Géopolotique littéraire de l'exclusion sociale
Travailleur Nomade
Il me dit elle me dit
Mariée à un Tamoul
Il faut que ça s'arrête on est fatigués
C'est que ton frère

1ère mise en ligne de ce texte
dans la revue : mai 2000



out au long des rencontres que nous faisons dans les différents dispositifs de l'insertion sociale, lorsque nous pratiquons l'écriture avec " des personnes dites en difficultés ", nous ne nous trouvons pas dans les marges, avec un groupe stigmatisé et en dehors, mais au contraire au centre des choses, au cœur des problèmes du monde. Chaque groupe de stagiaires réunit en effet des Français, d'origine maghrébine ou autres, des beurs, des Algériens venus plus récemment, des Sri
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Lankais, des Sri Lankais tamouls, des Indiens, des Turcs, des Yougoslaves, des Africains : Rwandais, Maliens, Sénégalais, Guinéens, Congolais, Mauritaniens ou Comoriens.
Leurs textes sont réunis ici autour d'un fil rouge : la diversité des pays d'où leurs auteurs sont venus. Diversité que l'on pourrait comprendre comme une " géopolitique littéraire de l'exclusion sociale " et qui donne à entendre autrement les lieux communs sur la mécanique glacée de la mondialisation. Comment en sont-ils venus à écrire dans cette langue accueillante, le français ? Voici quelques étapes de ce voyage autour de l'insertion social de Bamako à Colombo.

Géopolitique de l'exclusion sociale 1 / Guy Benisty

 

 

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amako, il y a des commerces et des gens pauvres et des pauvres qui travaillent pour le riche et des gens qui font le jardinier et des gens qui vendent des vêtements. Et le premier président du Mali s'est fait tuer par le deuxième président. Et le deuxième a sorti tout l'argent du Mali, il l'a emporté au Nigeria, il a des maisons là-bas. Quand les Maliens ont su que le président voulait s'en aller, ils voulaient faire le coup d'État. Il est parti au Nigeria et il y avait des policiers dans l'aéroport et ils l'ont
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arrêté et mis en prison, et ils ont arrêté tous les ministres et mis tous en prison. Après il y a des étudiants qui ont tué les gens et volé les gens et ils ont cassé les boutiques et les pharmacies. Et après il y en a un autre président qui est en train de faire tout son possible pour faire du bien au pays.
Je vais raconter l'histoire de mon deuxième pays, le Sierra Leone.
Le travail des gens c'est le diamant et le commerce. Quand j'étais petite, mon père est parti au Mali et il a amené ma mère au Sierra Leone pour qu'elle reste avec lui là-bas. Mon père fait le commerce du diamant et un jour ma belle-mère est allée m'inscrire à l'école. Les gens du Sierra Leone sont pas riches mais ils cherchent de l'or et des diamants. C'est des étrangers qui sont venus au Sierra Leone. Ils ont trouvé le moyen de travailler. Des gens du Sierra Leone travaillent pour les étrangers. Des étrangers aussi ont acheté le matériel et mangé aussi. S'ils ont trouvé des diamants ou de l'or, ils viennent chez la personne pour lui acheter tout le matériel et ils lui montrent le diamant. Je suis grande là-bas et mariée. Et pendant toute mon enfance que
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j'ai passée là-bas il y avait pas la guerre. En 1992 le gouvernement a fait entrer les rebelles au Sierra Leone. Ils ont commencé à faire des affaires avec les gens riches. Petit à petit, ils ont fait entrer le reste des rebelles dans le pays, et c'est là-bas qu'ils ont commencé à tuer les gens et brûler les maisons des gens. Et maintenant il y a encore la guerre là-bas mais heureusement toute ma famille n'est pas là-bas. Sauf mon père et mon frère qui sont encore là-bas.
Je vais raconter l'histoire de mon oncle.
Quand il était jeune à l'âge de 11 ans, sa mère est morte et c'est son père qui s'est occupé de lui jusqu'à l'âge de 25 ans. Et il s'est fiancé avec une fille et il est parti chez mon père au Sierra Leone pour lui demander de l'argent pour venir en France pour travailler. Puis pendant deux ans, il est retourné au Mali et il s'est marié avec sa femme et il est resté là-bas pendant quatre ans. Il est revenu en France pour travailler et il a gagné beaucoup d'argent. Et il ne veut pas que ses frères s'approchent de lui, il est reparti au Mali pour voir sa femme, et il a trois enfants avec sa première femme. Puis il est parti au
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Sénégal et il a rencontré une fille là-bas, et il s'est marié avec elle. Il l'a amenée ici, pendant dix ans. Ils sont heureux avec leurs enfants. En 1991, ils ont commencé à se disputer tous les jours et un jour mon oncle a tapé sa femme et elle est partie. C'est les voisines qui ont appelé le commissariat et les policiers sont venus. Ils arrêtent mon oncle. Il a fait deux mois de prison. Il est sorti de prison et il est venu chez moi. Depuis 1991, sa femme veut pas qu'il vienne à la maison.
Je vais raconter l'histoire de mon père.
En 1956, il a quitté son pays pour travailler. Quand il a quitté son pays, il est parti au Gambia, et il est resté quelques années là-bas. Il a beaucoup d'amis au Gambia. Après il est parti à Conakry et il a travaillé là-bas aussi pendant quelques années. Puis il est parti au Sierra Leone avec ses amis et il a commencé à travailler. Pendant deux ans, il a fait là-bas, il est devenu riche et il est parti au pays. C'est là qu'il a rencontré ma mère. Il s'est marié avec elle, et il est parti avec elle au Sierra Leone. Ils ont commencé à vivre leur propre vie là-bas. Le premier enfant a été un garçon, le jour où mon frère est
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né, mon père a trouvé un gros diamant. Un jour il y a un monsieur qui est venu chez mon père. Il est resté avec lui là-bas, et ils sont devenus amis. Un jour la fille du monsieur est venue pour les vacances. Et mon père a dit à son ami qu'il voulait se marier avec sa fille. Son ami a répondu : Ma fille, elle est pas une femme pour toi parce que on ne sait pas comment ils ont grandi là-bas. Mon père n'a pas écouté son ami. Il s'est marié avec elle et le jour de leur mariage, il y avait deux présidents, qui sont des amis de mon père, et mon père a commencé à faire le mal à ma mère. Il a acheté des choses pour ma belle-mère, et un jour ma belle-mère a quitté mon père parce qu'elle a dit que mon père il n'a pas d'argent, elle veut pas rester marier avec lui. Elle est partie à Conakry et mon père est parti pour l'amener, elle a dit à mon père qu'elle va divorcer de lui. La mère de ma belle-mère a dit à mon père qu'il faut pas divorcer, qu'elle a deux enfants avec mon père.

Travailleur nomade / Fenda Diallo

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l m'a demandé quelque chose. Mais je comprends pas. Il m'a demandé mes papiers. J'ai dit : Je les ai oubliés à la maison. On a parlé ensemble. Je lui ai dit que j'allais lui montrer. On est parti à la maison.
Il regarde la photo, il dit que c'est pas moi. Je dis : Pourquoi c'est pas moi ? C'est moi, regarde la photo bien, c'est moi. Il me demande mon âge. Je lui dis de regarder les papiers, il y a l'âge.
- Pourquoi tu ne veux pas dire ton âge ?
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- Bon, il faut que tu regardes les papiers.
On discute. Il me dit : Tu vas repartir en Afrique. J'ai dit non, il n'y a aucun problème avec mes papiers.
- Tu vas avoir un billet gratuit et tu vas retourner en Afrique.
Et je me suis sauvé. Et j'ai été voir mon père. Je lui ai dit que j'avais des problèmes avec la police. Il dit : Pourquoi tu as oublié tes papiers ? J'ai dit : Moi, je les ai oubliés.
- La prochaine fois ne viens pas si tu as un problème.
J'ai dit : Maintenant c'est fini, je ne viendrai plus.
Je suis parti dans un foyer, j'ai vu la dame, je lui ai demandé un plat de couscous. La dame, elle ne connaît pas le français, elle ne connaît pas le bambara, heureusement elle connaît le wolof. Je lui ai dit : Toi, tu es ici, tu ne connais pas le français, tu ne connais pas le bambara, comment on va faire ? Je lui ai dit : Tu ne connais pas le français, parle en wolof, je connais ça. Alors, je lui ai bien expliqué ce que c'est que le couscous, après elle connaît. Elle m'a dit : Y a pas de plat comme ça ici, on fait le tiboudienne. Y a un
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plat, le tièp, c'est tout. Elle m'a dit : Pourquoi tu connais la langue wolof ? J'ai dit : Moi je suis sénégalais. Elle m'a dit : Où tu étais là-bas ? J'ai dit à Paral. Après elle parle, elle dit qu'elle a des amis là-bas. Je lui ai dit que peut-être je les connaissais. Elle a dit qu'elle a sa sœur à Paral. La femme a dit le nom de sa sœur et moi j'ai dit :
- C'est ma copine.

 

Il me dit elle me dit / Yéro Si

 

 

 

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e suis cingalaise. Je suis mariée à un Tamoul. Nous avons des problèmes politiques parce que mon mari est tamoul. Mon mari, sa famille est à Batikala et Jaffna. Les parents de mon mari sont à Negambo. Je suis de Colombo. Mon mari travaille à Colombo. Il revient tous les soirs à Colombo pour le travail. Mon mari parle tamoul et cingalais. Avant je ne parlais pas tamoul. Je parlais cingalais avec mon mari et sa famille. Les parents de mon mari sont très gentils, mon mari
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aussi. Je l'aime, mon mari, parce que il est très bon d'aimer mes parents, ma famille, mon pays. Il parle pas politique, du gouvernement cingalais. Ça va pas bien, il y a des problèmes au Sri Lanka.
Avant, nous les Cingalais et les Tamouls restions tranquilles ensemble. Sri Lanka a comme première langue le cingalais. Parce que beaucoup de Tamouls parlent pas cingalais. Le problème, c'est que mon pays est tout petit et pourquoi le séparer en deux pourquoi pas rester ensemble ?
Moi aussi, j'ai eu des problèmes politiques à Sri Lanka parce que j'aide les Tamouls. Mon mari, sa famille est venue à Colombo ; elle reste chez nous. La police est venue dans ma maison, elle a contrôlé la famille de mon mari. La police croyait que la famille de mon mari était du parti ltte, terroriste.
Beaucoup de Tamouls sont venus et restent à Colombo. Mais il y a des bombes parce qu'il y a beaucoup de monde. Après la police est venue contrôler la maison. La police dit que notre famille est aussi du LTTE parce que mon mari est tamoul.
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Après je reste pas au Sri Lanka, je suis arrivée avec mon mari réfugiés en France.

 

Mariée à un Tamoul / Baduga Deepa Brasadam-Fernando

 

 

 

 

 

 

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a "chanson du Rwanda" parle des massacres qui ont été faits dans mon pays au Rwanda. Toute ma famille est passée par là, il y a eu beaucoup de sang. Quand je l'entends, ça me donne beaucoup de peine, il faut que ça s'arrête. On est fatigués avec toutes ces histoires, on voudrait vivre comme tout le monde, sans le racisme, la haine, toi tu es ça toi tu es ci. Ce sont les autres qui nous ont séparés : avant on était bien, on était une famille.
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Quand les Belges sont venus dans notre pays, ils ont trouvé qu'il y a un enfant qui est beau et pas l'autre, un qui a le nez long et l'autre qui a le nez écrasé, un qui a les dents blanches et les mains belles. Sur la physionomie, ils ont dit : Alors toi tu es noble et toi tu es esclave. Et aux yeux des autres, les moches continuent d'être moches. C'est eux qui nous ont séparés. C'est les gens qui nous ont séparés : on est même père, même mère. La haine, ça détruit.
Je voudrais aller dans mon pays mais je sais que je retrouverais personne. Depuis que je suis née - je suis née en 58 et nous sommes partis en 59 -, je suis réfugiée politique. Parce que mon père était un grand chef et on est réfugiés ici. Mon père a échappé parce qu'une personne qui gardait nos vaches lui a dit : Cette nuit, ils vont venir tous vous tuer. Ma sœur avait deux ans et moi je venais de naître. Mon père, ils nous a pris et on est parti à pied jusqu'au Zaïre. Au Zaïre, on a connu la misère. On avait tout au Rwanda, des terres, trois villages à nous : on a tout perdu. Moi je n'ai jamais connu mon pays. Je veux retourner. Mais qui je vais trouver là-bas ? mais je vais
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trouver personne. C'est tout terminé.
Ce qui me fait mal, c'est que depuis que je suis née, je suis réfugiée. On voulait rentrer : les Houtous et les Toutsis, c'est tous pareils. Il y a des réfugiés du Rwanda au Zaïre, en Ouganda, en Amérique, au Canada, en France : on est partout. Aujourd'hui au Rwanda, on parle toutes les langues du monde. Et maintenant, on veut vivre tranquille dans notre pays parce que on est fatigués. Et personne va nous empêcher de vivre dans notre pays, sinon on va se tuer encore.
Il y a une chanson qui dit : " J'en ai marre qu'on me pose la question, tu es d'où toi, je veux aller voir ma terre connaître mes origines, on est tous fatigués ".
Je me rappelle en 85, je vivais ici en France enceinte de cinq mois, mon père est decédé au Burundi et j'étais obligé d'y aller. J'ai pris la nationalité malienne et j'ai été à l'ambassade et j'ai demandé mon visa. Je suis allée au Burundi. J'ai dit : Maintenant je veux aller voir ma terre, je veux voir où je suis née. Ma mère m'a dit il faut pas y aller. J'avais sept mille francs rwandais
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quand je suis arrivée à la frontière entre le Burundi et le Rwanda. Ils ont regardé mon passeport, ils m'ont reconnue physiquement comme Rwandaise, aussi le nom de mes parents, mais ils ont dit : Tu n'es pas rwandaise et j'ai dit : Oui, j'ai pris la nationalité de mon mari qui est malien, et ils ont dit : Tu rentres pas ou tu payes six mille. J'ai dit : J'ai pas cet argent, et alors je suis restée à la frontière des heures et des heures, enceinte. Et il y a une nièce à moi qui est passée avec son mari, ils venaient du Canada, mais moi je la connaissais pas et elle non plus. Finalement j'ai payé les six mille francs. Ils ont dit : Maintenant tu peux passer.
Je suis allée chez ma sœur : j'étais au salon dans la maison, j'ai vu le couple que j'avais vu à la frontière. Le papa de la mère de cette fille et mon père, ils étaient même père même mère : et en fait c'est ma cousine. Ils étaient passés à la frontière : ils avaient pas pu m'aider parce qu'on se connaissait pas. On est une famille et on se connaît pas. Voyez, comme on a beaucoup souffert. Ses enfants et mes enfants, ils peuvent se faire du mal ou se marier, on se connaît pas.
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Je suis restée deux jours, j'ai vu ma ville natale, j'ai vu ma terre mais ce qui me fait mal, c'est que dans ma ville natale, j'ai trouvé un cousin. Il me dit : Tu sais, je vais t'emmener dans le village où ton père était chef. On est partis, il y avait tous ceux qui connaissaient mon papa, les grands chefs, et je me suis sentie enfin dans ma famille, je me suis dit : J'ai ma terre.
Mais je suis partie. Et maintenant, ils ont massacré mon cousin et toute cette famille-là. C'était ceux qui me parlaient de mon papa et de ma mère et ils sont tous massacrés. Il y avait une femme qui me disait : Ta mère est très courageuse, et elle, ils l'ont tuée, et tout le monde, et maintenant il n'y a plus personne pour me parler de mon père et de ma mère qui sont morts.
La famille que j'ai vue en 85 je les reverrais plus, ils sont tous morts avec les enfants, de beaux garçons et des filles, ils sont tous morts. Il faut que ça s'arrête, on est fatigués.
Ici avec ma cousine, on parle pas parce qu'on vit le même truc.
Je parlais qu'avec ma mère. On était très ensemble . Moi j'ai quitté ma famille à 16 ans pour me marier. Très jeune. On était au Burundi, là j'ai connu
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mon mari. Je suis arrivée en France en 79. Les habitudes rwandaises, je les connais pas beaucoup. On est chrétiens.
Je suis née, j'avais une sœur, on était que deux enfants. Quand un enfant nait, on le baptise à l'église. On met de l'eau sur la tête. Comme tous les catholiques. À la maison on mange, on boit : le plat, c'est des haricots. Je sais pas. J'ai pas vécu vraiment dans tout ça. Je connais pas vraiment mes racines. Maintenant je connais les coutumes du Mali mieux que les miennes. Je me suis mariée à un Malien, j'ai fait des enfants, je me suis occupée de tous, c'est pour ça que je veux aller au Rwanda, pour me connaître enfin.
Mes enfants sont musulmans. Pour le baptème, on appelle le musulman qui connaît les choses. C'est une autre personne qui coupe les premiers cheveux du bébé. L'imam est venu chez moi, on a des cassettes, peut-être parce que c'était un ami de mon mari. Quand j'ai dit à mon père que je prenais la religion musulmane, il a dit : L'important c'est de croire en Dieu. C'est tout. Il n'était pas violent, il avait connu beaucoup de monde.

Il faut que ça s'arrête on est fatigués / Anonyme

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yriam rencontre Samia dans une rue de son quartier. Elle lui demande de l'accompagner un bout de chemin, mais le frère de Samia l'interpelle alors qu'il est lui-même en compagnie d'une amie.
Myriam (apercevant Samia dans la rue). - Eh, Samia !
Samia. - Quoi ?
Myriam. - C'est demain qu'on a répète ?
Samia. - Ouais, je crois. Mais t' es pas venue la dernière fois.
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Myriam. - Ma mère, elle m'a bloquée, comme elle devait sortir je suis restée garder les petits. Sinon qu'est-ce que vous avez fait ?
Samia. - Oh, comme d'hab, on a fait des impros et après on a commencé à répéter le texte. T' as le rôle d'une queuffe.
Myriam. - Sérieux ? Il est ouf celui-là.
Samia. - T' es folle, il tue, ce rôle, j'ai commencé à lire la pièce, ouais là, c'est un de ces rôles de ouf, tu vas voir tu vas tomber par terre quand tu vas la lire.
Myriam. - Ah ouais ?
Samia. - Tu vas voir. De toute façon tu viens demain ?
Myriam. - C'est clair que je vais venir. Viens deux minutes avec moi, je vais errer.
Samia et Myriam commencent à marcher quand le frère de Samia vient la ramener.
Frère de Samia. - Eh Samia, rentre à la maison.
Samia. - Attend, je raccompagne Myriam.
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Frère de Samia. - Non, je t'ai dit tout de suite.
Myriam. - Va-s-y, ne joue pas les chicours style : il est avec une meuf, ça y est il se la pète.
Frère de Samia. - Myriam j' te parle pas à toi, j' parle à ma sœur.
Myriam. - Non mais dis-le, tu veux jouer les chicours, tu veux que ta sœur rentre, et ben donne l'exemple, ben va-s-y, rentre chez toi !
Frère de Samia. - De quoi tu te mèles ?
Samia. - Myriam, laisse tomber, je vais rentrer.
Myriam (à Stéphanie, la copine du frère de Samia). - Franchement, Stèph, je sais pas ce que tu fous avec un debleman pareil, sa place elle est pas ici mais au bled.
Frère de Samia. - C'est bon, va-s-y pour cette fois mais tu te dépèches. (À Stéphanie) J' ai pas envie de me prendre la tête avec elle.
Myriam. - Zerma on attendait la permission de cheikh Ben Sarlaoui.
Frère de Samia. - Myriam, toi non plus ne joue pas trop les chicours parce qu'un jour tu pourrais le regretter.
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Myriam, ironique. - Dois-je prendre cette réflexion pour une menace ?
Myriam et Samia partent.
Myriam. - Tu vois Samia, il ne faut pas te laisser faire, il se la joue, si tu lui obéis une fois t' es foutue.
Samia. - T' es folle, si je lui réponds il me défonce.
Myriam. - Il te frappe tu le frappes. Quoi, tu crois parce que c'est un mec, alors ça y est ? Faut pas avoir peur, non, y a pas de raison. C'est ton frère, c'est pas ton père, c'est vrai quoi, il a aucun droit sur toi, il se la pète c'est tout, c'est comme tous les beurs. Mon frère aussi c'est pareil mais jamais je me laisse faire, et puis quoi encore… on est pas des chiens. Viens, on passe par là.
Samia. - Tu vas où ?
Myriam. - Viens vite fait, je vais fumer une clope. Tu sais ce qui me tue le plus, c'est pas le fait qu'il se la joue, c'est quand ta mère elle prend leur défense, c'est ça qui me tue le plus.
Samia. - Mais tu me diras, c'est normal, pour elles les garçons ont tous
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les droits, toi t' es une meuf, tu la ferme.
Un temps mort. Myriam fume sa cigarette et elles ne parlent pas pendant au moins trente secondes.
Samia. - Au fait, tu vas à la soirée, samedi ?
Myriam. - Je sais pas, on verra. mais de toute façon si les autres ils veulent y aller, c'est sûr qu'ils vont me prendre la tête pour aller avec eux. Pourquoi, tu veux venir ?
Samia. - Ouais, je veux bien mais je crois que mon frère, il va y aller.
Myriam. - Ben justement, pourquoi lui il irait et pas toi ? Ouais, là tu te laisses trop faire. T' as envie de sortir, ben sors ! T' es grave, toi.
Samia. - Oh, je vais voir.
Myriam. - Va-s-y, Samia, rentre si tu veux.
Samia. - Ouais, salut, à demain.
Myriam et Samia se séparent. Myriam rentre chez elle en rêvassant. Dès qu'elle ouvre la porte de chez elle, elle entend sa mère qui réclame après elle.
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Mère de Myriam. - Myriam, elle n'est pas encore rentrée ?
Myriam. - C'est bon, je suis là. De toute façon, pour faire l'appel dans cette maison, ça va vite : Myriam, Djamila, Samia. Les mecs, on passe.
Mère de Myriam. - Continue, continue… Va apprendre à faire la cuisine au lieu de traîner dehors comme les garçons.
Myriam. - Eh ben, fais style que je suis un mec, comme ça tu n'auras pas de problème.
Un de ses frères. - Pour ça on a pas à faire semblant.
Myriam. - De quoi je me mèle ? Quand on est pas dans la peau de la victime on a rien à dire !
Le frère. - Misquina ! Amma, ta fille c'est une victime.
Myriam. - Tu veux te mettre à ma place ? Va-s-y, j' te prends au mot. Tu sors pas, tu restes à la maison, tu vas pas au sport, pas de sorties, pas d'amis, on verra, j' te parie tout ce que tu veux, mais tout ce que tu veux, que tu ne tiendras même pas une journée. Va-s-y, chiche, combien tu paries ? Ben alors t' as peur ?
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Le frère. - T' es folle.
Myriam. - S'il faut être fou pour revendiquer contre certaine chose pour laquelle on est pas d'accord, là j' te crois, alors j' suis folle, vite il faut m'enfermer, y a une folle en liberté.
Le frère. - C'est bon, lâche-moi.
Myriam. - C'est bon. Bon les kings, qu'est-ce qu'ils veulent manger ?
Le frère. - Des frites.
Myriam. - Je te les sers dans un plateau, je te mets un bavoir et je te les fais bouffer pendant que tu y es ?
Le frère. - Si tu veux, après tu me masses les pieds.
Myriam. - Alors là. Toi, à peine tu tires tes pompes qu'on dirait que les éboueurs viennent de passer.


C'est que ton frère / Dalila Bousba

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