venus plus récemment, des Sri Lankais, des Sri Lankais tamouls, des Indiens, des Turcs, des Yougoslaves, des Africains : Rwandais, Maliens, Sénégalais, Guinéens, Congolais, Mauritaniens ou Comoriens. Leurs textes sont réunis ici autour d'un fil rouge : la diversité des pays d'où leurs auteurs sont venus. Diversité que l'on pourrait comprendre comme une "géopolitique littéraire de l'exclusion sociale" et qui donne à entendre autrement les lieux communs sur la mécanique glacée de la mondialisation. Comment en sont-ils venus à écrire dans cette langue accueillante, le français ? Voici quelques étapes de ce voyage autour de l'insertion sociale de Bamako à Colombo. Guy
Benisty
Au début les problèmes ont éclaté à
cause des admissions universitaires. Pour les mêmes places, les
Tamouls devaient avoir des notes beaucoup plus élevées
que la moyenne mais les Cingalais, eux, se contentaient d'avoir une
moyenne normale et donc sont admis plus facilement. Les élèves
qui travaillaient dur, ceux qui ont étudié malgré
leurs difficultés financières, ne purent être admis
à la fac. C'est eux qui ont débuté, ils se sont
mis en colère, ont commencé par des manifestations puis
des émeutes, puis des groupes de jeunes se sont créés
contre le gouvernement, sans résultat. Malgré que le tamoul
soit une langue officielle, le gouvernement le néglige totalement,
il eut des différences, des difficultés d'intégration
pour ces deux peuples. Le gouvernement oublie les Droits de l'Homme
ainsi que le droit de vivre des Tamouls.
Les Tamouls ont pour défenseurs les LTTE, considérés
comme des terroristes (Libération Tamoul). Ils réclament
la partie du nord du pays pour les Tamouls.
Le gouvernement a détruit les monuments historiques tamouls,
les temples, les
possibilités de culture, les habitations, les écoles par des moyens de bombardement. Aujourd'hui les Tamouls n'ont plus où aller, pas d'abri, pas de vêtements, pas de nourriture, même pas la possibilité de se soigner. Les conditions atroces subsistent encore aux Anglais.
Faute à qui ?
Nous sommes srilankais, nous avons quitté notre pays et nous
vivons comme réfugiés en France, en Allemagne, en Suisse,
en Italie aux Pays-Bas et en Angleterre. Nous sommes tristes car c'est
difficile de ne pas pouvoir rentrer dans notre pays natal. Nous ne sommes
pas venus ici pour des problèmes économiques, mais à
cause des problèmes politiques.
Quand le Sri-Lanka a été libéré des colonies
anglaises il y a eu trois langues au gouvernement : l'anglais, le tamoul
et le cingalais.
En 1958, l'ancien Premier ministre, SWRD, Bahdaranayaka,
le père de la présidente du Sri Lanka Chandrika Kumanatunga,
a voulu faire disparaître la langue
tamoul. Il a écrit une loi contre le tamoul. Puis les Tamouls ont été attaqués par les Cingalais à cause de leur langue. Tous les services du gouvernement tamoul ont du passer le test de la
langue cingalaise. Beaucoup ont perdu leur travail à cause de
cette loi.
Puis le gouvernement a empêché qu'on
leur donne à manger et, des médicaments, de plus ils ont
été pourchassés. La vie des Tamouls est très
dangereuse, les problèmes, continuent, grossissent encore.
Nos enfants qui sont nés en France seront de nationalité
française. Ils sont très intelligents et s'ils ne veulent
pas retourner au Sri Lanka avec leurs parents, nous devons rester
en France. Anonyme
Témoignage Le Sri Lanka est une république socialiste démocratique dont les deux langues officielles sont le tamoul et le cingalais. Un violent conflit armé oppose le gouvernement aux Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE, Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul). En 1998, un rapport dénombrait 16 742 cas de " disparition " depuis le 1er janvier 1998. Source : Amnesty International, Rapport 1998.
m'embrassait sur les joues. Elle était presque toujours souriante. Je me souviens qu'une fois elle était très triste et elle à pleuré : c'était le jour où son chien est mort. Les années passent, elle grandit. Elle est devenue une très
belle femme : elle a toujours ces cheveux longs mais coiffés avec
finesse. Son visage est très délicat, ses lèvres
et son nez sont petits. Les yeux surtout étonnaient tout le monde
: ils étaient bleu d'azur. Nous étions très proches
l'une de l'autre. Nous restions souvent la nuit à parler et discuter.
Tous les jours quand il faisait beau, nous faisions une promenade dans
le jardin. Elle était très intelligente et nous avions le
même point de vue pour certaines choses. Maintenant elle me manque
terriblement. Je vois souvent son joli visage de petit ange devant moi
qui sourit amicalement. Et je sais que je ne pourrais pas la revoir, jamais.
Je ne me souviens pas très de ce moment où j'étais
très petite. Seulement
quelques images. J'étais toujours confondue avec un garçon. J'avais les cheveux courts et j'étais souvent habillée avec un pantalon. Ça m'énervait beaucoup quand quelqu'un me disait : " Oh comme tu es très joli et gentil garçon ! " Il fallait que j'explique que, pas du tout, je ne ressemblais pas à un garçon. J'avais aussi un vélo que j'aimais beaucoup. Une des roues ne marchait pas très bien et alors que je roulais elle a fait un bruit bizarre. J'ai pensé que c'était un oiseau qui criait dans la roue parce qu'il ne pouvait pas sortir. Quand j'étais petite, j'étais souvent chez ma grand-mère
à la campagne. J'adorais ce lieu, il y avait plein d'animaux et
beaucoup d'espace pour courir. Mon grand-père m'avait fait une
balançoire sous un arbre. Et tous les matins quand je me réveillais,
en été bien sûr, dès que j'ouvrais les yeux
je courais à ma balançoire.
Aujourd'hui je me suis réveillée à
6 heures 30 et la première chose à laquelle j'ai pensé
c'est que c'était trop tôt et que, vraiment, je n'avais pas
envie de me lever. Après j'ai pensé, comme je le fais toujours,
à mon ami qui est malheureusement
loin de moi et qui me manque terriblement. Je me suis levée. J'étais fatiguée. Ma mère
m'a dit que j'avais l'air d'un monstre. Je me suis regardée dans
la glace et je me suis dit que c'était vrai. Je suis entrée
dans la cuisine et je me suis énervée parce qu'il n'y avait
pas encore de thé. C'est horrible de se réveiller le matin
et de voir qu'il n'y a rien à boire. J'ai commencé à
préparer de l'eau pour le faire. J'avais encore beaucoup de choses
à faire, celles que je n'avais pas finies hier soir. Je me suis
demandé pourquoi les gens apprennent la géographie. En gros
j'ai pensé à tout ce que j'ai à apprendre pour samedi.
Ça m'a encore plus fatiguée.
Pendant que je mangeais le petit déjeuner j'ai
pensé un peu au dernier livre que j'ai lu il y a quelques jours.
Son titre, c'était Kosmos. Cosmos, des détails, toutes ces
petites choses qui ont l'air d'être pas importantes et qui sont
en fait très importantes. J'ai fini de manger et j'ai commencé
à apprendre la géographie et à faire la traduction
d'un texte français. Ça commençait à faire
tard, il fallait que je
sorte. Je croyais qu'il faisait froid. J'ai mis ma veste et je suis sortie. J'ai pris le bus comme d'habitude au feu rouge. J'ai même pensé
que peut-être le conducteur se souviendrait de moi et qu'il m'attendrait.
Dans le bus il y avait plein de gens, j'ai écouté la musique
et j'ai pensé que le texte de la chanson était très
bien et qu'on pouvait faire son interprétation. J'ai imaginé
une leçon dont le thème serait l'interprétation de
textes de chansons comme dans le film Esprit rebelle. Dans le métro
j'ai lu un livre. Et je suis arrivée au stage. J'étais la
première et je me suis dit que peut-être je m'étais
trompée de jour. Après quelque temps une personne est venue.
Depuis quinze jours je n'ai rien fait d'exceptionnel.
Tous les jours je suis allée au cours où j'ai appris beaucoup
de grammaire. C'était très difficile. Ça me prend
une grande partie de la journée. Quand je reviens à la maison
vers 6 heures du soir, je peux rattraper un peu de temps. de temps en
temps la télé, mais souvent j'ai trop de devoirs à
faire pour l'école polonaise et je reste dans ma chambre. Je lis
et
j'apprends toujours en écoutant la musique. S'il me reste un peu de temps, vers 23 heures, je prépare de la menthe à boire. J'allume une bougie et j'écris des lettres à mes amis. Le mercredi, qui est pour moi un jour un peu dur, le matin je vais au
stage et après je vais à l'école polonaise où
je reste jusqu'à 20 heures. Après, si quelqu'un veut aller
quelque part pour rester ensemble, je vais avec eux. D'habitude nous nous
promenons un peu en discutant et riant. Mais ça dure jamais longtemps,
juste une demi-heure ou une heure parce que le lendemain il faut aller
au stage.
Le samedi aussi je vais à l'école presque toute la journée.
Mais ce jour-là on reste plus longtemps ensemble. On va au café
ou dans un endroit où on peut se reposer un peu.
Le dimanche est un jour libre. Un dimanche, je suis
allée au musée d'art chinois. Une fois mon ami est venu
chez moi pour faire quelque chose sur l'ordinateur. Et comme ça
nous avons passé une demi-journée ensemble, ce qui est rare
parce qu'il
habite loin de chez moi et qu'il n'a pas de temps pour me rendre visite. Ces derniers jours, un autre ami est venu de Pologne et il m'a amené
un peu de nouvelles. Elles n'étaient pas très bonnes, mais
je sais qu'elles ne peuvent pas être meilleures. Petit à
petit je me prépare à aller en Pologne. J'ai déjà
réservé ma place dans l'autocar qui part le 22 juin.
D'un côté je suis très heureuse d'aller là-bas.
Je vais voir ma famille, mon ami et tous les gens que je connais. Mais
d'un autre côté je sais que ça ne sera pas facile.
Je vais là-bas dans un but très important : m'occuper de
mon grand-père. Je ne sais pas encore comment cela va se passer.
Je ne sais pas comment je vais réagir quand je vais voir mon grand-père.
Quand je suis partie de Pologne il était en pleine forme, ce qui
n'est pas le cas aujourd'hui. Ça a été un grand choc
pour tout le monde d'apprendre qu'il était si gravement malade
et qu'il n'y a pas de secours pour lui. Maintenant on s'habitue un peu
à cette pensée. Mais ce ne sera jamais facile. Une chose
m'aide : que toujours, à côté de moi, sera mon ami
Michel.
L'amour est un sentiment difficile à expliquer. Il n'y a pas de
mots justes avec lesquels on peut l'exprimer. En plus l'amour est pour
chacun différent. L'amour n'a pas de définition, on ne peut
pas la trouver dans le dictionnaire.
Pour moi l'amour c'est un fil qui entoure deux êtres et les enserre
toujours plus proches. Même si ils sont loin l'une de l'autre, il
y a toujours un fil qui les tient. Je crois que l'amour vient de l'amitié
: les gens se connaissent peu à peu, ils ont confiance, apprennent
à se respecter. Mais il y a aussi le coup de foudre, l'amour du
premier regard. Celui-là est encore plus difficile à expliquer.
Il est bien nommé et même ceux qui l'ont vécu ne le
comprennent vraiment pas.
Il y a beaucoup d'amours différents mais le
but c'est d'être avec une deuxième personne, être plus
proche, être heureux, s'entendre bien. Savoir qu'il y a une personne
qui pense toujours à nous, qui s'intéresse à tous
nos problèmes. Qui est toujours à côté de nous
et peu nous donner la main. Et au bout d'un temps on s'aperçoit
que nous ne sommes pas obligés de parler ou d'expliquer les choses,
qu'il
suffit d'un regard, un petit geste et on se comprend parfaitement. On peut rester des heures comme cela sans parler et sans s'ennuyer. Je crois que j'ai trouvé un amour comme celui-là. C'est
peut-être pas l'amour idéal parce que nous sommes séparés
par mille six cent cinquante kilomètres et on se voit rarement.
Mais quand on se voit, le reste du monde n'existe plus. C'est seulement
nous et notre petit monde d'amour, de confiance et de caresses. Et quand
il faut que nous nous séparions, il y a des soirs tristes, le téléphone
plein de larmes, et les lettres plein de mots doux. Mais même si
nous sommes si loin l'un de l'autre, pendant la nuit, il y a les étoiles
qui brillent pour nous deux et elle ne changent pas. Et parmi ces milliers
d'étoiles, il y a Andromède. Et comme disent les paroles
de la chanson de Legendary Pink Bob " Andromède est loin mais
quand même on va se marier au printemps ".
Comme tout le monde j'ai beaucoup de projets, mais
on ne sait jamais s'ils vont se réaliser. C'est toujours un grand
point d'interrogation. Mais il y a encore
beaucoup d'espoir. La première chose à laquelle je pense souvent c'est d'aller en Pologne et de rester là-bas quelques temps auprès de ma famille et de mon ami, ou à l'inverse que mon ami et ma famille viennent ici. C'est normal que toute ma famille ne puisse pas venir, seulement quelques uns, et c'est grand dommage parce que j'aimerais les voir tous. Mais ce sont des choses un peu lointaines. De la vie j'attends toujours quelque chose de bien. J'espère que
je vais rencontrer des gens qui sont gentils, avec une personnalité
intéressante et qu'on puisse se comprendre et qu'on passe de bons
moments ensemble. Je connais une personne comme ça mais elle est
loin. Ici je me sens un peu à côté, isolée,
je ne suis pas ouverte à tout le monde. De temps en temps je ne
comprends pas ce que font les gens. J'aime bien les comprendre.
Pour la vie, je n'ai pas de projet précis.
Cela dépend de ce que la vie me donnera. J'aimerais bien étudier
le français jusqu'à ce que je sois à un bon niveau.
Peut-être après je vais continuer mes études. J'adore
l'art, surtout la peinture et la sculpture.
Si j'avais la possibilité d'aller à l'université et de faire ce qui me plaît. Mais j'ai grand doute que cela se réalise. Hier après midi j'ai cherché un stage pratique en entreprise.
Comme j'ai choisi le métier d'esthéticienne ou de styliste,
j'ai d'abord demandé un stage dans le salon de beauté. Surtout
en la matière c'est le maquillage qui m'intéresse. Je suis
allée dans certaines parfumeries et salons de beauté mais,
là-bas, je n'ai pas trouvé de stage. Ils m'ont seulement
donné des tampons et me souhaitent bon courage.
J'espère que je vais trouver quelque chose. Parce que quand j'ai
choisi ce métier j'ai pensé qu'il allait me plaire. Je voudrais
travailler dans les métiers qui sont proches de l'art (la peinture
et le dessin).
Je crois que ce stage pratique peut m'apprendre beaucoup
de choses sur ces métiers. Je vais voir comment fonctionne une
entreprise pour ce qui concerne les choses techniques. Aussi, cela va
m'apprendre la vie commune dans une société, les contacts
avec les gens qui travaillent autour de moi. C'est une très bonne
façon
Agneszka Milusz
En France, j'ai travaillé comme agent de production. Ça
a été très dur pour moi parce que je travaillais
dans le frigo. Il y faisait très froid. J'ai supporté jusqu'à
ce que mon contrat se termine. C'est la première expérience
que j'ai eue. Quand mon contrat s'est terminé, j'ai essayé
d'avoir un autre contrat. Je ne l'ai pas eu : ils m'ont dit " Je
vous rappellerai ". J'attendais de recevoir leur réponse mais
je n'ai pas eu de nouvelles d'eux. J'ai guetté trois mois en attendant
leur réponse, après j'ai décidé de faire un
stage et je l'ai trouvé. Et voilà.
Nota bene. - J'aurais voulu faire le métier
de politicien. Mon copain m'avait dit de me lancer dans la politique mais
je n'ai pas pu le faire. J'étais le candidat dans ma ville. J'attendais
le résultat : enfin je n'ai reçu que deux voix. J'étais
vraiment choqué. J'avais voté pour moi et mon copain aussi.
Cela ne faisait que deux voix.
Pourquoi certaines personnes veulent faire de la politique ?
Je voudrais parler de la politique en Inde où les politiciens font
de la politique pour gagner de l'argent. Ils font des erreurs en faisant
de la politique. Quand on va à
l'usine fabriquer du papier, on perçoit de l'argent pour le papier fabriqué. Il y a un mois un film est sorti qui parle de l'argent et des politiciens. Il faut cesser cette habitude de percevoir de l'argent pour les politiciens, après ce sera bien. Haja Jahaberdeen Récit.
parce que je ne suis jamais allée là-bas. Mes copines, elles, étaient un peu plus grandes que moi. Elles
avaient l'habitude d'aller au champ. Alors elles prenaient les dachines,
elles les mettaient dans mon panier, elles me demandaient si c'était
bon ou si elles en rajoutaient. Moi je dis : " Oui, mettez-en encore
". Elles ont rempli tout le panier, elles l'ont mis sur ma tête,
c'était très lourd pour moi, j'avais la tête qui
tremblait. J'ai crié, j'ai dit : Non, enlevez-moi ça,
j'ai mal. Elles ont commencé à rigoler, elles ont dit
: " Mais c'est toi qui nous a dit de rajouter, non ? " Alors
elles ont diminué, c'était pas lourd. Ensuite elles m'ont
dit : " Allez, vas-y maintenant, tu essaies de marcher, on te rejoint
car tu marches doucement, tu vas nous faire rester ici jusqu'à
la nuit ".
Je suis partie, j'ai marché, j'ai trouvé
deux routes. Il y avait celle qui va au village, il y avait une autre
qui va ailleurs. Mes copines étaient toujours là-bas. Je
me suis tournée, je ne les ai pas vues, je me suis dit : Qu'est-ce
que je fais ? Je ne savais laquelle va au village. J'ai pris celle qui
va ailleurs, j'ai marché, je me suis
trouvée loin, je ne savais pas où j'étais. Heureusement, j'ai trouvé quelqu'un qui allait au village. Il m'a dit : " Tu es perdue, ce n'est pas ici qu'il faut aller ". J'ai commencé à pleurer, et il m'a indiqué la route. Quand je suis arrivée, j'ai trouvé mes copines au village, elles m'ont dit : " Mais tu étais où ? On croyait que tu était venue depuis longtemps ". J'ai dit : Non, je me suis perdue. Depuis ce jour-là, j'allais toujours avec ma mère. Le dernier jour avant de quitter les Comores, ce jour-là
je me suis levée de bonne heure pour aller à Moroni. C'est
la capitale des Comores. C'était le mercredi 5 avril 1994. Je suis
allée là-bas pour chercher mon visa . Avant de partir, ma
mère se lève pour me dire au revoir puisque elle ne voulait
pas venir à l'aéroport, sinon elle va pleurer, elle va être
triste de me voir partir. Et tout ça pourquoi ? Parce qu'elle n'a
pas eu une autre fille qui aurait pu rester avec elle. Alors, elle a préféré
ne pas venir à l'aéroport. Je suis partie ce matin-là
avec mon mari, j'étais très contente de partir en France.
On est allés à l'Ambassade, on a pris le visa et on est
allés chez un ami de mon mari qui habite à Moroni. On est restés là-bas jusqu'à 6 heures comme ça, après je commençais à avoir peur, à penser à ma mère, à trembler et j'avais les larmes dans mes yeux, je voulais pleurer mais j'avais honte parce qu'il y avait beaucoup de monde. Je me calme un peu, mais ma mère était toujours dans mon cur. Je me suis dit : Ah non, ça se fait pas de laisser ma mère toute seule, même s'il y a mes frères, eux ils peuvent aller où ils veulent et la laisser toute seule. C'est tout ce que je me disais dans mon cur. Après, on est partis à l'aéroport,
j'ai trouvé mes frères avec mes voisins et mes copines,
ils étaient tous là-bas sauf ma mère. Alors, j'ai
commencé à pleurer avec mon grand frère. Lui aussi
il m'aimait bien, comme j'étais la seule sur qu'il avait.
Quand on a commencé à pleurer, mon second frère est
venu, il a commencé à se moquer de nous. Il disait : "
Mais pourquoi vous pleurez vous deux ? ". Rien, parce que Badria
elle part ! Mon grand frère lui a dit : " Mais tu es normal
? Vois-tu que notre petite sur part, elle va nous quitter, maintenant
tu t'inquiètes pas, tu t'en fous".
Il lui a répondu : " Mais que veux-tu que je fasse ? Elle est majeure, elle est mariée, son mari veut l'emmener où il va, je ne peux pas le refuser quand même ". Après il y avait ma demi-sur, on a le même père, elle est venue me dire au revoir, elle me maquillait, je pleurais toujours, les larmes ont enlevé tous les maquillages. Et elle m'a dit : " Arrête de pleurer, tu effaces tous mes maquillages, je travaille pour rien ". Et moi je m'en fichais complètement, je ne pensais à rien, qu'à ma mère, c'est tout. Après, je les ai salués et je suis partie dans la salle d'attente, j'arrêtais pas de pleurer. Il y avait un policier, il m'a dit : " Vous voulez pas y aller, en France ? " Je lui ai dit non. Il m'a donné une carte des Comores (il m'a donné ce cadeau pour pas que j'oublie les Comores). L'avion partait à 8 heures du soir. Dans l'avion, je dormais, je rêvais que j'étais avec ma mère, je me suis réveillée, je me suis trouvée dans l'avion, je pleurais encore. Voilà ce qui s'est passé à mon départ des
Comores.
J'ai un moment de ma vie que je n'oublierai pas :
le premier jour où je suis
venue en France. J'étais comme une petite fille qui n'a jamais parlé. J'étais très timide, je ne disais rien du tout. Je ne parlais pas français, alors quand j'entendais les gens qui savent parler français, je m'ennuyais, je croyais qu'ils parlaient de moi. C'était pas facile pour moi. Je n'ai jamais cru que j'arriverai un jour à parler français. Et il y a une chose aussi que j'avais. J'avais peur des gens ; même si c'est quelqu'un qui me parlait ma langue, j'avais peur de le regarder. Un jour, une copine à moi est venue me voir. J'avais toujours peur de lui parler et elle a commencé à m'engueuler que c'était pas bien du tout de ne pas parler, alors maintenant, je parle, je suis devenue la bavardeuse de la maison. Badria
Expliquez-nous ". Les Cingalais : " Nous allons vous aider, mais c'est pas possible de donner tout aux Tamouls ". Et encore ils ont gentiment parlé et discuté. Les Cingalais ont directement dit : " Rien donner ". Après, les Tamouls, ils ont commencé la bagarre avec les
Cingalais. À cause de ça beaucoup de Tamouls sont morts
jusqu'en 1990. Après, le nouveau président est arrivé.
Il s'appelle Prémathasa. Il a dit : " Arrêtez la bagarre.
J'ai trouvé une solution. Parler c'est mieux ". Les Tamouls
ont accepté. Le président a dit : " Je ne donne pas
tout. Le gouvernement accepte pas ".
La bagarre a recommencé. Bagarre jusqu'en 1992.
Le président il est mort. Et puis 1994, nouveau président
: une femme. Elle s'appelle Chandrika1. Elle a dit : " J'ai trouvé
une solution mais pas tout de suite ". La bagarre a continué
jusqu'à maintenant. Elle aime donner mais les Cingalais, eux, donner
ils n'aiment pas . Elle sait pas comment faire et ne sait pas. Et puis
jusqu'à maintenant, la bagarre encore.
Ils sont mourir. Si c'est ça ma mère a décidé : " Tu vas en France avec ton frère ". Il me regarde : " Tu n'as pas peur ? " Moi aussi j'aime bien la France. Pour y vivre tranquillement. Ma famille
est toute ici sauf ma mère. Elle aussi va venir ici bientôt.
Mais j'aime bien l'Angleterre aussi. Ma cousine est là-bas, mon
oncle, ma tante aussi. Mon frère est pas d'accord pour qu'on aille
là-bas.
Ma mère elle est tombée malade à force de penser.
Ajantha Sinnathamby
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