par Albane Gellé

 

F l o r e n c e   P a z z o t t u

L'inadéquat
(éd. Flammarion- 2005)

        Pour commencer, « les attendus », vingt-cinq petits poèmes en haut des pages et puis en bas. Des attendus insolents qui conjuguent brut des mots des motifs, importants : le temps, le rire, le manque, l'intime (par exemple), vingt-cinq petits blocs de vers rythmés drus qui m'arrivent directement au coeur du corps et dans les mains presque je les sentirais comme des noyaux remplis prêts à pousser à exploser, d'une densité, d'un resserré, mais d'une largesse :

«  attendu que le rire
naît de l'effondrement
de l'être preuve que
foudroiement résiste
rire est plus que reste
éclat le geste même
naître fracas et joie  » (p.29)

        On continue dans le livre avec « les inconférences ». Douze inconférences, proses d'une page, ou un peu plus. Une écriture adressée à, tendue vers. A la respiration ciselée et au rythme soutenu, précis, posé. Florence Pazzottu écrit avec impertinence, l'indicible comme la colère. Elle écrit avec le même calme affirmé « je ne suis pas d'accord, je ne veux pas, je ne supporte pas l'idée... » et « excusez-moi je me retire. » Lisant L'inadéquat, je sens la force mise dans la présence, à soi et à la langue. C'est une écriture qui ne se dérobe pas à elle-même, à aucun moment, jusque dans ses aveux d'absence au monde, parfois.
        J'avais déjà aimé Petite *, et puis tellement aussi L'accouchée **. Je continue décidément à me nourrir, à penser et à me déplacer avec ce dernier livre de Florence Pazzottu.
        Après les inconférences, suivent plusieurs ensembles de poèmes, plus énigmatiques peut-être, à la syntaxe débridée, aux mises en page plus travaillées. Il est question toujours de cet inconnu que le poème révèle, que l'écriture met à jour. Ces pages sont d'une densité telle que je n'ai pas fini d'ouvrir ce livre, de le lire, d'y revenir, et d'y découvrir à chaque fois de familières nouvautés.

 

«  Gravité du réel enfants – je
           s'y cogne parfois et je cède ou
                    résiste – et je n'étais pas faite
pour, mais j'ai été traversée par
          de part en part (je suis pour : c'est actif);
                   ils disent mère comme si c'était
nom de matière – pour masquer quoi
          dans les trous bas tant de noblesse? - (p.63) « 


Albane Gellé

 

  * éd. L'amourier
** éd. Comp'act