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Je réside j'habite quelque part pour écrire quelque part qui n'est pas chez moi qui le devient quant même un peu je suis attentive à ce quelque part pourquoi pour écrire je suis entre deux avec mon sac mon téléphone pas ma fille hirondelle qui a deux ans alors que je parle du jour qui sépare pas celui des retrouvailles parce que je suis d'avance dans quelque chose qui sépare entre chez moi et pas chez moi l'autre chez moi entre eux non plutôt dans les deux à la fois je passe à travers les murs je pose mon sac je prends des repères je les mets dans mon sac quelque chose de moi bouge pas seulement le sac quel est le lieu finalement le lieu où vivre est-ce que je reviens sur mes pas est-ce que je fais demi-tour parce que quelque chose est là-bas d'où je viens les lieux bougent devant derrière les yeux je les accompagne pour aller où comprenez-vous maintenant les histoires d'arrachement et de rétroviseur quelle importance je cherche à être là quand je suis là oui faut pas bouger zut je bouge écrire c'est pas rien c'est pas à cette heure-là dans la chambre c'est pas tout ce qu'on avait prévu organisé les meilleures conditions possibles non ça remue qu'est-ce que ça veut dire habiter là pas ailleurs pour écrire et si ça s'épuisait et si je m'en allais demandais qu'on me détache et puis n'est-ce pas trop tôt ce présent pas encore reposé il bouge comment l'écrire et si je n'écris pas et si j'écris ailleurs et si je parle d'autre chose et si je ne réponds pas aux questions il se passera quoi dites-moi
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Albane Gellé
Extrait de
Aucun silence bien sûr,
Le Dé Bleu, 2002.
80 pages / 10,50 €