand elle croisait la voisine, pour s'émerveiller avec elle des progrès accomplis en une semaine, ou en deux jours. “ Comme il a grandi depuis la dernière fois ! ” Elle s'étonnait de constater combien la maternité pouvait donner à la femme la plus effacée un aplomb et une autorité presque irritants. Celle-ci semblait clamer de tout son être : “Regardez-moi, je suis une mère, autant dire une sainte ! Intouchable, capable d'un amour infini et à toute épreuve, un amour autrement plus profond que tout ce que vous pourrez jamais connaître. Je suis sacrée et je peux à juste titre me considérer comme le centre du monde. Moi, et ce bébé dans mes bras.” Jusqu'où pouvait aller l'amour d'une mère ? se demanda Noémie, qui n'avait jamais eu d'enfant, et savait qu'à son âge il était trop tard. Si une femme avait à choisir entre la vie de son enfant et la sienne, se sacrifierait-elle ? En réponse à cette question, une bonne partie des mères se diraient sans doute prêtes à mourir pour leur enfant. Mais vivre ? Seraient-elles capables de rester en vie pour leur enfant ? De renoncer à la mort pour lui ?

C'est à cela que songeait Noémie quand les cris se mettaient à résonner en pleine nuit, derrière les cloisons trop minces. Le bébé se réveillait et se mettait brusquement à hurler, pour une raison inconnue. Etait-ce la faim, la soif, ou bien des terreurs nocturnes ? Parfois ces cris étaient si stridents que Noémie en venait à imaginer que la voisine - cette mère à l'air irréprochable - infligeait en fait les pires sévices à son enfant. Elle, en tout cas, ces hurlements lui lacéraient les tympans et le cœur. Et pas seulement ces hurlements-là. Parfois, elle avait envie de rester enfermée chez elle, pour ne pas courir le risque d'être confrontée au-dehors à des pleurs d'enfant, un gamin qui trébucherait dans la rue, ou que sa mère gronderait, ou un bébé qui se mettrait à crier au fond d'une poussette. Tant qu'aucun cri ne venait déchirer la toile du réel, tout allait bien. Mais il suffisait que des pleurs ou des cris d'enfants éclatent près d'elle pour que l'angoisse l'étreigne, et que la douleur d'être là, vivante et seule, remonte du plus profond de son être, la faisant trembler de tous ses membres. “Je voudrais que cet enfant se taise. Je voudrais que cessent ces cris, l'écho de ces cris au fond de moi.”

Elle se détourna de la fenêtre, vint se poster devant le miroir accroché au mur verdâtre, au dessus du petit lavabo, à gauche de la porte de la salle de bain. Elle se pencha pour examiner les contours dentelés d'une tache à peine visible sur son menton, l'effleura d'un doigt. La peau était un peu plus épaisse à cet endroit, et légèrement grumeleuse. Personne en dehors de Noémie ne remarquait ce léger défaut pareil à une minuscule carte de géographie, mais elle, en la regardant, pensait chaque fois à l'homme qui avait tant frotté sa peau contre la sienne, écrasé si fort son visage mal rasé sur le sien qu'il avait fini par y imprimer cette marque. Si ma peau en porte encore la trace tant d'années plus tard, se disait-elle - elle qui à l'époque, avait douté de la réalité de cette passion -, n'est-ce-pas la preuve que nous nous sommes vraiment aimés ? Comme si l'amour était un pacte signé avec le sang, qui devait marquer les amants dans leur chair. En même temps il semblait à Noémie que la fougue dont cet homme avait fait preuve avec elle ne lui était pas vraiment destinée mais s'adressait à son propre passé, - il était bien plus âgé qu'elle -, à tout ce qu'il n'avait pas eu ou n'aurait jamais plus, à tout ce que les femmes qu'il avait aimées - à commencer par la première : sa mère - lui avaient refusé, et que c'était pour cela qu'il s'était ainsi acharné sur sa bouche, son corps, à elle, Noémie. Elle toucha à nouveau l'ancienne carte du tendre sur son menton, cette peau de chagrin qui ne changerait plus de taille. “Je l'ai aimé, puisque la vue de ce petit carré de peau me fait monter les larmes aux yeux, sinon comment expliquer ? Quoi d'autre que l'amour pourrait me faire pleurer à la vue d'une vague cicatrice ?” Le regret, peut-être, regret d'un temps où cette marque n'était pas encore guérie. Du temps où elle était une fine rosée de lymphe sur son menton, qu'elle dissimulait sous de la poudre pour qu'on ne la remarque pas, comme les genoux couronnés de son enfance. Oui, toute petite, déjà, elle soignait ses plaies seule, avec une poudre blanche aseptisante qu'elle allait chercher dans l'armoire à pharmacie, sur les conseils de sa mère, une mère qui se moquait bien qu'elle tombe de vélo et s'ensanglante les genoux. Qui sait ? Cette femme dont elle ignorait les pensées était peut-être plus absorbée par ses propres blessures d'amour que par les bobos sans gravité de sa petite fille… C'était sans doute ainsi que les plaies se transmettaient de génération en génération, toujours prêtes à saigner de nouveau.

Tout cela était si loin maintenant. Pourtant, Noémie avait éprouvé le besoin de revenir vivre, des années plus tard, sur les lieux où son histoire d'amour s'était déroulée. Au pays de l'amour et de la mort. Au pays où les amants meurent ensemble. Existait-il une autre langue au monde comptant autant de mots que la langue japonaise pour désigner le suicide ? Jisatsu, jimetsu, junshi, shinjûShinjû, c'était le double suicide, le suicide des amants… Noémie se souvenait de la lueur dans les yeux de cet homme, une certaine nuit au cours de laquelle ils s'étaient longuement fixés tous les deux, sans ciller, tour à tour traversés par le désir, la tendresse, la colère, le chagrin. Le regard de cet homme avait le pouvoir de la rendre vivante. Sous ce regard-là, elle s'était sentie aimée, elle s'était sentie vivante, mais il avait en même temps - c'était inévitable - ravivé toutes les douleurs, tous les insupportables manques. De cette nuit si longue et désormais si lointaine, dont elle avait en partie perdu le souvenir, elle se rappelait un moment précis où le regard de son amant s'était embué, oui, elle se rappelait avec netteté ce regard, sans pouvoir pour autant se remémorer les mots qu'il avait prononcés alors. Ce brouillard soudain avait fait frissonner Noémie comme “le frimas des fleurs”, ce résidu d'hiver qui, au Japon, accompagne la floraison des cerisiers, ce froid qui vient soudain glacer à nouveau toutes choses alors même qu'éclate le printemps. La mort, l'envie profonde de mourir étaient là, encore et toujours présentes, au cœur même de l'amour et du désir, et c'était cela qui avait fait chavirer leurs regards, son regard à lui, d'abord, et presque simultanément celui de Noémie, comme dans un miroir. Un instant plus tard, le désir avait repris son emprise, ou plutôt, tous deux avaient choisi de se plonger à nouveau dans ce fleuve, de se noyer dans ce courant-là plutôt que dans d'autres eaux glacées toutes proches. Mais n'était-ce pas la même chose ? Quelle différence y avait-il entre les violentes poussées au fond de son ventre qui la menaient vers la plus haute félicité, et les coups répétés qui, à force de frapper au même endroit de son cœur, avaient délimité si précisément le lieu de sa souffrance ? Ce lieu d'intolérable douleur qui donnait envie de mourir, tout comme le plaisir finissait par devenir si intense que seul l'orgasme permettait de se soustraire à sa brûlure. Elle se répéta les mots qu'elle murmurait autrefois contre sa bouche : “tu me fais mourir”.

“Mon chéri, tu me fais mourir… Comme j''aimerais être là encore, dans cet instant-là, mourir par toi, dévorée, insultée, malmenée, aimée par toi, ta brutalité, ta tendresse, la rudesse et la douceur de tes mains, la sombre profondeur de ta voix, l'abîme étincelant vers laquelle elle m'emportait. J'aurais mieux aimé mourir avec toi à ce moment-là, plutôt qu'ainsi, à petit feu, jour après jour, année après année, dans la séparation d'avec toi, dans la séparation d'avec ta bouche, ta chaleur, ta salive, ton sperme au goût de fer et de poisson cru, l'odeur âcre de ta sueur. Jusqu'à l'odeur de tes excréments que je trouvais suave. Et l'odeur de la mort ne m'aurait pas effrayée non plus, je l'aurais respirée avec délices, de toute la profondeur de mes poumons. Je la connais, cette odeur portée par le vent qui traverse les narines des cadavres, le vent qui traverse nos jours, le vent du temps qui passe, ces rafales transparentes dont notre absurde vie est faite… Mon amour, tu me tues, tu me fais mourir. Quoi d'autre que ce cri, quoi d'autre, dans une vie ? Donne-moi encore ton silence, tes larmes, le silence blanc tapi au fond de ton cœur, la tendresse que dissimule ta feinte cruauté. Ces liens à mes poignets, noue-les aussi autour de mon âme, regarde la lumière trembler dans mes pupilles pendant que je t'attends. Donne-moi cet amour que j'ai vu vaciller dans tes yeux, cette étoile à l'aube de ton regard, au-delà du désir. Et puis, quand la lueur du jour aura clos notre nuit, offre-moi la chaleur de tes bras, le baiser déposé sur ma peau quand tu crois que je dors, ce baiser remonté de l'enfance fracassée. Je l'attends de nouveau, je l'attends encore et toujours, le sceau tiède de tes lèvres sur ma peau glacée, comme la fourrure d'un petit animal lové contre mon cœur...”

Des années durant, seuls les cris que cet homme lui arrachait avaient eu le pouvoir de recouvrir le vacarme d'un autre cri qui résonnait depuis l'enfance au fond de son esprit : le hurlement poussé par sa mère en un lointain après-midi de novembre, lorsqu'elle s'était jetée dans le vide du haut d'un immeuble parisien. Le père de Noémie venait de partir au Japon en voyage d'affaires, du moins était-ce ce qu'il avait dit quelques jours plus tôt avant de quitter la maison. Noémie “rentrait de l'école au moment du drame” (c'était la phrase même utilisée par les journaux) aussi n'avait-elle pas réellement entendu le cri de sa mère. Pourtant il n'avait cessé depuis de résonner dans ses tympans, recouvrant à jamais les autres bruits du monde. L'indicible avait gelé le passage du temps, effaçant tout le reste au fur et à mesure. Seules quelques images étaient demeurées, aussi nettes que si l'événement venait de se produire, images en boucle sur l'écran de sa mémoire, comme la caméra de télévision revenant sans cesse sur le muret de pierre et les taches de sang absorbées par la terre blanche.

Noémie prit son manteau, traversa la cuisine aux murs verts, où flottait encore l'odeur d'algues du bouillon, enfila ses chaussures et sortit en tirant le battant derrière elle, tout doucement, pour ne pas réveiller le bébé des voisins. La clé de l'appartement resta posée sur le petit meuble bancal de l'entrée, comme au fond de l'eau la clé rouillée d'une porte depuis longtemps disparue, unique vestige d'un très ancien naufrage.