Je
regarde la Kamo la rivière est presque sèche cest
ma première impression quand je la découvre de
ma chambre de lhôtel Fujita il y a presque dix ans
lors de mon premier séjour à Kyoto le ciel est
gris la rivière aride leau ne coule pas parmi les
herbes rases et les cailloux elle me paraît laide la Kamo
que jaime tant je la regarde couler depuis dix ans comme
une image du temps qui passe à chaque fois que je reviens
à Kyoto je la retrouve identique et différente
sous le soleil ou sous la pluie je marche sur les berges près
de Demachiyanagi la rivière est en crue cest un
torrent je marrête sous mon parapluie transparent
et je regarde le bouillonnement de leau, le flot, le tourbillon,
et, pour la première fois, peut-être parce que
je viens davoir quarante-six ans, le cours du temps me
paraît menaçant je regarde la Kamo et le
temps gronde, qui passe au fil de leau : je vieillis au
rythme de son cours.
© Jean-Philippe Toussaint |
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