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art du graffiti est probablement né
dans les grottes de Lascaux, à l'époque ou l'homme
avait peur de la nuit. Mais c'est au milieu des années soixante
dix, dans la chaleur et la puanteur du métro new yorkais
qu'il a vraiment éclaboussé la planète. En
1976, la guerre des gangs fait rage dans les rues de la grosse pomme.
Afrika Bambaataa va perdre son frère dans une de ces rixes.
Il décide sur-le-champ de quitter son gang, les tristement
célèbres Black Spades, et de prêcher la bonne
parole. Il crée la Zulu Nation, en référence
à la célèbre bataille qui opposa guerriers
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zoulous et colons
britanniques au dix-neuvième siècle. La Zulu Nation instaure
une culture basée sur le respect d'autrui et le refus de la violence.
Bambaataa intronise Rois et Reines à travers tout le pays, traversant
l'océan pour désigner ses " Représentants "
en France. Le Hip Hop sera la discipline qui servira de ciment à
cette nation zouloue. La break dance, l'art du deejiing, du mciing (De
MC qui signifie Maître de cérémonie, celui qui captive
la foule par ses rimes et son flow, son débit) et le graffiti.
New York se métamorphose sous les coups de bombes aérosol
et de magnifiques fresques décoreront les wagons de métro
à travers les cinq boroughs. L'art du graffiti ne tarde pas à
venir en Europe, et notamment en France ou des graffeurs d'exception comme
MODE 2 imposeront un style puissant et novateur. Face à ce qu'elles
considèrent comme des délinquants, les municipalités
new-yorkaises et parisiennes enclenchent tout un arsenal répressif,
et la purification urbaine sera le slogan à la mode. Beaucoup de
graffeurs se ruineront en procès verbaux, quelques-uns uns iront
en prison. On croyait le graffiti mort mais comment un art peut-il mourir
si sa fonction même est vitale ? J'ai rencontré deux anciens
graffeurs qui tiennent à
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revenir sur les raisons qui les ont
poussés à exposer Paris sous les bombes. Ces fameuses bombes
de peinture qui luttent contre la torpeur d'un certain désarroi
urbain. Car la ville ne tuera jamais le graff puisque le graff réinvente
la ville, la régénère, la ressuscite. De New York
à Paris, les graffeurs refusent la fatalité urbaine. Bienvenue
dans cette jungle d'acronyme où le graffiti n'est pas un crime.
Juh Aka Mouss : Mon surnom c'est Juh et mon
pseudonyme est Mouss. Aujourd'hui je suis décorateur et calligraphe
mais je suis passé par le graffiti, je continue toujours d'ailleurs.
Après j'ai dérivé, par le biais de la décoration
et du graffiti, à la sculpture du bois, je fais du graffiti en
bois à l'aide d'une scie sauteuse.
Oliver : Je m'appelle Oliver, et j'ai été
graffeur, je bombais avec les CKT, un collectif d'artistes aérosol,
et j'ai fait un passage par les Beaux-Arts.
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Inventaire/Invention :
Comment êtes-vous arrivés dans le graffiti ?
Juh : J'habitais à Colombes et à
l'époque des groupes de graffeurs comme les CKC, les DKA, les DBC
sévissaient dans ce secteur. Ce qui m'a passionné et me
passionne toujours c'est la calligraphie, je sais faire des personnages
en graff mais la calligraphie reste ma principale préoccupation.
Chercher des lettrages en s'inspirant de la calligraphie orientale ou
indienne. J'écoute du hip hop depuis tout petit, mon père
écoutait de la funk, j'ai toujours navigué dans le mouvement
hip hop.
Oliver : J'ai découvert le graffiti
à l'âge de 13 ans, avec un graffeur, El Diablo qui est aujourd'hui
scénariste des Lascars (célèbre dessin animé
mettant en scène des banlieusards et leurs tribulations comiques,
nda) et qui habitait dans ma ville. J'ai découvert les graffeurs
PCP, toute cette mouvance, ceux qu'on appelle les Old Timers aujourd'hui.
Je viens du 92 sud, le coin des CVC, des WA, et on pratiquait plus un
style vandale.
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Qu'entends-tu par vandale ?
Oliver : C'était les réactions
viscérales de tous ces activistes du graffiti : Fuck la RATP, Fuck
la société. On passait par une phase de starisation, il
fallait absolument qu'on voie nos signatures partout.
Et pour cela tu étais
prêt à aller jusqu'où ?
Oliver : Pour être connu ? J'étais
prêt à aller sur les rails du RER, sur les terrains vagues,
j'aimais l'ambiance tise (alcool dans l'argot banlieusard, nda) et oinjs.
Et puis j'ai découvert que je n'étais pas un graffeur 4x4,
un graffeur toutterrain qui est prêt à décharger sa
bombe contre vents et marrées. J'ai des potes qui économisaient
pour aller graffer à New York, moi je préférais lire
les magazines de l'époque comme le regretté Intox. Après
je me suis plus intéressé à l'art contemporain et
à la nature du graffiti. Regarde un artiste comme Basquiat, ce
n'était pas à strictement parler un graffeur mais il peignait
dans la
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rue. Après il a été récupéré
par des mecs comme Andy Warhol et une partie de l'art contemporain. Je
me suis dirigé vers l'art contemporain mais j'ai toujours de l'amour
pour le graffiti, parce que je suis un gars de banlieue et j'ai toujours
pensé que certains graffeurs étaient au même niveau
que des figures avant- gardistes de l'art contemporain.
Le graffiti a pas mal été récupéré
par les galeries. Ne pensez-vous pas que cette incarcération du
graff a tué la dimension urbaine et vivante de cet art ?
Oliver : On a vu des graffeurs qui ont reçus
des propositions d'exposition en galerie. Des gars comme ZEUS ou JOHN
ONE. Un graffeur me disait l'autre jour qu'exposer chez Colette, ca le
faisait chier. Roumanie, Etats-Unis, Pologne ce gars prend ses bombes
et va graffer là-bas. Le graffiti pour lui doit voyager et rester
dans la rue. Ma position est la suivante : Si tu veux vivre un peu de
ton art, tu as besoin d'un minimum de reconnaissance sociale, utilisons
les grands mots. Les galeristes attendent une intellectualisation du graffiti,
ils attendent un
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discours derrière la fresque. Regarde Niki de Saint Phalle et les
nouveaux réalistes, comme nous, quand ils avaient 20-25 piges,
ils traînaient dans la rue et sculptaient des téléviseurs.
Après ils ont écrits un manifeste, ils sont entrés
en galerie et les gens criaient au génie. Qui dit Récupération
dit forcément déperdition. Tu as des graffeurs acharnés
qui ne rentreront jamais en galerie. Par exemple, le graffeur André
(graffeur parisien notoire et installé qui réalisa une couv'
pour l'Express nda), ça fait des années qu'il est là-dedans,
on voit encore ses smileys dans tout Paris. Un jour, il a reçu
un courrier de la Poste, on lui conseillait d'arrêter le vandalisme
graphique. Il est reconnu par le monde institutionnel, et en même
temps il continue de déchirer Paris, au détriment de son
compte en banque d'ailleurs, puisque les amendes tombent.
Tu crois vraiment qu'ils lui collent des amendes ?
Oliver : Je ne pense pas qu'il ait acquis
une telle notoriété qu'il puisse être au-dessus
des lois.
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Vous pensiez à la loi lors de vos expéditions
nocturnes ?
Oliver : Non, j'ai fait deux où trois
sorties exceptionnelles, où j'allais à St Rémy les
Chevreuses, tu attends le dernier train et tu bombes le dépôt.
Tu étudies ton plan d'action et tu calcules le nombre de maître
chiens.
Juh : Je me souviens d'une de mes excursions
qui s'était très mal finie : La police ferroviaire nous
a bloqués dans notre voiture et nous a gazés.
Oliver : Je me suis fait alpaguer avec un gars
des CKT, on bombait un store et les flics de la BAC (Brigade anti-criminalité,
nda), nous ont trimballés d'un
commissariat à l'autre, c'était pendant un championnat de
foot et ils devaient être à la recherche d'une télé
(rires). On a finalement atterri à la Goutte d'Or, et le commissaire
qui nous a auditionnés était féru de graffitis !
Ils n'ont poursuivi personne en justice, ils voulaient juste qu'on aille
repeindre le store.
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Juh : J'ai vécu une histoire similaire.
Mon pote et moi déchirions un mur vers St Lazare, tout près
de là une vieille dame avait été retrouvée
morte dans son appartement. Les flics étaient donc à l'autre
bout de la rue. Nous étions à moitié ivre, et au
poste le commissaire m'a promis de me rendre les bombes si je repeignais
le mur ! Et il a tenu sa promesse. Les flics de St lazare n'apprécient
pourtant pas vraiment les graffeurs.
Quelle est votre théorie du graffiti ?
Oliver : J'ai pas mal de recul par rapport
au graffiti, ce qui me permet de mieux l'analyser. Certains graffeurs
n'analyseront jamais, ce sont à jamais des vandales et des soldats
du bitume. Pour moi le graffiti est un art qui doit rester résolument
urbain, il doit être vu par les gens dans la rue, le RER, le métro.
Mais il est important que le graff entre dans les galeries, dans l'environnement
artistique contemporain. Le problème c'est que très peu
de crew (équipe de graffeurs, nda) ont un message. Je me souviens
d'un article où NUMBER 6
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disait qu'il était déçu parce que pas mal de graffeurs
ignoraient toute forme de discours revendicatif. Aux Etats-Unis, les graffeurs
sont beaucoup plus conscients, ils peignent des fresques à la mémoire
de tel gosse assassiné ou des murs qui dénoncent les conditions
de vie des Noirs et des Latinos. En France, t'as plus le côté
represent, les gars peaufinent leur lettres, veulent voir leur
blaze bombardé partout sur Paris, les graffeurs sont presque en
voie de starification.
A l'époque où vous étiez vraiment
dans le graff, vous ne cultiviez pas un petit coté je regarde mon
nombril ? L'ego, dans le graffiti, devenant vite envahissant.
Juh : Tu as tellement de styles différents
que tu ressens le besoin de sortir du lot, il n'y a pas de narcissisme
dans tout ça, enfin si, il y a des narcissiques, mais la plupart
cherchent à choquer l'il qui pose sa rétine sur le
graffiti.
Dans le rap, le désir de reconnaissance sociale
est urgentissime. Il semble que
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le graffiti soit une discipline non discriminante
prisée et des riches et des pauvres. Quelle est donc l'urgence
du graffiti ?
Oliver : Le graffiti c'est juste échanger
des décharges d'adrénaline. Il n'y a pas réellement
de désir de reconnaissance sociale. C'est plutôt une revanche
de l'adolescent qui ne peut pas signer ses bulletins scolaires, ses retards.
Ne pouvant jouir de son nom, il s'invente un pseudonyme qu'il ira graffer
partout. Le moi s'affirme dans cette écriture particulière.
Politiquement entre le graff et le tag, vous voyez
quoi comme différence ?
Juh : Le tag est plus violent, plus irrespectueux. Il y a graffeur
et taggeur. Tout graffeur est passé par le tag. Les taggeurs sont
là pour tout déchirer, les graffeurs préfèrent
les couleurs et l'harmonie.
A l'époque ou la station Louvre a été
taguée, tu pensais qu'il avait un discours
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politisé derrière
ou bien que ce n'était qu'une pure manifestation de vandalisme
?
Oliver : Quand le collectif des CMP a cartonné
la station Palais Royal musée du Louvre, ça correspondait
à une époque où NTM voulait expressément dire
Nique Ta Mère, c'était de l'agit-prop, ça crachait
de partout sur le système. On parle là du début des
années 90, NTM et le groupe Timide et sans complexe commençait
leur aventure dans le rap, t'avais des groupes comme Assassin, l'esprit
c'était hardcore du bitume, rageur et revendicatif, la musique
rap ne s'introduisait pas encore à l'Olympia à cette époque.
Juh : Ce n'était pas l'uvre d'un
taggeur solitaire qui signe et l'arrache pour dire je vous emmerde. C'était
l'action réfléchie d'un collectif qui déchire un
lieu symbolique à l'extrême, chargé d'histoire, bourré
de références. C'était l'un des concepts les plus
vandales mais en même temps les plus discursifs. En fait, les graffeurs
devaient s'introduire dans le Louvre, mais tu imagines comme c'est difficile
d'accès.
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Oliver : Ils sont à leur manière entrés dans
l'histoire puisque dix ans après on en parle encore ; C'est une
page de l'histoire du graffiti en France. Mais bon, cartonner un monument
historique gratuitement, je trouve ça stupide et stérile.
Comment peux-tu déchirer une église par exemple sans discours
derrière ? Si tu bombes une église parce que tu développes
un point de vue anti-clérical, que tu ne supportes pas cette institution,
je comprends mais si c'est pour apposer ta signature et salir, je ne cautionne
pas. Ces monuments nous survivront.
Oliver, des dépôts de trains aux Beaux-Arts,
il n'y a pas comme un petit décalage ?
Oliver : C'est clair que je suivais pas mal de cours académiques,
et à cette époque j'avais abandonné le graffiti
pour travailler sur la matière, mes expérimentations devenaient
plus abstraites. FUTURA 2000 par exemple ne s'est pas cantonné
à la lettre. Le graffiti ne peut se réduire à la
lettre. C'est clair que le graff ne s'enseigne pas aux Beaux-Arts. Néanmoins
Certains graffeurs ont
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mis dix ans a maîtriser la 3D, d'autres
sont rentrés en école d'art et l'ont apprise en trois ans.
T'as plein de graffeurs qui ont progressé beaucoup plus vite en
école que dans la rue. Tu n'as pas de théorie artistique
dans la rue, tu dois tout inventer toi-même.
N'y a-t-il pas eu des frictions entre graffeurs de rue et graffeurs d'école
?
Oliver : Non car le graffiti a créé
du lien social. Dans une équipe de graffeurs, tu pouvais retrouver
des bourgeois et des mecs de cité. Tu as aussi des groupes vandales,
hardcore, originaire de cités qui intégraient des collectifs
constitués de graffeurs plus aisés. Les graffeurs qui étaient
en école d'art apprenaient pas mal de choses aux vandales, et la
technique des vandales a énormément évolué
au contact des graffeurs en école. Et puis le gars des cités
s'ouvrait, rencontrait des gens différents. Regarde le producteur
de rap Timbaland, maintenant il bosse avec des artistes de House, avec
des artistes de Pop, l'ouverture est énorme.
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Chacun s'enrichit au contact des autres.
Entre le sampling et le graffiti, vous repérez
une filiation ?
Oliver : Tu opères la transversalité
entre la danse, le graffiti et la musique. Aujourd'hui on voit de la capooiéra,
de la danse indienne, de la danse africaine qui s'insinuent dans les chorégraphies
de danse contemporaine. Dans le hip hop on sample tout et dans le graffiti
tu as des mécanismes similaires : on récupère des
tendances, les calligraphies empruntés à d'autres civilisations.
Juh : On absorbe cette culture tous les jours.
Du pop art au hip hop art, quelles similitudes
distinguez-vous ?
Juh : Pop art ou hip hop art, c'est le peuple,
pour moi pop veut dire population, rassemblement, vie commune dans la
cité au sens grec du terme.
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Deux expressions artistiques qui ont affronté les mêmes critiques
: ça ne ressemble à rien, c'est vulgaire ce sont des malades
!
Enfermons-les et jetons la clé dans l'océan
!
Oliver : Je dirais que le hip hop a beaucoup
plus d'ampleur, il inclut la danse, la musique et le graffiti. Le pop
art était une violente critique de la société de
consommation, Andy Warhol, Roy Liechtenstein, les boites de soupe Campbell,
M. Monroe. Pop art, Population, populaire car tu vois des cartes postales
pop art en vente partout. Le hip hop, excepté pour aux Etats-Unis,
n'est pas encore franchement populaire. Je parle de la France. Ça
fait quinze ans que ça prend.
Aller graffer dans le Bronx
c'était l'un de vos rêves ?
Juh : Pour certains oui, mais je me demande
pourquoi on devrait ramener le
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graffiti dans un pays où l'on avait justement pris.
Oliver : Je vais te raconter une anecdote,
j'étais sur Canal Street (quartier chinois situe dans le bas de
Manhattan, nda), j'étais dans une boutique de graff et je vois
un sticker (autocollant promotionnel, nda) du graffeur parisien DIZE.
Tout neuf, il avait stické là- bas, et je me disais DIZE
est quelque part là, pas très loin de moi. Je trouvais ça
extraordinaire, un traveller qui voyage et qui pose son nom aux quatre
coins du monde. Tu as des graffeurs qui bombent de Berlin jusqu'aux States
en passant par l'Afrique du sud.
Dans la partie sud du Bronx, des graffeurs comme
les TATS CRU ont réussi à teinter de poésie un paysage
urbain particulièrement chaotique et gangrené...
Juh : Le graff ne constitue pas une détérioration
du paysage urbain, il en est au contraire le restaurateur et ca certaines
personnes l'ont bien compris. J'ai déjà peint des devantures
de magasin dont les propriétaires avaient peur des tags.
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Tous les magasins avec des fresques échappaient
aux tags ! Les propriétaires ont vite compris que c'était
efficace.
Oliver : Un de nos potes, MOZE, cartonne tous
les camions sur Belleville-Menilmontant-Oberkampf, c'est son triangle
d'or. Quand tu descends Ménilmontant et que tu aperçois
les camions qu'il a bombés, ça affecte ton imaginaire de
la ville, ça donne une identité au quartier. Les camions
de MOZE sont devenus des emblèmes touristiques, les gens vont à
Belleville ou Ménilmontant pour les admirer. Il faut que le graffiti
voyage. Les camions de MOZE voyagent, le RER et le métro se déplacent,
les graffeurs sillonnent la France. Des graffeurs avaient même monté
un projet où ils devaient peindre une centaine de trains dans plusieurs
villes d'Europe. C'est une volonté de faire voyager l'art, sur
un support urbain, un concept carrément inédit.
Emmener un gamin dans une galerie,
de nos jours, et lui donner le goût de l'art, ça tient
du parcours du combattant alors que s'il peut apercevoir des rames de
métro multicolores fendre la grisaille de la ville, c'est déjà
une victoire.
Jouir de son nom / Jimmy Hoffa
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